Labbaye Saint-Pierre de BrantômeClaude Andrault-Schmitt, L'église abbatiale de Brantôme (Saint-Pierre et Saint-Sicaire), , dans Congrès archéologique de France. . Monuments en Périgord. 1999 - Société Française d'Archéologie - Paris - 1999., située à Brantôme, commune de Brantôme en Périgord, dans le département de la Dordogne, est une ancienne abbaye bénédictine fondée en 769 par Charlemagne dans le diocèse de Périgueux. Elle fut supprimée à la Révolution.
De nos jours subsistent l'église abbatiale (), une partie du cloître () et les bâtiments conventuels (), qui abritent deux musées municipaux ainsi que l'hôtel de ville de Brantôme en Périgord.
Protections au titre des monuments historiques Plusieurs parties de l'abbaye ont fait l'objet de classements successifs au titre des monuments historiques, consultée le . : l'église abbatiale dès la première liste de 1840 ; le pavillon dit du « Corps de garde » (ou « pavillon Renaissance ») et la tour ronde dépendant de l'ancienne abbaye, par arrêté du ; le pont coudé et trois reposoirs datant de la Renaissance, par deux arrêtés distincts du ; le cloître du , les salles du rez-de-chaussée donnant sur le cloître, les façades, toitures, charpentes et escalier intérieur du bâtiment monastique du , par arrêté du .
D'autres parties du domaine abbatial ont fait l'objet d'inscriptions successives au titre des monuments historiques : la grotte à parois sculptées le , abrogée par l'inscription de 2021 ; la charpente de l'hôtel de ville le , abrogée par le classement de 1957 ; la fontaine Médicis et la porte des Réformés par deux arrêtés du , abrogées par l'inscription de 2021 ; le cloître du , les salles du rez-de-chaussée donnant sur le cloître, les façades et toitures, charpentes et escalier intérieur du bâtiment monastique du , par arrêté du ; les grottes de l'abbaye ainsi que son jardin et le moulin (devenu un restaurant) depuis le , abrogée par l'inscription de 2021 ; le , l'ensemble des grottes, les vestiges du moulin de l'abbé, le sol des cours, le sol du jardin de l'abbé, les jardins des reposoirs, abrogée par l'inscription de 2021 ; le , le presbytère, l'intérieur et la cour arrière du logis abbatial, le parvis entre l'abbaye et la Dronne, le jardin de l'Abbé et le jardin des Reposoirs ; cette inscription se substitue à celles de 1927, 1931 et 1957 mais est à son tour abrogée par celle de 2025 ; le , la totalité des éléments de l'ancienne abbaye c'est-à-dire la Porte des Réformés, le presbytère, les intérieurs du bâtiment monastique, également appelé logis abbatial (hormis ses charpentes et son grand escalier, déjà classés), la cour arrière du logis abbatial avec ses différentes grottes, incluant celle à parois sculptées, ainsi que l'ensemble des grottes de la falaise au niveau de l'ancienne abbaye, avec leur surplomb, la fontaine Médicis, le Jardin de l'Abbé, le parvis couvrant l'espace entre, d'une part le logis et son jardin, et d'autre part la Dronne, le moulin de l'abbé et le Jardin des Reposoirs (à l'exception des trois reposoirs, déjà classés) ; cette inscription se substitue à celle de 2021.
Histoire L'abbaye de Brantôme a été construite dans un site exceptionnel, au pied d'une falaise en croissant surmonté d'un écrin boisé, au bord d'une rivière, la Dronne, qui entoure la cité médiévale et la protège des vents dominants.
Dès le , les moines bénédictins ont donc vécu en troglodytes, la falaise fournissant abris et matière première de qualité pour la construction. La tradition veut que ce soit Charlemagne qui consacra l'abbaye en y déposant les reliques d'un enfant martyr, un des saints Innocents, . Deux panneaux de bois doré datant du , dans le chœur de l'église, illustrent la donation et le massacre.
