Les manifestations de 2025 au Cameroun sont des manifestations et des émeutes qui ont lieu au Cameroun du au , à la suite de l'élection présidentielle.
Elles débutent à Garoua le jour même du scrutin, après le déploiement de forces de sécurité près du domicile d'Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), avant de s'étendre à d'autres villes du pays dans les jours suivants, sur fond de rumeurs de fraude électorale.
Le , lorsque le Conseil constitutionnel annonce la réélection du président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, le mouvement s'intensifie avant de s'atténuer les jours suivants. Les manifestations entrent dans leur nouvelle et dernière phase, avec l'appel de l'opposant Issa Tchiroma Bakary à des , suivi dans plusieurs villes.
Contexte
Le , une élection présidentielle à un tour se tient au Cameroun. Huit millions de Camerounais sont appelés à voter. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, est donné largement perdant face à son principal opposant Maurice Kamto, déjà candidat lors de la précédente élection. Cependant, ce dernier voit sa candidature rejetée par le Conseil constitutionnel. Paul Biya fait face à 11 candidats, dont son ancien ministre Issa Tchiroma Bakary.
L'élection se déroule sur fond d'un conflit meurtrier entre des groupes séparatistes et les forces gouvernementales dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Lors de la présidentielle de 2018, le taux de participation avait été particulièrement faible dans ces régions.
Déroulement
À Garoua, dans le quartier Marouaré, des affrontements éclatent entre des partisans d'Issa Tchiroma Bakary et les forces de l'ordre. Ces affrontements font suite à l'encerclement du domicile du candidat par les forces de police et de gendarmerie. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des véhicules anti-émeutes, des tirs de gaz lacrymogène et des scènes de dispersion de la population. Certains témoins font également état de coups de feu et de l'incendie d'un véhicule de la gendarmerie en début de soirée.
À Douala, dans le quartier Bonamoussadi, des affrontements éclatent à la suite de rumeurs de fraudes présumées par des agents d'Elections Cameroon (Elecam), l'organisme chargé d'organiser les élections. Elecam indique que l'un de ses collaborateurs . Le déploiement rapide des forces de sécurité permet de rétablir le calme après quelques dégâts matériels. Des arrestations sont également signalées. La police reste déployée dans les quartiers sensibles.
Dans la région du Sud-Ouest, les habitants de Limbé se rassemblent autour de la mairie à la suite de rumeurs de tentatives de fraude. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants se rassemblant à la tombée de la nuit, certains mettant le feu à des pneus ou vandalisant des affiches de campagne du président Paul Biya.
À Dschang dans la région de l'Ouest, des manifestations violentes éclatent dans le quartier administratif. Selon plusieurs sources, les partisans d'Issa Tchiroma Bakary expriment leur colère après avoir eu le sentiment que alors que des procès-verbaux les déclarent vainqueurs dans la Menoua. Un siège du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RPDC), un tribunal et la résidence du recteur de l'université de Dschang sont incendiés. Des renforts venus de Bafoussam permettent de rétablir le calme et interpellent plusieurs manifestants.
À Bafoussam, des tensions ont lieu entre partisans et forces de l'ordre aux abords des antennes d'Elecam.
À Makary, dans la région de l'Extrême-Nord, des affrontements éclatent entre manifestants et forces de l'ordre et empêchent la prise en compte des résultats du vote lors du dépouillement départemental.
À Garoua, des centaines de jeunes manifestants descendent dans la rue, affrontant parfois les forces de l'ordre par des jets de pierres. De nombreux coups de feu sont également entendus, des tirs de sommation selon une source policière. En fin de journée, de nombreuses sources font état de la mort d'une jeune femme, enseignante, des suites de blessures par balles.
À Yaoundé, une manifestation similaire a lieu dans le quartier Tsinga. Elle est dispersée au bout d'une heure par les forces de l'ordre qui font usage de gaz lacrymogènes. Des scènes similaires ont lieu à Douala, dans le quartier New Bell.
À Maroua, de graves tensions ont lieu entre manifestants et forces de l'ordre. Selon une source sur place, les partisans d'Issa Tchiroma Bakary descendent . Les manifestations débutent vers au carrefour du PMUC. La situation dégénère rapidement lorsque les forces de sécurité font usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
À Ngaoundéré, dans la région de l'Adamaoua, plusieurs centaines de partisans d'Issa Tchiroma Bakary descendent dans la rue en scandant des louanges au candidat du FSNC. Des témoins rapportent qu'ils ont tenté de prendre d'assaut le lamidat de la ville, le siège de l'autorité traditionnelle, mais n'y sont pas parvenus.
Dans la région du Nord, les villes de Guider et de Kaélé sont également le théâtre de manifestations. Là aussi, les partisans d'Issa Tchiroma Bakary revendiquent haut et fort la victoire.
26 octobre vignette|Manifestation à Douala. À l'appel de l'opposant Issa Tchiroma Bakary, plusieurs manifestations ont lieu.
À Yaoundé, des incidents sont signalés dans les quartiers Mokolo et Tsinga, non loin de la présidence de la République.
À Garoua et Maroua, des milliers de partisans d'Issa Tchiroma Bakary descendent dans la rue.
À Douala, dans la zone de l'aéroport et dans le quartier de New Bell, des troubles importants sont signalés. Au moins quatre personnes sont tuées. Selon le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, ces individus . Toujours dans la région du Littoral, la ville de Nkongsamba connaît également des tensions similaires.
