vignette|Le chancelier allemand Olaf Scholz avec le président israélien Isaac Herzog à Tel Aviv le 17 octobre 2023. Alors que la guerre de Gaza, déclenchée en , se poursuit, le soutien du gouvernement allemand à Israël attire une forte attention médiatique et suscite de nombreux commentaires.
Le , le Nicaragua engage une procédure contre l’Allemagne devant la Cour internationale de justice (CIJ), l’accusant de faciliter un génocide à Gaza, en violation de la Convention sur le génocide. Le , l'Allemagne suspend ses ventes d'armes à Israël à la suite d'une déclaration du cabinet israélien annonçant son intention d'occuper l'ensemble de la bande de Gaza.
Contexte Le , des combattants palestiniens de la bande de Gaza, dirigés par le mouvement islamiste Hamas, attaquent Israël, faisant près de 1 200 morts israéliens, dont 800 civils, et prenant 250 otages. En réponse, Israël lance une invasion de Gaza, qui entraîne la mort d'au moins 66 000 Gazaouis à la date de .
Position du gouvernement Le , le chancelier allemand Olaf Scholz se rend en Israël et déclare : « L'histoire allemande et notre responsabilité découlant de la Shoah nous imposent le devoir de défendre l’existence et la sécurité de l'État d’Israël ». Le , Scholz affirme : « la seule place de l’Allemagne est aux côtés d'Israël », réitérant que « la sécurité d’Israël est une raison d'État pour l’Allemagne ».
À l'occasion du premier anniversaire des attaques du , le président allemand Frank-Walter Steinmeier prononce un discours dans lequel il qualifie l’événement de « moment charnière, un traumatisme profond pour les Juifs, non seulement en Israël, mais dans le monde entier ». Il met également en garde « nous, Allemands en particulier, contre toute condamnation irréfléchie d'Israël ».
Le gouvernement allemand a toujours nié l'existence d'un génocide à Gaza. En , à la suite de la publication d'un rapport d'Amnesty International accusant Israël de génocide, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Sebastian Fischer, déclare que « le génocide présuppose une intention claire d’éradiquer un groupe ethnique. Je ne reconnais toujours pas une telle intention claire ».
En , le gouvernement allemand se refuse d'accepter les réfugiés palestiniens de Gaza.
Politique extérieure
Financement des droits de l'homme À la suite des attaques du 7 octobre, le gouvernement allemand coupe le financement d’au moins six ONG palestiniennes. En , le gouvernement allemand réduit son financement pour les ONG israéliennes Zochrot, qui sensibilise à la Nakba, et , un groupe féministe qui lutte contre la conscription militaire.
Nations Unies Le , l'Allemagne s'abstient lors d'un vote de l'Assemblée générale des Nations unies appelant à un cessez-le-feu à Gaza, invoquant le fait que la résolution ne condamne pas l'attaque du . L'Allemagne s’abstient à nouveau lors d'une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies appelant à un cessez-le-feu le .
Exportations d'armes Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, l'Allemagne représente 30 % des importations d’armes en Israël entre 2019 et 2023. Les exportations d'armes allemandes vers Israël augmentent fortement dans les derniers mois de 2023, après l'attaque du . Cependant, au premier semestre 2024, ces exportations diminuent significativement. D'août à , le gouvernement allemand autorise des exportations d'armes vers Israël d’une valeur de 94 millions d’euros.
En , le Centre européen d'appui juridique dépose une requête devant un tribunal allemand pour demander le blocage d'un envoi de 150 tonnes d’explosifs militaires en provenance d'Allemagne à destination d'Israël, car pouvant potentiellement être utilisés pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza.
En , un rapport de Reuters révèle que les exportations d'armes de l'Allemagne vers Israël ont ralenti en 2024 en raison de recours juridiques. Cependant, le ministère allemand des Affaires étrangères a autorisé 100 millions de dollars d'exportations militaires au cours des trois mois précédents.
Les entreprises allemandes Rheinmetall, , MTU Friedrichshafen et ThyssenKrupp ont exporté des armes utilisées par Israël lors de la guerre de Gaza.
Le , l'Allemagne annonce stopper tout exportation de matériel militaire vers Israël pouvant être utilisé à Gaza « jusqu'à nouvel ordre », en réponse à la décision du cabinet du Premier ministre Netanyahou de prendre le contrôle de la ville de Gaza. Selon un analyste, l'Allemagne « reconnaît ouvertement son malaise face aux actions d'Israël et limite certains transferts d'armes, ce qui représente une avancée majeure pour l’Allemagne ». La décision de Friedrich Merz est critiquée par certains hommes politiques allemands.
Politiques nationales Selon le commissaire fédéral allemand chargé de la lutte contre l’antisémitisme, accuser Israël de génocide est jugé antisémite. Accuser publiquement Israël de génocide peut entraîner une arrestation en Allemagne, même lorsque les accusateurs sont juifs ou israéliens. En , une plainte pénale est déposée devant les tribunaux allemands, accusant plusieurs hauts responsables politiques de complicité de génocide.
Modifications de la législation En , l'État de Saxe-Anhalt modifie ses lois sur les demandes de citoyenneté : celle-ci exige aux personnes vivants dans cet État de signer un document dans lequel elles « reconnaissent le droit d'Israël à exister et condamnent toute tentative visant à remettre en cause l'existence de l'État d'Israël ». En 2024, le gouvernement fédéral modifie sa loi sur la citoyenneté pour ajouter des questions concernant le droit de l'État d'Israël à exister dans le test obligatoire pour obtenir la citoyenneté.
