Une économie de marché est un système économique fondé sur des échanges effectués directement par les individus de manière décentralisée dans un contexte où l'État intervient peu ou pas du tout. L'économie de marché est donc un modèle où les décisions de produire, d'échanger et d'allouer des biens et services rares sont déterminées majoritairement à l'aide d'informations résultant de la confrontation de l'offre et de la demande telle qu'établie par le libre jeu du marché. Confrontation qui détermine les informations de prix, mais aussi de qualité et de disponibilité.
Le capitalisme représente l'incarnation concrète la plus proche de l'économie de marché.
L'économie de marché s'oppose aux modèles économiques étatistes comme l'économie planifiée, ainsi qu'à l'auto-gestion. Des théories comme celles d'Oskar Lange sur le socialisme de marché, où l'État jouerait le rôle des fluctuations incrémentales des prix, souligne la complexité des différents systèmes économiques. Karl Polanyi montre dans La Grande Transformation que l'économie de marché est une construction sociohistorique et non un phénomène naturel comme le laissent entendre certains néoclassiques.
Définitions Les prix et le marché Au cœur de l'économie de marché, le mécanisme de l'offre et de la demande concourt à la découverte et à l'établissement des prix. Ce mécanisme opère par arbitrage pour un horizon donné et pour une qualité donnée entre des valeurs représentatives du bien ou du service concerné : d'une part la valeur de son coût intrinsèque (prix de revient) mais aussi d'autre part sa valeur d'échange (prix relatif, c'est-à-dire du prix d'un produit ou d'un service par rapport aux autres).
Les prix représentent aussi une source d'information. Cette théorie provient de controverse sur la question du calcul économique et de Friedrich Hayek. Pour Ludwig von Mises, le système de prix libres est le seul moyen de coordination des actions des millions d'individus qui composent l'économie d'un pays car seuls les prix transmettent des informations sur le niveau de demande et d'offre des biens et services. Friedrich Hayek relaie cette idée et insiste pour sa part sur le rôle des prix comme vecteur de transmission de l'information disponible aux individus.
L'économiste Milton Friedman résume cela en écrivant que le système de prix libres remplit trois fonctions : transmission de l'information sur l'offre et la demande ; incitation pour les producteurs à s'orienter vers les secteurs aux prix élevés et, partant, à permettre un retour à l'équilibre ; répartition des revenus.
Concurrence Pour Robert Gilpin la dynamique de l'économie de marché fait intervenir également d'autres facteurs comme la concurrence et l'aptitude à la survie des acteurs dans l'activité économique in Gilpin, 1987, ..
Cette dynamique propre au marchéGilpin, 1987, . représente un facteur expliquant la diffusion de la croissance économique et l'extension géographique des échanges dans un espace plus large, au-delà des frontières politiques des États.
Un modèle décentralisé Élargissement du concept Pour Roger GuesnerieGuesnerie, . .
D'une manière générale, il serait plus exact de parler des économies de marchés plutôt que de l'économie de marché, tant le système est dépendant des contextes et institutions très diverses qui accompagnent et soutiennent les marchés.
Dans cette perspective, la volonté de prendre en compte les aspects sociaux en Europe après la Seconde Guerre mondiale a conduit à l'émergence du concept d'économie dite « sociale de marché », qui a été décliné selon différentes variantes propres aux pays concernés.
Aujourd'hui, l'importance croissante accordée à l'environnement peut laisser entrevoir une évolutionSe reporter à l'article sur Nicholas Stern. vers une « économie durable de marché » voire une « économie sociale et durable de marché ».
Distinctions Capitalisme Certains auteurs posent clairement une distinction entre économie de marché et capitalisme.
Pour Fernand Braudel, les régimes de production/répartition des biens et services ont évolué selon trois formes historiques successivesLa Dynamique du capitalisme, Paris 1985, Éditions Arthaud. : celle de la vie matérielle primitive où le processus d'auto-suffisance et d'auto-consommation se déroule de manière très locale, à l'échelle de l'individu, de la famille ou de petits groupes. Ici on produit pour se suffire, uniquement, à soi-même. L'échange et donc le marché n'existent pas. celle de l'économie de marché, telle qu'elle découle des échanges rendus nécessaires par une plus grande spécialisation et une plus large division du travail : chacun produit une catégorie spécifique de bien et doit fatalement échanger avec les autres pour se procurer les biens qu'il ne produit plus et ainsi satisfaire l'ensemble de ses besoins. celle du capitalisme, amorcée par les entreprises de « commerce ou de négoce au long cours » et qui se financiarise inéluctablement pour engendrer un système où l'échange commercial n'est plus que le support ou le prétexte de gains financiers. Pour lui, Braudel, .. D'une façon générale, Braudel Braudel, . distingue deux types d'échanges : qui relève de l'économie de marché et qui relève du capitalisme.
Économie sociale de marché
Issue d'un concept et d'une pratique liée à l'ordo-libéralisme, l'expression recouvre un sens plus large. Ainsi, Mario Monti, le commissaire européenLe Monde des 7 et 8 juin 2009, « M. Monti : "Relancer l'Europe en réconciliant marché et social" », propos recueillis par Arnaud Leparmentier., distingue les économies de marché de type anglo-saxon des économies sociales de marché allemande ou française. Pour lui, l'économie de marché doit non seulement être compatible, mais aussi être en mesure de financer la protection sociale par une imposition redistributive, de même que promouvoir un certain volontarisme des gouvernements et des institutions européennes en faveur de l'économie dans le respect des règles européennes de la concurrence. En effet, dans l'optique libérale la concurrence entraîne la baisse des prix. Cela protège le pouvoir d'achat des individus et favorise l'innovation... Le capitalisme, lui, encouragerait en réalité des comportements criminels, crapuleux et opportunistes..
