est une proposition de protection aérienne dirigée par l'Europe visant à défendre l'ouest de l'Ukraine contre les attaques de missiles et de drones russes qui s’abattent sur le pays à partir de en raison de la guerre russo-ukrainienne. Elle prévoit la création d'une « Zone de protection aérienne intégrée (ZPAI) » ( carte jointe) gérée par une coalition de pays européens, indépendamment de l'OTAN. La mission comprendrait des patrouilles aériennes de combat (PAC) mobilisant environ de chasse. Ces patrouilles s'effectueraient sur la moitié occidentale du pays, en coordination avec l'armée de l'air ukrainienne (UAF).

vignette|Carte de la zone de protection aérienne intégrée (IAPZ) tirée du rapport Sky Shield Initiative, 2025.

SkyShield vise à protéger les infrastructures critiques, comme les centrales nucléaires, les grandes villes, comme Kiev, Lviv et Odessa, et les infrastructures de transport majeures. Les forces ukrainiennes pourraient ainsi se concentrer sur la protection de la partie Est du pays. Ce projet est par ailleurs indépendant de l'initiative européenne pour un bouclier européen.

Contexte Depuis le début de la tentative d'invasion par la Russie en 2022, plus de ou missiles longue portée russes ont frappé l'Ukraine. La Mission de surveillance des droits de l'homme des Nations unies en Ukraine a recensé la mort d'au moins , dont , et , dont . Ceci avec une hausse de 48 % du nombre de victimes sur les sept premiers mois de 2025 par rapport à la même période l'année précédente.

Selon la directrice de la mission, Danielle Bell, « Que vous soyez à l'hôpital ou en prison, chez vous ou au travail, près ou loin de la ligne de front, si vous êtes en Ukraine aujourd'hui, vous risquez d'être tué ou blessé par la guerre ».

Les infrastructures énergétiques ukrainiennes en particulier continuent en 2025 d'être une cible privilégiée des attaques russes. Ces bombardements visent à provoquer des pannes d'électricité durables et générales, afin d'épuiser le moral de la population ukrainienne et de perturber l'économie du pays. Un rapport sur la protection des infrastructures énergétiques ukrainiennes a été publié en par un groupe de travail issu de trois associations françaises et remis notamment à des parlementaires, des élus locaux et des responsables d'entreprises.

Mise en œuvre La proposition centrale de porte sur la création d'une zone de protection aérienne intégrée (ZPAI) couvrant la moitié occidentale de l'Ukraine. 120 chasseurs occidentaux — F-16, Gripen, Rafale et Eurofighter — seraient déployés par rotation depuis le territoire de l'UE, avec l'appui de systèmes de détection et de commandement aéroportés (SDCA), d'avions ravitailleurs et de systèmes de guerre électronique. Cette mission serait menée par une coalition d'États européens, mais en dehors du commandement de l'OTAN et de l'article V du Traité de l'Atlantique Nord.

SkyShield est pensée pour éviter tout risque de confrontation directe avec les forces russes en restant loin de la ligne de front. Elle ne viserait que des aéronefs sans pilotes (drones, missiles de croisière, missiles balistiques), selon des règles d'engagement claires. Les chasseurs et bombardiers russes ne sont en effet pas en capacité d'opérer dans l'espace aérien de l'Ukraine. Du fait, à la fois, du coût et de la rareté de ces appareils, et de la concentration des systèmes de défense anti-aérienne côté ukrainien.

Les partisans de SkyShield affirment également que l'initiative pourrait avoir un impact militaire, politique et socio-économique supérieur au déploiement de 10 000 soldats européens sur le sol ukrainien. Ils soutiennent également qu'elle présente un risque d'escalade moindre que l'absence de soutien.

Développements récents

Août - Septembre 2025 Les discussions autour du plan SkyShield pour l'Ukraine ont été relancées après les événements du 10 septembre 2025, lorsque plus de vingt drones russes sont entrés dans l'espace aérien polonais. L'incident a été décrit comme un test des défenses de l'OTAN et a marqué une escalade significative des incursions russes en territoire otanien.

Le , l'association Pour l'Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !, qui réclame depuis longtemps la fermeture du ciel ukrainien et la fourniture de davantage de défenses anti-aériennes à l'Ukraine, a réuni des personnalités civiles et militaires franco-britanniques et des membres de la société civile autour d'une tribune dans Le Monde. Elle se concluait ainsi : « La nécessaire dissuasion ne peut plus reposer sur la seule défense de nos frontières. L’heure est venue de passer à la protection active. Nous devons nous protéger en protégeant l’espace aérien ukrainien. Face aux agressions répétées de Moscou, « Skyshield » doit être notre réponse. Cette réplique proportionnée et efficace adressera un message clair au Kremlin : l’Europe ne se contente plus de subir, mais assume enfin sa responsabilité en défendant sa liberté et celle de ses alliés ».

La société anglaise BAE Systems a également confirmé en qu'elle travaillait à l'adaptation de son système Advanced Precision Kill Weapon System, basé sur les roquettes Hydra-70 américaines aux Eurofighter Typhoon, dont l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et l'Autriche sont actuellement dotés.

