Salvador Díaz-Ordóñez (Oviedo, 1845 - Melilla, 1911) est un ingénieur militaire espagnol, connu pour être le concepteur de plusieurs prototypes de pièces d’artillerie destinés à doter l’armée espagnole de canons (de 15 à 30,5 cm) et d’obusiers modernes.
Après une formation à l’Académie d’artillerie de Ségovie, Díaz-Ordóñez partagea sa carrière entre d’une part des activités proprement militaires, en métropole et au sein d’unités combattantes dans les colonies, et d’autre part ses recherches scientifiques dans le domaine de l’artillerie, menées en particulier dans l’usine d’armement de Trubia dans les Asturies, et épaulées par ses voyages d’études en France, Allemagne et Grande-Bretagne. Ses créations en la matière, notables quoique moins puissantes que leurs équivalents étrangers (notamment américains), allaient servir à équiper les défenses côtières en Espagne et dans ses colonies, avant d’être déclarées obsolètes dans les années 1920. Comme commandant militaire dans l’arme d’artillerie, il participa, en Espagne métropolitaine, à la lutte contre l’insurrection carliste (1872), et dans les colonies, à la guerre hispano-américaine (1898) et à la campagne du Kert, dans le Nord du Maroc, où il trouva la mort sur le champ de bataille.
Biographie Origines familiales et formation Salvador Díaz-Ordóñez avait pour père un avocat d’Oviedo, et pour grand-père paternel un hidalgo (membre de la petite noblesse de province)., qui avait su obtenir ce titre nobiliaire en 1801 devant la Real Audiencia d’Oviedo.. Díaz-Ordóñez fut inscrit en 1859 au Collège royal d’artillerie de Ségovie, dont il sortit diplômé en , avec le rang de lieutenant. Il fut versé dans le régiment à pied, caserné à Madrid, où il resta jusqu’en juin de l’année suivante. En 1865, il se rendit à Santander pour aider au montage de deux batteries dans les forts San Martín et La Cerda. Il fut ensuite muté au régiment de montagne, de garnison à Valence, jusqu’à fin 1867, puis passa au de montagne jusqu’en . En , il fut promu au grade de capitaine.
Rébellion républicaine (1869) et guerres carlistes vignette|250px|Académie d’artillerie de Ségovie, hébergée dans l’ancien couvent Saint-François (photographie de 1878). Salvador Díaz-Ordóñez connut son baptême du feu en , lorsque, ayant fait mouvement avec sa batterie de Valence à Barcelone, il participa à l’insurrection républicaine comme membre de la colonne du général Gabriel Baldrich, laquelle se portait au secours de Tarragone et de Gérone. Ces actions lui valurent la croix de première classe de l’ordre du Mérite militaire, avec insigne rouge.
De à , Díaz-Ordóñez était occupé dans les ateliers de la Fabrique d'armes de Trubia, dans les Asturies, se vouant à des travaux de recherche, qu’il devait par la suite poursuivre plus avant. À cette époque-là, l’usine de Trubia relevait de l’armée de terre et était gérée par l’arme d’artillerie. Au cours de sa carrière professionnelle, Díaz-Ordóñez, appelé à combiner les fonctions technique et militaire, allait être destiné à Trubia pendant trois périodes différentes.
Il servit ensuite dans des régiments de cavalerie à Saragosse, puis à Madrid. En , dans un contexte de forte instabilité politique en Espagne, il fut incorporé dans la compagnie d’artillerie, qui faisait partie de l’Armée d’opérations du Nord, chargée de combattre les troupes carlistes au Pays basque et en Navarre. Díaz-Ordóñez fut récompensé pour son action au combat par un avancement au grade de capitaine d’armée, pour mérites de guerre, avant d’être promu commandant en et de se retrouver à nouveau de garnison à Madrid.
