vignette|alt=Représentation côté à côte d'une fresque antique d'Europe chevauchant un taureau, et d'une peinture de Zeus, torse nu, assis sur son trône olympien avec une coupe de vin à la main, qui tient de l'autre la tête de Ganymède dénudé pour l'embrasser.|Zeus, roi des dieux de la mythologie grecque, s'engage dans des amours avec de nombreuses figures féminines, telle Europe (fresque de Pompéi), mais aussi avec Ganymède (peinture du ), jeune prince troyen décrit comme le plus beaux des hommes.

Les représentations de la bisexualitéLa bisexualité est définie ici au sens d'attraction (sexuelle et/ou romantique) et pas dans son sens passé d'hermaphroditisme. dans l'art, la culture, et au sein de la société en général revêtent de nombreuses formes selon les époques et les cultures. Elles varient également selon la diversité des médias ou supports, tout au long de l'histoire : littérature, mythologie et philosophie dès les périodes pré-modernes, auxquels s'ajoutent progressivement cinéma, télévision, médias de masse, musique et jeux vidéos dans la période contemporaine.

Longtemps occultée et effacée, notamment au , la bisexualité émerge progressivement comme étant plus visible, en partie grâce aux efforts croisés du mouvement bisexuel et des différentes communautés bisexuelles.

Mythologie

Mythologie égyptienne

Seth, marié avec Nephthys, a des relations avec des figures masculines, dont Horus.. Seth est généralement dépeint négativement dans la mythologie égyptienne.

Mythologie grecque

vignette|300px|alt=Deux peintures côte à côte, l'une représente Apollon pris de chagrin enserrant son amant Hyacinthe, venant d'être tué, l'autre représente Apollon poursuivant une nymphe|Apollon a poursuivi de ses ardeurs aussi bien des hommes que des femmes (La Mort d'Hyacinthe de Jean Broc et Apollon et Daphné de John William Waterhouse).|gauche

Dans la Grèce antique, les dieux comme les hommes sont indifféremment attirés par les deux sexes.. Zeus, l'époux d'Héra, a séduit le mortel Ganymède ; Poséidon, le mari d'Amphitrite, s'est engagé dans des relations homosexuelles avec Pélops ; Apollon a séduit de nombreuses femmes, dont Coronis (ainsi naquit Asclépios), mais s'est aussi engagé dans des relations avec des jeunes hommes, notamment Hyacinthe et Cyparisse Joseph Pequigney, article « Classical Mythology », p. 3 (lire en ligne).. Dans nombre de mythes, les relations homosexuelles sont des enlèvements de jeunes hommes par des dieux..

De même dans Le Banquet de Platon, Aristophane relate un mythe platonicien : à l'origine, il existe trois types d'êtres humains, les mâles, les femelles et l'androgyne. Chaque être est pourvu de deux sexes : le mâle possède deux pénis, la femelle deux vagins, alors que l'androgyne possède les deux sexes.. S'étant rebellés contre les dieux, ces êtres se retrouvent coupés en deux par Zeus en guise de châtiment ; pris de pitié pour l'espèce humaine, il demande toutefois à Apollon de les soigner afin qu'ils ne meurent pas de cette blessure. Malgré leur guérison, les êtres humains, à présent séparés, n'ont de cesse que de chercher à se retrouver par l'union sexuelle : ainsi le légitime les amours aussi bien hétérosexuelles qu'homosexuelles... Dans le même texte, Phèdre estime que l'amour ultime , citant en exemple Alceste, prête à se sacrifier pour son mari Admète, et Achille, prêt à mourir pour Patrocle..

Enfin, nombre de héros grecs sont également bisexuels : Théocrite, dans ses Idylles, relate le désespoir d'Héraclès, ayant perdu son amant Hylas, kidnappé par des nymphes, séduites par sa beauté. Ce mythe est d'ailleurs utilisé par Théocrite pour consoler Nicias du départ de son aimé, en cherchant à le convaincre qu'il est naturel pour un jeune homme de rechercher à un moment donné l'amour des femmes ; si Héraclès s'est résigné à perdre son Hylas, Nicias peut lui aussi faire de même avec son aimé.

