vignette|Destruction du mess des officiers du V Corps américain, le 11 mai 1972 L' offensive de mai de la Fraction armée rouge (Mai-Offensive der Rote Armee Fraktion) consiste en six attentats terroristes perpétrés par la Fraction Armée rouge (RAF) en République fédérale d'Allemagne entre le 11 et le . Deux de ces attentats visaient des installations militaires américaines, deux des autorités policières, un visait à assassiner le juge Wolfgang Buddenberg et le dernier était dirigé contre les bâtiments des éditions Springer à Hambourg . Au total, quatre personnes sont tuées et 74 blessées par les terroristes d'extrême-gauche.
En , la police parvient à arrêter dix membres fondateurs de la RAF, dont certains seront inculpés et condamnés lors du procès de Stammheim (1975-1977).
Ces différentes attaques auront pour effet d'isoler la fraction armée rouge de la quasi-totalité de ses soutiens politiques à gauche. Par ailleurs, la République fédérale d'Allemagne accroit considérablement les mesures de sécurité autour de ses bâtiments publiques, de ses hauts fonctionnaires et du personnel politique.
Préparatifs Plusieurs évènements précèdent l'offensive proprement dite : l'acquisition de ressources financières et logistiques, l'entraînement au maniement des armes et explosifs ainsi que l'élaboration d'une idéologie légitimant ce type d'actions.
A l'été 1970, plusieurs membres de la RAF sont allés en Jordanie dans un camp d'entraînement du groupe terroriste palestinien Al-Fatah pour se familiariser avec la lutte armée. Pendant les deux années suivantes, la RAF a commis plusieurs braquages de banques, des cambriolages de bureaux d'immatriculation et des vols de véhicules afin de financer et organiser la vie de ses membres entrés en clandestinité. Par ailleurs, dans le texte fondateur« Le Concept de la guérilla urbaine » , publié en et rédigé par Ulrike Meinhof, la RAF annonçait une « intervention révolutionnaire » et y avait déployé une argumentation ayant pour but de légitimer le passage à la violence politique pour atteindre ses objectifs.
En , Thomas Weisbecker sous-loue à un étudiant un appartement à Francfort-sur-le-Main, rue Inheidener 69. D'autres membres de la RAF louent quatre autres appartements dans les environs. Gerhard Müller commande par téléphone depuis Francfort des produits chimiques dans toute l'Allemagne. Selon ses propres déclarations, il aurait ainsi commandé 500 kg de nitrate d'ammonium et 250 kg de nitrate de potassium. En outre, des membres de la RAF volent 187 capsules détonantes et 64 amorces dans une usine de basalte désaffectée à Oberaula . Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Holger Meins et Jan-Carl Raspe utilisent ce matériel pour fabriquer des bombes dans l'appartement de la rue Inheidener.
Offensive de mai 1972
Attentat au Quartier général du V US Corps à Francfort-sur-le-Main vignette|left|Paul A. Bloomquist, soldat américain victime de l'attentat à la bombe perpétré par la Fraction armée rouge le 11 mai 1972 Le , à 18h59, trois bombes d'une puissance totale de 80 kg de TNT explosent dans l'ancien bâtiment de l'IG Farben à Francfort-sur-le-Main. À l'époque, le complexe abrite le quartier général du Ve Corps de l'armée américaine, le Commandement des États-Unis en Europe et le siège de la Central Intelligence Agency (CIA) en Allemagne. Deux bombes explosent dans le portail d'entrée, la troisième dans le mess des officiers. Des éclats de verre tuent le lieutenant-colonel Paul A. Bloomquist ; 13 personnes sont blessées. Les dégâts matériels sont estimés à 3,1 millions de marks.
