La guérilla menée par les fedayins palestiniens est un conflit transfrontalier opposant Israël aux fedayins palestiniens basés dans le , actuelle bande de Gaza et les pays voisins d'Israël. Elle dure de 1949 à 1956. C'est la principale manifestation de résistance des Palestiniens à cette époqueFacts On File, Incorporated. Encyclopedia of the Peoples of Africa and the Middle East.. Des centaines de fedayins et d'Israéliens sont tués dans ce conflit qui décline après la crise de Suez. Des milliers d'infiltrés palestiniens, civils réfugiés dans les pays voisins tentant de rentrer chez eux, sont tués pendant la même période.
Les attaques de fedayins sont le résultat de la guerre israélo-arabe de 1948 qui provoque la NakbaAlmog, 2003, 20.. Dans les années qui suivent la fin de la guerre, les fedayins commencent à monter des opérations en Israël à partir de la Syrie, de l'Égypte et de la Jordanie. Alors que les infiltrés civils tentent d'accéder à leurs champs perdus lors de la guerre, des infiltrations ont pour but l'. L'armée israélienne mène des opérations de représailles visant les fedayins mais tuent aussi de nombreux civils désarmés.
Contexte
Début 1949, la société palestinienne est totalement effondrée. Elle vient de subir un nettoyage ethniqueIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, 2006., des dizaines de villes et quartiers et de 400 à 500 villages ont été expulsés et rasés ; des dizaines de massacres de Palestiniens ont eu lieu ; de 700 à réfugiés sont contraints à l'exil.
La guerre israélo-arabe de 1948 s'est achevée sur le partage de la Palestine entre Israël et le royaume de Transjordanie. La guerre s'achève : l'armée de sauvegarde est dissoute par la Ligue arabe le , le Jihâd al-Muqadass le suivantSaqr Abou-Fakhr, « Genèse des organisations de la résistance palestinienne avant 1967 », Revue d'études palestiniennes, 2001/4, 81, 48.. Des accords d'armistice sont signés entre les belligérants étatiques.
Déroulement
Les nombreuses infiltrations palestiniennes sont considérées comme illégales par Israël. La plupart de ces infiltrés sont des réfugiés palestiniens qui tentent de rentrer chez eux, retrouver leurs biens abandonnés pendant leur fuite ou faire les récoltes dans leurs champs et leurs vergersBenvenisti, Meron (2000): Sacred Landscape: Buried History of the Holy Land Since 1948. Chapter 5: Uprooted and Planted . University of California Press. . Entre et réfugiés parviennent ainsi à revenir dans la Palestine historique. Selon Meron Benvenisti, ces infiltrés étaient pour la plupart des habitants revenant pour des raisons personnelles, économiques ou sentimentales, ce qui est confirmé par Yeshoshfat Harkabi (ancien chef de la direction du renseignement militaire israélien). Progressivement, il y a de plus en plus de vols avec violences et d'attaques terroristes contre les civils.
Selon Jean-Pierre Filiu, la guérilla prend définitivement fin avec le départ d'Abou Iyad de Gaza en 1959, dernier militant d'importance à prôner ces actionsJean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris : Fayard, 2024. Collection « Pluriel histoire », , 168.
Premières attaques
Très rapidement, des personnes seules ou des petits groupes se mettent à harceler les postes militaires israéliens situés sur la frontière. Israël réplique par des opérations de représailles (150 en territoire jordanien pour la seule année 1951). Ces petits groupes s'organisent ensuite en organisations paramilitaires, à partir de 1952.
La première incursion de fedayins palestiniens lancée de Syrie date de 1951, bien que la plupart des attaques soient lancées de Jordanie ensuite.
