Un emploi est, au théâtre, une catégorie de rôles dont on considère qu'ils peuvent être interprétés par le même type de comédiens, sur des critères d'apparence physique, de voix, de tempérament, de sensibilité et autres caractéristiques similaires.

La notion d'emploi est tombée en désuétude au cours du et n'est plus utilisée par les metteurs en scène et les comédiens. Elle est considérée comme une tradition dépassée.

Intérêt d'une telle notion La notion d'emploi s'est révélée utile aussi bien au comédien et au directeur de théâtre qu'à l'auteur et même au spectateur. Le comédien, ayant sur son contrat ou sur le tableau de la troupe le ou les emplois pour lesquels il a été engagé, sait ce qu'on peut lui demander et, éventuellement, ce qu'il peut refuser. Cette notion d'emploi permet de présenter de manière précise et synthétique les capacités de chaque acteur et actrice d'une troupe.

À titre d'exemple, la troupe de Nantes de 1829 était composée, entre autres, de : Mainville - premiers rôles en tout genre ; Legrand-Roche - jeunes premiers, fort jeunes premiers rôles au besoin dans le vaudeville ; Toudouze - grands raisonneurs, pères nobles en tout genre, pères non chantants ; Charles - financiers, manteaux, grimes, paysans ; Legrand-Roche - premiers rôles en tout genre, grandes coquettes ; Bury - jeunes premières, ingénuités, jeunes amoureuses dans le vaudeville ; Dantremont - secondes amoureusesArthur Pougin, Dictionnaire du théâtre..

Connaissant les emplois de ses acteurs, le directeur de théâtre voyait la gestion de ses moyens humains facilitée. Molière, auteur et directeur de troupe, a composé ses pièces en fonction des acteurs dont il disposait. Ainsi ses « grandes comédies » sont bâties sur des distributions très proches : un premier rôle, cultivant une extravagance : avarice (L'Avare), snobisme (Le Bourgeois gentilhomme), dégoût des hommes (Le Misanthrope), dévotion feinte (Tartuffe), hypocondrie (Le Malade imaginaire), peur d'être trompé (L'École des femmes) ; un raisonneur ; un ou plusieurs amoureux(ses) ; une ingénue ou une grande coquette ; un ou deux valets ou soubrettes ; un père noble.

En connaissant d'avance les principales caractéristiques des personnages qu'il va introduire dans l'intrigue, un auteur voit sa tâche de construction facilitée et, au moment de la représentation, le spectateur lui-même se trouve très vite en terrain de connaissance, comme le constatait Alfred Capus : Alfred Capus, Le Théâtre, 1913.

Histoire La détermination précise des emplois de jadis est aujourd’hui malaisée à établir. En effet, cette notion n’a cessé de varier au cours des , non seulement à l’intérieur d’un même genre théâtral (comédie, tragédie, opéra, opéra-comique), mais aussi, et davantage encore, entre Paris et les villes de province. Pour résoudre les conflits de plus en plus nombreux qui surgissaient entre comédiens titulaires d’un même emploi, la Comédie-Française mit au point, à partir de 1785, une sorte de classement des rôles par emplois. Dès lors, cette typologie permettait de départager les conflits entre comédiens de province, arbitrés eux aussi par la Comédie-Française. En voici un exemple datant du : Emplois masculins Emplois féminins Tragédie premiers rôles premiers rôles seconds rôles seconds rôles (ou princesses) rois reines troisièmes rôles troisièmes rôles confidents confidentes et suivantes Comédie ingénues amoureux amoureuses jeunes premiers jeunes premières marquis grandes coquettes rôles à manteaux ou grimes pères nobles mères nobles financiers raisonneurs duègnes valets, Crispin, paysans servantes et soubrettes niais

