Emmy Schoch, née le à Lichtenau et morte le à Karlsruhe, est une créatrice de mode et entrepreneure allemande. Elle est une membre active du Verein zur Verbesserung der Frauenkleidung (Association pour l'amélioration du vêtement féminin) et fait la promotion de ces nouveaux vêtements adaptés au mouvement à travers des conférences et des expositions. Elle dirige avec succès son entreprise de mode, qui compte jusqu'à , durant , à travers l'Empire allemand, la République de Weimar et le Troisième Reich. Elle s'engage pour la formation des travailleuses et la juste reconnaissance des métiers de l'artisanat. Son entreprise de vêtements sur mesure ferme en 1953.
Biographie vignette|Robe de thé, vue de face, Emmy Schoch 1912-1913. Jeunesse et formation Hermine Emilie Schoch, dite Emmy, est née le à Lichtenau. Elle est la fille d'Hermine Richter et de Carl Friedrich Schoch, un entrepreneur et député de la deuxième chambre du Landtag pour le Parti national-libéral. Celui-ci a déjà quatre enfants d'une union précédente. La famille s'installe à Karlsruhe à partir de 1886.
Douée pour la musique, Emmy Schoch commence des études au Conservatoire de Karlsruhe en 1897. Elle se spécialise en piano auprès de avant d'abandonner ses études pour des raisons de santé.
Aucun élément n'indique qu'Emmy Schoch ait suivi une formation à l'École des Arts et Métiers ou dans autre école professionnelle. Comme pour les femmes artistes, les possibilités de formation sont alors limitées pour les couturières. Ce n'est qu'au début du que l'égalité des apprentissages pour les deux sexes se met en place. Elle acquiert probablement une expérience pratique dans sa famille où son père, entre autres activités, est commerçant de peintures et de papiers peints, fabricant de tissus et d'étoffes et propriétaire d'une usine de laine produisant des gants et des articles similaires.
Vers 1900, elle s'installe à Berlin et entre à l'atelier de Pauline Winker, sur le Kurfürstendamm, pour un apprentissage de tailleuse. Il semble que celle-ci, reconnaissant son talent, l'ait autorisée à participer à une exposition à Stuttgart, sous son propre nom.
Réforme vestimentaire Le Verein zur Verbesserung der Frauenkleidung (Association pour l'amélioration du vêtement féminin) est fondé en 1896 avec l'objectif de , selon les principes de la réforme vestimentaire, à l'opposé des robes inconfortables portées par les femmes aisées sur des corsets lacés serrés. Des robes pratiques, à porter sans corset sont présentées dans les médias et des expositions. Des étudiantes, des artistes et des militantes pour les droits des femmes, toutes engagées dans des idées progressistes, sont parmi les premières à adopter les vêtements de réforme.
De retour à Karlsruhe en 1906, Emmy Schoch rejoint la section locale du Verein dont elle est une membre active. Elle ouvre les Werkstätte für neue Frauentracht und künstlerische Stickerei (Ateliers de nouveaux costumes féminins et de broderie artistique) au 12 Herrenstrasse. vignette|Manteau japonais bleu, vu de devant, 1911. Emmy Schoch collabore à la revue de l'Association pour l'amélioration du vêtement féminin, Frauenkleid und Frauenkultur (Robe et culture féminines) pendant . Celle-ci lui offre une plateforme pour ses idées sur l'industrie de la mode, lui permet de participer à la discussion sur les vêtements de réforme et de voir des photos et des patrons de ses modèles publiés. Le photographe est l'auteur de la plupart des photos des vêtements d'Emmy Schoch qui y sont publiées. vignette|Manteau japonais, vu de dos, 1911. Pour l'association, elle entreprend, tout comme ses collègues Else Raydt, Maria Thierbach et Hedwig Buschmann, des tournées de conférences. À partir de 1906 et plusieurs fois par an, elle voyage à Breslau, en Rhénanie, dans la Ruhr, dans le nord de l'Allemagne, en Saxe et à Strasbourg, jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Elle est invitée par des associations locales pour l'amélioration du vêtement féminin, mais aussi par d'autres associations et institutions féminines, comme le Club des femmes de Cologne. Ses conférences portent des titres comme Frauenwohl - Frauenschönheit - Frauenkleidung (Bien-être féminin, beauté féminine, vêtements féminins) ou Die Neutracht (Le nouveau costume). Lors de ces événements, elle explique les avantages des vêtements de réforme pour la santé et l'hygiène et les expose, les présente sur des mannequins ou défile elle-même dans les allées comme mannequin.
