L'industrie minière en Nouvelle-Calédonie est un secteur économique fondateur et structurant de l'archipel, dominé par l'extraction du nickel. La Nouvelle-Calédonie, qui fut le premier producteur mondial à la fin du , occupe encore en 2023 le troisième rang mondial avec une production de tonnes, représentant 6,4 % de la production planétaire. Son sous-sol, d'une grande richesse minière due à son histoire géologique marquée par l'obduction de péridotites, contient également d'autres ressources comme du cobalt, du chrome et du scandium.

L'exploitation minière moderne débute en 1873, peu après la découverte de la garniérite par Jules Garnier en 1864. La fondation de la Société Le Nickel (SLN) en 1880 pose les bases d'une industrie qui influencera grandement la société calédonienne, son économie et son paysage, plus tard renforcé par le « boom du nickel » des années 1960-1970 et les grands projets industriels du , comme l'usine du Koniambo.

Aujourd'hui, la filière est structurée autour de plusieurs grands acteurs, notamment la SLN (groupe Eramet), la Société minière du Sud Pacifique (SMSP) via ses partenariats, et Prony Resources. Cependant, l'industrie traverse une crise profonde, confrontée à la concurrence écrasante de l'Indonésie, à la chute des cours du nickel, à des coûts de production élevés et à des tensions sociales, remettant en cause sa pérennité à moyen terme.

Histoire Avant 1853 vignette|150px|gauche|Hache ostensoir kanak (muséum d'histoire naturelle de La Rochelle). Les premières populations à peupler la Nouvelle-Calédonie sont des Austronésiens, ancêtres des Kanak, vers 1100-1050 av. J.-C., dans le cadre de l'expansion maritime Lapita à travers le Pacifique Sud-Ouest. Ils s'adaptent rapidement aux spécificités de l'archipel, ce qui se manifeste par une diversification technologique et des évolutions dans les productions lithiques, en réponse aux ressources disponibles. Dès leur arrivée, ils fabriquent des poteries décorées, des de coquillage et des outils en pierre polie (herminettes, ciseaux, haches). Le géologue Maurice Piroutet signale au début du la découverte d'outils en « silex jaspoïde » et en « calcaire taillé », dont une pointe de flèche et un tranchet. Dès le premier millénaire avant notre ère, ces productions font l'objet d'échanges à longue distance, ce qui témoigne de réseaux commerciaux complexes.

L'exploitation du corail fossile est attestée par l'extraction et le transport de blocs sur l'île de Maré, dont certains pèsent plusieurs tonnes et mesurent plus de 4,5 m³. Ils sont extraits de carrières situées à plusieurs kilomètres des chantiers de construction et utilisés pour édifier des structures monumentales, comme le site LMA016 de Hnakudotit, qui présente des murs de 10 mètres de largeur et 4 mètres de hauteur sur un périmètre de plus de 500 mètres. Cette activité implique une organisation sociale complexe et une spécialisation des tâches. Sur la Grande Terre, l'utilisation de la pierre est avérée dans des aménagements horticoles (murets de retenue de terre dépassant parfois deux mètres de hauteur) et hydrauliques, comme de grands barrages de déviation de criques dans la région de Touaourou.

L'exploitation du jade néphrite revêt une importance symbolique majeure. Les sources ethnographiques, notamment les travaux de Maurice Leenhardt, décrivent un « cycle du jade ». À partir principalement d'un gisement de l'île Ouen, les artisans fabriquent de grandes lames ovales pour des « haches ostensoir » et des perles pour des « colliers-monnaies ». Cependant, la découverte d'autres filons, comme dans la vallée de la Tiwaka, et les analyses isotopiques et pétrographiques, ont confirmé l'existence d'au moins cinq sources distinctes de néphrite et semi-néphrite. La fabrication de ces objets requiert un savoir-faire spécialisé en raison de la dureté de la pierre, utilisant la percussion, le bouchardage, le polissage au grès et des techniques de forage complexes. Un procédé important est la chauffe contrôlée de la semi-néphrite, qui en modifie la dureté et la couleur. Dès le premier contact durable avec l'expédition d'Entrecasteaux en 1793, les haches ostensoir deviennent des objets d'échange recherchés par les Européens, stimulant une production accrue. L'introduction d'outils métalliques permit ensuite la fabrication de lames plus grandes au percement plus régulier.

Colonie française (1853-1946)

La France annexe la Nouvelle-Calédonie en 1853 pour y fonder une colonie pénitentiaire et y explorer les ressources minières. L'ingénieur Jules Garnier, envoyé en 1863, découvre en 1864 près de la Dumbéa une roche verte, la garniérite, riche en nickelHistoire : De Jules Garnier à aujourd'hui sur le Site officiel d'Eramet , dont il met au point le procédé de traitement et le principe du ferronickel. L'exploitation débute en 1873 avec la découverte du filon du Mont d'or, déclenchant une ruée minière. En 1876, la colonie fournit toute la production mondiale de nickel.

En 1880, Garnier, l'Australien John Higginson et l'industriel Henri Marbeau fondent la Société Le Nickel (SLN), bientôt soutenue par la Banque Rothschild. La production croît rapidement, mais la crise de 1883 provoque la chute des prix et la restructuration de la société, qui adopte des procédés métallurgiques allemands et installe des usines au Havre et à Thio. Malgré la concurrence du nickel canadien, la SLN domine le marché mondial à la fin du . La main-d'œuvre, rare et coûteuse, provient de forçats et de milliers de travailleurs asiatiques ou océaniens engagés sous contrat, souvent dans des conditions précaires. Cette immigration massive façonne la diversité ethnique calédonienne. Les débuts du voient une période de prospérité : modernisation des infrastructures, diversification des clients et bénéfices record.

