Les femmes en exil pendant l'Espagne franquiste sont les femmes qui ont fui l'Espagne durant la dictature de Franco. Ces femmes l'ont fait pour avoir été du « mauvais » côté pendant la guerre civile espagnole. La répression derrière les lignes nationalistes pendant la guerre et dans les années qui ont suivi n'a laissé à de nombreuses femmes politiquement actives d'autres options que partir ou faire face à la mort. On ignore le nombre exact de femmes assassinées, enfuies ou disparues, on ne peut que faire des estimations.
Parmi les femmes qui avaient été politiquement actives, certaines continuèrent à s'opposer au régime depuis l'exil. C'était le cas des militants républicains en général, qui parfois se coordonnaient entre eux, et il faut signaler à cet égard l'organisation anarcho-féministe Mujeres Libres. À la différence d'autres groupes, la plupart des militantes ne furent actives que pendant la guerre, et le furent moins pendant l'exil; il y eut cependant un regain d'activité dans les années 1960. Le Parti Communiste d'Espagne (PCE) a été le groupe politique le plus actif aussi bien en Espagne qu'en dehors. L'Union des Femmes Antifascistes Espagnoles (UMAE) du PCE a attiré un grand nombre d'exilées espagnoles politiquement actives. Il ne s'agissait pas de libérer les femmes comme une partie d'un plus large agenda; des normes de genre strictes étaient imposées.
Des femmes du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), dont quatre des cinq députées du PSOE pendant la Deuxième République, Veneranda García Manzano, Matilde de la Torre, Julia Álvarez Resano et Margarita Nelken, se sont exilées au Mexique. Les femmes ont gagné des positions de leadership de groupes en exil, tant au Mexique qu'en France. Quelques-unes sont rentrées et ont été élues députées aux Cortes. Les femmes qui avaient participé au POUM se sont exilées aussi, Micaela Feldman de Etchebéhère étant la plus connue. Le groupe devait se reformer après la Seconde Guerre mondiale, mais allait se dissoudre à nouveau au milieu des années 1950, María Teresa Carbonell, épouse du dernier président du POUM, Wilebaldo Solano, aidant à fonder la Fundació Andreu Nin pour maintenir vivant l'héritage du groupe. Les Basques ont aussi fait l'objet de répression dans l'Espagne franquiste. Les femmes du Parti Nationaliste Basque s'exilèrent également, et beaucoup d'entre elles ont collaboré à des oeuvres de charité, des activités religieuses et des actions de propagande. Elles ont aussi oeuvré à préserver la culture et la langue basques dans l'exil. Certaines d'entre elles reviendraient de l'exil après la mort de Franco en 1975.
Marche vers l'exil À la suite de la guerre d'Espagne, des centaines de milliers d'Espagnols sont morts, d'autres centaines de milliers ont été contraints à l'exil et un nombre inconnu a disparu. La dictature de Franco continua à exercer des représailles en lien avec la guerre civile jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et on estime qu'environ 200.000 personnes ont été exécutées par le régime ou sont mortes en prison à cette période, en raison de leur appartenance républicaine présumée. Adolf Hitler a apporté son soutien à Franco pendant la guerre civile. gauche|vignette|Élisabeth Eidenbenz (1913-2011). Après l'effondrement de la République en 1938 et l'établissement du gouvernement nationaliste en , de nombreuses femmes se sont exilées. Dans les camps de réfugiés en France, les femmes se trouvaient dans des conditions précaires. Les femmes enceintes ne disposaient pas d'installations suffisantes et appropriées pour accoucher. La travailleuse humanitaire suisse Élisabeth Eidenbenz est arrivée aux camps de la frontière en et a commencé immédiatement à améliorer les services de maternité. Dans la période comprise entre et , 597 femmes espagnoles, polonaises et juives ont accouché dans les installations qu'elle a aidé à mettre en place. Eidenbenz a également aidé de nombreuses femmes à obtenir des documents et des visas pour elles-mêmes et leurs enfants. Malgré l'amélioration des installations, celles-ci restaient sommaires, ce qui empêchait nombre d'opérations, notamment les césariennes. En conséquence, les taux de mortalité infantile sont restés élevés et beaucoup de nouveau-nés mouraient quelques semaines après la naissance.
