Georges Albert Oltramare, aussi connu en France sous le pseudonyme de « Charles Dieudonné », né le au Petit-Saconnex, et mort le à Genève, est un homme politique suisse, journaliste, écrivain, militant fasciste et ultra de la collaboration en France pendant l'occupation nazie. Il est l'auteur de vingt pièces de théâtre, de quatre recueils de poésie et de deux romans, et a tourné dans quatre films.
Famille Il naît dans une famille aisée originaire de Gênes et réfugiée à Genève. Fils du doyen de la faculté des lettres de l'Université de Genève et professeur de littérature latineJoseph 1975, p. 12. Paul Oltramare et de Berthe Carteret, fille du conseiller d'État Antoine Carteret. Il est le frère de l'homme politique socialiste André Oltramare.
En 1925, il épouse Marcelle-Juliette Pictet de Rochemont, issue d'une famille genevoise distinguée, puis, en secondes noces, Olga-Anna de Donici, avec qui il a une fille, Katia..
À partir de 1947, il se rapproche de son neveu par alliance, Grégoire Dunant, pour qui il joue le rôle d'un père de substitution. Grégoire Dunant est en effet le fils de la belle-sœur d'Oltramare, Elisabeth de Donici (c'est-à-dire la soeur de sa seconde épouse, Olga-Anna de Donici) et du célèbre compositeur juif de chansons populaires Casimir Oberfeld Yves Laplace ; Plaine des héros- Fayard, 352 p., lui-même ami d'Oltramare. Or, Elisabeth de Donici avait épousé Paul Dunant et confié pendant quelques années son fils, Grégoire Dunant, à la garde de sa sœur, l'épouse d'Oltramare.
Premières activités littéraires, artistiques et journalistiques Au Collège de Genève il se lie d'une amitié profonde avec Marc Dufaux, auquel il va succéder à la direction de la Revue des Idées après sa mort en 1918Georges Oltramare, l'homme, qui, demain…, Éditions de l'Arbalète, Genève, s.d., .. En 1916, il part pour Bucarest, alors que la Roumanie est en guerre, où il devient précepteur de l'un des enfants du prince Ghica et, d'où il envoie des articles au Journal de Genève. Rentré à Genève en 1917, il collabore au journal La Suisse, dans lequel il publie ses billets hebdomadaires dans sa rubrique Sans laisser de traces… qu'il signe G.O., qui se transformera en Géo. En , il donne sa première conférence sur Jules Laforgue à l'Athénée, et en 1919, ayant obtenu une demi-licence en droit, il quitte ses études à la Faculté de droit de l’Université de Genève pour se consacrer à l'écriture. Il donne ainsi à la Comédie une revue écrite en collaboration avec René-Louis Piachaud, tandis qu'en 1920 est jouée sa comédie Le Rat d'Hôtel. En 1921 il donne au Théâtre Pitoëff une conférence sur Oscar Wilde et il travaille au secrétariat de la Société des Nations, dont il devient rédacteur du Journal Officiel en 1922. Mais, ayant publié sous le manteau un très vif pamphlet contre la Société des Nations intitulé Le PétardJoseph 1975, p. 13., il perd sa place. .
centré|vignette|338x338px|Oltramare et Noëlle Roger, qui publient ensemble L'enlèvement d'Europe.
Activités politiques en Suisse En 1930, il se lance en politique en se présentant aux élections pour le Conseil d’État genevois en candidat hors parti contre Alexandre Moriaud. Il obtient le soutien des jeunes radicaux et des chrétiens-sociaux indépendantsJoseph 1975, p. 32. (ancêtres du Parti démocrate-chrétien) mais perd en obtenant un bon score. En décembre de la même année, il crée son propre parti d'idéologie nationaliste, l'Ordre politique national (OPN). En 1931, Moriaud démissionne à la suite du scandale de la Banque de Genève provoquant la tenue d'élections complémentaires. Oltramare se présente contre Albert Picot, soutenu à nouveau par les jeunes radicauxJoseph 1975, p. 33., mais perd à nouveau.
