vignette|Participants marchant derrière une large banderole où est écrit dans une marche des fiertés de San Francisco en 2008. Le mouvement bisexuel ou militantisme bisexuel est l'ensemble des acteurs, organisations, associations, regroupements et actions promouvant la visibilité de la bisexualité et les droits des personnes bisexuelles.

Participant activement et souvent en première ligne des prémices de ce qui deviendra le mouvement LGBT dans les années 1960, les bisexuels sont alors souvent discriminés par les gays et les lesbiennes, et leurs contributions à l'égalité des droits sont fréquemment minorées ou niées. En réponse, un mouvement spécifique de défense des droits des bisexuels se structure progressivement de manière autonome à partir des années 1970 dans les pays occidentaux, en parallèle de la poursuite de l'investissement bisexuel au sein du plus général militantisme des cercles LGBT.

Vue d'ensemble Le nombre d'associations bisexuelles dans le monde s'accroît énormément au cours des années 1990. L'édition 2001 du , un document produit par le et qui contient un annuaire des associations bisexuelles dans le monde, répertorie bisexuelles et bi-friendly dans (incluant des pays aussi divers que le Botswana, la Colombie, les îles Fidji, la Hongrie, la Lituanie, la Namibie, Singapour, la Corée du Sud ou l'Uruguay).

Histoire

Acceptation difficile par les mouvements homosexuels vignette|Une participante à une marche des fiertés en Pologne en 2022 tient un bouclier aux couleurs du drapeau bisexuel sur lequel est écrit . Bien que des personnes attirées par les hommes et les femmes soient présentes dans les mouvements gays et lesbiens dès leur origine, des organisations spécifiquement bisexuelles ne naissent aux États-Unis qu'à partir des années 1970, et dans les années 1980 en Europe.

Les bisexuels ne sont pas toujours acceptés dans les mouvements gays et lesbiens dans les années 1950 et 1960, alors que beaucoup de personnes recherchant l'aide de ces mouvements sont elles-mêmes bisexuelles. Au début du mouvement LGBT, les bisexuels sont en effet fréquemment obligés de cacher leur bisexualité, faisant face à l'hostilité des gays et lesbiennes, certains homosexuels avançant que les bisexuels échapperaient aux discriminations via un . La situation s'améliore à partir des années 1970, où la bisexualité est un peu mieux acceptée, voire parfois même célébrée, des groupes comme le Gay Liberation Front ou la ayant une vision positive de la fluidité sexuelle.

Premiers mouvements aux États-Unis

L'activisme en faveur des personnes bisexuelles commence à se développer, en particulier à San Francisco. L'une des premières organisations pour personnes bisexuelles, la à San Francisco, est animée par Margo Rila et Frank Esposito à partir de 1967. Deux ans plus tard, lors d'une réunion du personnel du (établissement de santé mentale) de San Francisco au service des personnes LGBT, l'infirmière Maggi Rubenstein annonce être bisexuelle, pratiquant sans le savoir le premier acte de visibilisation bisexuelle. Plus tard, lorsque le groupe LGBT Bay Area lui demande d'intervenir dans un colloque, elle exige que la bisexualité soit intégrée dans leur programme comme une orientation sexuelle distincte..

La rébellion de Stonewall, considérée comme le début du mouvement moderne pour les droits des LGBT, est déclenchée à Stonewall en 1969. Des clients du bar, dont des personnes bisexuelles, s'opposent à la police lors d'une opération de contrôle policière.. Pour commémorer cela, l'année suivante a lieu la première LGBT (marche des fiertés). La militante bisexuelle Brenda Howard est nommée « Mère de la fierté » en reconnaissance de son travail de coordination de cette première LGBT, pride dont le principe a depuis essaimé dans le monde entier San Francisco Human Rights Commission, « Bisexual Invisibility: Impacts and Recommendations », . Des célébrations de la pride se tiennent dans le monde entier chaque année en juin. Howard ainsi que l'activiste bisexuel Robert A. Martin et l'activiste gay L. Craig Schoonmaker popularisent le mot « » pour décrire ces manifestations Donaldson, Stephen (1995). "The Bisexual Movement's Beginnings in the 70s: A Personal Retrospective". In Tucker, Naomi (ed.). . New York: Harrington Park Press. . ... Le militant bisexuel Tom Limoncelli dit à ce sujet : In Memoriam – Brenda Howard..

Aux États-Unis, le est créé en 1972, le Bisexual Forum suit en 1975, tous deux à New York. Le San Francisco Bisexual Center, première institution au monde dédiée spécifiquement aux bisexuels, ouvre ses portes en 1976. Des groupes bisexuels se créent dans d'autres villes américaines dans les années 1970 à Chicago, Détroit, Minneapolis et Washington, D.C.

