vignette|Palestiniens de la bande de Gaza prisonniers des soldats israéliens à la frontière, 1954.
Les infiltrations de Palestiniens sont, de 1949 à 1956, des entrées clandestines de réfugiés palestiniens en Israël pour des raisons économiques ou sociales. Ces Palestiniens, ayant fui ou ayant été expulsés de Palestine, qui tentent de franchir la frontière israélienne sont réprimés par la police frontalière israélienne. Entre 2700 et 5000 Palestiniens sont tués par Israël, la plupart sans armes et sans intentions belliqueuses. Elles permettent le retour clandestin de dizaines de milliers de réfugiés. La guérilla des fedayins palestiniens a lieu au même moment.
Politique israélienne
La politique israélienne pour empêcher le retour des réfugiés palestiniens est conçue par David Ben Gourion et Yossef Weiz et adoptée en conseil des ministres en . Elle autorise notamment le tir à vue et le piégeage des lignes de cessez-le-feu. Des contrôles d'identité surprise sont conduits sur les routes, auxquels s'ajoutent couvre-feu et ratissage de villages entiers« Individual Return of Tens of Thousands of Palestinian Refugees; Israel Launches "War on Infiltration" », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 15 octobre 2025..
En décembre de la même année, l'assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 194, selon laquelle Malgré les pressions de la communauté internationale, dont le président Harry Truman, pour le retour des réfugiés, Israël en refuse le principe et a toujours maintenu cette position, adoptant une législation empêchant ce retour et toute revendication palestinienne sur les terres et les biens dont ils avaient été spoliés comme la loi sur la propriété des absents.
En 1950, le ministère des Affaires étrangères israélien publie un livret argumentant contre le retour des réfugiés palestiniens. Il déclare que tout retour créerait un problème de minorité nationale, qui a été pratiquement éliminé par la guerre.
Israël adopta plusieurs lois déclarant illégales les entrées clandestines de Palestiniens sur son territoire« The Knesset Adopts the Entry into Israel Law », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question ., dont la loi sur la prévention des infiltrations d' rétroactive au avec des peines de prison allant de 5 ans à la perpétuité. Elle instaure des tribunaux spéciaux qui ont le droit de en matière de preuves« The Knesset Issues the Prevention of Infiltration Law », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question.[Prevention of Infiltration (Offences and Jurisdiction) Law 1954 (5714)].
Le commandant de la , , a témoigné : (cf Tirer et pleurer).
Les infiltrations ont aussi servi de prétexte à l'expulsion de plusieurs milliers de Bédouins du Néguev en , que Tel-Aviv qualifia d'infiltrés pour se justifier face aux critiques internationalesBenny Morris, The Birth of the Palestinian refugee problem, 1947-1949, Cambridge University Press, 1987 , 246. (17 000 selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne, en plus de 20 000 Palestiniens).
1949-1956 : infiltrations de réfugiés
Les tentatives de retour de réfugiés palestiniens sont estimées à par an en 1950-1951 ; ce chiffre tombe à 5000 tentatives annuelles vers 1955Anne Irfan, « Settler Colonialism and the Displacement/Immobility Nexus: Israeli Policy in Gaza Since 1948 », Journal of Genocide Research, vol. 28, 2, 421–437. https://doi.org/10.1080/14623528.2025.2547445.. Cette chute s’explique par la politique de tir à vue adoptée par Israël, et par les difficultés du voyage : de nombreux Palestiniens meurent de faim, de soif ou de chaud en voulant rejoindre leur village, particulièrement quand ils doivent traverser le désert du Néguev.
La plupart essayaient de retourner dans leur village, récupérer leurs biens abandonnés lors de leur fuite ou de l'expulsion pendant le nettoyage ethnique de la Palestine et de moissoner leurs champs, de récolter les fruits de leurs vergers (boustans)Benvenisti, Meron (2000): Sacred Landscape: Buried History of the Holy Land Since 1948. Chapter 5: Uprooted and Planted . University of California Press. Fareed Taamallah, « The abandoned harvests of 1948: Palestinian farmers remember the Nakba », Middle East Eye, 14 mai 2020. ou d‘apporter de l‘aide à une personne âgée restée en arrière pour différentes raisonsSaleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 69..
Certains souhaitaient se réinstaller. Entre et réfugiés palestiniens auraient pu revenir en Israël de cette manière. Meron Benvenisti déclare que, les infiltrés étaient pour la plupart d'anciens habitants rentrant chez eux pour des raisons personnelles, économiques ou sentimentales, fait qui a été volontairement ignoré en Israël, par crainte que cela conduise à une compréhension de leurs motivations et à la justification de leurs actes.
Le retour de réfugiés palestiniens s'installant dans leur maison ou, si celle-ci était détruite ou occupée par des immigrants juifs, est considéré comme un problème majeur par le gouvernement israélien. Les élites sionistes craignaient qu'un retour des réfugiés annule l'effet de la Nakba, c'est-à-dire une majorité juive en Israël et des quantités de terres arabes devenues disponibles pour la colonisation juive. Environ Palestiniens et Bédouins furent expulsés à la faveur des mesures prises en 1949 par Ben Gourion. Rien qu'en 1949, environ un millier furent tués par l'armée .
De 1951 à 1956, des fedayins infiltrés commettent plusieurs attaques contre des civils israéliens, faisant 969 morts de 1950 à 1955. Le gouvernement israélien opte pour une politique de représailles, la seule selon lui susceptible d'impliquer les armées arabes dans une lutte contre la guérilla palestinienne. Il crée l'unité 101 en ; ce commando se spécialise dans les raids au-delà des frontières. Les cibles civiles sont également visées dans un premier temps. Mais une vague de protestations après le massacre de Qibya en , où l'unité 101 tue des dizaines de civils, le gouvernement israélien exclut les cibles civiles.
De 1954 à 1956, les raids se multiplient, menant à une spirale de représailles réciproques. Malgré les massacres à Gaza et en Cisjordanie, Israël ne parvient pas à se dépêtrer d'un état de guerre aux frontières. Ce dilemme stratégique est une des raisons de l'expédition de Suez. Après 1956, des Casques bleus sont présents à Gaza et la Jordanie renforce la surveillance de sa frontière.
Postérité
Cette lutte armée contre les éventuels retours de Palestiniens qui avaient été expulsés n'est pas sans effet sur la conscience israélienne. En effet, si, au lendemain de la guerre de Palestine de 1948, les Israéliens parlaient ouvertement du nettoyage ethnique de la Palestine commis contre les Palestiniens et des massacres qui l'ont accompagné, l'apparition de la catégorie d' (mistanenim) change ces habitants expulsés en menace. Ces infiltrés deviennent ensuite dans le discours israélien des fedayins, puis des terroristes. Et les Israéliens cessent de raconter ce qu'ils ont fait pendant le nettoyage ethnique de la PalestineEitan Bronstein Aparicio, Éléonore Merza, « Israël et la Nakba, de la reconnaissance au déni », Orient XXI, 19 avril 2018..
Voir aussi
Bibliographie
Alina Korn, « From refugees to infiltrators: constructing political crime in Israel in the 1950s », International Journal of the Sociology of Law, Volume 31, 1, 2003, pages 1-22,
Liens externes
Notes
Sources David V. Bartram, "Foreign Workers in Israel: History and Theory," International Migration Review, Vol. 32, 2. (Summer, 1998), 303–325. Benny Morris, Israel's Border Wars 1949–1956 (1993).
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