En , il sollicita sa mise en disponibilité, à la suite de la dissolution du corps d’artillerie par le roi Amédée, motif ultime de l’éviction de celui-ci du trône d’Espagne, et décision aux effets délétères se manifestant dans l’armée libérale dès cette même année, par suite de la pénurie d’officiers professionnels capables de commander les batteries, jusqu’à ce qu’en octobre Emilio Castelar s’attèle à restaurer ce corps, ce qui fut chose faite en février. Díaz-Ordóñez reprit alors du service, et fut versé dans le régiment de cavalerie, et peu après élevé au rang de capitaine d’artillerie par effet d’ancienneté.
En , il assista, à la tête de sa batterie, au soulèvement d’Irún. En janvier de l’année suivante, muté avec sa batterie aux camps de Peralta, il fut témoin de la revue de troupes effectuée par le roi Alphonse XII, fraîchement revenu d’exil. Le même mois, il se vit décerner le grade de lieutenant-colonel en reconnaissance de ses mérites lors des opérations d’Irún en novembre de l’année antérieure. En février, Díaz-Ordóñez continua de participer activement aux multiples opérations contre les milices carlistes, notamment contre le soulèvement de Pampelune. En , sa batterie fut transférée au régiment de cavalerie nouvellement créé et ayant ses quartiers à Valladolid. En mars de l’année suivante, Díaz-Ordóñez reçut la croix de l’ordre du Mérite militaire de classe.
Activité comme ingénieur d’artillerie De à , Díaz-Ordóñez servit à nouveau dans les ateliers de Trubia, travaillant à une série d’études et de projets, dont le plus important était le canon de fer de .. À la même époque, il assista à Cadix aux essais sur le canon Armstrong de , et à Meppen en Allemagne à ceux sur les nouvelles batteries côtières Krupp, et visita d’autres usines d’armement à l’étranger. À son retour en Espagne, il poursuivit ses travaux visant à doter l’Espagne d’une artillerie de côte moderne et efficace, et aboutit aux projets de canon et d’obusier de 21, 24 et , déclarés réglementaires en 1891. Parallèlement, il conçut une grue de forte puissance. En 1884, promu commandant d’artillerie par effet d’ancienneté, il fut muté à Alcalá de Henares et assista aux essais sur un canon de sa conception menés à l’École centrale de tir à Madrid. Un rapport des services de renseignement de la marine américaine de 1892 caractérisait les canons Ordóñez de moins puissants que la plupart des autres canons modernes de même calibre, mais en contrepartie beaucoup moins onéreux, car composés de fonte au lieu d’être exclusivement en acier..
vignette|Vue générale de la fabrique d'armes de Trubia ( moitié du ), dans les Asturies. En 1885, il se vit confier la mission d’étudier, dans les usines britanniques, françaises et allemandes, les techniques de fabrication de l’acier par haute pression hydraulique. Rentré en Espagne, il fut chargé de vérifier la production de poudre à canon dans les établissements industriels sous tutelle de l’armée. En décembre de la même année, il fut élevé au grade de lieutenant-colonel en récompense de ses mérites scientifiques, en particulier de la conception du canon de fer de .
De mai à , il remplit des fonctions à l’École centrale de tir, avant d’être affecté jusqu’en juin suivant à la Direction générale de l’artillerie, puis dans un régiment d’artillerie. Dans le même temps, il fut chargé d’examiner à Cadix les essais sur le canon de fer de de sa conception. Après avoir travaillé en mission commandée à Trubia jusqu’en novembre, il fit à nouveau le déplacement en Grande-Bretagne pour évaluer les deux canons commandés à la société Nordenfelt, puis, en 1888, reprit ses activités d’étude et de fabrication à Trubia, où il resta jusqu’en 1895. Eu égard à ses compétences techniques, il fut désigné délégué de l’Espagne à l’exposition universelle de Paris, avec mission d’étudier tout ce qui concernait l’art et l’industrie militaires.
