thumb|400px| Lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire avec atteinte systémique. (A) Tomographie par émission de positons/tomodensitométrie (TEP/TDM) au 18F-fluorodésoxyglucose (FDG-PET/CT) montrant une activité hypermétabolique au niveau du thorax antérieur droit et des tissus mous du bras supérieur, associée à une atteinte musculaire et cutanée, avec une valeur d’absorption standard maximale (SUVmax) de 6. (B) Ponction à l’aiguille fine révélant de grandes cellules néoplasiques à cytoplasme éosinophile abondant et noyaux excentrés en forme de fer à cheval, comportant plusieurs nucléoles (coloration H&E, grossissement ×630). (C) Vue à faible grossissement montrant un épaississement de la capsule et un infiltrat lymphomateux étendu (H&E, ×25). (D, E) Infiltration des cellules néoplasiques dans les tissus mous adjacents, confirmée par une immunomarquage CD30 positif (H&E ×50 et immunohistochimie CD30 ×50). (F) Plages de grandes cellules tumorales atypiques, avec la présence occasionnelle de cellules “hallmark” (H&E, ×400). (G) Les cellules néoplasiques montrent une coloration CD30 intense et homogène (immunohistochimie, ×400). Abréviations : H&E : hématoxyline-éosine Le lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires est une complication des implants mammaires qui se développe de nombreuses années après l’implantation chirurgicale. C’est un lymphome à cellules T présentant des caractéristiques morphologiques et immunophénotypiques proches de celles du lymphome anaplasique à grandes cellules ALK-négatif (Kinase du Lymphome Anaplasique, en Anglais Anaplastic Lymphoma Kinase). Cependant, le taux de survie des patientes atteintes de lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires est plus élevé que celui des formes systémiques. On distingue deux sous-types cliniques : la forme avec épanchement périprothétique isolé et la forme avec formation d’une masse. Le lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires peut s’étendre au parenchyme mammaire adjacent ou aux ganglions régionaux ; plus rarement, il peut se disséminer de façon systémique.

Bien que de nombreuses études aient suggéré un lien entre les implants en silicone et les lymphomes, de grandes études épidémiologiques n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de lymphome chez les patientes porteuses d’implants, indiquant que le risque absolu est faibleSwerdlow, S.H.C.E.; Harris, N.L.; Jaffe, E.S.; Pileri, S.A.; Stein, H.; Thiele, J.; Arber, D.A.; Hasserjian, R.P.; Le Beau, M.M.; Orazi, A.; et al. WHO Classification of Tumours of Hematopoietic and Lymphoid Tissues, 4th ed.; International Agency for Research on Cancer (IARC): Lyon, France, 2017; ..

La pathogenèse de ce lymphome reste mal élucidée. La plupart des données suggèrent que l’inflammation chronique et la stimulation immunitaire prolongée induites par les implants mammaires pourraient en être la cause. Les hypothèses incluent : réponse immunitaire à l’implant, infection bactérienne subclinique et prédisposition génétique.

Historique En 1997 fut décrit pour la première fois un cas de lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire rempli de sérum physiologiqueKeech, J.A., Jr.; Creech, B.J. Anaplastic T-Cell Lymphoma in Proximity to a Saline-Filled Breast Implant. Plast. Reconstr. Surg. 1997, 100, 554–555. Depuis, plus de 900 cas ont été rapportés dans le monde. En , la Food and Drug Administration des États-Unis a annoncé une association potentielle entre les implants mammaires et le développement d’un lymphome anaplasique à grandes cellules. Actuellement, le lymphome anaplasique à grandes cellules est reconnu par l’OMS comme un cancer des tissus hématopoïétiques et lymphoïdes et comme une tumeur mammaireMiranda, R.N.; Feldman, A.L.; Soares, F.A. Breast implant-associated anaplastic large cell lymphoma. In Breast Tumors, 5th ed.; WHO Classification of Tumors Editorial Board, Ed.; IARC: Lyon, France, 2019; pp. 245–248..

Aux États-Unis, une étude rétrospective (1996–2015) a montré que le risque de lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires chez les personnes porteuses d’implants mammaires était 67,6 fois supérieur à celui d’un lymphome anaplasique à grandes cellules primitif dans la population générale. De plus, les implants à surface texturée sont plus susceptibles d’être associés à ce lymphome que les implants à surface lisse. En , la FDA a demandé le rappel de certains implants texturés, au vu de données indiquant un lien entre lymphome anaplasique à grandes cellules et implants texturésUnited States Food and Drug Administration. The FDA Requests Allergan Voluntarily Recall Natrelle BIOCELL Textured Breast Implants and Tissue Expanders from Themarket to Protect Patients: FDA Safety Communication; FDA: Silver Spring, MD, USA..

Caractéristiques cliniques Toutes les patientes sont des femmes âgées de 24 à 82 ans, avec des antécédents d’implants mammaires, se présentant avec une masse ou un épanchement périprothétique. Selon la présentation clinique, deux sous-groupes sont reconnus : le plus fréquent, se manifestant par un épanchement autour de l’implant (sérome) ; un second sous-groupe avec tumeur palpable d’évolution indolente, généralement limitée au sein, mais parfois associée à une atteinte systémique.

Dans plus de 80 % des cas, la maladie est limitée à la capsule entourant l’implant mammaire. Si le lymphome est confiné à la capsule, le problème est généralement résolu après le retrait de l’implant et de sa capsule.

L’atteinte ganglionnaire a un fort impact sur le pronostic, car elle traduit une progression ou un comportement agressif. Le taux de survie est de 97,9 % en absence d’atteinte ganglionnaire, mais chute à 75 % en cas d’atteinte des ganglions.