Les femmes qui sont restées en Espagne ont fait l'objet de représailles économiques de la part du régime. En Galice, environ 14.600 personnes ont été victimes de ces représailles. Florinda Ortega Pérez, l'ex-maire républicaine de La Gudiña, à Orense, a été une de ces victimes. Le Gouvernement lui a confisqué son affaire et tous ses biens et lui a imposé une amende de 10.000 pesetas. Ceci l'a ruinée et l'a obligée à s'exiler.
Groupes d'exilées
Militantes républicaines La plus grande partie de la résistance en Espagne pendant la première période franquiste a été menée par des guérillas, qui coordonnaient leurs activités à l'intérieur aussi bien avec des militants politiques en exil qu'avec des militants en prison. La plupart des femmes militantes espagnoles qui sont restées dans le pays étaient en prison ou étaient passées à la clandestinité, où elles ont joué un rôle important dans la coordination d'activités entre les trois groupes. A cet égard, les prisons se sont révélées précieuses pour beaucoup de femmes militantes, car elles leur permettaient de reconstruire leurs réseaux activistes ou d'en créer de nouveaux. Elles furent aussi l'une des premières sources de résistance féminine au régime franquiste, résistance qu'elles exerçaient au quotidien derrière les murs de la prison.
PSOE, UGT, PCE, CNT, Jeunesses socialistes d'Espagne (JSE), Mouvement Libertaire Espagnol (MLE) et le Mouvement Socialiste de Catalogne (MSC) ont continué leur lutte en exil. Entre 1944 et 1960, la ville française de Toulouse a constitué un important centre éditorial pour beaucoup de ces organisations en exil. Toulouse verrait environ 40.000 membres de ces groupes s'établir en permanence dans la ville.
Mujeres Libres vignette|181x181px|Sara Berenguer (1919-2010). Le groupe de femmes Mujeres Libres, aligné avec la CNT, a vu la plupart de ses dirigeantes fuir vers l'exil à l'étranger, avec la notable exception de Lucía Sánchez Saornil, qui s'est exilée à l'intérieur. Mujeres Libres a disparu de la scène pendant le début du franquisme. Cela est dû en grande partie à ce que la plupart des femmes impliquées n'avaient pas participé à des activités militantes avant le début de la Guerre Civile. Sara Berenguer avait été une milicienne adhérente à la CNT pendant la guerre civile. La poétesse a dû s'exiler en France après la guerre, où elle a écrit sur ses expériences et celles d'autres femmes qui ont lutté avec elle. En 1964, les exilées espagnoles ont recommencé à publier Mujeres Libres.
Parti Communiste d'Espagne Le Parti Communiste d'Espagne est devenu l'organisation politique clandestine dominante en Espagne après la fin de la Guerre Civile. Il conserverait cette position jusqu'à son remplacement par le PSOE après la mort de Franco. Les femmes participaient au parti, en aidant à organiser la résistance armée clandestine, en occupant des fonctions de direction et en mettant en contact les leaders politiques de l'exil avec ceux qui étaient actifs sur le terrain en Espagne.
