L« affaire du chantage à la sextape de Saint-Étienne » fait référence à un scandale politique français qui débute en et implique le maire de l'époque ainsi que plusieurs de ses collaborateurs.

Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne, est accusé d'avoir, pour des raisons politiques, exercé un chantage envers son adjoint Gilles Artigues à l'aide d'une sextape. L'affaire éclate après que l'un des complices de Perdriau a révélé les faits à Mediapart. Le public découvre également qu'un chantage similaire avait été envisagé à l'encontre de l'ancien maire Michel Thiollière.

En 2025, un procès s'ouvre contre Gaël Perdriau et sept co-prévenus, aboutissant à une condamnation de ce dernier et de la plupart des prévenus, condamnations globalement confirmées en appel en 2026.

Déroulé des faits

Premières révélations de Médiapart Le , Gaël Perdriau, maire LR de Saint-Étienne, est mis en cause dans une enquête de Mediapart dans une affaire de chantage visant son premier adjoint, Gilles Artigues. Perdriau, qui s'était allié à Artigues pour conquérir la mairie, le voyait comme un rival potentiel qui aurait pu se retourner contre lui et se présenter aux municipales; il aurait alors cherché à le neutraliser en obtenant un moyen de pression sur lui.. Des proches de Gaël Perdriau auraient piégé Gilles Artigues selon la technique du Kompromat en le filmant à son insu en 2014, dans une chambre d'hôtel parisienne, avec un prostitué homosexuel recruté par leurs soins, dans le but de le dissuader de toute velléité d'indépendance politique.

Selon Mediapart, c'est un élu municipal de la majorité (et adjoint au maire chargé de l’éducation), Samy Kéfi-Jérôme, devenu ensuite conseiller régional délégué. et vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a placé une caméra dans la chambre d'hôtel de Gilles Artigues. Gilles Rossary-Lenglet, à l'époque compagnon de Samy Kéfi-Jérôme, déclare avoir conçu et organisé cette opération à la demande de l'équipe du maire et touché avec lui de la part de la municipalité, via des subventions versées à des associations stéphanoises qui l'auraient ensuite rémunéré. L'escort boy ignorait tout de la machination. La vidéo a été en partie ratée, Samy Kéfi-Jérôme n'ayant pas suffisamment chargé la batterie de la caméra : le contenu de l'enregistrement permettait cependant de faire pression sur Gilles Artigues.

Rossary-Lenglet reconnaît les faits dans d’autres médias. Dans une interview du , il explique qu'il a été choisi d'utiliser la vie intime de Gilles Artigues pour le faire chanter car ce dernier avait en politique et été .. C'est Gilles Rossary-Lenglet, à qui Samy Kéfi-Jérôme avait suggéré de faire appel pour trouver le moyen de pression sur le premier adjoint au maire, qui aurait proposé de piéger ce dernier sur sa vie intime; ayant côtoyé Gilles Artigues au MoDem, il l'avait perçu comme une , c'est-à-dire un homosexuel refoulé.. Lors du procès, Gilles Rossary-Lenglet déclarera avoir été également motivé par une animosité personnelle envers Gilles Artigues, ce dernier s'étant opposé en 2013 à la loi sur le mariage homosexuel.

Par la suite, Gilles Rossary-Lenglet, sans emploi et atteint dans sa santé, n'obtient pas le poste qu'il espérait de la part de la mairie. Se jugeant abandonné, il décide de rendre publics les faits, quitte à être condamné lui-même. En , Rossary-Lenglet contacte Antton Rouget de Mediapart et lui raconte l’histoire de la vidéo .

D'après l’enquête menée pendant trois mois par Mediapart, le harcèlement dont a été victime Gilles Artigues au sein de la mairie à partir de 2016, l'aurait poussé à envisager le suicide. et l'aurait conduit à renoncer à ses ambitions politiques vis-à-vis de la mairie de Saint-Étienne. Pierre Gauttieri, directeur de cabinet de Gaël Perdriau, aurait menacé de transmettre la vidéo à des parents d'élèves, et fait croire à Gilles Artigues que les éléments qu'elle contenait étaient encore plus compromettants.