Le , l'OPN fusionne avec l'Union de défense économique, parti genevois antiétatiste proche du patronat, pour former l'Union nationale (U.N.), dont Oltramare devient le chef unique à partir de 1935. Entre 1932 et 1939, l'U.N. épouse progressivement des thèses fascistes (prétentions totalitaires, principe du chef, organisation selon un mode militaire, idéalisme fondé sur l'action). Elle défend en outre le corporatisme sur le plan économique et la lutte contre le marxisme et les juifs. Elle a pour devise « une doctrine, une foi, un chef ». Son organisation est militaire, avec un cérémonial et une discipline d'inspiration fasciste, et le parti compte jusqu'à en 1937. Ses militants défilent dans les rues de Genève en uniforme (béret basque et chemise grise) au son d'une clique.
En 1933, Oltramare est élu député au Grand Conseil de GenèveJoseph 1975, p. 229.. En 1934, avec le lancement de l'initiative Fonjallaz, Oltramare s'attaque à la franc-maçonnerie, qu'il veut faire interdire en Suisse. Le dimanche , en début d'après midi, il se rend dans la commune de Montcherand, située au sud d'Orbe dans le canton de Vaud, d'où était natif Léon Nicole, l'un de ses principaux opposants politiques. Il y organise une manifestation durant laquelle est brûlé un mannequin représentant Léon Nicole. L'événement est connu sous le nom d'Incident de Montcherand.
centré|vignette|440x440px|Oltramare au Victoria Hall aux côtés de Charles Maurras et Louis Darquier de Pellepoix le 24 septembre 1937.
En , Oltramare est élu au Conseil municipal de la Ville de GenèveJoseph 1975, p. 232.. Il est alors surnommé « le petit Duce de Genève ». En , après sa non élection au Conseil national, il démissionne de ses mandats électifs de député et de conseiller municipal. À la mi-, le journal socialiste Le Travail. accuse Oltramare d'avoir assisté au congrès fasciste de Montreux, avec d'autres leaders tels que Ante Pavelić, Léon Degrelle et José Antonio Primo de Rivera, ce que l'accusé nieJoseph 1975, p. 205.. En 1936, l'U.N. obtient dix sièges au Grand Conseil genevois et Nicole abandonne le gouvernement. Oltramare bénéficie de l'aide et des subsides du dictateur italien Benito Mussolini (sous la forme d'un bureau et d'une secrétaire) qui le reçoit en à Rome avec un groupe de cinquante militants. Après l'échec d'un projet de fusion entre l'Union nationale et le Parti démocratique (devenu par la suite Parti libéral, puis après fusion Parti libéral-radical) genevois, Oltramare quitte la direction de son parti en 1939, puis fonde un nouveau mouvement : l'Association des piloristes. À cause d'un éloignement doctrinal croissant, ses partisans et lui finissent par être exclus de l'U.N. en 1940. Après son départ de Suisse, ses partisans participent à la fondation du Mouvement national suisse, avant que celui-ci ne soit interdit par le Conseil fédéral. En , Le Pilori est interdit par l'état-major de l'armée suisseC'est le colonel Meier qui communique cette information à Oltramare au nom de l'inspectorat de la division presse et radio de l'état-major de l'armée.. En mai, son recours est rejeté par la Commission fédérale de recours en matière de presse et de radio. Oltramare quitte alors la Suisse.
Oltramare était loin de faire l'unanimité dans sa Suisse natale, qui voyait prospérer à ses frontières les dictatures mussolinienne et hitlérienne. Il était notamment l'une des « têtes de turc » favorites du malicieux chansonnier vaudois Jean Villard (dit Gilles), aux convictions de gauche bien affirmées. Ainsi dans une chanson intitulée « Mille ans déjà, comme le temps passe », écrite en , et qui met en scène les lamentations d'Hitler voyant s'écrouler son rêve fou d'un Reich de mille ans, Oltramare (alias Dieudonné) est mis dans le même sac que tous les Quislings de l'époque au couplet :
Activités politiques en France Le Le Pilori est interdit par les autorités helvétiquesJoseph 1975, p. 283.. Sous le prétexte d'entreprendre une cure, Oltramare quitte alors la Suisse, le , pour l'Italie où il travaille brièvement pour les éditions Montecatini à Florence, grâce à son ami le professeur Malacorda, conseiller de Mussolini. Le , à Gênes, il rencontre cependant Ulrich ReicheVoix ouvrière, 11 novembre 1947. , un agent du Sicherheitsdienst (service de renseignement allemand), attaché au consulat allemand de Genève, qui l'invite à Berlin. Il reçoit dans ce but un passeport allemand au nom de Karl Diodati. Le , il y rencontre Otto Abetz, ancien propagandiste allemand, qui lui propose de l'accompagner à Paris et de collaborer avec luiJoseph 1975, p. 292.. Oltramare se rend ensuite en avion en Belgique, puis en voiture à Paris le où il s'installe dans un hôtel réquisitionné par les Allemands qui occupent la ville.
