Les manifestations de la génération Z au Maroc dites aussi du GenZ 212, du nom du collectif ayant lancé le mouvement, sont un ensemble de mobilisations populaires débutant fin dans plusieurs villes du pays. Coordonnées principalement par des jeunes sur les réseaux sociaux, elles expriment un mécontentement quant à la situation économique, la corruption jugée omniprésente et le népotisme du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, le chômage, la liberté d'expression étouffée, et aux investissements dispendieux de l'État dans des infrastructures liées à des événements sportifs internationaux alors que les services publics dont l'éducation et la santé sont dégradés.

Après des annonces de réformes, le mouvement est réprimé et les meneurs du mouvement sont condamnés à des peines de prison.

En 2026, le corps électoral marocain comptait 15,8 millions d’électeurs inscrits, et seulement 4% de celui-ci est âgé de 18 à 24 ans.

Contexte Dans un contexte post-COVID, le Maroc connaît une hausse du chômage des jeunes, aggravée par la crise humanitaire qui suit le séisme de 2023 mais surtout par le contexte international tendu lié à la hausse des prix de l’énergie, conséquence plus ou moins directe des conflits en Ukraine et au Proche et Moyen-Orient.

À ce contexte, s’ajoutent les critiques de la population concernant la qualité du système éducatif et l'accès aux soins de santé publics et les inégalités sociales. Le pouvoir marocain est accusé d’être gangrené par la corruptionAP News : « Young Moroccans clash with police while protesting stadium spending and health system decline ». Les préparatifs pour la Coupe du monde de football 2030 suscitent de vives controverses en raison d'expropriations jugées arbitraires et de dépenses consacrées aux stades et infrastructures jugées dispendieuses et non prioritaires par une partie de la populationEl País : « El empuje modernizador de Marruecos por el Mundial de Fútbol de 2030 arrasa barrios populares ».

En , la mort faute de soins et de prise en charge médicale adéquate de huit parturientes à l’hôpital Hassan II d’Agadir, ville dont le Premier ministre Aziz Akhannouch est aussi le maire, est l'étincelle qui fait sortir dans les rues du pays la « GenZ 212 » mais également des moins jeunes, toutes classes sociales confondues. Malgré le limogeage du directeur de cet « hôpital de la mort », miné par l'absentéisme des médecins, le sous-équipement et la vétusté, la colère ne retombe pas.

Le mouvement, qui se veut apolitique et décentralisé est hétérogène, va de simples manifestants abstentionnistes et ayant perdu confiance envers le système aux milieux de gauche laïque et aux activistes du mouvement du 20 février, en passant par les mouvances islamistes. Les revendications qui ressortent le plus souvent : plus de justice sociale, une véritable ouverture démocratique, et un plan de lutte contre la corruption.

La colère de la génération Z, explique l'économiste Najib Akesbi, est la conséquence d’un « capitalisme de connivence » dont la logique « broie les pauvres et les marginalisés, et même la classe moyenne ».

Déroulement Les premières manifestations se produisent le à Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir et Tanger. La mobilisation est coordonnée principalement via les réseaux sociaux, dont Discord qui rassemble 185 000 membres, par des collectifs de jeunes, notamment un groupe identifié sous le nom de GenZ 212. Parmi les slogans les plus répétés figurent « Nous voulons des hôpitaux, pas des stades » et « Nous ne voulons pas la Coupe du monde, nous voulons la santé ».

Des analystes locaux soulignent l'importance des réseaux sociaux et le rôle croissant de la jeunesse dans la mobilisation politiqueMorocco World News : « Police break up second day of youth protests in Morocco's capital ».

La GenZ 212 met sur le devant de la scène l'ancien député FGD Omar Balafrej retiré de la vie politique. Dans une interview sur le réseau Discord, il demande aux organisateurs de la GenZ 212 de sortir de l'anonymat, suggère que le mouvement devienne parti politique et quant à lui, il exclut pour l'instant de revenir en politique.

Le , le Syndicat national de l’enseignement supérieur au Maroc démarre une grève de 48 heures et rejoint le mouvement de protestation porté par la GenZ 212. Le corps professoral dénonce notamment le passage en force d’une réforme qui mettrait fin à la gratuité de l’université.