Pendant la dernière partie de la guerre et lorsque celle-ci a pris fin, certaines femmes du POUM ont été forcées à faire de faux aveux devant les tribunaux de Moscou et ont ensuite été envoyées dans des prisons soviétiques. Leur faute majeure était d'être trotskistes. vignette|300x300px|Irene Falcón (1907-1999). L'Union des Femmes Antifascistes Espagnoles (UMAE), alignée avec le PCE, a attiré un grand nombre d'exilées espagnoles en France dans l'immédiate après-guerre. Elle a eu beaucoup de mal à recruter des membres à l'intérieur. Le groupe publiait en France une revue appelée Noticias del interior (Nouvelles de l'intérieur), où étaient abordées les activités des femmes de l'UMAE qui travaillaient à l'intérieur et les manifestes écrits par ces militantes. A Paris, au milieu des années 1940, l'UMAE s'est efforcée de faire comprendre que les femmes pouvaient participer à l'organisation et en même temps poursuivre leur travail domestique. Le PCE ne voulait pas effrayer les femmes les plus traditionnelles en focalisant trop l'organisation sur des activités militantes masculines. Et il voulait aussi élargir sa base de sympathisants pour y inclure des traditionalistes et des femmes catholiques qui soutenaient fermement les rôles de genre traditionnels. Les activités réservées aux femmes étaient l'assistance aux prisonniers, la collecte de fonds, la protection des enfants, l'acquisition de vêtements pour les distribuer à d'autres exilés dans le besoin et le ravitaillement en sandwichs pour les événements du parti PCE. Neus Catalá et Irene Falcón ont été impliquées dans le PCE à l'extérieur dans les années 1940.
Parti Socialiste Ouvrier Espagnol Après la fin de la guerre civile, la direction du PSOE s'est exilée et s'est reconstituée à l'étranger, sa direction étant localisée en grande mesure en France. En Espagne, le PSOE a été réduit à quelques militants, établis principalement au Pays Basque et dans des bastions de l'UGT en Asturies. gauche|vignette|203x203px|María Lejárraga (1874-1974). Les femmes socialistes se sont aussi exilées pendant et après la guerre civile. Oran, en Algérie, a accueilli environ 7.000 membres du PSOE et de l'UGT qui ont fui en exil à la suite de la guerre civile espagnole. Selina Asenjo Fueyo, militante de l'UGT et du PSOE, s'est exilée en Argentine après 12 ans en France. María Lejárraga a aussi passé du temps en exil dans beaucoup de pays européens et sud-américains. Les femmes socialistes espagnoles en général ont trouvé au Mexique le lieu où elles se sentaient le plus bienvenues. Quatre des cinq députées républicaines du PSOE ont fini exilées au Mexique. Parmi elles se trouvaient Veneranda García Manzano, Matilde de la Torre, Julia Álvarez Resano et Margarita Nelken.
En 1943, Claudina García Pérez a été invitée à participer à la Commission Exécutive de l'Intérieur. Elle a aussi fait partie des Premières et Deuxièmes Commissions Exécutives du PSOE pendant la même période. Le gouvernement de Franco l'a espionnée et l'a poursuivie avec l'intention de l'arrêter. García Pérez a fui en exil à travers la France en . Elle a été secrétaire de la section féminine du PSOE pendant la Conférence Internationale Socialiste de Zurich en . Plus tard, elle est partie au Mexique, en .
Pendant la première période franquiste, les femmes au PSOE comme à l'UGT ont été pratiquement absentes des postes de décision. La seule femme socialiste à la direction du PSOE a été Carmen Maestre Martín; elle a fait partie du comité exécutif de la Junta de Liberación Española (JLE), qui ne fut fondée qu'en . Le elle a été nommée membre de la Section de Travail, Prévision, Assistance et Santé du Conseil Technique de la JLE. Matilde de la Torre et Julia Álvarez Resano avaient été expulsées du PSOE en 1946, devenant ainsi insignifiantes politiquement. Dolores Arizaga s'est exilée en France après la fin de la guerre civile. Elle représenterait la Section de Tarbes (Hautes-Pyrénées) au IIe Congrès du PSOE en exil en 1946. Carmen García Bloise a rejoint le mouvement socialiste comme fille d'un exilé espagnol du PSOE à Paris en 1948 lorsqu'elle a adhéré aux Jeunesses Socialistes.