Attaques contre des civils
En 1951, des fedayins infiltrés tuent une adolescente à Jérusalem. Le , des attaques à Hadera et Lod font un mort, le lendemain d'un accord avec la Jordanie pour prévenir les infiltrations. En , des infiltrés détruisent une maison à Mishmar Ayalon ; un couple est tué à Kfar Hess. En , une attaque d'un bus israélien, le massacre de Ma'aleh Aqrabbim, fait 9 morts, les corps des victimes étant profanés. En 1955, des fedayins tuent deux randonneurs dans les monts de Judée et une jeune femme à un mariage. En 1956, des infiltrés ouvrent le feu contre la synagogue Shafrir à Kfar Chadad, tuant trois enfants ; un homme est tué à Ascalon. En septembre et , plusieurs autres civils israéliens sont tués dont quatre archéologues.
Reactions israéliennes : lois et représailles
Israël adopta plusieurs lois déclarant illégales les entrées clandestines de Palestiniens sur son territoire« The Knesset Adopts the Entry into Israel Law », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question ., dont la loi sur la prévention des infiltrations d' rétroactive au avec des peines de prison allant de 5 ans à la perpétuité. Elle instaure des tribunaux spéciaux qui ont le droit de en matière de preuves« The Knesset Issues the Prevention of Infiltration Law », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question.[Prevention of Infiltration (Offences and Jurisdiction) Law 1954 (5714)].
Comme vu ci-avant, Israël répliqua par une politique de représailles intense, qui déboucha sur plusieurs massacres d'ampleur. Le premier fut le massacre de Sharaft, le (9 morts dont 5 enfants et neuf blessés dont 8 enfants« 9 Killed in Raid on Arab Village », Center for Israël éducation, consulté le 6 octobre 2025.).
En 1953, David Ben Gourion charge Ariel Sharon de créer une unité de commandos pour répondre aux infiltrations de fedayins, l'Unité 101. Après un mois d'entraînement, une patrouille de l'unité s'infiltre à Gaza en guise d'exercice, rencontre des Palestiniens au camp de réfugiés d'al-Bureij et y tue 30 à 50 Palestiniens et en blesse des dizainesL'encyclopédie de la question palestinienne estime le bilan à 50 morts : « 1956 War The Political Failure of the Tripartite Aggression », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question. Elle commet également le massacre de Qibya le 14–, le raid de Nahalin en (9 morts dont une femme)« 1956 War The Political Failure of the Tripartite Aggression », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question. Ses opérations sont menées en Égypte et en Jordanie pour « enseigner » aux dirigeants arabes que le gouvernement israélien les considérait comme responsables de ces infiltrations même s'ils ne les supervisait pas, Moshe Dayan estimant que c'était l'unique moyen de les pousser à agir pour interdire ces infiltrations, dans l'intérêt de leurs propres citoyens.
Selon les Nations unies, Israël a lancé au moins 17 de ces actions en Égypte et 31 contre des villes arabes ou des militaires arabes.
Soutien de l'Égypte
Selon les termes de l'armistice de janvier 1949, l'Égypte n'avait que des possibilités restreintes de déployer des forces armées dans la bande de Gaza. Pour respecter cette obligation, le gouvernement égyptien forma une police palestinienne paramilitaire, la police frontalière palestinienne , en . Elle fut placée sous le commandement d'‘Abd-al-Man’imi ‘Abd-al-Ra’uf, ancien général des forces aériennes et membre des Frères musulmans et du conseil révolutionnaire. En , 250 volontaires furent formés, puis d'autres en mai et en décembre. Certains de ces policiers étaient sous la direction du gouverneur ‘Abd-al-‘Azim al-Saharti et protégeaient les installations publiquesYezid Sayigh (1999), Armed Struggle and the Search for State: The Palestinian National Movement 1949-1993. Oxford University Press , 61..
À partir de la fin 1954, les fedayins commencèrent à monter des opérations de plus grande envergure à partir du territoire égyptien. Le gouvernement égyptien supervisa également la création de groupes de fedayins officiels à Gaza et dans le nord-est du Sinaï. C'est le général Mustafa Hafez, chef du renseignement égyptien, qui aurait créé ces unités afin de lancer des raids terroristes en Israël. Il est assassiné par un colis piégé en 1956. Ces opérations sont menées presque toujours contre des civils. La Syrie, de son côté, charge ‘Abd al-Hamîd al-Sarrâj de créer une unité de fedayins : c'est l’Unité d’éclaireurs 68, créée après les opérations israéliennes menées en contre les positions syriennes surplombant le lac de TibériadeAbou-Fakhr, 2001, 49. et commandée par Ahmad JihhuAbou-Fakhr, 2001, 52.. En Jordanie, un groupe de fedayins est organisé par Subhî Yâsîn en 1956 et baptisé Khâlid Ibn al-Walîd ; il reçoit des armes de Salâh Mustapha, attaché militaire à l'ambassade d'Égypte en Jordanie. Lui aussi est assassiné, en 1956, par un attentat au colis piégé.
