al-Majdal () est une ville de Palestine mandataire, située dans la plaine côtière du sud de la Palestine. En , le plan de partage de la Palestine voté par l'assemblée générale des Nations unies prévoit qu'Al-Majdal fasse partie de l'État arabe. Comme d'autres villes et des centaines de villages palestiniens, elle a été conquise et annexée par Israël et sa population soumise à un nettoyage ethniqueIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). .. Des immigrants juifs ont ensuite occupé les logements de la ville qui a été rebaptisée Ashkelon.

Géographie

La superficie totale d'al-Majdal (en additionnant les zones urbaine et rurale) était de (). 2050 dounams étaient des terres publiques, le reste étant propriété d'ArabesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 46. Les terres non-cultivables couvraient 163 hectares« Welcome To al-Majdal Asqalan - المجدل عسقلان (אל-מג'דל) », Palestine Remembered, consulté le 23 octobre 2025.. Les plantations d'agrumes et de bananiers occupaient 234 hectares, les autres plantations et terres irrigables 289 hectares, les surfaces dévolues aux céréales occupant Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 87.. La ville avait une superficie de 134 hectaresGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 137.

Les Majdalaouis pratiquaient aussi l'élevage pour subvenir à leurs besoins : en 1943, leur cheptel s'élevait à 354 bovins, 168 moutons de plus d'un an, 170 chèvres de plus d'un an, 65 chameaux, 17 chevaux, 39 mules, 447 ânes, 2966 volailles et 808 pigeons..

Histoire

La ville proche d'Ascalon, remontant à l'Antiquité, est détruite sur ordre du sultan mamelouk Baybars en 1270, et la ville dépeuplée.

Le village d'al-Majdal est mentionné à la fin du par des historiens et des voyageurs.

Empire ottoman

vignette|Le sultan ottoman Sélim . La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

En 1596, un defter (registre fiscal) ottoman recense 559 foyers musulmans à Majdal (environ ), en faisant la septième ville la plus peuplée de Palestine après Safad, Jérusalem, Gaza, Naplouse, Hébron et Kafr CanaHütteroth and Abdulfattah, 1977, 144.Andrew Petersen, (2005). The Towns of Palestine under Muslim Rule AD 600–1600. BAR International Series 1381. 133..

Une liste de villages de 1870 recense à Medschdel et , les femmes n'étant pas recensées par ce documentSocin, 1879, 157Hartmann, 1883, 131, note 655 maisons.

vignette|center|L'Ashkelon contemporaine recouvre les terres d'Al-Majdal, Hamama, Al-Jura, Al-Khisas et Ni'ilya. Les ruines d'Ascalon sont aussi figurées à main gauche. Images provenant de l'enquête du Palestine Exploration Fund de 1871–77.

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'al-Majdal est conquise en et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Majdal a une population de 5064, dont 5031 musulmans et 33 chrétiensBarron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, 8., augmentant au recensement de 1931 à 6226 (6166 musulmans et 41 chrétiens) et dans les faubourgs (167 musulmans, 4 chrétiens et un juif)Palestine Office of Statistics, Vital Statistical Tables 1922–1945, Table A8.

Lors de la grande révolte arabe de 1936-1939, dix-sept membres du groupe d’Imran Shushar sont tués et enterrés sous un arbre, au milieu d’un champRochelle A. Davis, Palestinian Village Histories. Geographies of the Displaced, Stanford : Stanford University Press, 2011, collection « Stanford Studies in Middle Eastern and Islamic Societies and Cultures ». , 161..

Dans les statistiques de Village de 1945, Majdal a une population estimée à , dont 9820 musulmans et 90 chrétiensDepartment of Statistics, 1945, 32.

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

vignette|Les derniers habitants de Majdal se préparent à partir (officiellement ), octobre 1950. vignette|Autre image de l'expulsion. vignette|Le développement de la ville d'Ashkelon dans les années 1950. La zone indiquée אשקלון (Ashkelon) est l'ancienne Majdal. Afridar se trouve à l'ouest. Les ruines d'Hamama, Al-Jura, Ni'ilya et Al-Khisas sont indiquées. Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Majdal est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Au début de la guerre israélo-arabe de 1948, la cité est exclusivement arabe, musulmane et chrétienne. En octobre, ses environ habitants ont été rejoints par des milliers de réfugiés, expulsés ou fuyant les villages voisins, dormant pour certains dans des lieux publics, pour d'autres dans les rues ou les vergers.

L'armée égyptienne s'installe à Majdal dès le début des hostilités pour défendre la ville et le reste de la région de Gaza, allouée à l'État arabe par le plan de partage de l'ONU. Les mois suivants, l'artillerie et l'aviation israélienne bombardent la ville. Dès le , l'armée égyptienne se replie, provoquant la fuite de milliers de personnes. Le , l'armée israélienne s'empare de la ville et expulse la totalité des civils présents, dont 500 en décembre, ne laissant qu'environ . Le général Yigal Allon ordonne l'expulsion des derniers habitants, mais l'ordre ne fut pas exécuté. Les réfugiés ne tardèrent pas à revenir par le biais des retours clandestins et des expulsions des villages voisins augmentèrent le nombre des habitants. La population arabe revint à un niveau d'environ B. Morris, The transfer of Al Majdal's remaining Palestinians to Gaza, 1950, in 1948 and After; Israel and the Palestinians.. La plupart étaient des vieillards, des femmes et des enfants.

