Le référendum polonais de 1946 est organisé le afin de permettre à la population polonaise de se prononcer sur trois questions. Connu sous le nom de référendum populaire (en polonais : referendum ludowe) ou encore de référendum « Trois fois oui » (Trzy razy tak, souvent abrégé en 3×TAK), il s'agit pour les forces en présence suite à la conclusion de la Seconde Guerre Mondiale de tester leur popularité dans le pays, et de légitimer leur contrôle sur l'appareil d'État. Les trois questions soumises cherchent à régler la composition institutionnelle, les frontières ainsi qu'à approuver des réformes économiques de la Pologne sous occupation soviétique.

Les résultats ont été falsifiés, le référendum ne remplissant pas les conditions de tenue d'une élection libre et démocratique. Durant la campagne, les autorités communistes répriment l'opposition menée par Stanisław Mikołajczyk, via l'arrestation des membres, la répression des rassemblements politiques et la censure du Parti Paysan Polonais.

Objets alt=Bulletin de vote utilisé lors du référendum de 1946 en Pologne.|vignette|Le bulletin de vote utilisé, avec les trois questions suivies d'une case à leur droite. D'après les instructions écrites en dessous, l'électeur devait inscrire une mention "Oui" (Tak) ou "Non" (Nie), ou réaliser un symbole (respectivement une croix et un trait) pour signifier son choix. Une fois mis dans l'enveloppe, le bulletin devait être donné au président de la commission. Trois questions sont soumises au vote :

Campagne Après la déclaration de Potsdam du 2 août 1945, les Alliés s'engagent à reconnaître le gouvernement provisoire d'unité nationale installé par les soviétiques, en échange de l'organisation d'élections libres et démocratiques en Pologne. L'administration Truman accorde en avril 1946, en guise d'encouragement, un prêt de 90 millions de dollars, dont 40 millions consacrés à la rénovation de moyens de transport pour le charbon de Silésie.

La campagne est lancée après le décret d'organisation du 27 avril, publié par le Conseil d'État National, organe parlementaire provisoire contrôlé par les communistes. Les partis du bloc communiste, comprenant le Parti Ouvrier Polonais, le Parti Socialiste Polonais, le Parti Démocratique et le Parti Populaire militent pour le Oui aux trois questions; tandis que les partis non-communistes préfèrent d'autres combinaisons. Le référendum est vu comme une décision sur le soutien ou non au système communiste par la société polonaise, de manière officieuse.

Le Parti Paysan Polonais, pour se démarquer du bloc et amadouer ses divisions internes, prends position pour un Non seulement à la première question. Position suivie par la Faction Travailliste, parti démocrate-chrétien participant à l'État clandestin polonais, bien que les deux partis étaient opposés à l'existence de la chambre haute avant la guerre. Des cercles catholiques, quant à eux, prônent le Non à la première, le Oui à la troisième, et un libre choix des électeurs sur la seconde. Les organisations armées de résistance anti-communistes se divisent entre un Oui à seulement la première pour l', tandis que les Forces Armées Nationales et d'autres factions appellent à un 3 fois Non en guise de protestation en bloc, contre l'annexion des territoires orientaux de la Seconde République par l'Union Soviétique.

Résultats alt=Photo de Varsovie encore en ruine en 1946. On y voit un groupe de passant dans la rue, devant des affiches de propagande électorale les incitant à voter Oui aux 3 questions du référendum de l'époque.|gauche|vignette|Affiches de propagande électorales à Varsovie, en faveur de la campagne 3 fois OUI. L'intégrité du scrutin, notamment lors du comptage des voix, est sérieusement compromise par les communistes et leurs soutiens. Disposant du contrôle de l'exécutif et des principales forces militaires sur le terrain, l'Armée Rouge et l'Armée Populaire Polonaise, le régime en construction utilise sa nouvelle police et services secrets pour intimider les opposants, les violenter voir les assassiner. Les urnes sont également bourrées, les votes blanc comptés comme Oui ou les votes Non sont tout simplement enlevés. Dans l'armée, le vote n'est pas anonymisé, les bulletins portant le matricule des soldats. La plupart des bureaux de votes étant équipés de personnel exclusivement membre du Parti Ouvrier, des double procès verbaux sont mêmes rédigés, un exemplaire vide ayant ses résultats remplis par des membres du parti. Le Parti Paysan ne dispose de ses propres scrutateurs que dans bureaux sur . Le référendum est falsifié avec l'aide d'experts soviétiques surnommé « groupe de Palkin », comprenant Aron Palkin et Semyon Davidov, officiers de haut-rang du ministère de la sécurité d'État soviétique.