Durant la Première Guerre mondiale, la SLN soutient l'effort de guerre mais, après 1918, doit moderniser ses installations obsolètes. Elle crée en 1931 Calédonickel, fusion de la SLN et des Hauts Fourneaux de Nouméa, rationalise ses activités et retrouve la rentabilité avant 1939. La Seconde Guerre mondiale désorganise tout : l'usine du Havre est arrêtée, la production locale chute et les travailleurs étrangers partent. À la Libération, la SLN sort affaiblie, mais prépare sa modernisation hydraulique et mécanique avec l'appui de l'État et du Crédit national.

Territoire puis Collectivité d'outre-mer Entre 1950 et 1980, la demande mondiale de nickel croît fortement, poussant la SLN à se spécialiser dans le ferronickel pour les aciéries grâce au procédé AOD. Modernisée et intégrée de la mine à la métallurgie, elle multiplie par cinq sa capacité en quinze ans. Le « boom du nickel » (1963-1972), stimulé par la guerre du Vietnam et les grèves canadiennes, provoque une expansion rapide : ouverture de nouvelles mines, modernisation de l'usine de Doniambo et afflux de immigrants. Le nickel devient « métal stratégique » en 1969.

Dans les années 1970, la SLN s'allie à Kaiser Aluminum, développe des procédés innovants (grenaillage, hydrométallurgie à Sandouville) et découvre de nouveaux gisements comme Méa-Kouaoua. La mécanisation progresse, tout comme les moyens de transport. Mais la crise de 1973 et la concurrence asiatique font chuter les cours ; le secteur se restructure, et l'État rachète la SLN en 1974 pour la sauver. Les tensions sociales et inégalités entre Kanak et Européens s'aggravent. Les accords de Matignon (1988) instaurent un rééquilibrage provincial ; la Sofinor acquiert la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), futur premier exportateur. L'accord de Bercy (1998) attribue le massif du Koniambo à la SMSP, ouvrant la voie aux accords de Nouméa. La SLN devient majoritairement contrôlée par Eramet, mais les provinces détiennent 34 % via la Société territoriale calédonienne de participation et d'investissement (STCPI).

Depuis 2003, l'usine du Koniambo, symbole du rééquilibrage, est construite par la SMSP et Glencore ; elle démarre en 2014. D'autres projets voient le jour : l'usine Posco-SMSP en Corée du Sud (2008), (2010, cédée à Prony Resources en 2021) et la mine de Tiebaghi. Cependant, les coûts élevés, la concurrence asiatique de l'Indonésie et des Philippines, ainsi que l'usure des équipements fragilisent la filière : la SLN reste premier producteur mondial de ferronickel, mais confrontée à la pression du marché et du NPI (Pig Iron Nickel) dont la Chine est le principal producteur et consommateur.

Minerais et ressources Nickel En 2023, la Nouvelle-Calédonie était le troisième producteur mondial de nickel, avec une production minière s'élevant à tonnes, représentant 6,4 % de la production planétaire. Toutefois, sa part dans les réserves mondiales, autrefois estimée entre 20 et 30 %, est tombée à environ 5 % en 2025, tandis que sa contribution à la production métallurgique mondiale n'est plus que d'environ 1,5 %.

vignette|Casque visiteur de la SLN aux mines de Thio en 2017. Globalement, plus d'un quart des emplois sur le territoire dépendent de cette industrie qui est structurée autour de plusieurs grands acteurs opérant des mines à ciel ouvert et des usines de transformation : la Société Le Nickel (SLN) : Filiale du groupe français Eramet, la SLN est le premier producteur mondial de ferronickel. Elle emploie à elle seule environ salariés directs et génère plus de emplois indirects et induits. Ses retombées économiques sont estimées à près de 5 milliards de francs CFP par mois pour l'économie calédonienne. Elle exploite cinq centres miniers (dont Thio et Kouaoua) et possède une usine pyrométallurgique à Doniambo, près de Nouméa. En 2025, cette installation fonctionne à environ 75 % de sa capacité en raison de difficultés d'approvisionnement depuis la côte Est. Nickel Mining Company (NMC) : Cette coentreprise entre le groupe sud-coréen POSCO et la néo-calédonienne SMSP a pour objectif principal d'approvisionner l'usine de Gwangyang en Corée du Sud avec 3,6 millions de tonnes de minerai humide (ou wet ore en anglais) par an, grâce à ses quatre centres miniers (Ouaco, Poya, Nakety et Kouaoua). Prony Resources (anciennement Vale Inco Nouvelle-Calédonie) : Un autre acteur important dont l'activité a repris en 2025 après dix-sept mois de blocage, frôlant des chiffres records de productivité en septembre de la même année.

L'industrie calédonienne du nickel traverse une crise profonde, marquée par la concurrence internationale (la domination de l'Indonésie, premier producteur mondial avec 50,5 % de la production en 2023, et l'influence croissante de la Chine, qui concentre plus du tiers des activités mondiales de traitement et de raffinage du nickel, ont provoqué un effondrement des prix), des difficultés opérationnelles (le secteur souffre de coûts énergétiques élevés, d'une instabilité politique et de conflits sociaux, comme le blocage de la mine de Nakety (Canala) pendant dix-sept mois, qui n'a pris fin qu'en septembre 2025), et une situation financière précaire (en 2023, la production minière du territoire a chuté d'environ 32 % et les prix du métal se sont effondrés de 45 %. En 2025, la SLN ne maintient ses opérations qu'avec un prêt de l'État et une trésorerie lui permettant de tenir jusqu'à fin 2025. Face à ces défis, la recherche de synergies entre les opérateurs industriels et un dialogue renforcé avec les communautés locales sont identifiés comme des conditions nécessaires à la survie de la filière.

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