L’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO, littéralement « Bureau de résolution des anomalies tous domaines ») est un bureau du département de la Défense des États-Unis (DoD), créé en pour enquêter sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) et autres anomalies détectées dans différents domaines opérationnels (aérien, maritime, spatial, etc.). Son premier directeur fut le physicien , placé sous l’autorité de la secrétaire adjointe à la Défense d’alors, . Son directeur actuel est Jon T. Kosloski.
L’AARO a été institué au sein du bureau du , en application de la loi de finances pour la défense (NDAA FY2022). Il a repris et élargi les missions de l’Airborne Object Identification and Management Synchronization Group (AOIMSG), annoncé en pour coordonner l’identification et la gestion d’objets dans l’espace aérien réglementé, lequel devait succéder à l’Unidentified Aerial Phenomena Task Force (UAPTF), mise en place par l’US Navy en afin de détecter, analyser et cataloguer les PAN.
L’AARO se distingue des initiatives antérieures par son degré d’institutionnalisation, son périmètre « tous domaines » et sa mission de centralisation analytique, menée en coordination avec le Directeur du renseignement national (DNI). L’Advanced Aerospace Weapons System Application Program (AAWSAP) financé par l'Agence de renseignement de la défense (DIA) de 2008 à 2012 relevait d’un programme contractuel consacré à l’étude de menaces aérospatiales avancées ; l’étude des PAN n’était pas explicitement prévue dans son cahier des charges et la portée scientifique des travaux a été critiquée, notamment en raison de l’absence d’une évaluation approfondie par les pairs. L’Advanced Aerospace Threat Identification Program (AATIP), fréquemment confondu avec l’AAWSAP, est plus difficile à définir : il a été présenté par certains anciens responsables comme un effort de collecte et d’analyse de signalements d'ovnis provenant de militaires américains, mais le Pentagone ne l’a pas reconnu comme un programme officiel permanent disposant d’un budget, d’un personnel dédié. L’UAPTF (2020–2021) a lancé un dispositif de recueil et de rapport standardisé, avant son remplacement par l’AOIMSG (2021), lui-même supplanté par l’AARO en 2022.
Histoire L'AARO est le plus récent dispositif du département de la défense des États-Unis consacré à l’étude des phénomènes aériens et anomalies non identifiés. Sa création en 2022 s’inscrit dans une succession de programmes et de groupes de travail plus ou moins éphémères, marqués par des débats internes sur la transparence, la sécurité nationale et la nécessité de normaliser le recueil de données.
Contexte et antécédents (2017–2021)
À la fin des années 2010, plusieurs jalons ont « déstigmatisé » le sujet des PAN ou des ovnis dans les sphères américaines de la défense et du renseignement. En 2017, la presse révèle l’existence de programmes antérieurs AAWSAP/AATIP (2007–2012, puis 2012 à 2017) pour étudier les ovnis.
En 2019, l'US Navy met à jour ses procédures afin que les équipages puissent déclarer plus facilement des intrusions de phénomènes inconnus dans les zones d’entraînement. La même année, plusieurs pilotes de chasse, comme Ryan Graves et Alex Dietrich, témoignent publiquement d’observations répétées d’objets pénétrant des zones restreintes, décrivant ces rencontres comme troublantes et posant des problèmes de sécurité aérienne. En septembre 2019, l’US Navy confirme l’authenticité de trois vidéos déjà diffusées publiquement, connues sous les noms de « FLIR1 », « GIMBAL » et « GOFAST ». La première est associée à l’incident du Nimitz de 2004, tandis que les deux autres proviennent d’observations réalisées en 2015. proviennent bien de ses capteurs et documentent des phénomènes non identifiés ; une confirmation d’authenticité, et non d’identification. Le , le Pentagone déclassifie et publie officiellement ces séquences « pour lever toute ambiguïté » sur leur statut. En , le département de la défense confirme également l’authenticité de nouvelles images/vidéos prises par des marins en 2019 (par exemple la séquence nocturne dite « triangle »/bokeh ou la vidéo de l’USS Omaha), tout en soulignant qu’aucune conclusion extraordinaire ne pouvait être tirée faute de données suffisantes.
En parallèle, le sujet gagne en légitimité politique. En , le président Donald Trump reconnaît avoir reçu un briefing sur les PAN, tout en se disant peu convaincu mais laissant entendre qu’il avait sur Roswell. En , l’ancien président Barack Obama confirme à la télévision qu’il existe .
Enfin, les témoignages d’anciens responsables comme Luis Elizondo, associé à l’AATIP, ou d’autres lanceurs d’alerte comme ou David Fravor relancent les débats sur une possible sous-déclaration des incidents et sur la nécessité de canaux de signalement sûrs. Même si le département de la défense conteste certaines affirmations (notamment sur la continuité réelle d’AATIP après 2012), ces controverses médiatisées, conjuguées à l’augmentation du nombre de rapports militaires, amènent le Congrès à exiger la remise de rapports publics réguliers et la création d’un dispositif centralisé. C’est dans ce contexte qu’est instituée en l’Unidentified Aerial Phenomena Task Force (UAPTF), confiée à l’Office of Naval Intelligence afin de détecter, analyser et cataloguer les phénomènes observés. Ses travaux alimentent directement le Rapport Pentagone sur les phénomènes aériens non identifiés remis par le bureau du Directeur du renseignement national (ODNI) au Congrès le , qui recommande une collecte et un traitement plus systématiques des données.