Revendications Les principales revendications incluent : Amélioration du système de santé public Réformes éducatives Création d'opportunités d'emploi pour les jeunes Réduction des dépenses dans les infrastructures sportives Lutte contre la corruption institutionnelle

Réaction du gouvernement

Premières annonces du gouvernement

Dans ce contexte, l’exécutif privilégie « le dialogue institutionnel » quand les manifestants discutent sur les réseaux et un collectif GenZ212 qui ne souhaite pas avoir de leader proclamé qui appelle à la dissolution du gouvernementJeune Afrique : « le gouvernement propose le dialogue, GenZ212 appelle à sa dissolution » (3 octobre 2025).

À la suite des manifestations, le gouvernement marocain introduit une série de réformes. Le roi Mohammed VI préside un conseil des ministres très attendu le , au cours duquel il dévoile les grandes orientations du projet de loi de finances 2026 quand habituellement le gouvernement s'en charge. L'annonce est éclipsée par la victoire historique du Maroc en Coupe du monde U20.

Répression du mouvement Selon des organisations de défense des droits humains, les forces de sécurité ont dispersé les manifestations dans différentes villes et procédé à des dizaines d'arrestationsEl Confidencial : « Detenidos durante protestas por educación y sanidad en Rabat ». L'Association marocaine des droits humains (AMDH) dénonce des arrestations arbitraires, le recours à la force et des restrictions aux rassemblements publicsLa Nación : « La Asociación Marroquí de DD.HH. denuncia represión y detenciones masivas ». Tard dans la soirée du mardi , des rapports indiquent la mort d’un manifestant après qu’un véhicule de la police marocaine l’a percuté, dans la ville de Oujda.

Entre le et le 1ᵉʳ , deux hommes sont gravement blessés et trois autres tués par la police au cours de manifestations à Oujda et à Lqliaa. Dans la nuit du 1ᵉʳ au , à Lqliaa, une manifestation se termine par des affrontements devant une brigade de gendarmerie. Trois hommes — Abdessamade Oubalat, Abdelhakim Al-Darfidi et Mohammed Al-Rahali — sont tués par balle. La veille, à Oujda, au moins deux autres manifestants — Amine Boussada et Taybi Abdelghafour — sont gravement blessés après avoir été percutés par des fourgons des forces de sécurité. L’un a perdu une jambe, l’autre souffre de séquelles pulmonaires. Les autorités marocaines affirment que la police a agi en situation de légitime défense, ce que conteste le journal Le Monde après avoir examiné des vidéos et photos issues notamment des réseaux sociaux ou des caméras de surveillance.

Plus de 1 500 personnes, dont un millier placées en détention, font l'objet de poursuites judiciaires pour leur participation aux manifestations.

Au , dix-sept personnes sont condamnées à des peines allant de trois à quinze ans de prison pour des violences survenues dans le sud du Maroc en marge de la contestation sociale de la jeunesse. La cour d’appel d’Agadir prononce le mardi ces peines pour «incendie volontaire de véhicules appartenant à autrui», «dégradation de biens publics et privés » et « entrave à la voie publique par des barricades », entre autres. Trois prévenus ont été condamnés à quinze ans de prison ferme, un à douze ans, neuf à dix ans de réclusion, les autres à des peines entre trois et cinq ans pour des faits s’étant déroulés à Aït Amira, près d’Agadir.

Le , Zineb El Kharroubi, une militante du mouvement en France, est arrêtée à sa descente d'avion à l'aéroport de Marrakech. Elle est accusée « d'incitation à commettre des délits sur internet ». Son procès au tribunal de première instance d’Aïn Sebaa à Casablanca prévu le , son avocate qui n'a pas eu accès aux procès-verbaux de l’audition, obtient un report du jugement au . Elle est condamnée le 29 juin 2026 à 6 mois de prison avec sursis pour avoir appelé à une manifestation en France devant l'ambassade du Maroc, au motif d'« incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ».

Mohammed Khalif, 29 ans, est arrêté le à Casablanca à la suite de messages postés à l’automne 2025 sur la plateforme Discord.

Appels à manifester au Maghreb Des appels à manifester par un . sont lancés pour l'Algérie et la Tunisie pour le mais restent sans effet : alors qu'un dispositif policier a été déployé, aucune manifestation n'a été organisée. Accusant le Maroc., l'agence de presse officielle algérienne estime que l'initiative participe « d'une stratégie politique visant à exporter les crises du Maroc [...] et à tenter de saper la cohésion du front intérieur algérien ».

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Références

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