Le Martyre de sainte Catherine (ou Sainte Catherine d’Alexandrie réconfortant les philosophes martyrisés) est un tableau exécuté en 1726 par le peintre liégeois Théodore-Edmond Plumier. La peinture, classée Trésor par la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2019, est considérée comme le chef-d'œuvre de l'artiste.
Elle est commandée afin de décorer le maître-autel de l'église Sainte-Catherine, édifiée au début du après la destruction de l'ancienne église lors du bombardement de la ville de Liège en par les troupes françaises du général Louis François de Boufflers. Un siècle plus tard, la toile échappe de peu aux confiscations d'œuvres d'art pendant l'occupation française de la principauté de Liège, mais son état de conservation se dégrade progressivement durant les jusqu'à ce qu'elle se déchire en 2018. Elle est restaurée de 2019 à 2022 et finalement remise en place en .
Le tableau, suivant la légende de sainte Catherine, , représente le moment où celle-ci est sur le point d'être martyrisée lorsque et que . Il s'agit d'une œuvre de maturité de l'artiste, qui, comme l'observe l'historien de l'art Pierre-Yves Kairis, . En effet, Plumier, qui a voyagé à Rome dans sa jeunesse, est âgé de lorsqu'il réalise cette toile en 1726. La peinture est reconnue par les différents critiques et commentateurs des , comme et l'un .
Élaboration et historique
Cette huile sur toile d'imposantes dimensions, , est exécutée par le peintre en 1726 et orne le maître-autel de l'église Sainte-Catherine.. L'œuvre est aussi connue sous le nom de Sainte Catherine d'Alexandrie réconfortant les philosophes martyrisés.
Il existait auparavant une autre église, située au même emplacement que le bâtiment actuel et elle aussi dédiée à sainte Catherine d'Alexandrie, qui fut détruite pendant le bombardement de la ville de Liège de par les troupes du général français Louis François de Boufflers. Le maître-autel de cette précédente église était orné d'un triptyque du Martyre de sainte Catherine, commandé par le mécène Walthère de Liverloo et réalisé entre 1624 et 1630 par Gérard Douffet, qui disparaît avec l'ancienne structure. La nouvelle église est probablement vite reconstruite car son maître-autel baroque date d'environ 1703 et la toile de Plumier, qui dépeint à nouveau le martyre de la sainte patronne de l’église, est un , Madeleine Hessalle, afin de le décorer.
En 1794, le tableau est sélectionné par Léonard Defrance pour être envoyé à Paris avec d'autres chefs-d’œuvre de la peinture liégeoise mais les et la monumentalité de l'œuvre amènent les commissaires français à reconsidérer leur décision et ils renoncent finalement à l'emporter.. Comme le remarque le peintre et historien de l'art Jules Helbig dans sa notice de 1873 sur l'artiste, . Le même auteur réitère en 1903 que .
gauche|vignette|redresse|Le Martyre de sainte Catherine, photographie du tableau en .|alt=Un grand tableau, à peine visible car complètement noirci, occupe le centre d’un autel à deux colonnes de marbre.
Comme l’observe l'historien de l'art et conservateur de musée Jacques Hendrick en 1987, son état de conservation continue de se dégrader . À cette époque, la seule façon de se représenter la composition du tableau est au travers de l'esquisse à la sanguine et à la craie blanche conservée au cabinet des Estampes et des Dessins de Liège.. Cette détérioration continue finit par provoquer de graves dommages à la toile, comme le détaille un article du Centre interdiocésain du patrimoine et des arts religieux du : ..
vignette|Le Martyre de sainte Catherine, photographie du tableau en .|alt=Un tableau de grande dimension est posé par terre sur un de ses longs côtés, dans une église.
Grâce au classement de la toile comme Trésor par la Fédération Wallonie-Bruxelles en et aux subsides alloués par le fonds David-Constant qui dépend de la fondation Roi Baudouin., la restauration du tableau peut commencer dès . Elle est rendue particulièrement complexe par les dégâts soufferts par la toile, sa noircissure et son caractère monumental, qui requiert de sept à huit personnes pour sa manipulation. Les travaux de restauration, dont le coût est estimé à , s'achèvent en , faisant et, qui plus est, permettant de confirmer le sujet qui . Comme le remarque la restauratrice Audrey Jeghers, responsable du chantier, . La peinture est finalement remise en place le , après le nettoyage du maître-autel de l'église..
