vignette|30 décembre 1914, soldat français mangeant du Christmas Pudding. Notez la gamelle individuelle sur le sac. A l’ouverture du conflit, l’armée française doit nourrir plus de 3 millions de soldats. L’expérience du conflit précédent avait amené à revoir le système de ravitaillement des armées. Celui-ci est fondé sur un ravitaillement par l’« Arrière » des unités de l'« Avant ». Le prélèvement de ressources sur place par les unités devant rester l’exception.
Le système retenu attribue une ligne de communication à chaque armée, au long de laquelle dépôts et magasins permettent d’approvisionner les unités du front. Ces lignes sont basées sur des voies de chemins de fer et, éventuellement, sur des voies navigables.
Les aliments fournis au soldat suivent les principes d’une alimentation rationnelle, théorie hygiéniste adaptée au monde ouvrier et dérivant des techniques d’alimentation optimales du bétail. Dans la pratique, les trois repas quotidiens sont préparés à l’arrière des zones de combat puis apportés en première ligne.
Les principaux aliments consommés sont le pain, la viande et le vin. Les aliments en conserve deviennent d'un usage courant. Un vocabulaire spécifique ( « singe », « pinard », « goudronneuse », etc.) sera rapidement adopté par les soldats. Les troupes issues des territoires des colonies bénéficient de certains aménagements.
Situation à la mobilisation vignette|gauche|ORDRE DE MOBILISATION GENERALE La guerre de 1870 avait mis en évidence des insuffisances de l'armée française dans un certain nombre de domaines, dont le ravitaillement. Les services de l'Intendance sont totalement réorganisés entre 1876 et 1882. En 1914, le ravitaillement est supervisé par la Direction de l'Arrière, service directement rattaché au GQG. Près de hommes sont employés aux tâches de ravitaillement. Il s'agit en majorité de territoriaux et de vieux réservistes. Comptés au nombre des embusqués par les soldats du front, ils occupent des emplois de commis, d'ouvriers d'administration, mais aussi d'officiers d'intendance ou d'administration.
La mobilisation amène les armées françaises à équiper et nourrir, au , soldats. Tout au long du conflit, ce seront soldats et marins qui seront mobilisés. Si le système de ravitaillement a été progressivement mis en place après la défaite de 1870 et sera, globalement, efficace tout au long du conflit, il fonctionnera toujours au bord de la rupture.
Organisation des services de ravitaillement
Les denrées nécessaires sont achetées sur l'ensemble du territoire national, ou achetées à l'étranger, puis suivent un parcours pré-établi pour finir à disposition des troupiers. La branche des armées concernée par cette tâche est l'Intendance. La « Direction de l'Arrière » est informée des opérations militaires prévues et des besoins nécessaires. Elle organise la fourniture et l'acheminement du ravitaillement. vignette|Schéma de la chaîne d'approvisionnement en vivres et équipements durant la première guerre mondiale. Les denrées achetées ou réquisitionnées sont dirigées sur des Gares de Rassemblement (une par région de Corps d'Armée) ; de là, le ravitaillement est dirigé vers des « Stations Magasins » (« SM ») qui comprennent un ensemble de dépôts et de services qui vont de la tonnellerie à la boulangerie, en passant par les centres d'abattage pour les troupeaux qui y sont concentrés. Quand une voie fluviale ou un canal peut être utilisé en lieu et place de voies ferrées, on aura, sur le même modèle, un « port-magasin ».