Pour Emmy Schoch, les exigences esthétiques du vêtement sont tout aussi importantes que l'exigence de confort. Elle demande le respect de la couture comme artisanat d'art, appelant à l'arrêt de la hiérarchisation des professions artistiques, jusqu'alors divisées entre beaux-arts et arts appliqués.
La réforme vestimentaire des années 1900 s'étend également aux sous-vêtements. Emmy Schoch s'implique alors dans la Zentralstelle für erprobte Unterkleidung (Office central des sous-vêtements évalués), qui s'occupe de la collecte et de l'exposition de sous-vêtements et de leurs patrons.
Emmy Schoch aborde la question vestimentaire en relation avec le mouvement dans la vie quotidienne. Dans son essai « Kleid und Bewegung » de 1928, elle écrit sur les limites que les vêtements imposent à la liberté des femmes . .
Le mouvement de réforme vestimentaire tend à limiter l'ornementation sur les vêtements. Emmy Schoch, en accord avec la théorie d'Henry van de Velde, estime qu' Elle veut également que ces nouveaux vêtements soient accessibles à toutes les femmes. Cette exigence, doublée du souci de tenir compte des exigences de goût, de couleurs et de lignes de chaque cliente, la pousse à suivre l'exemple de certains grands magasins et de créer un département de robes dites semi-finies. Celles-ci coûtent environ un tiers de moins que les robes entièrement finies et correspondent aux besoins de la vie moderne. Il s'agit de robes brutes que les clientes peuvent terminer elles-mêmes ou avec l'aide de la couturière de l'entreprise.
En 1908, une exposition qui lui est consacrée au Musée des arts décoratifs de Cologne, Ausstellung moderner Kleider aus der Werkstätte von Emmy Schoch Karlsruhe, remporte un grand succès, au point qu'une offre lui est faite pour installer son atelier dans la ville.
La réforme vestimentaire apparaît généralement comme un mouvement progressiste et moderne, intégré au mouvement féministe. Cette approche a cependant été souvent contestée. Selon Aliena Guggenberg, Emmy Schoch fait justement partie des "réformatrices conservatrices" car elle perpétue l'image traditionnelle du rôle des femmes.
Défense de la profession et engagement dans la formation Emmy Schoch transmet son approche aux générations suivantes d'apprenties, qu'elle forme depuis l'ouverture de son atelier jusqu'à sa retraite en 1954. Elle continue à proposer des cours de couture et de broderie peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, intégrant une école à son atelier.
Elle recrute du personnel expérimenté, donne la préférence aux apprenties qui, grâce à une meilleure éducation et à leur origine « de bonne famille », répondent aux exigences de goût et d'appréciation artistique. L'idée que la couture féminine combine artisanat et arts et métiers est déjà répandue à cette époque. Jusqu'à sa retraite en 1954, elle forme des femmes au métier de couturière.
En 1926, elle reçoit un prix de l'Office du Commerce du Land de Bade pour son travail d'enseignante.
En 1908, elle est élue membre du conseil d'administration de l'École des métiers de Karlsruhe. Elle est la première femme à ce poste. En 1910, elle est également élue au conseil d'administration de la nouvelle Association pour l'éducation des jeunes de Karlsruhe, pour le département des écoles professionnelles (Karlsruher Jugendbildungsvereins für die Abteilung Gewerbeschule).