Une pétition appelant à la mise en œuvre de SkyShield, lancée en France le par le député Frédéric Petit, le professeur de communication Philippe Moreau-Chevrolet et le consultant en aéronautique Xavier Tytelman rassemble plus de 58 000 signataires (au ), dont plusieurs associations et 45 personnalités, parmi lesquelles:

Général d'armée aérienne français Jean-Paul Paloméros — Ancien chef d'état-major de l'Armée de l'air de 2009 à 2012 et commandant suprême allié Transformation au sein de l'OTAN de 2012 à 2015 Général de corps d'armée (2S) Michel Yakovleff — Ancien vice-chef d'état-major du SHAPE Général de division (2S) Vincent Desportes — ex directeur du Collège interarmées de Défense Gérard Araud — ancien ambassadeur Michel Goya — ancien colonel, enseignant, essayiste & docteur en histoire contemporaine Corine Lepage —  Ancienne ministre et avocate Bruno Fuchs — président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale Loïc Kervran — vice président de la commission défense de l'Assemblée nationale Thomas Gassiloud — Député — ancien président commission de défense Ariane Mnouchkine — Artiste — directrice du théâtre du soleil Nicolas Tenzer —  Chercheur et président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique Bruno Tertrais  — directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique, auteur et spécialiste des questions géostratégiques Guillaume Ancel — ancien officier et chroniqueur, auteur ONG Kiev-Avallon ONG Ukraine 89 Association Pour l'Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !

Pendant ce mois de , les incursions de drones russes en Pologne, des bombardiers MIG 31 au-dessus de l'Estonie ou le survol d'aéroports au Danemark par des drones de grande taille et d'origine inconnue ont également montré la nécessité de répondre aux violations de l'espace aérien européen par la Russie.

Octobre 2025 Dans le magazine Air Fan d', le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'Armée de l'air et de l'espace (AAE), déclare, à propos du Mirage 2000D : , a expliqué le général Bellanger, avant de souligner que, en Ukraine, on .

Selon le site opex360.com, l'AAE envisagerait d'intégrer sur ces chasseurs une capacité anti-drone. Probablement, selon l'article, des roquettes de guidées par laser et produites par Thalès.

Le , le site The War Zone indique que ces munitions anti-drone sont déjà utilisées par l'armée ukrainienne.

Réactions et débats

Critiques Stuart Crawford, analyste de la défense, a admis certaines inquiétudes concernant le plan lors d'un entretien avec la Deutsche Welle. Le plan SkyShield pour l'Ukraine peut selon lui être rapidement mis en œuvre, mais des règles d'engagement claires sont particulièrement importantes pour éviter tout risque d'escalade.

Justin Bronk, un expert en aéronautique du Royal United Services Institute de Londres, a déclaré dans une interview au New-York Times : « Les forces aériennes occidentales, en particulier européennes, ne sont pas équipées pour abattre durablement de telles menaces ». Lors de l'incursion de drones russes en Pologne, les missiles utilisés par les pilotes européens coûtaient chacun plus d'un million de dollars, alors que les drones russes Gerbera notamment visés n'en coûtaient que quelques dizaines de milliers. De plus, les stocks et la production actuels de ces missiles sont selon lui insuffisants pour faire face aux nuées de drones russes.

Pour être plus efficaces, toujours selon Justin Bronk, les avions de combat européens devaient intégrer le système anglais Advanced Precision Kill Weapon System, développé par BAE Systems qui utilise des roquettes à guidage laser Hydra-70 peu coûteuses.

« Si un avion européen s'écrase et qu'un pilote est tué, il sera très difficile pour un gouvernement européen de s'en expliquer », a déclaré Konstantinos Zikidis, de l'armée de l'air hellénique, à Al Jazeera. « Si un pilote grec allait se faire tuer en Ukraine, cela pourrait entraîner la chute du gouvernement », a-t-il ajouté. Soutiens L'ancien officier et historien français Michel Goya pointe que des opérations de ce type ont été réalisées par les forces européennes à de multiples reprises par le passé (lors des opérations Manta ou Épervier au Tchad ou, plus récemment, pour arrêter les frappes irannienne contre Israël).

De plus, il ne voit pas ce qui, dans la situation actuelle, pourrait amener la Russie à accepter un arrêt des combats. Il juge les risques de Skyshield comme « limités », puisque les forces aériennes européennes n'affronteraient, en définitive, « que des machines ».

En résumé, selon Michel Goya : « Si l’on veut aider l’Ukraine tout de suite et pas seulement attendre un arrêt des combats — et peut-être justement pour contribuer à cet arrêt en exerçant une pression sur les Russes — le moyen le plus simple et rapide reste l’opération SkyShield. On montrera au moins que les Européens ne se contentent pas de regarder passer les événements du monde, comme les vaches regardent passer les trains. ».

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré quelques jours après l'incursion de drones russes dans son pays, dans une interview au journal allemand Frankfurter Allgemeine que les pays membres de l'OTAN devraient envisager la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine afin d'empêcher les drones russes de pénétrer dans l'espace aérien des États membres de l'alliance.

Le , dans une interview sur France 3, le secrétaire général du Parti Socialiste, Olivier Faure, s'est dit favorable à la création d'une « zone d'exclusion aérienne protégeant les civils ukrainiens », sans attendre la signature d'un cessez-le-feu.

Le général Sir Richard Shirreff, l'un des signataires de la proposition, a déclaré que le plan méritait un large soutien. Il enverrait un signal fort non seulement à la Russie, mais aussi au président Donald Trump, en montrant que, qu'il parvienne ou non à un accord avec Vladimir Poutine, l'Europe resterait déterminée à soutenir pleinement l'Ukraine.

Deux mois plus tard, le général Shirreff a également soutenu que le plan SkyShield diffère de la zone d'exclusion aérienne proposée en 2022, car il se limiterait à l'interception de drones et de missiles, sans engager l'aviation russe. Il compare ce concept à la destruction par les forces britanniques et américaines de missiles iraniens au-dessus d'Israël, suggérant que, dans le cas de l'Ukraine, une telle action est encore plus importante.