Des manifestations ont également lieu à Meiganga, Bafang, Bertoua, Kousséri, Yagoua, Kaélé et Bafoussam.
vignette|Station Bocom vandalisée à Douala. Après l'annonce de la victoire de Paul Biya par le Conseil constitutionnel, de graves tensions éclatent à travers le pays.
À Douala, dans le quartier New Bell, les premiers groupes de jeunes descendent dans les rues. Les forces de l'ordre tentent de disperser ce groupe de manifestants dans le quartier en utilisant des gaz lacrymogènes. Le quartier de New Bell est sous blocus. L'armée et la police restreignent l'entrée et la sortie de certaines rues du quartier et des sirènes sont régulièrement entendues. Plusieurs patrouilles de police et de gendarmerie sillonnent également les rues du quartier, rendant difficile la circulation des automobilistes, notamment des motos-taxis. Des coups de feu sont également entendus dans le quartier. Dans le quartier Bonabéri, des échauffourées ont lieu et des coups de feu sont entendus. Plusieurs bâtiments sont incendiés dans la ville par les manifestants. Des commerces sont également saccagés et pillés.
À Garoua-Boulaï, deux stations des entreprises Tradex et Bocom sont ciblées. Selon des sources concordantes, plusieurs pilleurs sont arrêtés..
À Garoua, des affrontements éclatent dans la journée entre partisans d'Issa Tchiroma Bakary et forces de l'ordre. Ces heurts sont signalés autour du domicile de l'opposant. Selon des journalistes locaux, plusieurs coups de feu retentissent autour de sa résidence. Dans la soirée, la situation se calme, même si quelques troubles sont signalés vers 18 heures au carrefour Yelwa, non loin du centre ville.
À Mandjou, de graves incidents sont signalés. Des édifices publics sont incendiés et saccagés dont la représentation locale d'Elecam ou le bâtiment abritant l'inspection générale du ministère de l'Éducation de base.
À Bertoua, un véhicule de police est incendié par des manifestants.
À Bafang, la mort d'un jeune est signalé par des manifestants, qui en réponse, incendient la maison du parti RDPC. Des scènes de pillages de boutiques sont rapportées, comme dans plusieurs autres villes de la région de l'Ouest.
À Bafoussam, des manifestants érigent des barricades à Tougang et Djeleng, bloquant la circulation dans plusieurs zones stratégiques. Des affrontements sporadiques éclatent entre manifestants et forces de l'ordre. Selon des sources sécuritaires locales, des groupes auraient tenté de s'introduire dans les locaux de l'agence Enéo et de saccager la résidence du gouverneur. À Djemoum, les manifestants auraient tenté d'enlever quatre policiers avant d'être repoussés. Plusieurs blessés légers sont recensés.
À Yaoundé, des tirs sont signalés dans les quartiers Etoudi, Emana et Olembe. Les tensions se propagent également à Nkom Kana, Mokolo, Tsinga, Odza, Nkoabang et Mimboman. Dans le quartier Mimboman, des pilleurs attaquent des commerces et des boutiques.
À Lagdo, les locaux de la douane sont incendiés.
À Touboro, un véhicule de gendarmerie, les locaux du RDPC et le siège administratif de Bocom sont incendiés.
Dans la région de l’Ouest, un jeune manifestant est tué par balles.
À Douala, un jeune manifestant est abattu au lieu-dit Bois des Singes.
À Garoua, la résidence de la chanteuse Sakina, soutien du président Paul Biya, est incendiée.
Malgré ces incidents, un calme relatif règne dans les grandes villes.
À Douala, dans le quartier Bilongue/New Bell, un homme est tué par un agent de police alors qu'il sortait de son domicile.
À Douala, les activités reprennent timidement, avec l'accalmie relative.
À la suite de l'appel d'Issa Tchiroma Bakary à lancer une opération « villes mortes », l'action est suivie à Douala et à Garoua. Les bâtiments du RDPC et la résidence du cadre local Moustapha Labaran sont incendiés à Banyo.
4 novembre Les villes mortes se poursuivent et entrent dans leur deuxième jour.
À Garoua et à Maroua, les routes principales sont restées largement désertes et les marchés sont restés fermés.
Dans la région de l'Est, à Bertoua, Batouri et Garoua-Boulaï, l’appel à la ville morte est quasi respecté.
Dans la région de l'Ouest, le marché de la ville de Mbouda est presque entièrement fermé. À Bafoussam, la capitale régionale, les boutiques du marché central sont fermées.
À Douala, où quelques magasins commencent à ouvrir, même si plusieurs marchés restent fermés malgré la menace du maire de mettre sous scellés les magasins qui répondraient à l'appel de la ville morte.
À Limbé, les autorités prennent des mesures en mettant sous scellés les magasins qui étaient restés fermés.
Conséquences Les cours sont suspendus à l'université de Garoua la proclamation des résultats de l'élection présidentielle , selon un communiqué du recteur.
En raison des violences, les entreprises sont fermées, notamment depuis le , et les moyens de transport sont réduits. Selon le président de l'intersyndicale de l'Union des transports, Al Hadji Djika, cela pourrait entraîner des difficultés d'approvisionnement. Il précise que , . Le directeur général de la startup camerounaise Digital Mobility, en charge de transport de personnes et de livraisons, déclare : . La plupart des entreprises n'ont que très peu de trésorerie. Un représentant du patronat s'inquiète, il dit que les .
Bilan humain Le groupe de la société civile, Stand Up for Cameroon, déclare qu'au moins 23 personnes avaient été tuées lors de la répression des manifestations par les forces de l'ordre.