En , le gouvernement fédéral adopte une loi exigeant que tous les projets demandant des subventions publiques adoptent la définition de l'antisémitisme selon l'IHRA, reconnaissent le droit d'existence de l'État d’Israël et ne participent pas au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions.
Partis et organisations politiques
Partis politiques Le parti de gauche Die Linke traverse d'importantes turbulences internes en raison de sa position sur la guerre à Gaza. L’ancienne députée de Die Linke, Christine Buchholz, accuse le parti de « ne pas répondre de manière adéquate à l'un des conflits politiques centraux – les protestations contre la guerre de Gaza et la dépossession continue ainsi que la déshumanisation des Palestiniens par l'État d’Israël, avec le soutien du gouvernement allemand ».
Organisations En , la fondation Heinrich Böll annonce que l'autrice judéo-américaine Masha Gessen est la lauréate du prix Hannah-Arendt pour la pensée politique. En , quelques jours avant la remise prévue du prix, la HBS retire son soutien, affirmant s'opposer à un essai de Gessen sur la guerre menée par Israël à Gaza, publié dans The New Yorker le .
Manifestations
Manifestations contre la guerre vignette|Manifestation pro-palestinienne à Francfort en 2024. Depuis le début de la guerre, plusieurs manifestations étudiantes ont lieu en Allemagne. La réaction des forces de police suscite la controverse, des étudiants dénonçant des atteintes à la liberté académique, à la liberté d'expression, ainsi que des cas de violences policières.
À Berlin, Francfort et dans d’autres villes allemandes, les autorités ont interdit les rassemblements pro-palestiniens.
En , la chaîne publique allemande NDR révèle que, sous la direction de Bettina Stark-Watzinger, le ministère de l'Éducation et de la Recherche demande l'ouverture d'enquêtes pour déterminer s'il est possible de retirer des financements aux signataires d'une lettre ouverte critiquant la gestion par l'Université libre de Berlin du comportement des étudiants ayant participé à un campement de protestation pro-palestinien. Les signataires ne commentent pas la situation en Israël, mais soulignent le droit à la protestation pacifique, à la liberté de réunion et à la liberté d'expression.
Réactions vignette|Manifestation pro-israélienne à Berlin le 22 octobre 2023.
En Allemagne D'après la députée de Die Linke , « la souffrance du peuple palestinien ne semble susciter aucun intérêt de la part de l'establishment politique en Allemagne ».
Le , le chancelier allemand Olaf Scholz rejette les appels à « un cessez-le-feu immédiat ou une longue trêve » dans la guerre menée par Israël à Gaza, affirmant qu'une telle mesure « signifierait, en fin de compte, laisser au Hamas la possibilité de se reconstituer et d'obtenir de nouveaux missiles ». En , Scholz confronte le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, au sujet de ses critiques répétées à l'égard d'Israël, déclarant que celui-ci ne parle pas au nom de l’Allemagne.
En , le chef de la CDU, Friedrich Merz, pousse avec succès le gouvernement allemand à reprendre les livraisons d’armes à destination d'Israël, y compris des pièces de rechange pour des chars. Il propose de déchoir de leur nationalité allemande les personnes ayant une double nationalité manifestant contre Israël. Merz critique la décision de la Cour pénale internationale sur la délivrance d'un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, alléguant sa responsabilité dans le crime de guerre de famine comme méthode de guerre et les crimes contre l'humanité de meurtre, de persécution et d'autres actes inhumains pendant la guerre à Gaza. En , au lendemain des élections fédérales allemandes, il annonce son intention d'inviter Netanyahou en Allemagne, « en défi ouvert » à la décision de la CPI.
En , le président allemand Frank-Walter Steinmeier appelle les maghrébins vivant en Allemagne à se distancer du Hamas.
Le , en visite à Sderot, près de la bande de Gaza, le vice-chancelier allemand Robert Habeck qualifie le recours Afrique du Sud c. Israël d'« une des plus grandes absurdités que l’on puisse imaginer ».
Le , la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, bloque une déclaration des ministres de l'Union européenne appelant à « un cessez-le-feu humanitaire immédiat » afin de venir en aide aux civils dans la bande de Gaza. Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés, critique la ministre à la suite d'un discours prononcé par la ministre au Bundestag le , dans lequel elle qualifie les frappes israéliennes sur des sites civils palestiniens de « légitime défense ».
En 2024, l'AfD revient sur sa position auparavant pro-israélienne. Son coprésident, Tino Chrupalla, appelle à mettre fin à la relation actuelle entre l'Allemagne et Israël, qu'il qualifie d'« unilatérale ». Cette prise de position suscite des critiques au sein même du groupe parlementaire de l'AfD, révélant des divisions internes persistantes sur la question.
Selon un sondage réalisé en par l'institut allemand Forsa pour le journal Die Welt, 45 % des personnes interrogées en Allemagne sont d'accord, tandis que 43 % sont en désaccord avec l'affirmation suivante : « L'action militaire d'Israël dans la bande de Gaza est globalement appropriée ». Immédiatement après l'attaque du Hamas contre Israël, 44 % des Allemands estiment que l'Allemagne a « une obligation particulière envers Israël ». En , ce chiffre tombe à 37 %.
À l'étranger vignette|Manifestation en Slovénie contre le chancelier allemand Friedrich Merz, la représentante des Affaires étrangères de l'Union européenne Kaja Kallas et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, accusés de promouvoir le génocide à Gaza, le . En , le président namibien Hage Geingob qualifie les actions d'Israël à Gaza de « génocidaires et horribles », tout en critiquant vivement le soutien allemand envers l'État hébreu dans l'affaire Afrique du Sud c. Israël. D'après lui, l'Allemagne fait preuve d'« une incapacité à tirer les leçons de son histoire horrifique ».