Moderne Frauenkleidung Emmy Schoch épouse Max Friedrich Hermann Leimbach, un commerçant fribourgeois en 1910. Son mari quitte son emploi dans une banque pour rejoindre l'entreprise en pleine expansion de sa femme, puis en devient le propriétaire en 1926. L'entreprise, qui compte alors , s'installe dans de vastes locaux aux 11 et 13 de la Herrenstrasse en 1912. Le nom de l'entreprise est modernisé, devenant «Moderne Frauenkleidung» (Vêtements féminins modernes), gardant une référence à la réforme vestimentaire. Les départements couture et coupe, la broderie à la main, le tissage à la main, la broderie machine, l'atelier de dessin et un département pour les assistants hommes y sont créés, et l'entreprise s'accroît de dix personnes supplémentaires jusqu'à la guerre.
À l'atelier de la Herrenstrasse s'ajoute une école qui propose des cours de techniques de couture, de broderie et de décoration textile, non seulement aux aspirantes couturières, mais à toutes les femmes. vignette|Robe de thé, vue de dos, 1912-1913. Emmy Schoch est, à ce moment-là, largement connue grâce à ses tournées de conférences et à une couverture médiatique positive, parfois enthousiaste.
Vente par correspondance Elle se lance alors dans la vente par correspondance de vêtements sur mesure. Son catalogue de 1913, « Das deutsche Typenkleid » (La robe type allemande) est diffusé dans tout le pays. L'avant-propos se réfère à Goethe et souligne que les femmes de goût doivent adapter leurs vêtements à leur individualité plutôt que de se laisser guider par la mode. Le catalogue propose des styles vestimentaires éprouvés, non pas des vêtements prêts-à-porter, mais des vêtements confectionnés par des mains expertes à partir des meilleurs matériaux. Il présente 56 modèles illustrés en pleine page, attrayants, élégants et pratiques, des robes simples, allant des robes d'après-midi, du streetwear, des vêtements d'intérieur et de sport aux robes de soirée, des chemisiers aux uniformes d'infirmière. Des tableaux de tailles facilitent les commandes. Les robes sont censées aller immédiatement, seuls les chemisiers sont disponibles pour examen. Le paiement s'effectue en espèces à la livraison ou à l'avance. Outre le savoir-faire artisanal et le talent créatif, le courage entrepreneurial et l'organisation sophistiquée sont remarquables.
Emmy Schoch-Leimbach se considère comme une artisane, réalisant des créations fonctionnelles et adaptées aux matériaux. Elle fournit à ses clientes des robes finies et semi-finies, confectionnées dans les meilleurs matériaux et avec un savoir-faire artisanal de haut niveau. Son style s'inscrit dans l'air du temps. Les discussions sur la qualité des créations pour la production en série ont, entre autres, influencé l'industrie de la mode. Le Werkbund allemand est fondé en 1907 pour la promotion de l'innovation dans les arts appliqués et l'architecture. Mais son exposition de Cologne de 1914 mécontente l'Association pour l'amélioration du vêtement féminin en raison d'une faible représentation de la mode allemande contemporaine. C'est pourquoi l'association organise sa propre exposition de vêtements allemands pour femmes et enfants au Musée des Arts décoratifs de Cologne.
Première Guerre mondiale Avec le déclenchement de la guerre en 1914, les ventes de l'entreprise Schoch s'effondrent. La pénurie de matériaux impacte les activités commerciales et Max Leimbach est mobilisé de 1916 à 1918. Seuls quelques nouveaux modèles sont présentés, alors même que l'industrie de la mode allemande tente de rompre avec la domination française et d'établir ses propres tendances avec des concepts à orientation nationale. Les effectifs doivent être réduits pendant la guerre. Seuls les principaux employés sont conservés dans l'entreprise, notamment la directrice Anna Egeter, employée de longue date, depuis 1908.
Les restrictions économiques poussant les femmes à confectionner elles-mêmes des vêtements, Emmy Schoch continue de proposer des cours pratiques de couture à son atelier, au moins au début de la guerre.