Lors des accords d'armistice, Majdal est annexé par Israël. Pendant un an, les Palestiniens furent confinés dans un quartier entouré de barbelés, communément appelé le ghettoMorris, 2004, 528 −529.. La politique officielle était de loger des Israéliens dans les logements arabes vides, mais le processus avança lentement, et soumis à la loi martialeThomas Vescovi, « 6. Les Arabes d’Israël, entre régime militaire et enjeu électoral », L'échec d'une utopie. Une histoire des gauches en Israël, Paris : La Découverte, 2021, collection Cahiers libres, 125.Adel Manna, « Palestinians Under Military Rule in Israel, 1948-1966 », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 18 avril 2026... Le plan israélien de désigne al-Majdal comme le site d'un centre urbain régional de . À partir de , des immigrants et des soldats démobilisés s'installent dans la ville, faisant passer sa population juive à en 6 mois. Ces immigrants venaient du Yémen, d'Afrique du Nord et d'Europe (voir Juifs yéménites).

Moshe Dayan et le premier ministre David Ben Gourion étaient favorables à l'expulsion, le Mapam et l'Histadrout s'y opposaient. Le gouvernement offrit des incitations au départ, comme un taux de change avantageux, qu'il accompagna de raids nocturnes qui semèrent la panique. La déportation est décidée par Ben Gourion et Dayan malgré les objections de Pinhas Lavon, secrétaire général de l'Histadrout, qui voulait faire de la ville un exemple de l'égalité des chances. Un premier groupe d'habitants est déporté en camions vers la bande de Gaza le , sur ordreS. Jiryis, The Arabs in Israel (1968), 57.. En , il ne restait que vingt familles palestiniennes, dont la plupart ont été déplacées à Gaza ou Lydda. Ce sont au total 2333 Palestinians qui ont été déportés à Gaza, 60 en Jordanie, 302 dans d'autres villes d'Israël ; seules quelques familles ont pu rester à Ashkelon. Selon Lavon, cette expulsion a dissipé Après une plainte de l'Égypte, la commission mixte d'armistice déclara que les Palestiniens déplacés de Majdal devaient pouvoir revenir en Israël, déclaration qui resta sans effet.

Malgré les ordres largement diffusés d‘épargner les bâtiments religieux (églises et mosquées), la mosquée d’al-Majdal est dynamitée et son dôme s‘effondre. Sur les 160 mosquées de Palestine, seules 40 subsistent actuellement. Celle d‘al-Majdal conserve ses mursAriella Aïsha Azoulay, « Architecture of Destruction, Dispossession, and Appropriation », Scapegoat, été-automne 2013, , 157..

Dès 1949, une ville israélienne est créée sous le nom de Migdal, à la place d'al-Majdal. Elle est rapidement rebaptisée Migdal Gaza, puis Migdal Gad, et encore Migdal Ashkelon. En 1951, le quartier Afridar est créé pour les Juifs émigrant d'Afrique du Sud, rattaché à la cité en 1953, date à laquelle le nom d'Ashkelon est choisi et un conseil local accordé à la ville. C'est actuellement une ville totalement juive.

Culture

Majdal était connu pour ses industries de Ashqelon, Eli Cohen Street.. En 1909, la ville comptait près de 500 métiers à tisser, et 550 en 1920, avec une production annuelle de de francs. Dans les années 1920, cette industrie souffre de la concurrence des produits européens. En 1927, il ne reste que 119 établissements en activité. Les trois produits les plus vendus étaient le "malak" (soie), l’'ikhdari' (bandes rouges et vertes) et le 'jiljileh' (bandes rouge foncé). Elles étaient utilisées pour les robes de fêtes dans tout le sud de la Palestine. Les autres produits pouvaient avoir des noms poétiques comme ji'nneh u nar ("enfer et paradis"), nasheq rohoh ("souffle de l'âme") et abou mitayn ("père de deux cent"). Étaient aussi fabriqués le Shash (mousseline blanche pour les voiles), Burk/Bayt al-shem (coton uni pour robes de dessous), le Karnaish (coton blanc avec bandes), le "Bazayl" (flanelle), le Durzi (coton bleu) et le Dendeki (coton rouge)Shelagh Weir, "Palestinian Costume". British Museum Publications, 1989. . pages 27–32..

Al-Majdal et le mouvement palestinien

vignette|center|Ashkelon est située dans la bande des des tirs de roquettes de Gaza. La plupart des membres fondateurs du Hamas sont nés, ou leurs parents, en Palestine, à l'époque du mandat britannique, et en-dehors de la bande de Gaza. Plusieurs sont originaires de villages de la région d'al-Majdal, dont la plupart de ses dirigeants : le fondateur Ahmed Yassine est né à Al-Jura ; son successeur Abdel Aziz al-Rantissi est né à Yibna ; le père de et Mahmoud al-Mabhouh venait de Bayt Tima ; les parents d'Ismaël Haniyeh ont fui Al-Jura pour Gaza en 1948 ; Yahya Sinwar est né dans le camp de Khan Younès, dans la bande de Gaza occupée par l'Égypte, en 1962, d'une famille qui a fui Al-Majdal pendant la guerre de 1948 Khaled Mechaal, né à Silwad, en Cisjordanie annexée par la Jordanie, est l'une des rares exceptions.

Le trimestriel de l‘association pour les droits des réfugiés palestiniens porte le titre de Majdal.

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. .

Notes

Bibliographie

Catégorie:Localité conquise par Israël durant la guerre israélo-arabe de 1948 Catégorie:Localité palestinienne dépeuplée Catégorie:Localité palestinienne expulsée en 1950 Catégorie:Sous-district de Gaza Catégorie:Village détruit en Israël