Description
Selon Pierre-Yves Kairis, la composition .
vignette|redresse|Le Martyre de sainte Catherine, photographie du tableau en .|alt=Le tableau est au centre d’un autel à quatre colonnes de marbre brun, dont le sommet est surchargé de 6 grands anges et de six têtes d’angelots.
Jules Helbig fournit en 1873 une description plus détaillée de l'œuvre :
gauche|vignette|Le Martyre de sainte Catherine (détail des cieux).|alt=Des putti virevoltent dans les cieux autour d'un ange, certains portant une croix.
Le critique d'art Alfred Michiels observe que , et qu'elle , quand bien même . Qui plus est, elle porte .
Dans la scène dépeinte par l'artiste, .
Le dessin préparatoire
vignette|redresse|Le Martyre de sainte Catherine, vers 1726 (sanguine et à la craie blanche sur papier ; ), Liège, cabinet des Estampes et des Dessins.|alt=Une femme, assise devant une grande roue cloutée qui reçoit des rais de lumière envoyés par des anges, baisse les yeux vers des hommes armés.
Le dessin préparatoire de la peinture est exécuté à la sanguine et à la craie blanche et est conservé au cabinet des Estampes et des Dessins de Liège.
L'artiste, historien, collectionneur et fondateur du musée des beaux-arts et de la céramique de Verviers Jean-Simon Renier. déclare à son sujet :
Le même auteur considère que . Il observe aussi que . Ce dessin préparatoire démontre .
Le peintre : Théodore-Edmond Plumier
gauche|vignette|redresse|La Cène (détail), 1708 (huile sur toile ; ), Liège, collégiale Saint-Barthélemy.|alt=Des putti portent la croix de bois rayonnante que semble leur avoir donnée un ange, les bras ouverts.
Élève d'Englebert Fisen à Liège puis de Nicolas Largillière à Paris et d'Augustin Masucci à Rome, Plumier est surtout un peintre portraitiste et de sujets religieux bien qu'il exécute aussi diverses œuvres de thématique mythologique.. Après une longue période de va-et-vient entre la région liégeoise et l'étranger, il se fixe définitivement, vers 1719, dans sa ville natale où il effectue , et où il reçoit d'importantes commandes de différentes églises. Il va aussi participer à la décoration de plusieurs salles des hôtels de ville de Liège et de Maastricht. Deux de ses sept enfants, Jacques Théodore Louis et Philippe Joseph Clément, sont également peintres et vont se former à Rome en tant que pensionnaires de la fondation Lambert Darchis.
Lorsqu'il effectue cette toile en 1726, l'artiste, âgé de , est non seulement occupé à achever ses œuvres décoratives pour l'hôtel de ville de Liège, mais il a déjà exécuté la majorité de ses peintures religieuses et de ses portraits pour la famille d'Oultremont. C'est donc une œuvre de maturité, qui, comme l'observe Pierre-Yves Kairis, alors que ses portraits . Alfred Michiels voit en Plumier et Jules Helbig le considère comme .
Le courant artistique : École liégeoise de peinture
L'École liégeoise de peinture est une filière de peintres du et du premier tiers du , qui a vu le jour dans la principauté de Liège et qui s'est distancée du bouillonnement baroque sous l'impulsion de Gérard Douffet. Sa production, dans la foulée de la Contre-Réforme, est axée sur la peinture religieuse et de portraits. Les œuvres témoignent davantage du classicisme de Nicolas Poussin et du naturalisme du Caravage que de la grandiloquence du rubénisme. Outre Douffet, les peintres François Walschartz, Alexandre de Horion, Bertholet Flémal, Walthère Damery, Gérard Goswin, Jean-Guillaume Carlier, Gérard de Lairesse, Gilles Hallet, Englebert Fisen, Louis Counet et Théodore-Edmond Plumier, auteur de la présente œuvre, sont les principaux représentants de ce mouvement.