Du projet AOIMSG à la création de l’AARO (fin 2021–mi-2022) Le , Kathleen Hicks institue l’AOIMSG (Airborne Object Identification and Management Synchronization Group), successeur planifié de l’UAPTF, pour coordonner l’identification/gestion des objets d’intérêt dans l’espace aérien à usage spécial (SUA) ; un AOIMEXEC (Airborne Object Identification and Management Executive Council) interministériel doit superviser l’ensemble. Ce montage, restreint au domaine aérien, est cependant rapidement dépassé par la volonté du Congrès (NDAA FY 2022) d’un dispositif couvrant tous les domaines.
Le , Hicks transforme et élargit l’AOIMSG en All-domain Anomaly Resolution Office (AARO), formellement établi au sein du bureau du Sous-secrétaire à la Défense pour le renseignement et la sécurité (USD[I&S]). Le mémo fondateur, suivi d’une instruction du , fixe un périmètre « tous domaines » (air, mer, espace, terrestre et « trans-milieu »), institue une fonction analytique centrale coordonnée avec le DNI, et désigne le premier directeur, le physicien Sean M. Kirkpatrick.
Premières activités et développement (2022-2023) En ,l'ODNI diffuse le rapport annuel 2022 sur les phénomènes aériens non identifiés, rédigé conjointement avec l’AARO. Le document recense 510 signalements enregistrés au et attribue cette hausse à une réduction de la stigmatisation parmi les militaires ainsi qu’à une meilleure sensibilisation aux enjeux de sûreté aérienne et de contre-ingérence. Le , le directeur de l’AARO, Sean M. Kirkpatrick, est auditionné par la commission sénatoriale sur les menaces émergentes. Il y projette une courte vidéo montrant un « orbe métallique » observé au Moyen-Orient et souligne que les données disponibles demeurent trop limitées pour autoriser des conclusions extraordinaires. Le , le Département de la Défense inaugure le site public aaro.mil, conçu comme un guichet unique proposant des images officielles, des rapports de résolution de cas, divers documents institutionnels ainsi qu’un formulaire de signalement. Enfin, en , l’ODNI et l’AARO publient le « FY 2023 Consolidated Annual Report on UAP », couvrant la période du au , qui expose en détail l’architecture de données mise en place, les catégories utilisées pour classer les observations et l’avancement des analyses en cours.
Parallèlement, la question de la transparence prend une place croissante au sein du Congrès. La sénatrice Kirsten Gillibrand parvient à faire inscrire un financement complet de l’AARO dans le projet de National Defense Authorization Act pour l’exercice 2024, consolidant ainsi la pérennité de l’office. Dans le même temps, un groupe de parlementaires emmenés par le leader de la majorité Chuck Schumer et le sénateur républicain Mike Rounds, rejoints par plusieurs co-sponsors issus des deux partis, dépose le projet de loi intitulé UAP Disclosure Act. Celui-ci vise à accélérer la déclassification des documents gouvernementaux relatifs aux phénomènes anormaux non identifiés et à créer un fonds d’archives destiné à préserver ces matériaux. Bien que la version finalement adoptée ait été considérablement atténuée par rapport au texte initial, ces initiatives marquent un tournant en établissant des attentes institutionnelles claires en matière d’ouverture et d’accès aux données.
Tournant « procédures & protections » (2023–2025) Le cadre juridique est progressivement précisé par les National Defense Authorization Acts pour les exercices 2022 et 2023, puis par leur codification au titre 50 du Code des États-Unis, § 3373b. Ces textes instaurent des procédures protégées de signalement auprès de l’AARO, y compris pour des informations soumises à des accords de confidentialité, et prévoient des garanties contre les représailles. L’AARO met par la suite en place une page « Submit a Report », qui rappelle ces protections et oriente les signalements selon leur niveau de sensibilité, les informations classifiées ne devant pas être transmises par le formulaire public.
En juin–, l’ex-officier du renseignement David Grusch rend publiques des allégations selon lesquelles le gouvernement américain détiendrait depuis des décennies des programmes de récupération et de rétro-ingénierie d’engins « non humains ». Il dépose une plainte de lanceur d’alerte auprès de l’inspecteur général de la communauté du renseignement, alors , puis réitère ses affirmations lors d’une audition très médiatisée à la Chambre des représentants, le , aux côtés des anciens pilotes Ryan Graves et David Fravor ; Grusch évoque notamment l’existence de « restes biologiques non humains » associés à certains crashs, tout en déclarant ne pouvoir livrer de détails qu'en . Le directeur de l’AARO Sean M. Kirkpatrick critique publiquement l’audition, la qualifiant d’insultante pour les enquêteurs, et affirme que la principale source des allégations n’a pas fourni d’éléments directement à l’AARO.
Le , l’Inspecteur général du DoD (DoD OIG) publie le résumé d’une évaluation des actions du DoD face aux PAN : il pointe l’absence d’une politique d’ensemble harmonisée et recommande 11 mesures. Cela conforte la posture AARO d’unifier les pratiques tout en améliorant la qualité des données.
Le , l’AARO diffuse le « Report on the Historical Record… Volume I », un examen historique des archives gouvernementales US depuis 1945 : aucune preuve empirique de technologies extraterrestres ni de programmes de rétro-ingénierie cachés n’est trouvée ; le rapport identifie aussi des récits circulaires et des confusions de sources à l’origine de certaines allégations très médiatisées.
Le , le DoD et l’ODNI publient le rapport annuel de l’AARO pour l’exercice fiscal 2024, qui constitue le premier bilan consolidé important après la mise en place complète du bureau. Le document présente l’évolution du nombre de signalements, les catégories d’objets identifiés, les limites liées à la qualité des données disponibles et les cas nécessitant encore une analyse complémentaire.
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