Le lendemain de la publication de l'article de Mediapart, Gilles Artigues annonce une plainte contre X et contre Samy Kéfi-Jérôme pour « guet-apens en bande organisée financé par des fonds publics », « non-dénonciation de délit ou crime », « menaces et chantage ».. Ce qui conduit le parquet de Lyon à ouvrir une information judiciaire... Gaël Perdriau dément dans un premier temps toute implication.. Il affirme ne pas avoir connaissance de l'existence d'une vidéo à caractère homosexuel, alors que ce détail n'était a priori connu que de la victime et des maitres chanteurs.

Mediapart publie le 2022 des enregistrements qui établiraient l'implication directe du maire dans le chantage, appuyé par son directeur de cabinet Pierre Gauttieri.... L'émotion parmi les Stéphanois est telle qu'une centaine de personnes manifestant le 2022 devant l'hôtel de ville en forcent l'entrée pour demander une rencontre avec l'édile..

Le 2022, acculé par sa majorité, Gaël Perdriau décide de licencier son directeur de cabinet.. Samy Kéfi-Jérôme démissionne de ses mandats de conseiller municipal et métropolitain après l'annonce de la diffusion par Mediapart d'un nouvel enregistrement accablant. Gaël Perdriau refuse pour sa part de démissionner, se met en retrait de ses fonctions à la métropole en . En , il est exclu à l'unanimité du parti Les Républicains.

Nouvelles révélations de Médiapart et conséquences politiques Le , Mediapart révèle qu'une nouvelle vidéo a été découverte sur un vieux disque dur d'ordinateur, datant du , en relation avec la première vidéo qui avait été découverte en 2022.

Le , le média révèle qu’une autre opération avait été envisagée, à l’été 2015, cette fois contre Michel Thiollière, maire de la ville de 1994 à 2008, avec lequel Gaël Perdriau avait eu des divergences politiques par le passé. Une vidéo, datant de 2015, montre Gilles Rossary-Lenglet et Pïerre Gauttieri discutant du projet de piéger Michel Thiollière en le filmant avec une prostituée mineure recrutée par leurs soins. Pendant le procès en 2025, Pierre Gauttieri explique que ce second avait été envisagé à la demande expresse de Gaël Perdriau qui faisait une sur Michel Thiollière; considérant pour sa part que l'ancien maire n'était pas un danger politique, Pierre Gauttieri avait délibérément le dossier. Suite à ces révélations, Michel Thiollière porte également plainte.

Cette affaire, et le refus de Gaël Perdriau de démissionner, divise profondément la majorité municipale, dont une dizaine d’élus ont officiellement demandé sa mise en retrait en attendant le procès. Le 2023, six d’entre eux ont dénoncé, dans un communiqué, des « pratiques mafieuses » instaurées, selon eux, par son ancien directeur de cabinet. Un conseiller municipal réputé proche du maire a démissionné en évoquant un « profond malaise qui n’a fait que grandir ». Un ancien adjoint UDI, proche de Gilles Artigues, a, lui, décidé de siéger dans l’opposition à la suite de nouvelles révélations concernant l'affaire imaginée contre l’ex-maire Michel Thiollière. Une trentaine d'autres élus de la majorité restent en revanche fidèles au maire.

