Dilexi te (« Je t'ai aimé » en latin) est une exhortation apostolique de Léon XIV, signée le et publiée le . Il s'agit du premier document magistériel de ce pape. L’exhortation a pour thème central l’amour du Christ envers les pauvres et l’invitation faite à l’Église de renouveler son engagement envers les plus nécessiteux.
Elle a la singularité d'avoir été commencée par François dont Léon poursuit le texte et le fait sien.
Présentation Cette première exhortation apostolique de Léon XIV, signée le au palais du Vatican en présence du substitut à la secrétairerie d'État, Edgar Peña Parra, porte sur l'amour pour les pauvres... Le jour de cette signature est celui de la fête de saint François d'Assise, nom de règne de son prédécesseur..
La présentation officielle de l’exhortation a lieu le dans la salle de presse du Saint-Siège, avec la participation du cardinal Michael Czerny, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, du cardinal Konrad Krajewski, aumônier pontifical, du frère Frédéric-Marie Le Méhauté et de la sœur Clémence, des Petites Sœurs de Jésus..
Son titre, Dilexi te, souligne sa continuité avec la dernière encyclique du pape François, Dilexit nos, datée du et centrée sur le Sacré-Cœur de Jésus. Durant les derniers mois de son pontificat, François avait commencé à rédiger le texte repris et complété par Léon XIV, qui a gardé le titre choisi par son prédécesseur : Dilexi te, citation extraite de l'Apocalypse (3:9)..
Dans ce texte, Léon indique explicitement qu'..
Sujets centraux Dans Dilexi te, le pape Léon XIV place la pauvreté au centre de sa réflexion comme un problème structurel et universel qui affecte toutes les sociétés (DT, chap. I)..
L’exhortation dénonce avec force la persistance et multiplication des inégalités. Elle signale que, même si des efforts ont été faits pour éradiquer la pauvreté, ces derniers ont été insuffisants dans un monde où grandissent de nouvelles formes d’exclusion, plus subtiles mais tout aussi néfastes (DT, chap. I)..
Face à ces attitudes, l’exhortation insiste sur la nécessité d’une profonde, capable de questionner les modèles de réussite et de richesse qui privilégient quelques-uns et marginalisent la majorité (DT, chap. I)..
Contenu Écrite en italien, comportant , l’exhortation apostolique Dilexi te se divise en une brève introduction et cinq chapitres. Elle est d'une structure classique : . Le pape y mobilise des saintes et des saints parfois méconnus du grand public comme la sainte brésilienne Irmã Dulce ou la sainte américaine Françoise-Xavière Cabrini, première sainte des États-Unis.
Chapitre 1 : Quelques paroles indispensables Léon XIV rappelle qu’aucun geste d’affection n’est insignifiant, surtout quand il s'adresse à celui qui souffre, et relie cette expérience avec la conviction que l’amour pour le Christ ne peut pas se séparer de l’amour envers les pauvres. Le texte souligne qu’en eux, dépourvus de pouvoir et grandeur, le même Seigneur continue de parler et d’être présent.
Saint François Le pape évoque la figure de François d'Assise, qui, , renaît (§ 7). Le choix des pauvres est prioritaire pour un renouveau de l'Église et de la société.
Le cri des pauvres L'attention de Dieu aux pauvres se manifeste dès l'Ancien Testament avec la révélation du Buisson ardent où Yahweh dit à Moïse avoir entendu le cri de son peuple. En cinq paragraphes, Léon XIV détaille les différentes sortes de pauvreté..
Préjugés idéologiques Le pape reprend à son compte, en la citant, la définition des personnes pauvres donnée par une décision du Conseil des Communautés européennes du . Avec des exemples concrets, Léon XIV affirme que la pauvreté est un fait, : la pauvreté n'est ni un hasard ni, pour la plupart des pauvres, un choix moral.
Chapitre 2 : Dieu choisit les pauvres Le document développe l’idée que la proximité de Dieu envers les plus faibles n’est pas une option secondaire, mais une caractéristique essentielle de la foi chrétienne. Dans la Bible est présenté un Dieu qui écoute la clameur de ceux qui souffrent et qui agit en leur faveur. Cette attitude atteint sa plénitude en Jésus-Christ, qui a assumé la pauvreté humaine depuis sa naissance dans une crèche jusqu’à sa mort sur la croix.
