Hectarea est une entreprise française proposant des projets d'achat de foncier agricole à des particuliers. La plateforme permet d'investir en ligne, les terrains acquis étant exploités par des agriculteurs en fermage, ce qui leur permet de s’installer ou poursuivre une activité en supprimant le poids de l’acquisition foncière.
Hectarea, qui se présente comme une entreprise à mission, associe aux baux ruraux signés par les agriculteurs une charte les poussant, de manière non contraignante, vers une agriculture biologique et durable.
Historique Hectarea est fondée en par Adime Amoukou et Paul Rodrigues, avec l'objectif de répondre à la difficulté croissante d’accès au foncier pour les agriculteurs. Paul Rodrigues est issu d'une famille d'agriculteurs et a passé six ans dans la finance, travaillant notamment dans le secteur de l'investissement et de la vente de sociétés. Adime Amoukou est fils d'un ingénieur agronome et a une expérience de 10 ans en Data Science.
En , l’entreprise fait une levée de fonds de auprès de 25 business angels, afin de financer l'achat de terrains, et de recruter 3 personnes.
Fin 2023, Hectarea lance son premier projet : un achat d'un terrain de 26 hectares à Saint-Christophe-de-Double en Gironde, via une collecte sur leur site internet d'un montant visé de auprès des particuliers. L'agriculteur, 41 ans, trop âgé pour bénéficier des aides à l'installation, estime que les prix du terrain agricole sont devenus un frein à l'installation : « Nous sommes sur par hectare hors frais. Le prix de la terre agricole est devenu insoutenable. » Ce premier dossier est finalisé en , 91 particuliers ayant permis l'achat du terrain à la Safer. L'agriculteur est soutenu par Hectarea et ReGeneration pour une transition vers le bio.
Fin 2024, le total des fonds collectés auprès des particuliers par Hectarea est de un million d'euros. La société indique s'appuyer sur « une communauté de ».
En , invité sur le plateau d'Europe 1, la société annonce avoir collecté 2 millions d'euros depuis sa fondation, et avoir pu ainsi financer en tout 17 agriculteurs. La presse indique que tous les projets montés par Hectarea sont « durables ».
Philosophie de l'entreprise Sur son site internet, Hectarea annonce « accorder une attention toute particulière aux projets agricoles durables », dans une volonté de « reconnecter les particuliers avec les agriculteurs soucieux de bien faire ». Paul Rodrigues, l'un des deux fondateurs, déclare : .
La charte intégrée aux baux des agriculteurs les pousse à la transition écologique via l'obtention de labels bio et l'adoption de pratiques agricoles durables, mais sans contrainte au niveau des délais : la charte n'exige pas de transition à court terme, le premier objectif étant la possibilité pour un agriculteur de s'installer et que son activité soit rentable. En , Hectarea annonce ajouter à ses statuts le statut d'entreprise à mission.
Hectarea a pour ambition, au-delà de l'aspect financier, de recréer un lien entre particuliers et agriculteurs. Les particuliers peuvent acheter aux agriculteurs des produits avec un tarif préférentiel, et peuvent être invités à participer sur l'exploitation, par exemple pour planter des haies. Une fois qu'un particulier a investi dans un projet, il accède via le site internet à un tableau de bord qui en montre l'évolution, ainsi qu'à un réseau social où les agriculteurs publient leurs actualités. Les particuliers peuvent discuter directement avec les agriculteurs via cette plateforme.
Activité de l'entreprise L’entreprise propose à des particuliers et des entreprises d’investir dans la terre agricole sous forme d’obligations. Ces terres sont ensuite mises en location aux exploitants, dans le cadre de baux ruraux. La plateforme Hectarea présente chaque projet à financer, une présentation de l'agriculteur, et le montant nécessaire au projet. Les particuliers peuvent alors investir via cette plateforme, pour un montant minimal de 100 euros, et les parts qu'ils détiennent leur rapportent une fraction du loyer versé par l'agriculteur. Les particuliers possédant la terre, l'agriculteur évite un investissement lourd dans le foncier, et s'installe en fermage. Cette formule permet à l'agriculteur d'affecter ses moyens financiers spécifiquement à l'exploitation : achat de plants, de matériel agricole, etc.. Une clause prévoit que l'agriculteur a la possibilité un jour de racheter le foncier.
