vignette|Vue sur le fleuve Yukon près de Carmacks (Yukon), Canada. La forêt boréale canadienne couvre environ 28% de la forêt boréale planétaire.. Elle est constituée d'arbres tolérants au froid, conifèresChronique par Sophie Brems du dimanche 24 mai 2016, sur La Première et de nombreuses espèces résineuses (pins, épinettes, mélèzes, sapins et thuyas) et de quelques espèces feuillues (peupliers et bouleaux).

À l'intérieur de la zone boréale, la répartition actuelle des espèces boréales s'explique par la capacité de ces espèces à supporter le climat froid et par l'histoire postglaciaire de la zone.

Étymologie

Cette forêt tire son nom de Borée (Boréas), dieu grec des vents du Nord. Pour les Canadiens, cette référence à un dieu ancien a pris une connotation moderne, un legs dont ils doivent assurer la gestion durable pour les générations actuelles et futures. Le terme de « zone sensible » s’applique à la large zone circumpolaire de végétation des latitudes nordiques. Elle est principalement occupée par des forêts, mais elle renferme également des lacs, des rivières, des terres humides, et d’autres superficies naturellement dépourvues d’arbres, comme le sommet des montagnes, les landes des régions à climat maritime et les prairies des régions sèches. Il est donc préférable d’utiliser le terme « forêts boréales » (au pluriel) pour désigner les parties boisées de la zone boréale. Ces forêts sont constituées d’arbres résistants au froid, dont de nombreuses espèces de conifères (pins, épinettes, mélèzes, sapins et thuya) et quelques espèces de feuillus (peupliers et bouleaux).

Origines et géographie

D'un point de vue écologique, la zone boréale d'Amérique du Nord est constituée de paysages relativement récents. Les forêts actuelles ont pris naissance il y a seulement . Effectivement, il y a une vingtaine de milliers d'années, le nord de l'Amérique du Nord était en grande partie recouvert de glaciers Wisconcinienshttp://www2.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/retrait.glaces.html Le retrait des glaces wisconsiniennes, les Grands Lacs, la mer de Champlain, et le fleuve Saint-Laurent. (page consultée le 25 février 2013).. Au cours des à qui ont suivi, les diverses espèces d’arbres qui poussaient au sud du glacier ont peu à peu occupé les régions libérées par la fonte des glaciers. Les forêts canadiennes s’étendent et du nord-est de la Colombie-Britannique, en passant par le nord des provinces des Prairies, du Québec et de l’Ontario, jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador. Elle forme une bande de plus de de large entre la toundra gelée de l’Arctique, au nord, et les forêts plus tempérées et les prairies, au sud. Les perturbations naturelles, telles que les incendies forestiers et les épidémies d’insectes, sont omniprésentes.

Elles ont joué un rôle majeur dans le développement et le renouvellement de ces forêts boréales. Depuis ses fondements, les forêts boréales canadiennes sont habitées par l’homme, qui a aussi eu une profonde influence sur son évolution, notamment des causes de l'aménagement forestier extensif des dernières décenniesDrapeau et al., Landscape-scale disturbances and changes in bird communities of boreal mixed-wood forests, Ecological Monographs, 2000, 70 (3): 423 - 444..

Importance et intérêt

L’environnement boréal est aussi très diversifié. Dans la zone forestière boréale canadienne, les ressources en eau douce sont considérables, près de 9 % de la superficie totale du territoire canadien, soit , est couverte d'eau douce. On y trouve également une vingtaine d’essences d’arbres de même qu’une grande diversité de mammifères, tels certains cervidés, canidés, félidés et rodentiens. Les populations d’oiseaux y sont aussi très dynamiques. Certaines espèces, comme les roselins, les mésanges, les chouettes, les pics, la corneille et le grand corbeau, y résident toute l’année, mais la plupart sont migratrices. Plus de 30 % des oiseaux migrateurs nord-américains dépendent de la forêt boréale pour leur reproduction. Ils entreprennent alors à chaque automne une longue migration vers le sud, puis une seconde vers le nord, au printemps.

Les forêts peuvent être des puits de carbone et jouent donc un rôle important dans le cycle planétaire du carbone. Les arbres qu’elles contiennent fixent le dioxyde de carbone gazeux par le biais de la photosynthèse et stockent ainsi de grandes quantités de carbone dans leurs tissus et dans le sol. Les activités économiques en forêt boréale canadienne sont considérables. En 2009, la balance commerciale des exportations totales était de 14,4 milliards de dollars et la contribution au PIB était de 19,9 milliards de dollars (dollars constants de 2002)Ressources naturelles Canada. L'état des forêts au Canada, Rapport annuel 2010, 44 pp.. En 2004, environ 2,5 millions de Canadiens, répartis dans 522 collectivités, étaient tributaires de la forêt boréale, fournissant directs et indirects.

Les Canadiens et Canadiennes utilisent des produits dérivés des ressources boréales. Ces produits sont, entre autres dérivés du bois (dont papier, crayons, meubles et matériaux de construction), de produits miniers, minéraux et pétroliers, de médicaments provenant de plantes et de nombreux aliments. Cela est possible grâce aux personnes qui exploitent, récoltent, transportent, traitent et mettent en marché les ressources forestières et leurs produits. De ce contexte découle une fragile dépendance entre ces producteurs, les communautés utilisatrices et les ressources forestières.