Le choix des pauvres L'engagement envers les pauvres est un choix de Dieu et il n'est donc pas une option humaine. Dieu nous demande de faire (§ 16).
Jésus, Messie pauvre Jésus s'est fait pauvre pour partager les limites et les fragilités de la nature humaine. Il a même partagé avec nous la pauvreté radicale que constitue la mort. Il est la révélation de la préférence de Dieu pour les pauvres..
La miséricorde envers les pauvres dans la Bible Dans le Nouveau Testament, Jésus fusionne les deux commandements anciens et pour n'en faire qu'un seul (§ 24). Au fil des siècles, l'Église a exhorté les chrétiens à pratiquer la charité qui n'est pas une conséquence de la foi mais , Jésus appelant les hommes à le reconnaître dans les pauvres..
Chapitre 3 : Une Église pour les pauvres Dans ce chapitre, il est expliqué que l’idéal d' n’est pas un slogan récent, mais une conviction profondément enracinée dans l’Évangile et vécue dès les débuts du christianisme. Le document passe en revue diverses expressions historiques de ce même élan.
La véritable richesse de l'Église Bien qu'eux-mêmes pauvres, (§ 37). Les Apôtres intègrent dans leur ministère sept hommes qu'ils instituent pour le service des plus pauvres : les diacres. Le premier de ces diacres, Étienne, sera martyr. De même deux siècles plus tard le diacre Laurent de Rome qui, contraint par les autorités romaines à livrer les trésors de l'Église, amena des pauvres en disant : (§38).
Les Pères de l'Église et les pauvres Les Pères de l'Église reconnaissent dans les pauvres un moyen privilégié d'accèder à Dieu. Cette attention aux pauvres se retrouve alors .
Saint Jean Chrysostome Parmi les pères orientaux, Léon XIV cite Jean Chrysostome qu'il qualifie de (§ 41) et qui a fait valoir que (§ 42).
Saint Augustin Parmi les pères d'Occident, le pape évoque longuement Augustin d'Hippone (§ 43 à 47) qui a enseigné l'amour préférentiel pour les pauvres. Il rappelle que la pensée augustinienne reste et qu' (§ 47).
Soins aux malades La tradition chrétienne de visiter les malades (§ 49). Léon XIV cite saint Jean de Dieu et ses hôpitaux modèles qui accueillaient toutes les personnes, quelles que soient leurs conditions sociales et économiques, saint Camille de Lellis, les nombreuses congrégations féminines qui (§ 51) et aujourd'hui les hôpitaux catholiques, les missions sanitaires et les hôpitaux de campagne dans les zones de guerre. L' Église y répond à sa vocation la plus profonde : (§ 52).
Prendre soin des pauvres dans la vie monastique Léon XIV rappelle que l’hospitalité et le soin des nécessiteux font partie intégrante de la spiritualité monastique, citant l'exemple de saint Basile Le Grand, saint Benoît de Nursie et saint Bernard de Clairvaux. Le pape consacre ainsi six paragraphes à la tradition monastique de l'accueil des pauvres et souligne que (§ 58 ). Selon le théologien François Odinet, il s'agit là d'une phrase centrale de l'exhortation qu'il interprète comme une question du pape aux chrétiens : .
Libérez les captifs La mission de libération de l'Église porte sur les prisonniers pour leur foi des premiers temps de l'Église, sur les captifs de l'esclavage qui a marqué des sociétés entières et, de nos jours, sur les formes modernes de l'esclavage que constituent (§ 61). Léon XIV inclut aussi les détenus, se référant à François qui rappelait que les prisons sont un lieu d'humanité, (§ 62).
Témoins de la pauvreté évangélique Le pape évoque ici les Ordres mendiants nés au , qui , , se faisant pauvres avec eux. Ces ordres font (§ 63). Léon XIV cite de nouveau saint François d'Assise qu'il qualifie d' (§ 64). Il donne aussi l'exemple de sainte Claire d'Assise et de son combat spirituel pour la pauvreté radicale (§ 65) et de saint Dominique de Guzmán (§ 65).