Le gouvernement égyptien avait néanmoins une politique de restriction des raids de fedayins, et ne commence à soutenir activement les fedayins qu'après un raid israélien sur un avant-poste de l'armée égyptienne qui laissa 37 soldats égyptiens morts, en "Records show that until the Gaza raid, the Egyptian military authorities had a consistent and firm policy of curbing infiltration...into Israel...and that it was only following the raid that a new policy was put in place, that of organizing the fedayeen units and turning them into an official instrument of warfare against Israel." Shlaim, 128–129. Néanmoins, il y a parfois eu un gap entre les politiques officielles et les actions concrètes sur le terrain, soit à cause d'incompétence, soit par volonté délibérée de fermer les yeux à propos des actions palestiniennes, que ce soit en Égypte ou en Jordanie. Israël recense 7850 infiltrations et incidents de frontière sur la frontière jordanienne (comprenant des tirs de militaires jordaniens vers Israël, des incursions de renseignement, ou une tentative de bloquer la route d'Eilat, sans qu'il soit possible de comptabiliser séparément les actions relevant d'initiatives locales et celles validées par le pouvoir central. À la frontière égyptienne, ce sont 3000 incidents et infiltrations qui sont recensées, en grande majorité depuis la bande de Gaza. Là aussi elles sont largement d'initiative palestinienne mais elles comptent un certain nombre de tirs des troupes égyptiennes contre les patrouilles frontalières israéliennesCarta's Atlas of Israel, the First Years 1948–1961 (hébreu moderne)..
En 1956, l'armée israélienne entre à Khan Younes pour y mener un ratissage afin d'y trouver fedayins et armement. Un total de 275 Palestiniens sont tués pendant l'opération, plus 111 tués lors du raid contre le camp de Rafah. Selon Israël, ils seraient dus à la résistance des réfugiés, ce qui est démenti par les réfugiés et l'absence de pertes israéliennes.
La question du soutien des gouvernements arabes
Le gouvernement israélien accusait les gouvernements arabes de soutenir et de financer les infiltrations de commandos de fedayins, visant sa disparition. Le soutien officiel de l'Égypte à partir de 1954 (mais pas de 1949 à 1954) semble confirmer cette affirmation ; le fait que les États arabes ont mieux contrôlé leurs frontières après les actions de représailles également.
Parallèlement, les dirigeants arabes commencent à utiliser une rhétorique plus dure et condamnent le sionisme en tant qu'idéologie, refusant tout compromis et la coexistence.
En Égypte, les Frères musulmans, qui était la seule organisation à soutenir la lutte palestinienne, avait formé deux brigades de fedayins. Après le coup d'État qui porte Nasser au pouvoir, ils ordonnent à leurs militants de cesser les infiltrations en Israël, afin de ne pas gêner le nouveau pouvoirSaqr Abou-Fakhr, 2001, 50.. Selon Avi Shlaim, après une interview de Hussein de Jordanie, il semble que la Jordanie fait les efforts nécessaires pour contrôler ses frontières, avis soutenu par un général de réserve israélien, Yehoshafat HarkabiAvi Shlaïm, The Iron Wall , 85 et 93.. D'autres déclarations israéliennes confirment que les accusations d'Israël relèvent de la hasbarainterview d'Aryeh Eilan, responsable au sein du ministère des Affaires étrangères : "If Jordanian complicity is a lie, we have to keep lying. If there is no proofs, we have to fabricate them" (Benny Morris, Israel's Border Wars, 67..