Le nombre des emplois ne cessa de se multiplier au cours des , à cause de l'augmentation du nombre des personnages, conséquence des bouleversements sociaux et des mouvements littéraires. À ces personnages supplémentaires se sont ajoutés des emplois particuliers créés ou remplis avec succès par un acteur ou actrice, et qui ont laissé leurs noms, devenant alors noms communs (initiale minuscule, et prenant un « s » au pluriel), par exemple : clairval : premiers rôles d'opéra-comique - d'après Jean-Baptiste Guignard, dit Clairval ; déjazet : rôles travestis, lestes et égrillards - d'après Déjazet. ; solié : comiques possédant de surcroît une jolie voix- d'après Jean-Baptiste Soulier dit Solié ; dugazon : ingénues amoureuses ou emplois de travesti - d'après la comédienne, cantatrice et danseuse Madame Dugazon. ; thierret : duègnes comiques - d'après Thierret ; jodelet : valet burlesque, gourmand, vantard, menteur, cible des coups de bâton et des quolibets - d'après l'acteur Jodelet de la troupe de Molière.

Cette classification est restée pratique pour définir les personnages des différents répertoires jusqu'à la fin du . Elle est, en revanche, difficilement utilisable au-delà et, de ce fait, elle est tombée en désuétude à partir du . André-Gilles Bourassa attribue aux théâtres d'art la suppression de cette approche et son remplacement par le casting.. Le mot et sa signification se sont conservés dans quelques expressions : avoir le physique / avoir la tête de l'emploi, jouer à contre-emploi ...

Quelques définitions et exemples d'emplois, classés par ordre alphabétique Cette typologie admet de nombreuses variantes et subtilités, dues tantôt à la coutume, tantôt à des différences d’appréciation de la part des directeurs de théâtres. De plus, les caractéristiques des personnages, ainsi que l'importance de leurs rôles, pouvant varier à l'infini, au gré de l'inspiration et des intentions des auteurs, la classification par emploi butte parfois sur des personnages aux frontières de catégories. Certains classements peuvent sembler discutables ou arbitraires. Psyché de la tragédie-ballet Psyché et Henriette des Femmes savantes sont-elles des ingénues ou des amoureuses ? Chérubin dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, rare exemple d'ingénu mâle, et rôle tenu par une femme, est-il un emploi de jeune première ou de soubrette ? Célimène du Misanthrope et Elmire du Tartuffe sont-elles des grandes coquettes ou des premiers rôles ? Le duc de Chamaraule dans Philiberte d'Émile Augier est un barbon les deux premiers actes, et se comporte en père noble à la fin du troisième. Ces incertitudes ne peuvent être levées, car elles sont inhérentes au principe de classification de caractères possédant une infinité de nuances.

Accessoire Au théâtre, tout ce qui n'entre pas dans la catégorie du décor ni dans celle du costume fait partie des accessoires. Dans cette catégorie, qui regroupe Dictionnaire théâtral, Barba, 1824., on retrouve donc non seulement les objets nécessaires à la représentation, mais aussi des personnages, des rôles minuscules, classés au dernier rang des figurants, en dessous des utilités. C'est dans ce groupe que se recrutent les personnes apparaissant dans la distribution, sans qu'elles soient nommées individuellement, ni même que leur nombre soit précisé, ce qui les différencie des utilités. Muet, l'accessoire fait partie de la mise en scène. Exemples : (Macbeth de Shakespeare) ; (La Mort de Pompée de Pierre Corneille) ; (Le Bourgeois gentilhomme de Molière) ; (Cromwell de Victor Hugo) ; (Un chapeau de paille d'Italie d'Eugène Labiche) ; (Diane d'Émile Augier) ; (La Duchesse des Folies-Bergères de Georges Feydeau) …

Amoureux Personnage qui aime et qui peut aussi être aimé. Les obstacles que ces personnages rencontrent sont des conséquences de l'action principale ou des prétextes à son développement. Selon l'importance des rôles, une gradation peut-être précisée par premier, deuxième et troisième amoureux(se). Le « premier amoureux » est généralement appelé « jeune premier » (sous-entendu amoureux), et la « première amoureuse » la « jeune première ». Il s'agit alors de personnages de premier plan. L'emploi de « second(e) amoureux(se) » revient à des personnages moins importants. Dans un certain nombre de pièces, on trouve à la fois un premier et un second amoureux. Dans Le Menteur de Corneille (1644), Dorante est un premier amoureux, Alcippe un second ; dans Tartuffe de Molière (1664), Valère est un premier amoureux, Damis un second ; dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux (1730), Dorante est un premier amoureux et Mario un second.