L'Église et l'éducation des pauvres L'engagement auprès des pauvres ne se limite pas aux soins matériels. Dans sa présentation de Dilexi te, le cardinal canadien Michael Czerny, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, souligne que ..
Accompagner les migrants L'expérience de la migration et de son accompagnement traverse le récit biblique, qu'il s'agisse d'Abraham, de Moïse, de Marie et Joseph fuyant en Égypte ou de Jésus lui-même qui a vécu parmi les siens (§ 73). Le pape cite deux figures emblématiques du qui illustrent la prise en charge pastorale des migrants : saint Jean-Baptiste Scalabrini et sainte Françoise-Xavière Cabrini (§ 74). Au-delà des migrants et des réfugiés des périphéries géographiques, l'Église doit accompagner , c'est-à-dire les personnes isolées, en situation de fragilité ou éloignées de l’Église. Pour sa crédibilité, elle doit aller à la rencontre de toutes les personnes marginalisées que le pape François désigne par ce concept. repris à son compte par Léon XIV (§ 75).
Auprès des derniers Les désignent (§ 76). Parmi les saintes et les saints au service des souffrants des périphéries existentielles, le pape relève sainte Thérèse de Calcutta, sainte Dulce des Pauvres, saint Benoît Menni et les Sœurs hospitalières du Sacré-Cœur de Jésus, saint Charles de Foucauld et sainte Catherine Drexel mais aussi la figure de sœur Emmanuelle qui vivait parmi les ramasseurs d'ordure du Caire.
Mouvements populaires Le pape consacre deux paragraphes aux mouvements laïcs, forme la plus récente de la solidarité envers les pauvres, qui défendent les droits des pauvres contre les . Ces mouvements populaires . L'aide véritable consiste à rendre la dignité et la parole, à redonner du sens à une vie traduit Mikael Corre de la pensée papale.
Chapitre 4 : Une histoire qui continue Le quatrième chapitre retrace l’évolution de la relation de l’Église avec les pauvres au cours des 150 dernières années, en situant ce thème dans le cadre de la doctrine sociale de l'Église catholique.
Le siècle de la doctrine sociale de l’Église Le pape affirme que l'accélération des transformations technologiques et sociales des deux derniers siècles n'a pas été seulement subie par les pauvres mais affrontée et pensée par eux. Cette fait partie intégrante de la doctrine sociale de l'Église et de sa relecture de la Révélation chrétienne (§ 82). Cette doctrine a approfondi un choix préférentiel pour les pauvres ainsi qu'en témoigne le magistère des . Léon XIV en dresse l'historique en quatre chapitres, de Léon XIII à saint Paul VI (§ 83 à 86). Ce lien préférentiel s'est consolidé avec saint Jean-Paul II sur le plan doctrinal comme . Benoît XVI a dénoncé les limites des institutions économiques qui ne peuvent garantir un accès aux ressources naturelles et faire face aux crises sanitaires. Le pape François sur la relation de l'Église avec les pauvres, dont Léon XIV revendique (§ 89).
Des structures de péché qui créent pauvreté et inégalités extrêmes La pauvreté résulte des structures de péché et Léon XIV dénonce à la suite de François (§ 92 ) : cette économie développe une mentalité qui , rend acceptables le rejet et l'abandon des faibles au nom de l'impartialité du marché que l'Église réfute comme contraire au bien commun et que le pape François a définie comme (§ 93). Les structures sociales doivent donc se convertir (§ 97 et 98). Ce redonnera leur dignité aux invisibles.
Les pauvres comme sujets Les pauvres sont à considérer comme des sujets (c'est-à-dire des acteurs) capables de créer leur propre culture, plutôt que comme des objets ou des bénéficiaires recevant la charité (§ 100). Ils ont une pensée, une culture et il est donc nécessaire de . Le pape affirme que les pauvres nous évangélisent et que vivre avec eux nous permet de nous rapprocher du mystère de Dieu..
Chapitre 5 : Un défi permanent