La légende : sainte Catherine
vignette|redresse|Pierre Paul Rubens, Le Martyre de sainte Catherine, vers 1615 (huile sur toile ; ), Lille, Palais des Beaux-Arts.|alt=Une femme est préparée avant sa décapitation : une femme lui bande les yeux et deux autres dégagent sa nuque de ses cheveux. Des anges descendent du Ciel pour lui apporter une couronne de fleurs.
Il existe plusieurs versions de la vie-légende de Catherine d'Alexandrie, comme le détaille l'abbé Joseph-Eugène Viteau dans son ouvrage de 1897 Passions des saints Écaterine et Pierre d'Alexandrie, Barbara et Anysia. Au , Jacques de Voragine la résume dans son recueil de vies de saints La Légende dorée. Cette version est l'une des plus connues vu le succès de l'ouvrage. (que Sherry L. Reames qualifie de best-seller et de quasi durant plusieurs siècles après sa rédaction) et son influence dans les arts visuels..
Catherine . Son nom . Malgré sa popularité, sainte Catherine est, selon toute vraisemblance, un personnage légendaire, qui a d'ailleurs été retiré du calendrier liturgique officiel de l'Église catholique..
Abrégé de la légende
Catherine, fille du roi Costis, se convertit dans sa jeunesse au christianisme et étudie la philosophie, les sciences, l’art et la poésie. Voyant les souffrances endurées par les chrétiens, elle tente de convaincre l'empereur Maxence d’arrêter de vénérer des idoles. , arguments que l'empereur ne peut réfuter. Celui-ci, , la fait amener au palais et .
gauche|vignette|Parmigianino, Le Mariage mystique de sainte Catherine, 1524 (huile sur toile ; ), Parme, Galerie nationale de Parme.|alt=Groupe de deux vieillards et d'enfants, dont on ne voit que les têtes, autour d’une jeune femme, assise, portant une robe rose et un long châle gris.
Or, et se convertissent également au christianisme, provoquant le courroux de l'empereur. Ce dernier, avant de s'absenter pour quelque temps, les fait et la jette au cachot . Durant son incarcération, Catherine reçoit la visite de l'impératrice et du général de l'armée Porphyre, qui, voyant , se convertissent à la foi. Qui plus est, . Une fois de retour, Maxence est et, pensant qu'on lui a fourni des aliments, fait torturer les geôliers.
L'empereur, qui est toujours attiré par la jeune femme, propose de l'épouser. Elle rejette cette proposition car . Face à ce refus, un officier conseille à Maxence d'ordonner de . Alors que la jeune femme est sur le point d'être torturée, .
vignette|Henri Lehmann, Sainte Catherine d'Alexandrie portée au tombeau, 1839 (huile sur toile ; ), Montpellier, musée Fabre.|alt=Trois anges volent, portant le corps d’une femme en linceul, précédés par ceux qui tiennent plume et couronne, et suivis de chanteurs.
L'impératrice, . Sur ordre de Maxence, elle est emmenée hors de la ville par les bourreaux qui l'exécutent. Peu après, l'empereur décide de mettre à mort le général Porphyre et ses compagnons d'armes qui se sont convertis. Ils sont promptement décapités et on . Maxence fait alors venir Catherine et lui propose, une nouvelle fois, de l'épouser. La jeune femme refuse derechef et est condamnée à être décapitée. Une fois sa tête tranchée, il coule . Son cadavre est emporté par des anges qui l'amènent au mont Sinaï où ils l'enterrent .
Réception critique
Jules Helbig estime en 1903 que : . Il considère que .
L'historien de l'art Jacques Stiennon abonde dans le même sens en 1978 lorsqu'il indique que , tableau peint .
Selon Alfred Michiels, , dont et . Il observe également que , et que, le temps ayant altéré et corrodé la couleur, celle-ci (en 1876). Le même auteur critique aussi le manque d'émotion sur le visage de la sainte :
vignette|Le Martyre de sainte Catherine (détail de sainte Catherine).|alt=Une femme blonde, en robe lilas clair et cape bleu d’outremer bordée d’hermine, lève les yeux vers le ciel.