L'abbé de Brantôme était présent au concile d'Aix-la-Chapelle de 817, convoqué par Charlemagne afin de réformer la vie monastique de son empire. De ce premier monastère rien ne subsiste, pas même la connaissance du lieu exact de son implantation. Ravagée à deux reprises par les incursions normandes, la première abbaye a été en effet détruite par les Vikings en 848 et en 857.
Vers l'an 900, Bernard, comte de Périgord, rend à leur destination les biens de l’abbaye de Brantôme qu'il a héritée de son père. Les moines reconstruisirent petit à petit un nouveau monastère. L'abbaye retrouvait une certaine prospérité à partir du . C'est l'époque de la construction du clocher campanile à gables de style roman limousin ().
Grimoard de Mussidan, abbé de Brantôme, fut nommé évêque d’Angoulême en 991. Il conserva le titre abbatial de Brantôme, ce qui lui permit de construire la cathédrale d'Angoulême, consacrée en 1017, en partie grâce aux revenus qui lui venaient de l'abbaye.
Au cours de ce premier siècle du nouveau millénaire, la discipline monastique à Brantôme s’était quelque peu relâchée. Elie, comte de Périgord, céda ses droits sur Brantôme à l’abbé de La Chaise-Dieu en 1080. Ce changement amena la réforme de la communauté, la délivra du pouvoir laïque et donna un nouvel essor à l'abbaye, qui se poursuivra durant les . La cité prospère, devient une étape pour les pèlerins en route vers Compostelle. En partie détruits par les guerres franco-anglaises, les édifices religieux furent reconstruits à la Renaissance.
La guerre de Cent Ans causa les plus grands dommages à Brantôme. Dévastée par les troupes de Raimond II de Montaut, seigneur de Mussidan en 1382, l’abbaye fut restaurée avant d’être transformée par les Anglais en une sorte de château fort en 1404. L’église abbatiale, détruite, ne fut restaurée qu’en 1465, et le cloître fut rebâti en 1480.
En 1501, alors que la communauté ne comptait que treize religieux, l’élection abbatiale créa la division avec la nomination de deux abbés… La crise, qui dura trois ans, se termina par la cession de l’abbatiat au cardinal d’Albret, premier abbé commendataire. À la mort de celui-ci en 1520, de nouveaux désordres éclatèrent et cinq prétendants se disputèrent la crosse pendant dix-huit ans ! Enfin, en 1538, Pierre de Mareuil, évêque de Lavaur, fut reconnu comme abbé et s'efforça de rétablir la vie monastique et la paix dans son abbaye. Il rattacha Brantôme à la congrégation de Chezal-Benoît. L’incorporation fut complète en 1559 et cinq ans plus tard la communauté comptait 37 religieux.
Même dans cette congrégation, l’abbaye conserva ses abbés commendataires. Le plus illustre d'entre eux fut Pierre de Bourdeille, le mémorialiste connu sous le nom de Brantôme (abbé de 1558 à 1614). Son abbatiat sauva l'abbaye pendant les guerres de Religion. Par deux fois, les réformés vinrent au monastère qui leur ouvrit ses portes. Les réformés respectèrent l'abbaye, qui était alors riche et prospère.
En 1636, la congrégation de Chezal-Benoît s’unit à la congrégation de Saint-Maur. Brantôme fut parmi les premiers à accepter cette incorporation. À cette date, l'abbaye se trouvait dans une situation moralement et matériellement déplorable. Les mauristes restaurèrent ou reconstruisirent les bâtiments. Lors de l'édit de 1768, Brantôme ne comptait plus que huit religieux.