Importance pour les Premières Nations On compte plus de 600 communautés des Premières Nations qui sont réparties dans la zone boréale. L’industrie leur offre plus de directs et indirectshttp://scf.rncan.gc.ca/pages/216 Service canadien des forêts: Collectivités autochtones et forestières. (Page consultée le 24 février 2013).. La forêt leur est essentielle pour subvenir à leurs besoins vitaux. Ainsi, du bois, des animaux sauvages, des herbes, des plantes médicinales, de la sève d’érable, des champignons, des baies, de la résine et des matériaux d’artisanat, sont récoltés dans la forêt par les habitants des collectivités boréales. Ces ressources permettent d’ailleurs de diversifier l’économie des régions concernées.

Les collectivités autochtones jouent un rôle de plus en plus actif dans le secteur forestier, comme en témoigne l’émergence de partenariats entre les Autochtones, le secteur privé et les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, par exemple la Chaire de recherche en foresterie Autochtone en Abitibi-Témiscaminguehttp://www.uqat.ca/services/service/fiche.asp?RefEntite=313&RefPav=RN Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Chaire de recherche du Canada en foresterie autochtone. (Page consultée le 24 février 2013)..

Le Nitassinan Innu

Pour les neuf communautés innues du Québec, leur territoire ancestral porte le nom «Nitassinan» qui comprend les zones marines, côtières et terrestres. Plus précisément, la forêt ou encore l'arrière-pays où se fait la chasse s'appelle le « Nutshimit ». Pour les communautés innues, la forêt, en plus d'être important pour leur mode de vie comme expliqué plus tôt, a aussi une dimension spirituelle et représente donc un prolongement du peuple. La communauté de Essipit, située dans les Escoumins en Haute-Côte-Nord, joue un rôle important dans la gouvernance de leur forêt locale et est même au cœur d'une collaboration avec la compagnie forestière sur place.

Jean-Michel Beaudoin et ses collaborateurs ont d'ailleurs identifié 11 objectifs propres à la communauté dans la gestion de l'exploitation forestière de leur territoire soit :

documenter les connaissances sur la forêt ; permettre le maintien des pratiques « Innu Aitun », donc les activités traditionnelles ; maintenir les excursions culturelles ; organiser des séances d'échange intergénérationnelles ; protéger les sites traditionnels et communautaires ; organiser des séances d'échange interculturelles ; sensibiliser au respect du territoire et aux autres utilisateurs ; offrir l'accès aux habitants d'Essipit à certains sites communautaires ; offrir des infrastructures de qualité en forêt aux habitants d'Essipit ; maintenir la qualité de l'accès au territoire ; augmenter l'utilisation des terres en mettant en œuvre les politiques et les programmes en place.

Il est important de noter que les communautés innues tentent de maintenir cette connexion à la Terre qui a été fragilisé lors de la période des pensionnats autochtones. En effet, le maintien de l'« Innu Aitun » passe par des excursions dans le « Nutshimit », le maintien de la chasse pour l'approvisionnement en viande des bois, les semaines culturelles faisant partie du calendrier scolaire, l'initiation à l'« Innu-Natukuna » soit les plantes médicinales innues et bien d'autres activités faisant intervenir de multiples générations.

Perturbations anthropiques et naturelles Parmi les perturbations anthropiques de la forêt boréale canadienne, on retrouve plusieurs activités économiques basées sur l'exploitation des ressources naturelles. Pour n'en nommer que quelques-unes, la foresterie, l'industrie minière, l'hydroélectricité ainsi que le développement pétrolier et gazier affectent l'écosystème.

Les principales perturbations naturelles affectant la forêt boréale sont les feux de forêt et les épidémies d'insectes, plus particulièrement la tordeuse des bourgeons de l'épinette (Choristoneura fumiferana). Bien que la forêt boréale et les espèces végétales qui la compose soient bien adaptées et même dépendent de cette perturbation par le feu, l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des incendies causée par les changements climatiques affectera la composition et la résilience de la forêt. De plus, il est pertinent de noter que les régimes de perturbations naturelles varie selon un gradient longitudinal.

Gestion durable de la forêt boréale canadienne

Le Canada abrite une partie importante du biome boréal mondial et, pour cette raison, il joue un rôle crucial dans les efforts déployés pour préserver l’intégrité de la forêt boréale. Historiquement, le Canada s’est toujours classé parmi les meilleurs pays gestionnaires de forêts, entre autres parce que ses forêts sont majoritairement de propriété publique (93 %) et que 80 % de la récolte ligneuse se fait sur ces terres publiqueshttp://www.sfmcanada.org/francais/topics-boreal-sustain.asp Aménagement forestier durable au Canada. L'aménagement forestier durable de la forêt boréale. (Page consultée le 24 février 2013).. Ainsi, en vertu de la Constitution canadienne, les gouvernements fédéral et provinciaux jouent des rôles distincts dans l’administration, l’aménagement et la protection des forêts publiques. De plus, grâce à divers mécanismes établis pour la participation du public, par exemple la Conférence régionale des élus (CRÉ), les Canadiens ont la possibilité de donner leur avis sur la façon dont leurs forêts devraient être aménagées.

Le gouvernement fédéral de même que les gouvernements provinciaux et territoriaux du Canada reconnaissent l’importance de préserver des terres pour les espèces sauvages et la conservation de la nature. Environ 8 % de la forêt boréale du Canada est juridiquement protégée contre l’exploitation des ressourceshttp://www.sfmcanada.org/francais/bp_protectedAreas.asp Aménagement forestier durable au Canada. Forêt boréale du Canada - Aires protégées. (Page consultée le 24 février 2013).. La certification est un outil considéré très important par les gouvernements canadiens pour la démonstration de la gestion durable des forêtshttp://www.sfmcanada.org/francais/sfm.asp?tID=5 Aménagement forestier durable au Canada. Le Canada: en faveur de la certification par des tiers. (Page consultée le 24 février 2013)..