Chaque armée dispose d'une ligne de communication, généralement matérialisée par des voies ferrées mais aussi par des voies navigables. Sur cette ligne, chaque armée dispose d'une « Gare Régulatrice » (GR). C'est sur cette gare que sont dirigés tous les approvisionnements, provenant des SM, des arsenaux. De la GR part, chaque jour, un train de ravitaillement (TRQ) à destination de gares de ravitaillement (GRAV) concernant les Corps d'Armée. C'est à cette gare que les unités sur le front vont venir chercher leurs approvisionnements. Dans le cas où la GRAV est trop éloignée du front, des lignes supplémentaires sont créées, lignes d'étapes. Ces lignes utilisent des voies de chemin de fer (normales ou type Decauville) ou des convois hippomobiles puis automobiles. C'est au bout de cette ligne d'étapes qu'est établi le dépôt, dit Tête d'étapes, où viendront s'approvisionner les unités du front. vignette|Convoi tiré par une Decauville. Notez les barriques de « pinard ».
En dehors de l'approvisionnement réglementaire, les troupes disposent d'autres circuits, plus ou moins officiels. Les premiers à intervenir sont des personnes privées qui viennent proposer aux troupiers des produits divers et variés et à des prix généralement élevés. Ils sont tous désignés par l'appellation péjorative de « Mercantis ». vignette|gauche|Camp du Courneau - Les baraques des « Mercantis ».
vignette|Dans la Somme, un camion-bazar (1916) C'est en réaction à la prolifération des mercantis que l'Armée instaure les camions-bazars dés . Des contrats sont conclus avec des professionnels présentant toutes garanties comme Potin, Damoy ou Olida. Ils équipent des véhicules chargés de produits divers devant être proposés à la vente aux poilus, à des prix relativement bas. En , on compte 90 camions chargés de ce service. Potin agira auprès des , et armées, Damoy les , et armées, Olida la armée et la région fortifiée de Dunkerque.
Seconde réaction à la prolifération des mercantis dans la zone des armées, les coopératives apparaissent au début de 1916. Les coopératives sont établies à l'initiative des chefs d'unité. Leurs activités sont, au départ, limitées pour ne pas faire de concurrence aux services de l'Intendance. En 1917, il est cependant admis qu'elles puissent s'approvisionner directement à l'intérieur, hors de la zone des armées. La coopérative d'armée se procure les denrées, la coopérative divisionnaire les met à portée des poilus et des ordinaires. Par exemple :
En , les coopératives sont intégrées au système de ravitaillement. Chaque armée crée et gère un « magasin central d'approvisionnement des ordinaires et des coopératives ». Ces magasins doivent gérer Ragueneau, pages 582-3, cité par Dupuich, page 34.. Ces coopératives font des bénéfices qui sont placés dans une caisse de prévoyance ou utilisés . Dupuich donne l'exemple de la coopérative de la Armée qui, en , réalise un chiffre d'affaires mensuel de 15-20 millions de francs.
Alimentation du poilu
La théorie Une « Alimentation rationnelle »
vignette|Calorimètre respiratoire de Wilbur O Atwater. En 1907, une « Commission de révision de l'alimentation des troupes » a été mise en place au Ministère de la Guerre. Elle doit étudier l'intérêt d'appliquer les principes dégagés par la médecine quant à l'alimentation rationnelle des humains, prônée, entre autres, par la Société Scientifique d'Hygiène Alimentaire et de l'alimentation rationnelle (SSHA)Anne Rassmussen, « L'alimentation rationnelle du soldat » : les sciences de la nutrition à l'épreuve de la guerre, in : « Manger et boire entre 1914 et 1919 », 2015, pages 57-58..
De ces travaux, suivant ceux initiés par Wilbur Olin Atwater et assimilant le fonctionnement du corps humain à celui d'un moteur, on dégage une dépense énergétique qui doit être compensée par un apport calorique adapté. A partir de tables analytiques des aliments, on en déduit la composition optimale de l'alimentation journalière, la ration.