Immunophénotype Les cellules néoplasiques sont fortement et uniformément CD30 positives, et généralement ALK négatives (Figure 3). De rares cas ALK positifs ont été rapportés. Le CD43 est fréquemment positif, alors que l’expression d’EMA (Epithelial Membrane Antigen) est variable. Les antigènes T tels que CD3, CD5 et CD7 sont habituellement négatifs, mais CD4 est positif dans la majorité des cas. CD8 est négatif, bien que certains marqueurs cytotoxiques puissent être observés. Les cellules sont souvent CD45+, BCL2+, et IRF4/MUM1+. Comme leurs équivalents systémiques, les cellules tumorales du BIA-ALCL (Breast Implant-Associated Anaplastic Large Cell Lymphoma) montrent une coloration nucléaire pour p-STAT3, démontrant une activation constitutive de la voie STAT3 et son rôle clé dans l’oncogenèse.

Données génétiques et moléculaires Des réarrangements clonaux du gène TCR sont présents dans la majorité des cas. Aucune anomalie chromosomique impliquant ALK, DUSP22 (Dual specificity protein phosphatase 22) ou TP63 (Tumor protein 63) n’a été identifiée, mais des mutations récurrentes affectant la voie JAK-STAT3 ont été décrites et sont probablement responsables de l’expression de p-STAT3. De plus, des variations du nombre de copies ont été observées, avec des gains de 19p et des pertes de 10p et 1p, anomalies non partagées avec le lymphome anaplasique à grandes cellules systémique.

Prise en charge La majorité des informations concernant la prise en charge du lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires proviennent de rapports de cas cliniques. D’après ces observations, les méthodes thérapeutiques employées incluent : le retrait de l’implant et la capsulectomie, la dissection ganglionnaire, la chimiothérapie, la radiothérapie. Il est recommandé que tous les patients atteints de lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires subissent une résection chirurgicale complète, comprenant : l’explantation de l’implant mammaire, la capsulectomie totale, et l’ablation de toute masse associée, avec des marges chirurgicales négatives. Le taux de survie global après résection chirurgicale est supérieur à celui obtenu avec d’autres approches, telles que la chimiothérapie ou la radiothérapieClemens, M.W.; Medeiros, L.J.; Butler, C.E.; Hunt, K.K.; Fanale, M.A.; Horwitz, S.; Weisenburger, D.D.; Liu, J.; Morgan, E.A.; Kanagal-Shamanna, R.; et al. Complete surgical excision isessential for the management of patients with breast implant-associated anaplasticlarge-cell lymphoma. J. Clin. Oncol. 2016, 34, 160–168.

De plus, il est recommandé de retirer également l’implant controlatéral, en raison du risque de maladie bilatérale. Par ailleurs, la capsule de l’implant peut drainer vers plusieurs ganglions régionaux, ce qui rend la biopsie du ganglion sentinelle peu fiable pour confirmer une métastase. Une dissection des ganglions axillaires doit être envisagée si l’examen clinique ou l’imagerie suggère une atteinte ganglionnaire. Tous les efforts doivent viser à obtenir une résection chirurgicale complète afin de prévenir les récidives locales.

Pour les formes localisées du lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires, une exérèse chirurgicale complète est recommandée. En cas de maladie localement agressive, une exérèse totale suivie d’un traitement adjuvant est conseillée. Les patientes présentant une maladie de stade II ou plus, une résection incomplète ou une récidive confirmée par biopsie doivent bénéficier d’une thérapie adjuvante : une radiothérapie adjuvante cibléeEstes, C.F.; Zhang, D.; Reyes, R.; Korentager, R.; McGinness, M.; Lominska, C. Locallyadvanced breast implant-associated anaplastic large-cell lymphoma: A case report ofsuccessful treatment with radiation and chemotherapy. Front. Oncol. 2015, 5, 26.. Une chimiothérapie systémique devient nécessaire lorsque la maladie a progressé vers un stade avancé. Le schéma le plus utilisé repose sur une chimiothérapie à base d’anthracyclines, type CHOP (cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine et prednisone), avec ou sans étoposide. En outre, le brentuximab vedotin, un anticorps monoclonal anti-CD30 lié à une molécule cytotoxique (monométhylauristatine E), a reçu une autorisation d’utilisation pour le traitement des tumeurs CD30-positives telles que : le lymphome de Hodgkin, le lymphome anaplasique à grandes cellules, et les désordres lymphoprolifératifs cutanés CD30+Zinzani, P.L.; Sasse, S.; Radford, J.; Gautam, A.; Bonthapally, V. Brentuximab vedotin inrelapsed/refractory Hodgkin lym-phoma: An updated review of published data fromthe named patient program. Crit. Rev. Oncol. Hematol. 2016, 104, 65–70..

Sources Zhang, X.-R.; Chien, P.-N.; Nam, S.-Y.; Heo, C.-Y. Anaplastic Large Cell Lymphoma: Molecular Pathogenesis and Treatment. Cancers 2022, 14, 1650. https://doi.org/10.3390/cancers14071650 Montes-Mojarro, I.A.; Steinhilber, J.; Bonzheim, I.; Quintanilla-Martinez, L.; Fend, F. The Pathological Spectrum of Systemic Anaplastic Large Cell Lymphoma (ALCL). Cancers 2018, 10, 107. https://doi.org/10.3390/cancers10040107 paru sous Creative Commons Attribution License (CC BY) 4.0, Zain J and Kallam A (2023) Challenges in nodal peripheral T-cell lymphomas: from biological advances to clinical applicability. Front. Oncol. 13:1150715. https://doi.org/10.3389/fonc.2023.1150715 paru sous Creative Commons Attribution License (CC BY) 4.0,

Références

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