Mythologie hindoue La bisexualité est présente dans la mythologie indienne, notamment hindoue.. Plusieurs divinités changent de genre, oscillant entre une forme masculine et féminine ou l'androgynie, et certaines expriment des attirances bisexuelles. Dans cette mythologie, seuls les individus doués de magie semblent pouvoir réaliser leurs désirs bisexuels.

Mythologie nordique

Dans la mythologie scandinave, le dieu fripon Loki est à la fois bisexuel et en mesure de changer d'apparence physique.. Au , sa bisexualité est également dépeinte dans la culture populaire, notamment dans l'univers Marvel..

Autres mythologies

Littérature et philosophie

thumb|William Shakespeare, l'un des plus célèbres auteurs de langue anglaise. La littérature représentant ou décrivant des expériences ou relations d'une personne ou d'un personnage avec des hommes et des femmes peut être retracée jusqu'à l'Antiquité, où les représentations sont positives. Toutefois, vue au prisme d'une grille de lecture binaire et réductrice hétérosexualité-homosexualité, la bisexualité a été fréquemment dans le passé effacée ou niée par les critiques ou les œuvres d'analyse littéraire et culturelle. Le sexisme présent dans la Grèce et la Rome antiques semble avoir limité la possibilité d'expression d'amours féminines bisexuelles ou lesbiennes.

La littérature bisexuelle a des ressemblances et des divergences avec les littératures gays et lesbiennes.

Philosophie, poésie et littérature grecques antiques

Confrontés à la coexistence du désir masculin de leurs contemporains pour les deux sexes, des philosophes grecs se sont penchés sur une double question : identifier les différences entre les amours envers des hommes par rapport aux amours envers des femmes, et chercher à déterminer lequel serait , non d'un point de vue moral, mais social (utilité à la Cité).

Dans Le Banquet de Platon, écrit au , ce qui pourrait bien faire de lui le plus ancien traité grec sur l'Amour, notamment entre hommes., Pausanias ne semble pas contre le fait d'allier enseignement et relations sexuelles. Agathon quant à lui estime que la pédérastie concourt à l'éducation du jeune homme, les relations sexuelles ayant lieu lorsqu'il s'approche de l'éphébie (autours de 18 ans).. Agathon rapproche le rapport sexuel, et l'éjaculation qui en découle, à la transmission du savoir, du plus expérimenté vers le plus jeune, à la manière d'un vase plein (le maître) qui remplit un vase vide (l'élève)..

Socrate oppose à cette vision très classique de l'époque une autre approche, qu'il déclare tenir d'une étrangère : l'éducation , basée sur la procréation.. Dans La République, Socrate semble également être plus prudent sur l'aspect sexuel de la pédérastie, déclarant qu'un éraste : Socrate est lui-même représenté comme n'étant pas insensible à la beauté des jeunes hommes.. Platon a varié sur sa position sur les amours masculines, les soutenant dans Le Banquet, où il juge qu'il est parfaitement acceptable de faire la cour à un jeune homme, et admirable de réussir à le séduire. Il semble faire évoluer sa position dans Les Lois (écrits lorsqu'il est plus âgé)., où il voit une , et une pratique qui est, dit-il, Platon critique que la pédérastie peut engendrer chez ceux qui y participent, selon lui, l'amant devrait davantage se consacrer à l'âme du jeune homme qu'à son corps..

Pour Zénon de Kition, le fondateur de l'école stoïcienne, il faudrait choisir ses partenaires sexuels non pas en fonction de leur sexe ou de leur genre, mais en fonction de leurs qualités personnellesÉlisabeth Badinter, XY, De l'identité masculine (1992), ..