Liste des abbés
900-940 : Antide 940-990 : Martin 990-99? : Audouin 99?-1034 : Grimoard de Mussidan 1034-1060 : Bernard 1060-1076 : Amblard 1076-10?? :Guillaume 10??-1124 : Robert 1124-1142 : Aumare 1142-1149 : Raymond 1149-1180 : Guillaume II 1180-1190 : Eudes 1190-1217 : Guillaume III 1217-1236 : Bernard II 1236-1248 : Guillaume IV 1248-1274 : Nicolas 1274-1280 : Pierre 1280-1307 : Bernard III de Maumont 1307-1313 : Hugues de Milhet 1313-1324 : Pierre II de Reilhac 1324-1326 : Aimeric de Borne 1326-1335 : Seguin de Fayolle 1336-1352 : Aimeric II de Murat 1353-1371 : Hélie de Campuhac 1371-1404 : Pierre III de Foucault 1404-1405 : Pierre IV du Puy-Astier 1405-1444 : Guy de Broilhac 1444-1446 : Arnaud de Petit 1446-1465 : Jean de Bernage 1465-1499 : Pierre V de Piédieu de Saint-Symphorien 1499-1501 : Antoine de Piédieu de Saint-Symphorien 1501-1505 : Pierre VI de Saudalesses 1505-1520 : Amanieu d'Albret 1520-1538 : Pierre VII Saunier de La Roche 1538-1556 : Pierre VIII de Mareuil 1556-1614 : Pierre IX de Bourdeille (abbé confidentiaire : Pierre X Petit 1583-1614) 1614-1642 : Henri de Bourdeille (abbés confidentiaires : Pierre X Petit 1614-1622, Arnaud II Barbut 1622-1633, Henri II Fauchere 1633-1642) 1642-1662 : Claude de Bourdeille (abbé confidentiaire : Henri II Fauchere 1642-1648) 1662-1684 : Antoine II Armand Guérin 1684-1717 : François-Louis Le Prestre de Vauban 1717-1758 : Prix Hay 1758-1792 : Louis-Augustin Bertin
Source : Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique
Architecture vignette|Le pavillon à l'angle sud des bâtiments conventuels.
L'abbaye de Brantôme est, du point de vue architectural, une abbaye romane. Toutefois, la voûte de l'église, reconstruite au , est gothique.
Le clocher de l'église abbatiale () est certainement le plus ancien campanile de France. Il a, en outre, la particularité d'être bâti non sur l'église mais sur le surplomb rocheux de de hauteur qui la domine. Son architecture à quatre étages est pour le moins étonnante.
L'abbaye du se signale par sa construction partielle dans la falaise. Dans une dizaine de grottes qui y sont aménagées, il y avait le chauffoir et le lavoir des moines, le moulin abbatial, le pigeonnier troglodytique. La « fontaine du rocher » vouée à saint Sicaire est toujours vénérée pour ses vertus sur la fécondité.
La grotte du Jugement Dernier, aménagée au , baignée d'une atmosphère mystérieuse, décorée d'un énigmatique « triomphe de la mort » et d'une crucifixion d'inspiration italienne, témoigne de la spiritualité qui a animé pendant un millénaire la communauté des moines de Brantôme.
En 1850, l'État commande au peintre périgourdin Jacques-Émile Lafon une peinture murale pour la chapelle de la ViergeLire sa fiche sur la base Arcade.
Au cours des siècles, l'abbaye a été remaniée et reconstruite à plusieurs reprises. L'église est reconstruite au , puis remaniée un siècle plus tard. Après la guerre de Cent Ans, au , elle est encore une fois reconstruite. À cette époque, entre 1465 et 1539, le cloître est également reconstruit. Puis l'abbatiale subit un profond remaniement par Paul Abadie, membre de la commission des monuments historiques en 1844, qui rencontre Eugène Viollet-le-Duc sur le chantier de Notre-Dame de Paris. En 1858, l'architecte supprime trois des galeries du cloître. Les bâtiments conventuels qui jouxtent le cloître sont remaniés au par l'abbé Le Prestre un parent de Vauban. De cette époque date l'escalier en pierre dit de Vauban, un escalier à encorbellement. L'escalier desservait la partie de l'abbaye qui accueille hôtes et pèlerins, il y avait aussi l'infirmerie. Le château abbatial, en ruine, a disparu en 1744 ; à la place, le bâtiment existant a été prolongé pour prendre l'aspect qu'on lui connaît de nos joursPanneaux d'information 2, 3 et 4, panneau escalier Vauban sur les murs de l'édifice, consulté en 2012..
L'abbatiale
Les aménagements extérieurs de l'abbaye
Grottes troglodytiques