Dès le Joseph 1975, p. 293., il y dirige, sous le pseudonyme de Charles DieudonnéSon passeport pour la France lui a été délivré le 7 juin par le consulat allemand de Florence au nom de Karl Diodati. On lit dans la Tribune de Genève du 22 septembre 1944 ce propos souvent repris que «Charles est le second prénom d'Oltramare et Dieudonné est la traduction française de l'expression italienne Diodato. On sait qu'une Diodati fut la grand-mère du pamphlétaire». Oltramare se prénommait toutefois Georges Albert et ses grand-mères étaient nées Fournier et Moulinié., le journal La France au travail (futur La France socialiste). Il quitte ce poste en et travaille pour trois journaux, L'Appel Revivre et Pariser-Zeitung, tout en animant à Radio Paris plusieurs émissions comme Au rythme du temps, Les juifs contre la France (cabaret antisémite) et Un neutre vous parle, une chronique personnelle qu'il tient sous son nomLe Matin, 17 juillet 1942, « Radio-Paris ».
Le , il est à l'origine du déjeuner organisé à l'Écu de France par l'Association des journalistes antijuifs (AJA) dont le président d'honneur est Jean Drault pour célébrer le cinquantième anniversaire du premier numéro de La Libre Parole d'Édouard Drumont.. Céline, Pierre-Antoine Cousteau, Henry Coston, Jean Hérold-Paquis, Jacques Dyssord, Robert Denoël et Titaÿna sont également présents à cet évènement. En , il fête les 25 ans du Pilori avec un déjeuner auquel sont conviés les antisémites Henri Labroue et Louis Darquier de Pellepoix.. Il participe à Paris à des réunions collaborationnistes et anticommunistesLe Matin, 27 octobre 1941, « Les volontaires contre le bolchevisme acclamés à Wagram », Ibid., 19 juin 1943, « Les jeunes de l'Europe nouvelle face au bolchevisme », Paris-Soir, 5 avril 1944, « Au cercle aryen » et tient des conférencesLe Matin, 17 avril 1941, « Une conférence de Charles Dieudonné à la salle Gaveau », Ibid., 20 avril 1941, telle cette conférence de 1941 louant l'œuvre de Céline, son antisémitisme et son appel à la collaboration franco-allemande.. Début 1944, se sachant menacé par la Résistance, il organise un Banquet des Condamnés à Morts qui se tient le Yves Laplace, Plaine des héros, Éditions d'en bas, p. 264.. Un assassin tente d'ailleurs de le tuer au pistolet, mais échoue car son arme s'enraieLaplace, p. 265..
D'après Patrice MiannayPatrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans la Résistance, éd. Le Cherche Midi., il aurait émargé aux fonds de l'ambassade d'Allemagne et aurait été un agent de l'Abwehr. Durant l'Occupation, il intervient toutefois auprès de l'ambassade d'Allemagne en faveur du poète Max Jacob détenu à Drancy.
Après-guerre En , il fuit à Sigmaringen où il retrouve ses amis Céline et Robert Le Vigan, eux aussi en fuite, ainsi que les principales figures du régime de Vichy. Il continue d'y diffuser ses émissions. Arrêté par des troupes alliées, il est extradé vers la Suisse où, le , il est inculpé pour « atteinte à l’indépendance de la Confédération », « atteinte à la sûreté de l’État » et « agent stipendié du gouvernement allemand ». Interné le , il est relâché le sur l'intervention de ses amis et de sa famille, mais il lui est interdit de publier des journaux.