La bisexualité est également présente fréquemment et mentionnée incidemment dans les sources primaires et la littérature grecque. Ainsi, Lucien de Samosate, dans Le navire ou les souhaits, présente un personnage imaginaire qui souhaiterait obtenir un anneau magique réalisant tous ses désirs : l'objet enchanté, selon le personnage, ferait tomber amoureux de lui . Dans les sources primaires en général, les jeunes hommes et les femmes sont largement vus comme étant interchangeables les uns avec les autres ; Xénophon note dans lAnabase qu'après une guerre, lorsque a été donné l'ordre de libérer des prisonniers, Platon, dans Les Lois, note qu'il est tout à fait possible d'exercer une maitrise de ses désirs sexuels en louant l'exemple d'un athlète qui, durant toute la durée de son entrainement, s'abstient de toute relation avec .

Sappho est l'un des rares exemples de bisexualité féminine grecque ; elle célèbre dans sa poésie à la fois l'amour des femmes et fait état de claires relations érotiques avec hommes. Janet Bode, dans View from Another Closet: Exploring Bisexuality in Women (1976), indique ainsi que Sappho a été faussement réappropriée comme , alors que Sappho mentionne clairement dans ses écrits ses attirances pour les hommes et valorise le mariage.

Thème de la comparaison de l'amour des femmes et des jeunes hommes

Le thème de la comparaison de l'amour des femmes et de l'amour des jeunes hommes, et de leurs avantages respectifs, est un classique de la littérature grecque ancienne, et est fréquemment débattu par les hommes d'esprit. Par exemple, Ératosthène fait l'apologie des relations avec les femmes car la beauté des s'évanouit avec l'apparition d'une barbe. Plutarque apporte lui aussi sa préférence à l'amour des femmes, car partager toute sa vie avec son épouse mène selon lui à la vertu. Strabon, pour sa part, indique que ses goûts le poussent davantage du côté des jeunes hommes. Les Lettres érotiques de Philostrate d'Athènes incluent une alternance de lettres d'amour adressées à des femmes et à des jeunes hommes..

Les nombreux exemples de débats comparants l'amour des jeunes hommes et l'amour des femmes dans la littérature grecque ne doivent pas être compris comme une opposition philosophique entre homosexualité et hétérosexualité, mais comme un simple exercice d'apprentissage de la rhétorique, où l'orateur s'entraine à utiliser successivement des arguments en faveur d'une position, puis de la position inverse.

Littérature latine

L'historien Paul Veyne note que non seulement l'expression daimer un garçon ou une femme revient très fréquemment dans la littérature latine, mais que pour les auteurs romains, Paul Veyne, Sexe et pouvoir à Rome, préface de Lucien Jerphagnon, Paris, Tallandier, 2005. , p. 195. Il cite en exemple le philosophe Plotin, qui exhorte à ce que les penseurs . Le thème de la bisexualité masculine est très présent dans les écrits de Plutarque, Cicéron et Catulle, ainsi qu'Horace, qui dans sa poésiePaul Veyne, Sexe et pouvoir à Rome, préface de Lucien Jerphagnon, Paris, Tallandier, 2005. , p. 198.

indique notamment que les lecteurs modernes de Catulle sont souvent frappés par sa liberté de ton dans l'usage d'un langage sexuellement explicite décrivant des actes homosexuels et hétérosexuels.. L'historien note aussi une ressemblance avec la bisexualité dans la Grèce antique, estimant que

Paul Veyne note également, que, quels que soient leurs propres inclinaisons personnelles, les auteurs latins louent l'amour des deux sexes de manière à plaire à l'ensemble de leur lectorat. Comme dans la littérature grecque, l'un des thèmes de la littérature latine est de comparer l'amour des femmes et des jeunes hommes, et d'essayer d'en déterminer leurs avantages et inconvénients.

Du Moyen Âge à l'époque moderne vignette|redresse|Portrait de Colette, par Ferdinand Humbert, vers 1896.