La première vague des mouvements bisexuels est largement gérée par des hommes mariés, qui vont consacrer leurs efforts à partir du milieu des années 1980 à la crise du SIDA et progressivement abandonner les organisations spécifiquement bisexuelles qu'ils avaient mis en place. Des femmes bisexuelles vont progressivement fonder de nouveaux groupes, notamment pour se soutenir entre elles et lutter contre la biphobie présente dans beaucoup de cercles lesbiens. Beaucoup de ces femmes avaient été précédemment actives dans le militantisme lesbien, jusqu'à leur rejet par une orientation de , excluant les bisexuelles. Ces militantes bisexuelles gardent toutefois une adhésion au féminisme et à des pratiques comme les espaces excluant les hommes. Parmi les groupes fondés sur ces principes dans les années 1980 figurent le Boston Bisexual Women's Network, le Chicago Action Bi-Women, et le Seattle Bisexual Women's Network. Des mouvements mixes sont également créés dans les années 1980 dans des villes comme San Francisco, Philadelphie, et Boston ; c'est également la philosophie de la première organisation régionale le East Coast Bisexual Network.

À la fin du XX siècle, le Bay Area Bisexual Network de San Francisco fait paraitre pendant plus d'une décennie Anything That Moves, le premier magazine américain consacré aux thématiques de bisexualité.

Argentine

vignette|Manifestation lors de la 37ème Rencontre plurinationale de femmes, lesbiennes, travestis, trans, bisexuelles, intersexes et non-binaires en octobre 2024 à San Salvador de Jujuy. Les militantes bisexuelles argentines se retrouvent d'abord au sein des milieux lesbiens, mais subissent un fort rejet (particulièrement des lesbiennes radfem), qui les accusent de collaboration avec le patriarcat, de trahison, ou bien estiment qu’elles sont à moitié hétéro, à moitié lesbiennes, et ne méritent pas la même place que les lesbiennes. D'autre part, le mouvement féministe argentin est majoritairement constitué de femmes hétérosexuelles et s'intéresse peu aux problématiques d'orientation sexuelle. La première organisation de femmes bisexuelles naît en 1997 sous l'égide d', dont le coming-out bi en 1997 provoque d'importants remous parmi les militantes lesbiennes.

En 2012, le collectif (féministes bisexuelles) fait sa première action militante lors de la marche des fiertés de Buenos Aires ; la première rencontre Bi+ nationale a lieu en 2022, et en 2025, il existe des collectifs bisexuels dans plus de sept villes du pays. En parallèle, les femmes bisexuelles sont actives au sein du mouvement féministe, participant aux (1986-2022) puis depuis 2022, des rencontres féministes rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Brésil

vignette|Pancarte "fierté d'être bisexuel" à la marche des fiertés de São Paulo de 2024. Au Brésil, le mouvement bisexuel se structure à partir de 2004, après l'exclusion des bisexuels d'une rencontre nationale de gays, lesbiennes et travestis. le est actif de 2005 à 2007. En 2020 est créé le Front bisexuel brésilien (). L'année suivante, des étudiants créent le (groupe amazonien d'études sur la bisexualité) ki devient national et est renommé (réseau brésilien d'études sur la bisexualité et la monodissidence). D'après une enquête de 2019, le pays compte plus d'un million d'adultes bisexuels.

France

vignette|Une pancarte aux couleurs du drapeau bisexuel, indiquant (« Fière d'être bi/moi-même »), à la Marche des fiertés de Paris, en 2021. La sociologue et anthropologue Catherine Deschamps note qu'un prend forme en France en , puis se structure en association, Bi'Cause, en 1997. Ses statuts indiquent que cette association se donne pour but de , lutter contre la biphobie, soutenir les bisexuels, informer le grand public sur les thématiques liées à la bisexualité, et contribuer à lutter contre les infections sexuellement transmissibles par de la prévention.

En 2022, le mouvement du Réveil Bi mène à la création d'une dizaine de collectifs à Paris et en région, sous l'impulsion de Floralie Resa et son manifeste pour un réveil bi.

Royaume-Uni La première association de bisexuels du royaume, le London Bisexual Group, est formée en 1981. D'autres suivent à Édinbourg (1984), Brighton (1985), Manchester (1986) et Glasgow (1988).

BiCon est un rassemblement tenu chaque année au Royaume-Uni depuis 1984. Environ 200 personnes assistent aux réunions annuelles, qui se tiennent chaque année dans un lieu différent, habituellement une université.

Des contributions significatives mais fréquemment niées ou effacées

Les bisexuels sont très actifs dans les premiers pas du mouvement LGBT. Le vice-président de la , la première organisation homosexuelle des États-Unis (fondée en 1924), est bisexuel et marié, mais doit toutefois garder sa bisexualité secrète, car cette association refuse l'adhésion des bisexuels, prétendant qu'ils seraient moins engagés dans la cause.

Un autre exemple est celui de l’américaine Brenda Howard, militante bisexuelle à l'origine de la marche des fiertés en 1970, un an après les émeutes de Stonewall .

De plus, malgré des décennies d'implication et de militantisme, les bisexuels ont souvent été effacés de l'histoire du mouvement LGBT, leurs contributions niées, ou ils ont été accusés d'être des passagers clandestins profitant des luttes gays et lesbiennes.

Références

Bibliographie

Catégorie:Bisexualité Catégorie:Militantisme LGBT