Rations journalières Au début du conflit, le détail de la ration journalière du troupier est fixée par une annexe à l'Instruction du . Cette ration est fournie en nature. denrée quantité remplaçable par quantité pain (biscuité) 700 grammes pain de guerre 600 grammes viande (fraîche) 400 grammes viande (conserves) 300 grammes légumes secs 100 grammes riz 100 grammes sel 20 grammes sucre 21 grammes café 16 grammes lard 30 grammes potage 50 grammes gnôle 6,25 centilitres - - autre - - - Il existe en fait plusieurs types de rations. La liste donnée ci-dessus est celle de la ration « normale ». Mais le soldat français peut bénéficier d'une « ration avec supplément », d'une ration « forte » ou d'une ration « de réserve ». Pour les deux premières, seule change la quantité fournie, pas la liste des denrées fournies. Elles sont attribuées par le chef de corps, en fonction des missions confiées aux troupes sous ses ordres. La ration normale est celle des troupes en cantonnement. La ration forte est celle qui est due aux troupes en campagne ou en manœuvres.
Le lecteur notera qu'il n'est pas question de fourniture journalière de vin. Celui-ci peut rentrer dans le cadre de la ration liquide journalière.
La composition de la ration journalière du troupier évolue tout au long du conflit, principalement en fonction des difficultés d'approvisionnement rencontrées. À l'automne 1914 apparaît la ration de vin journalière, 25 centilitres, c'est-à-dire la contenance du gobelet faisant partie de l'équipement de chaque soldat. Le pain, fourni initialement en boules de 2 rations, 1400 grammes, passe en 1916 à 650 grammes par jour et par troupier, le complément étant versé en numéraire (74 centimes) à l'ordinaire. Les substitutions de denrées font l'objet de notification officielles. Pour donner quelques exemples, on peut remplacer les 400 grammes de viande par 300 grammes de tripes « à la mode de Caen », ou par la même quantité de harengs fumés ; 100 grammes de riz ou de légumes secs seront remplacés par 120 grammes de fromage à pâte molle, gruyère ou fromage de Hollande.
Repas Si l'on en juge par l'ouvrage « Livre de cuisine militaire aux manœuvres et en campagne »Page 5 de cet ouvrage élaboré par Prosper Montagné ; ce document est consultable sur Gallica., il est prévu trois repas par jour pour le soldat.
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Rôle des ordinaires upright|gauche|vignette|Soldat transportant des pains, illustration de Gaston Lavy conservée à La Contemporaine La nourriture est fournie au poilu par l’État via le service de l'Intendance. Au niveau de chaque unité, une structure est chargée de gérer les fournitures pour nourrir les soldats, « l'ordinaire ». Une instruction du détaille son fonctionnement. Cette structure est établie par le chef de corps et gérée par plusieurs officiers et sous-officiers. Elle gère la nourriture mais aussi des fournitures annexes comme l'éclairage des chambrées, le blanchissage, le matériel de cuisine. En théorie, l'ordinaire fonctionne au niveau de la compagnieManuel d'Instruction militaire, 1915, page 970. mais ils peuvent être, pour simplifier, regroupés à un niveau supérieur.
Les fournitures peuvent être fournies à titre gratuit ou à titre « remboursable ». Dans ce cas, l'ordinaire paie sur ses propres fonds les denrées reçues. C'est le cas, par exemple, d'une partie de la ration de vin journalière fournie à chaque soldat.
L'ordinaire dispose de plusieurs types de financement. En premier lieu, les primes accordées à chaque soldat. On trouve par exemple, une prime de pain, une prime de viande (exemples en 1914 : prime fixe de 26 centimes par jour pour toutes les dépenses d'alimentation autres que le pain et la viande, prime de viande, indemnité de pain, etc. L’infanterie en un volume. Manuel d'instruction militaire à l'usage des élèves-caporaux, sous-officiers, élèves officiers de réserve candidats aux écoles de St Maixent ou de St Cyr. Nouvelle édition refondue et mise à jour, 1915, M. Imhaus et R. Chapelot (Paris), 1136 pages, page 963. Consultable sur Gallica .). En deuxième lieu, une myriade d'autres rentrées d'argent peuvent le financer ; pour donner deux exemples, elles vont de la solde des soldats en prison à la vente de boîtes de conserves vides utilisées par l'unité.