Économie socialiste de marché Pour Robert Gilpin cité in Gilpin ., l'essence du marché réside dans le rôle des prix relatifs dans le processus d'allocation des ressources tandis que celle du capitalisme réside dans la propriété privée des moyens de production. Au niveau théorique, une économie socialiste de marché composée d'acteurs publics et de travailleur non libres est pour lui concevable comme cela est envisagé dans le concept d'économie socialiste de marché cité in Gilpin, 1987, ..
Marchés imparfaits
Il n'y a pas sur le plan théorique d'unanimité quant à la définition précise de l'économie de marché. On constate en revanche l'existence et la pratique de modèles les plus divers où le mécanisme d'économie de marché est amené à coexister et à composer avec des logiques ou contraintes plus ou moins compatibles.
Oligopoles Le régime de la concurrence pure et parfaite n'étant pas concrétisé dans la réalité, il n'existe pas « un » marché général où se produit la confrontation de toutes les offres et de toutes les demandes, mais « des » marchés plus ou moins inter-connectés sinon cloisonnés qui donnent lieu à des confrontations partielles. (ex : marché des biens, des matières premières, des services, du travail, des changes, des capitaux, marché monétaire, marché immobilier, etc.) les imperfections de marché prospèrent : Monopole, duopole, oligopole, cartel, entente, position dominante, etc. asymétrie de l'information, délai et effet retard, goulet d'étranglement, etc. la demande exprimée sur un marché est perçue la plupart du temps à travers le prisme déformant de la demande solvable, c'est-à-dire celle qui émane des opérateurs disposant du pouvoir d'achat monétaire suffisant.
Intervention de la puissance publique Des actions collectives peuvent être organisées pour promouvoir ou défendre des valeurs positives ou des règles sociales, culturelles, morales, voire religieuses : l'économie publique ayant une place complémentaire (ex : les services publics), ou centrale (ex : le capitalisme d’État) ; l'économie sociale pour pallier les insuffisances ou déficiences du marché (ex : les mécanismes de protection sociale, d'assistance, de solidarité, d'État providence) ; l'interventionnisme d'État ou dirigisme via l'économie planifiée ou l'économie administrée ; le commerce équitable comme projet d'organisation visant à faire une meilleure place à certains producteurs en danger d'être marginalisés ou évincés du marché courantOn peut citer, à titre d'exemple, le cas des petits producteurs mexicains de mais qui ont été définitivement éliminés du marché par les exportateurs américains subventionnés par le gouvernement des États-Unis dans le cadre de l'ALENA (accord de libre échange nord américain) entre le Mexique, les États-Unis et le Canada. ; l'élaboration de normes - à caractère volontaire, incitatif ou obligatoire - peuvent contribuer à préciser ou encadrer la définition des pratiques de conception, de production ou de distribution des biens et services pour des motifs de protection de la qualité ou de la sécurité dues au consommateur/usager.
Échanges non marchands L'économie dite non marchande ou domestique ne donne pas lieu à échange rémunéré (ex : jardins familiaux, baby-sitting non rémunéré, femmes au foyer, aide des grands-parents…). L'économie de troc et/ou l'économie de subsistance se situe relativement à l'écart des flux économiques ( pratiques de certaines zones rurales du tiers monde ou très déshéritées). L'économie spéculative ou exclusivement financière qui introduisent des logiques de type « argent ⇒ marchandise ⇒ argent » dénoncées par certains comme représentant des déconnexions forcées de l'économie réelle. ( spéculation sur les matières premières). L'économie souterraine ou les « trafics » opérés sur des marchés parallèles ou occultes (ex : le trafic de drogue, le travail ou le marché au noir, ou le proxénétisme…). Les phénomènes de corruption ou de délit d'initié qui visent par leur nature à fausser le libre jeu des forces du marché.
Protectionnisme L'économie de marché s'arrête difficilement au niveau d'un seul pays, si vaste soit-il. Au niveau international, elle est d'autant plus développée que les divers pays pratiquent le libre-échange.
Cela dit, en pratique beaucoup de pays revendiquent pour leurs exportations les règles applicables à l'économie de marché (sinon la clause de la nation la plus favorisée), en organisant par ailleurs vis-à-vis des importations des règles fort peu réciproques (protectionnisme) : Certains pays issus du collectivisme — comme la Chine — se veulent « économie socialiste de marché », alors qu'ils sont encore des économies marquées par l'empreinte du Capitalisme d'ÉtatEntretien avec Anne-Marie Idrac par Marie-Christine Corbier, « La Chine de remplit pas les critères d'une économie de marché », Les Échos du 9 novembre 2010.. D'autres pays bénéficient de conditions de coûts qui leur permettent de pratiquer une concurrence jugée « déloyale » par leurs rivaux plus développés. D'autres pays se trouvent dans une situation où la structure des flux échangés les entraîne vers la détérioration des termes de l'échange.
Débats actuels L'économie de marché : l'exemple du débat en France Un débat donne lieu à un fort questionnement assorti de multiples prises de position :
Échanges entre socialistes « réformistes » et socialistes « fondamentalistes » Michel Rocard se targue souvent Les Échos du 26 août 2009, .. le tournant de la rigueur survenu en 1983 motive la gauche réformiste pour accepter de facto l'économie sociale de marché.
La prise en compte du développement durable