A Cracovie, l'opposition réussi toutefois à garantir le déroulement régulier du scrutin : il est enregistré 84 % pour le Non à la première question, 59 % à la seconde, et seulement 30 % pour la dernière. D'après une reconstitution partielle des résultats non falsifiés, faite par le Parti Paysan, le Non aurait été vainqueur à 83,3 % pour la première question.

Abolition du Sénat

+Résultats nationaux ChoixVotes%Pour68,03Contre31,97Votes valides11 857 89697,31Votes blancs et invalides327 4352,69Total100Abstentions9,90Inscrits/Participation13 160 45190,10

Êtes-vous favorable à la suppression du Sénat ? Oui :(68,03 %) Non :(31,97 %) ▲ Majorité absolue

Réformes économiques

+Résultats nationaux ChoixVotes%Pour77,15Contre22,85Votes valides11 857 89697,31Votes blancs et invalides327 4352,69Total100Abstentions9,90Inscrits/Participation13 160 45190,10

Êtes-vous partisan de rendre permanent par la future Constitution, le système économique institué par la réforme agraire et les nationalisations des industries de base, tout en maintenant les droits des entreprises privées ? Oui :(77,15 %) Non :(22,85 %) ▲ Majorité absolue

Annexion des anciens territoires allemand jusqu'à la ligne Oder-Neisse

+Résultats nationaux ChoixVotes%Pour91,36Contre8,64Votes valides11 857 89697,31Votes blancs et invalides327 4352,69Total100Abstentions9,90Inscrits/Participation13 160 45190,10

Êtes-vous d'accord avec la délimitation des frontières occidentales de la Pologne telles qu'elles ont été fixées sur la Baltique, l'Oder et la Neisse ? Oui :(91,36 %) Non :(8,64 %) ▲ Majorité absolue

Conséquences alt=Graphiques représentant les proportions en faveur du Oui en rouge, et du Non en vert. À la ligne du haut se trouvent les résultats officiels, tandis que dans celle du bas figurent ceux reconstitués. De gauche à droite sont représentées la distribution des votes pour la 1ère, la 2de, la troisième et enfin la proportion des votes 3 x Oui. Cela reprend globalement les résultats cités dans la section conséquence de cet article.|vignette|Graphiques représentant les proportions en faveur du Oui en rouge, et du Non en vert. À la ligne du haut se trouvent les résultats officiels, tandis que dans celle du bas figurent ceux reconstitués. De gauche à droite sont représentées la distribution des votes pour la 1ère, la 2de, la troisième et enfin la proportion des votes 3 x Oui. Fort de ce résultat, le gouvernement polonais installé par les soviétiques convoque des élections législatives en 1947. Recourant à la privation du droit de vote d'un demi-million d'électeurs et à l'annulation de nombreuses listes du principal parti d'opposition, ainsi qu'à la falsification des procès verbaux, le « Bloc Démocratique » des autorités récolte 80% des suffrages. Le régime se consolide institutionnellement, et reste en place jusqu'en 1989.

Selon des documents publiés 43 ans après, seuls 29 % des votants auraient voté Oui aux trois questions; les autorités déclarant une proportion de 68 %. D'après des documents déclassifiés du Ministère de la Sécurité Publique après la chute du régime, 26,9 % des électeurs se sont prononcés pour le Oui à la première question, 42 % à la seconde et 66,9 % pour la troisième. Seule la dernière proposition du référendum fut approuvée réellement par le corps électoral.

Notes et références

Catégorie:1946 en Pologne 1946 Catégorie:Référendum en 1946