Le , l'agence de presse allemande (dpa) à Munich reçoit une lettre de revendication de l'attentat par le « Commando Petra Schelm ». La lettre justifie ainsi l'attaque :
« En raison des stratégies d'extermination au Vietnam, l’Allemagne de l’Ouest et Berlin-Ouest ne doivent plus constituer une base arrière sûre [pour les forces armées américaines]. Ils doivent savoir que leurs crimes contre le peuple vietnamien leur valent des ennemis nouveaux et acharnés, et qu’il ne restera plus nulle part au monde où ils puissent être à l’abri des attaques d’unités de guérilla révolutionnairesTexte original „ Für die Ausrottungsstrategen von Vietnam sollen Westdeutschland und Westberlin kein sicheres Hinterland mehr sein. Sie müssen wissen, daß ihre Verbrechen am vietnamesischen Volk ihnen neue, erbitterte Feinde geschaffen haben, dass es für sie keinen Platz mehr geben wird in der Welt, an dem sie vor den Angriffen revolutionärer Guerilla-Einheiten sicher sein können“ »
Dans l'appartement de la rue Inheidener Straße, les autorités découvriront des matériaux explosifs ainsi que des articles de presse datant du concernant l'ordre donné par le président américain Richard Nixon de miner et de bloquer tous les ports nord-vietnamiens pendant la guerre du Vietnam, ainsi que de bombarder plusieurs grandes villes du pays.
La lettre de revendication de l'attentat exige l'arrêt des bombardements au Vietnam ainsi que le retrait de toutes les forces américaines engagés dans la guerre du Vietnam. La lettre se termine par l'appel « Créons deux, trois, plusieurs Vietnam ! » Ce slogan, tiré d'un pamphlet de Che Guevara, était connu et souvent utilisé par l'opposition extra-parlementaire depuis 1967.
Attentats contre la police à Augsbourg et Munich Le , à 12 h 15 et 12 h 18, deux bombes explosent aux troisième et quatrième étages du commissariat de police d'Augsbourg, sur la Prinzregentenplatz. La deuxième bombe blesse six policiers et un ouvrier. Une troisième bombe n'a pas explosé. Les enquêteurs imputeront par la suite l'attentat à Baader, Raspe ainsi qu'à un autre homme.
À 14 h 15, une femme appelle le bureau des salaires de Munich pour l'informer qu'une bombe va exploser dans sept minutes à l'office régional de la police criminelle, à proximité immédiate de leurs propres locaux. La voix les exhorte à évacuer leur bureau . Les personnes alertées se réfugient dans le parking de la police criminelle. C'est là, à 14 h 20, qu'explose une bombe dissimulée dans une voiture. Dix personnes, dont un enfant, sont blessées. Les dégâts matériels sont estimés à plus de 500'000 marks allemands, une centaine de voitures ont été endommagées.
L'attentat est revendiqué par la RAF qui se présente comme «le commando Thomas WeisbeckerThomas Weisbecker était un militant du Mouvement du 2 juin. » Dans la lettre de revendication datée du et postée de suisse, le groupe déclare qu'un « peloton d'exécution » de la police d'Augsbourg et de Munich aurait surpris et assassiné Weisbecker le . Or, selon eux, les autorités chargées de l'enquête ne pouvaient pas « liquider l'un d'entre eux [...] sans devoir s'attendre à une riposte. »
Attentat conte le juge Wolfgang Buddenberg Le , Manfred Grashof lui-même membre de la Fraction armée rouge a tué un policier lors d'une fusillade et été lui-même grièvement blessé. Wolfgang Buddenberg juge d'instruction à la Cour fédérale de justice (BGH), est chargé de ce dossier.
Depuis , deux femmes travaillant pour la RAF espionnaient le domicile de Buddenberg et son trajet pour se rendre à son travail. Il s'y rendait habituellement en voiture, sa femme Gerta étant généralement au volant. Le , à 12 h 30, une gourde remplie d'explosifs explose sous le siège passager de sa voiture, devant chez eux. La bombe était fixée à l'aide d'aimants sous le plancher du véhicule ; un câble reliait son détonateur au démarreur. C'est en faisant démarrer la voiture que Gerta Buddenberg déclenche l'explosion de la bombe ; elle survit mais est grièvement blessée. Elle est transférée à l'hôpital et immédiatement opérée. Son foie a été endommagé, ses deux jambes ont également été touchée, elle passe 13 semaines à l'hôpital>.