Fonctionnement, modèle économique En 2024, l'entreprise indique que le premier terrain que les particuliers ont acheté devrait procurer une rentabilité de 3 % annuel via les loyers reversés, et qu'avec une augmentation du prix des terrains de 4 % par an, la rentabilité à long terme serait de 5 à 7 % par an. Tf1 précise que ce type de placement peut généralement procurer aux particuliers entre 2 et 4 % de rendement annuel. Paris Match indique en 2025 qu'avec Hectarea, les agriculteurs reverseront annuellement environ 3 % du montant investi par les particuliers.
Un expert financier indique que, contrairement aux placements financiers traditionnels, l’investissement n’est pas liquide, et que l'horizon d'investissement est de 10 ans, avec la possibilité que le terrain soit revendu soit avec une plus-value, s'il est revendu à un prix supérieur à celui du prix d'achat, soit avec une moins-value dans le cas contraire. L'expert signale que le rendement est assujetti aux montants des loyers perçus. Hectarea indique que les investisseurs s’exposent à une perte totale ou partielle de leur capital.
L'entreprise se rémunère grâce à une commission à l'entrée entre 8 et 10 %, puis prélève environ 15 % sur les loyers versés aux particuliers qui ont investi dans la terre.
Structures Hectarea a créé une société foncière, Hectarea La Foncière, qui est chargée d’acquérir la terre, d'émettre les obligations, et de louer les terrains à l’agriculteur bénéficiaire via un bail rural à long terme. Hectarea (SAS) et Hectarea La Foncière sont deux entités distinctes.
Exemples de projets soutenus Le projet de Damien et Clément en arboriculture biologique dans les Vosges a consisté à vendre à Hectarea une partie de ses terrains puis à continuer d'exploiter ces terrains en payant un fermage. Les fonds dégagés par cette opération permettent à ces agriculteurs de développer de nouveaux produits. Ils indiquent notamment que pour faire reconnaître la camerise, une baie méconnue, le coût de l'étude nécessaire s'élevait à « plusieurs dizaines de milliers d'euros ».
Dans le Vaucluse, une exploitation viticole en phase de transmission familiale à la jeune génération, vend des terres à Hectarea afin de pouvoir payer les droits de succession tout en continuant à utiliser la totalité des terres familiales. Les trois jeunes frères perpétuent ainsi l'élaboration d'un vin AOC Châteauneuf-du-Pape dans un esprit qui se démarque d'un modèle agricole intensif et privilégie la santé des sols et des consommateurs.
En , un éleveur récolte en seulement six heures auprès de quarante investisseurs via la plateforme Hectarea. Son objectif : développer une culture de céréales sur deux nouvelles parcelles, afin d’assurer l’autonomie alimentaire de son troupeau de 150 vaches charolaises. Grâce à ce financement, il peut s’affranchir des fluctuations du marché de l’alimentation animale et éviter le recours à des nourritures ayant parcouru de longues distances.
Fin 2024, en un peu plus d'un mois, 136 particuliers investissent dans un projet cidricole pour un montant de . Cet argent permet, dans le cadre d'une transmission familiale en pays d’Auge, d'acheter un tiers des terres du domaine familiale. L'agriculteur peut alors perpétuer l'exploitation de l'ensemble du domaine via le paiement d'une location aux nouveaux propriétaires, les investisseurs d'Hectarea. Le contrat indique que l'agriculteur pourra racheter les terres une fois sa trésorerie reconstituée. Il déclare : Le Parisien indique qu'avec « environ l’hectare dans le pays d’Auge, un montant assez élevé, Antoine Marois se serait retrouvé dans l’impasse ». De plus, le financement participatif lui permet de « préserver le modèle artisanal et familial de sa structure ». Les particuliers ont la possibilité d'acheter du cidre à l'exploitant à des tarifs préférentiels.
Critiques et limites Les investissements sont peu liquides, car les obligations ne font pas l’objet d’une revente sur un marché secondaire. La revente est seulement possible de gré à gré entre investisseurs. Cependant, selon un article de France info de , l'investissement « est peu risqué : le prix de la terre ne baisse pas ».
Les fermages perçus par les investisseurs dépendent des paiements par l’agriculteur. Les investisseurs peuvent donc être exposés à des retards de perception des loyers. De plus, les investisseurs courent un risque de perte totale ou partielle du capital.
Références
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