Julis () est un village arabe palestinien situé à 26 kilomètres au nord-est de Gaza. Comme des centaines d'autres villages palestiniens, il a été conquis, a subi un nettoyage ethnique et a été détruit par Israël au cours de la guerre israélo-arabe de 1948Khalidi, 1992, 115..

Géographie

Julis relevait du sous-district de Gaza ; le village était construit sur une légère éminence dominant la plaine côtière du sud de la Palestine, à une altitude de 50 mètres« Julis — جُولِس », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 22 octobre 2025..

Sa superficie totale était de (). Les terres incultes représentaient 49 hectares, soit 4% du total. Les terres publiques couvraient 36 hectares, le reste étant des propriétés privées entre des mains arabes. 1360 dounams (136 hectares) étaient plantés d'agrumes et de bananiers ; 931 dounams (93 hectares) étaient classés comme plantations ou terres irrigables, et (1080 hectares) étaient consacrés aux céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 87..

Histoire

Julis est construit sur un site archéologique dont le nom ancien est inconnu

Sultanat mamelouk

De la céramique d'époque mamelouke a été retrouvée au villageLifshits, 2014, Julis..

En 1472–1473 CE, le sultan mamelouk Qait Bay constitue le village de Julis en waqf (dotation pieuse) au bénéfice de sa madrasa de Jérusalem..

Une branche de la tribu Jaradat, venant de Sa'ir près d'Hébron, est venu s'installer à JulisGrossman, D. (1986). "Oscillations in the Rural Settlement of Samaria and Judaea in the Ottoman Period". in Shomron studies. Dar, S., Safrai, S., (eds). Tel Aviv: Hakibbutz Hameuchad Publishing House. p. 382

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

Dans le defter (registre fiscal) de 1526/7, le village est inhabité. Dans celui de 1596 CE, Julis a été refondé : il relève alors de la nahié de Gaza, qui fait partie de la liwa dd Gaza. Le defter recense 37 foyers soit environ 204 habitants, tous musulmans. Le village payait un impôt à taux fixe de 33,3 % sur les productions agricoles, dont le blé, l'orge, les fruits, les ruches, les vignes et les chèvres, pour un total de . Les 6,5/24 de cette somme allaient à un waqfHütteroth, Abdulfattah, 1977, 149. Cité par Khalidi, 1992, 115..

Marom et Taxel ont montré qu'aux , la pression exercée par les nomades ont conduit certaines communautés à se regrouper dans certains villages, en abandonnant d'autres. Les terres des villages abandonnés continuaient à être cultivées par leurs anciens habitants, phénomène observé dans tout le sud de la plaine côtière. Julis a ainsi absorbé les terres et les habitants de Bardagha, qui était un village indépendant au .

En 1863, Victor Guérin visite le village, qu'il nomme Djoules, déjà sur sa butte et dont il estime la population à 500 habitants. Il décrit son maqam ou oualy (sanctuaire), consacré à cheikh Mohammed, utilisant des pierres de taille antiquesGuérin, 1869, 126-127.. Il relève aussi plusieurs colonnes de marbre autour du puitstranslated by Moshe Gilad, 'This Explorer Visited Israel in the 19th Century and Found It to Be Anything but Empty', Haaretz, 22 février 2022..

Une liste de villages datée des environs de 1870 recense 101 maisons et 307 hommes à Julis, les femmes n'étant pas recensées dans ce documentSocin, 1879, 153.Hartmann, 1883, 131, note 56 maisons..

En 1882, l'enquête du Palestine Exploration Fund décrit Julis comme un village aux maisons construites d'adobe, avec un puits au sud, et un bassin au nord-est, qu milieu des jardinsConder, Kitchener, 1882, SWP II, 410. Cité par Khalidi, 1992, 115..

Période du mandat britannique. vignette|Vue aérienne de l'aérodrome de Julis en 1917. vignette|Carte de Julis au , en bas au milieu (1945). vignette|250px|Camp australien, vers Julis, en 1942. De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Julis est conquise fin 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Jules a une population de 481 habitants, tous musulmansBarron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, 9., augmentant au recensement de 1931 à 682 habitants, tous musulmans, dans 165 maisonsMills, 1932, 4..

Julis était compris dans un carré pris en sandwich entre deux routes qui se rejoignaient à un rond-point au bout du village. Les maisons, en adobe et en ciment, étaient construites serrées les unes contre les autres. Le village avait une mosquée, en plus du maqam de cheikh Khayr. Selon la tradition, c'était un soldat musulman tué au combat contre les Croisés.

Les boutiques du village étaient dispersées le long des routes.

En 1937, une école ouvre, avec 86 élèves dix ans plus tard.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques construisent une nouvelle route parallèle à la route côtière (principale route de Palestine, de Haïfa à Gaza par Jaffa) et qui croise la route reliant al-Majdal (Ashkelon) à la route Jaffa-Jérusalem (actuelle autoroute 1. Julis a ainsi pris une importance comme noeud secondaire de communications. Les Britanniques ont aussi construit un camp militaire pour protéger le carrefour.

Dans les statistiques de Village de 1945, Julis a une population estimée à 1030 habitants, tous musulmansGovernment of Palestine, Department of Statistics, 1945, 31.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 46..

Outre l'agriculture, les villageois pratiquaient l'élevage : en 1943, ils possédaient 278 bovins, 346 ovins de plus d'un an, 138 chèvres de plus d'un an, 35 chameaux, 5 chevaux, 14 mules, 114 ânes, 1010 volailles et 776 pigeons..

Guerre de 1948

vignette|Soldats de la huitième brigade israélienne à Julis. Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Julis est attribué à l’État arabe, mais la moitié de son territorie se retrouve attribuée à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Les 27-28 mai 1948, le premier bataillon de la brigade Guivati s'empare de baraquements militaires à Julis, au cours de l'opération Barak, mais échoue à prendre le contrôle du village. L'armée égyptienne tente immédiatement de reprendre ces baraquements, mais est repoussée par les soldats israéliens. L'histoire officielle de la Haganah indique que les forces israéliennes s'emparent de Julis le 11 juin, juste avant le début de la trêve ; dans ses Memoires, Gamal Abdel Nasser se rappelle que la manœuvre a eu lieu en pleine trêve. D’après S. A. Jawad, les femmes et les enfants sont victimes d’une véritable Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 114..

Après la fin de la trêve, le 6 bataillon échoue à reprendre le contrôle du village, sans préparation selon Nasser. Les combats s'interrompent le 10 juillet, après de lourdes pertes côté égyptien et aucune du côté des Israéliens, ceux-ci bénéficiant de l'avantage de la position.

Période israélienne

Après la guerre, Julis fait partie d'Israël. Dès 1949, le moshav d'Hodaya est créé sur les terres du village. L'historien Walid Khalidi présente ainsi ce qui subsiste du village en 1992 :

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000.

Articles connexes

Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948

Liens externes Welcome to Julis Julis, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons

Notes

Bibliographie

Nasser, G.A. (1955/1973): "Memoirs" in Journal of Palestine Studies'' “Memoirs of the First Palestine War” in 2, no. 2 (Win. 73): 3-32, pdf-file, downloadable

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