En revanche, lorsque l'amour du héros est le thème principal de l'ouvrage, donnant lieu à des déchaînements de la passion ou à des dévouements sublimes, le sujet n'est plus alors un amoureux, mais un premier rôle. Par exemple Oreste, Othello, Phèdre, Dom Juan, Zaïre, Hernani, Ruy Blas et même Alceste sont des premiers rôles.

L'emploi d'amoureux exige généralement de la jeunesse, un physique agréable, une voix séduisante au débit animé, de la distinction et, surtout, une capacité à exprimer toutes les facettes d'un sentiment contrarié ou partagé.

Quelques-uns des innombrables rôles d'amoureux : Roderigo dans Othello de Shakespeare (1604) ; Camille et Curiace dans Horace de Pierre Corneille (1640) ; Maxime dans Cinna de Corneille (1641) ; Lucile dans Le Dépit amoureux de Molière (1656) est une jeune première ; Clitandre dans Les Femmes savantes de Molière (1672) ; le Marquis dans Turcaret de Alain-René Lesage (1709) ; Rosine dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais (1775) ; Nanon et François dans Madame Angot ou la poissarde parvenue de Maillot (1796) ; Oscar de Beaufort dans Le Jeune Mari d'Édouard Mazères (1826) ; Saverny dans Marion Delorme de Victor Hugo (1831) ; Raymond de Taulignan dans Philiberte d'Émile Augier (1853) ; Armand et Daniel dans Le Voyage de monsieur Perrichon d'Eugène Labiche (1860) ; Germaine Lechat dans Les affaires sont les affaires d'Octave Mirbeau (1903) …

Acteurs dans cet emploi : de Brie, Mlle d'Épinay, Mars ; La Grange, Lafontaine, Dieudonné …

Barbon Rôle de vieillard ridicule ou odieux, qui oublie son âge ou le redoute et qui désire, légitimement ou pas, une jeune fille malgré les avis contraires. Cet emploi entre dans la catégorie des rôles à manteau, qui comprend aussi les grimes et les financiers. Chez Molière, cet emploi fréquent requiert en général un premier rôle, vu l'importance centrale du personnage. Arnolphe dans L'École des femmes, Sganarelle dans Le Mariage forcé et Harpagon dans L'Avare ne sont pas des barbons, mais des premiers rôles.

Exemples de barbon : Anselme dans L'Étourdi de Molière (1655) ; Ligournois dans Le Mariage fait et rompu de Dufresny (1721) ; Bartholo dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais (1775) ; Don Ruy Gomez dans Hernani de Victor Hugo (1830) ; Don Guritan dans Ruy Blas de Victor Hugo (1838) ; le duc de Chamaraule dans Philiberte d'Émile Augier (1853) …

Acteurs ayant tenu cet emploi : Louis Béjart, Adolphe Dupuis …

Comique Cet emploi parle de lui-même, et n'a pas besoin d'être caractérisé. Mais, même s'il se subdivise en « premier comique » et en « second comique », cet emploi ne comprend pas tous les rôles masculins comiques. Les rôles dits marqués, c'est-à-dire représentant des personnages plus ou moins âgés, n'en font pas partie et forment une classe à part, comprenant les financiers, les grimes, les ganaches et les pères nobles.

Les premiers comiques appartiennent à la « grande livrée », et les seconds comiques à la « petite livrée ». Voir la section « Rôle à livrée ».

Confident