En 1892, il fut décoré de la croix du Mérite militaire de classe, en hommage à ses projets de canons et d’obusiers de 21 et , entre-temps déclarés réglementaires, de même que, peu après, ceux de . En , après sa promotion au rang de lieutenant-colonel d’artillerie, il fut nommé sous-directeur de la fabrique de Trubia, poste qu’il occupa jusqu’en 1895, avant d’être désigné directeur du parc d’artillerie de Tarifa et commandant militaire de cette place. En 1895, il reçut la plaque de l’ordre de Saint-Herménégilde et fut derechef envoyé à Trubia et à Gijón, afin d’achever le projet de canon de montagne à tir rapide.
Dans des unités combattantes à Cuba (1895-1898) Incorporé dans le régiment d’artillerie de montagne, Díaz-Ordóñez s’embarqua en pour Cuba, où il fut nommé après son arrivée commandant d’artillerie de Las Villas, dans la province de Santa Clara. À la tête d’une colonne chargée notamment d’escorter les convois, il participa à plusieurs combats, en particulier à la fin d’avril et de , ce qui lui valut la croix de l’ordre du Mérite militaire de classe avec insigne distinctif rouge. Passé à la Brigade mixte d’artillerie, il prit part à plusieurs opérations, dont le défense d’Artemisa contre les insurgés indépendantistes en , et exerça comme commandant d’artillerie dans la province de Pinar del Río jusqu’à fin . Ces actions lui firent obtenir une nouvelle croix du Mérite militaire de classe avec insigne distinctif rouge. Il fut ensuite muté à La Havane, pour y superviser les essais sur les esplanades de tir des batteries. En février, nommé commandant d’artillerie et promu colonel, il participa, à la tête de différentes colonnes, à de multiples actions en défense de points stratégiques, pour lesquelles il fut gratifié en de la croix de l’ordre du Mérite militaire de classe avec insigne distinctif rouge.
Salvador Díaz-Ordóñez dirigea l’ensemble des travaux de fortification de La Havane, ainsi que le dispositif de batteries côtières sur toute la longueur du littéral cubain, y compris à Santiago de Cuba. Après que la guerre eut été déclarée avec les États-Unis, Salvador Díaz-Ordóñez fut nommé fin avril commandant d’artillerie de la place de Santiago de Cuba, auquel titre il dirigea les tirs de batterie contre l’escadre américaine les 6 et . Blessé lors de ces opérations, il se vit octroyer la croix de Marie-Christine de classe.
À la suite du débarquement des troupes américaines, il se replia dans la place de Santiago et y renforça le dispositif d’artillerie, puis, début , prit le commandement des troupes retranchées sur la colline San Juan (Loma de San Juan). Le commandement américain, pressé de s’emparer de Santiago de Cuba et jugeant que le gros de la défense espagnole se trouvait entre El Caney et la Loma de San Juan, commença à déployer , appuyés par douze canons à tir rapide, auxquels faisaient face espagnols et deux canons Krupp. Le , le général Shafter ayant donné l’ordre d’attaquer la colline de San Juan, deux divisions amorcèrent leur déploiement, pendant que les batteries américaines faisaient feu sur la garnison de la colline de San Juan, qui comprenait . Les Américains dirigeaient leurs tirs d’artillerie et pilotaient la progression de leurs troupes au moyen d’un ballon captif. L’artillerie espagnole, sous le commandement de Díaz-Ordóñez, réussit, depuis la Loma de San Juan, à mettre hors de combat quelques canons ennemis. Les Américains furent repoussés, mais leur artillerie revint à la charge, et fut à nouveau refoulée. Les canons espagnols réglèrent leur mire sur le ballon captif, qui fut abattu. Cependant, les assauts américains se poursuivaient sans discontinuer et dans l’après-midi, la garnison espagnole était presque annihilée, manquant de munitions, et ne comptant plus que quarante fantassins et quelques artilleurs. Le colonel Díaz-Ordóñez, blessé, dut être évacué.
Vers les quatre heures de l’après-midi, l’armée américains s’empara de la Loma de San Juan, au prix de , contre 600 côté espagnol. En récompense de sa conduite dans la défense de la colline de San Juan, Díaz-Ordóñez fut élevé au grade de général de brigade, et resta en convalescence à Santiago de Cuba jusqu’au , date à laquelle il fut rapatrié.
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