De plus en plus d'élus quittent le groupe du maire pour siéger dans l'opposition, voire démissionnent du conseil municipal. Les vexations et sanctions exercées par le maire se multipliant, des élus de la majorité décident collectivement, en juin, de ne plus exercer leur fonction d'adjoints ou de délégués, en quittant la majorité. Le but de ce nouveau groupe d'opposants est alors, grâce à un nombre de départs de la majorité qu'ils espèrent suffisant pour atteindre un quota avant le , de provoquer l'obligation juridique d'élections municipales anticipées, car il n'y aura plus alors pour la majorité de réserve de personnes en nombre suffisant pour pourvoir ces postes vacants, parmi ceux qui étaient dans la liste des candidats de Gaël Perdriau lors des dernières élections municipalesSelon le code électoral, pour les communes de plus de 1000 habitants, en cas de démission d'un élu, le suivant sur sa liste le remplace. Or avec les renoncements successifs, les 59 noms de la liste de la majorité ont déjà été appelés : dans ce cas le siège reste vacant. Mais si le conseil municipal a ainsi perdu un tiers de ses membres, le conseil municipal est obligatoirement dissous et de nouvelles élections organisées. À l'été 2024 le conseil municipal est toujours composé de 59 membres, douze démissions ayant eu lieu dans la majorité, mais remplacées. La liste majoritaire ne compte toutefois plus de réserve lorsque le conseil municipal a ainsi perdu le tiers de ses membres (la moitié si les élections sont fixées à moins d'un an)..

Des élections municipales anticipées se profilent alors à l'horizon mais mi-, les élus ayant quitté le groupe majoritaire annoncent finalement ne pas vouloir démissionner du conseil municipal car ils craignent que de nouvelles élections apportent la victoire des partis « extrêmes ». Il est également reproché à Gaël Perdriau et ses avocats de retarder la date du procès via des demandes d’actes complémentaires, afin que celui-ci ait lieu après les élections municipales prévues en 2026 puisqu'il risque une peine inéligibilité avec exécution provisoire, ce qui l'empêcherait de se représenter à la mairie.

Suites judiciaires

Première instance En , le procureur de la République de Lyon annonce que Gaël Perdriau est renvoyé devant le tribunal correctionnel..

Le procès débute le au tribunal correctionnel de Lyon pour . Outre Gilles Artigues, sa famille, et Michel Thiollière, l'association Anticor et la ville de Saint-Étienne se portent partie civile.

Le délibéré est rendu le : Gaël Perdriau est reconnu « entièrement coupable » de chantage, de complicité de chantage, d'association de malfaiteurs et de détournement de fonds publics, et condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis avec mandat de dépôt à effet différé, et à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate.

Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet écopent de quatre ans d'emprisonnement dont trois ans fermes.

Enfin, Pierre Gauttieri est condamné à une peine de quatre années de prison dont deux ans fermes.

Les deux couples à la tête d’associations stéphanoises poursuivis pour abus de confiance sont quant à eux relaxés, faute d'intention frauduleuse.

Les condamnés doivent également verser de dommages et intérêts à Gilles Artigues pour préjudice moral, à Mireille Artigues, son épouse, ainsi que à chacun des quatre enfants du couple, à Michel Thiollière, pour la Mairie de Saint-Etienne, à titre de préjudice moral, à titre de préjudice d'image, et au remboursement des de la protection fonctionnelle qu’avaient perçus les élus en cause, ainsi que à l’association Anticor.

Appel Gaël Perdriau, Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet font appel, contrairement à Pierre Gauttieri.

Gaël Perdriau est incarcéré au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse le 7 janvier 2026. Le , il obtient une remise en liberté sous contrôle judiciaire jusqu’à son procès en appel prévu du au , devant la cour d’appel de Lyon. Il a néanmoins obligation de s'enregistrer tous les quinze jours au commissariat de Saint-Étienne et a interdiction de quitter le territoire français.

Le 10 septembre 2026, la cour d'appel condamne à nouveau Gaël Perdriau à cinq ans de prison dont un avec sursis, mais alourdit sa peine d'inéligibilité, portée à dix ans, et décerne un mandat de dépôt, entrainant son incarcération immédiate. Samy Kéfi-Jérôme est à nouveau condamné à trois ans de prison fermes. Gilles Rossary-Lenglet voit sa peine réduite à deux ans de prison fermes contre trois en première instance.

Cassation Le jour du délibéré, l'avocat de Gaël Perdriau annonce un pourvoi.

Références

Voir aussi Émission radiophonique Affaires Sensibles : Saint-Etienne, le maire et la sextape sur Radio France

Articles connexes Gaël Perdriau Gilles Artigues

Catégorie:Scandale politique français