L'explosion a arraché le siège passager et le toit ouvrant a été projeté à plusieurs mètres de là. Ce jour-là le juge Wolfgang Buddenberg était allé travailler à pied. Quiconque ce serait assis sur le siège passager n'aurait eu aucune chance de survie.
Quatre ans plus tard, Gerta Buddenberg témoigne au procès de Stammheim, lors du jour d'audience. Elle souffre encore des conséquences de l'attentat, tant sur le plan physique que psychique. Elle souffre d'une perte d'audition médicalement attestée, elle a du réapprendre à marcher et a été reconnue invalide à 50%. Elle reste traumatisée par l'attentat, elle souffre d'insomnie et est devenue beaucoup plus nerveuse qu’auparavant.
Le couple parquait toujours sa voiture dans la rue et n'avait pas pris de mesure spéciale pour assurer sa protection.
La lettre de revendication du « Commando Manfred Grashof » datée du qualifie l'attentat de Karlsruhe d'« acte punitif » : Buddenberg, « le porc », aurait fait transférer Grashof de l'hôpital vers une cellule « alors que le transport et le risque d'infection en prison mettait en danger sa vie » . Cet acte, poursuit le communiqué, consiste en une tentative de meurtre de la part de la police contre une personne sans défense. Dès lors, la RAF allait continuer à perpétrer des attaques à l'explosif contre des juges et des procureurs jusqu'à ces derniers cesser de violer les droits des prisonniers politiques. Dans la foulée, le communiqué déclare que le traitement infligé à Carmen Roll et Manfred Grashof témoigne d'un « fascisme déjà institutionnalisé au sein du système judiciaire » ainsi que du « début de la torture ». vignette|Maison d'édition Axel Springer à Hambourg (2004)
Attentat de la Tour Springer à Hambourg Le , la RAF commet un attentat à la bombe dans la tour des éditions Axel Springer à Hambourg, où sont imprimés les journaux Bild, die Welt et Hamburger Abendblatt. A 15h41, une première explosion à lieu au troisième étage, à 15h45, une deuxième bombe explose au sixième étage, dans les toilettes des dames. A 15h35 et à 15h37, des appels anonymes avaient été passé afin d'avertir les éditions qu'une bombe allait exploser dans 15 minutes, mais les deux employées qui ont reçu ses appels ne les ont pas pris au sérieux. La première se ravise et contacte le service de sécurité. Aux moments oû les explosions retentissent, près de 3'000 collaborateurs se trouvent dans la tour Springer et le service de sécurité n'a pas eu le temps d'organiser la moindre évacuation.
Le bilan humain de cette attaque se monte à 17 blessés, certains ayant été grièvement touchés. Les dégâts financiers se montent à un tiers de million de marks. Les victimes sont de simples collaborateurs ; les responsables du secteur éditorial, très probablement visés par la bombe au sixième étage, sont tous indemnes. Le jour même, Arnd Plötter, responsable éditorial du Bild retourne au travail. Il en va de même le lendemain pour le reste des collaborateurs. Quatre bombes sont cependant encore cachées dans le bâtiment. Un nouvel appel téléphonique anonyme en avertit les éditions , 32 heures après l'attentat, l'ensemble des bombes sont désamorcées.
La RAF revendique l'attentat au nom d'un "commando du "A ne pas confondre avec le mouvement du 2 juin, distinct de la RAF. . La date du se réfère au , date du décès de l'étudiant Benno Ohnesorg, tué d'une balle dans la tête par un policier lors d'une manifestation contre la visite officielle du Shah d'Iran en Allemagne de l'Ouest. La date du décès tragique de Benno Ohnesorg est alors largement connue au sein de la société allemande. Par ailleurs, tant le mouvement étudiant que l'opposition extraparlementaire de l'époque exècrent les éditions Springer, et vont parfois jusqu'à les désigner dans leurs slogans comme étant co-responsables du décès de l'étudiant.
Quartier général de l'armée américaine en Europe à Heidelberg