La Réunion centrale (aussi appelée club Saint-Georges) désigne un club politique et patriotique belge crée à Bruxelles le par les insurgés « radicaux » qui trouvent la Commission de sûreté publique de la ville trop modérée dans ses actions au début de la révolution belge.

Initialement présidée par Édouard Ducpétiaux, lui-même secondé par Charles Rogier et Constantin Rodenbach, elle est également appelée « club des jacobins » en référence au club fondé lors de la Révolution française, ou « club saint Georges » eu égard au nom de la salle bruxelloise où elle se réunit lors de ses débuts.

Elle joue un rôle majeur dans la défense de Bruxelles lors de l'attaque de la ville par l'armée du prince Frédéric, ainsi que dans la fondation de la Commission administrative le , organe créateur du premier gouvernement provisoire de Belgique qui proclame l’indépendance de cette dernière du royaume uni des Pays-Bas le . Elle appuie ensuite la création d'une république démocratique pour le nouvel état, mais le Congrès national vote en faveur d'une monarchie constitutionnelle, ce qui provoque la dissolution du club en .

Histoire Contexte vignette|500px|centre|Les volontaires Liégeois sont parmi les « radicaux » qui forment la Réunion centrale. Ici, leur arrivée à Bruxelles le , peinte sur une toile de Charles Soubre de 1880.

Les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, qui ont lancé la révolution belge, ont entre autres pour conséquence la création de la garde bourgeoise de Bruxelles qui reprend le rôle de maintien de l'ordre public après l'évacuation de la capitale des différentes unités des forces armées du royaume uni des Pays-Bas qui y étaient stationnées. La menace d'intervention militaire de l'armée, dirigée par le deuxième fils du roi, le prince Frédéric, et qui campe à Vilvorde depuis le , fait affluer de nombreux volontaires venus de province pour défendre la capitale. Parmi eux se trouve Charles Rogier, un jeune avocat liégeois venu à la tête d'un corps franc arrivé en ville le et qui s'est déjà signalé comme l'un des meneurs du mouvement révolutionnaire dans la cité ardente.

La régence de la ville de Bruxelles, devenue impopulaire, est remplacée par une Commission de sûreté publique, créée le , bien que le bourgmestre Louis de Wellens reste en fonction. Dans l'une de ses premières proclamations, celle-ci demande aux volontaires étrangers de rentrer chez eux, ce qui provoque leur indignation. Elle déclare en effet : .

Parmi les meneurs des insurgés belges se trouvent des républicains, qui souhaitent renverser le roi Guillaume et établir une république dans les Pays-Bas méridionaux, faisant fi de la proposition de « séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas » devant être discutée lors de la session extraordinaire des États généraux, convoqués par le roi pour le à La Haye. Ces sympathisants républicains se réunissent pour la première fois le dans la salle Saint-Georges, rue des Alexiens, afin d'y discuter de leurs idées.

Le discours du roi À l'occasion de l'ouverture de la session extraordinaire des États généraux à La Haye le , le roi Guillaume prononce le discours inaugural très mal reçu dans les provinces du sud.

Le discours royal est connu à Bruxelles dans la soirée du et provoque de nouveaux troubles en ville. Il est lu le à l'hôtel de ville de Bruxelles devant la commission de sûreté publique et l'état-major de la garde bourgeoise de Bruxelles, accompagné de quatre délégués de ses huit sections. L'assemblée entend statuer quant à la réponse à donner au discours royal mais, rapidement, une division se forme entre les « radicaux » et les « modérés ». En effet, le premier projet d'adresse aux députés « belges » à La Haye, présenté par Félix de Merode, est jugé trop protocolaire: les membres souhaitant Journal Le Belge du . La discussion dure trois heures et ne trouve pas de consensus. Le fossé se creuse alors entre les deux groupes, dont certains historiens font le parallèle avec les Girondins et Montagnards de la Révolution française de 1789. Les « radicaux » exigent la séparation immédiate de la Belgique et des Pays-Bas ainsi que la création d'un gouvernement provisoire de Belgique. Ils souhaitent étendre le mouvement de révolte et lancent par exemple , lorsque les modérés déclarent vouloir rester dans la légalité, proposant qu'un comité de rédaction modifie le projet d’adresse au roi, jugé trop protocolaire. Ne parvenant pas à s'entendre, les « radicaux » quittent l'assemblée et se réunissent à l'Hôtel de la Paix, tenu par Charles Pletinckx. Là, ils décident d'envoyer leur propre adresse aux députés belges des États Généraux, les sommant de rentrer s’ils n’obtenaient pas la séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas. Ils envoient également une adresse à la commission de sûreté publique, l'intimant de prendre des mesures suivantes : organisation et armement complet de la garde bourgeoise et élargissement de ses cadres ; organisation de compagnies franches dans les campagnes ; choix d’un chef pour commander les forces nationales ; surveillance de la rentrée des deniers publics et leur destination à la cause nationale ; surveillance rigoureuse du service des postes et des autres administrations dont les agents pourraient se mettre en opposition avec la cause nationale ; rappel à Bruxelles des députés belges, du moment que le principe de la séparation ne serait pas consacré dans l’adresse ; appel sous les drapeaux nationaux des militaires belges ;

De son côté, la commission de sûreté publique réécrit une nouvelle adresse qu'elle fait transmettre aux députés belges à La Haye la nuit-même par messieurs Nicolaï et Vleminckx.

Fondation vignette|Charles Rogier, l'un des membres fondateurs de la Réunion centrale. Le , au lendemain des débats, les « radicaux » se réunissent d'abord à la salle des Beaux-Arts, rue de Bavière, puis dans un salle plus grande : la salle Saint-Georges, rue des Alexiens. Ils décident de la création d'un véritable club politique qu'ils nomment la Réunion centrale. Ils la dotent d'un un règlement et d'un comité central, avec pour objectif de : .

Ce jour-là, l'une des premières actions adoptée par la Réunion tient en trois points, à l'initiative de Joseph Donies : Envoyer une députation près de la Commission de sûreté publique, à l’effet de prendre des mesures tout de suite pour faire surveiller les opérations de la banque, afin qu’elle n’envoie plus de fonds hors de Bruxelles ; Faire verser à ladite commission l’argent qui se trouve entre les mains des receveurs d’ici et de ses environs ; Faire surveiller, avec attention, l’entrée et la sortie des individus de Bruxelles ;

Le , la Réunion centrale est officiellement mise sur pied par quarante membres fondateurs. On propose à Charles Rogier d'en prendre la présidence, mais celui-ci refuse, considérant qu'il était . Il suggère qu'Édouard Ducpétiaux soit nommé à ce poste et accepte l'une des deux places de vice-président, l'autre revenant à Constantin Rodenbach. La Réunion centrale adresse alors l'ultimatum suivant à la Commission de sûreté publique de Bruxelles :

Chronologie : première réunion des républicains dans la salle Saint-Georges, rue des Alexiens. : ouverture de la séance des États généraux du royaume des Pays-Bas à La Haye et lecture du discours du roi Guillaume. : séparation d'avec la Commission de sûreté publique à l'hôtel de ville de Bruxelles à la suite du désaccord quant à la réponse à apporter au discours royal et à la volonté de séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas. : décision de fondation de la Réunion centrale en tant que club politique lors d'une réunion à la salle Saint-Georges. Une résolution est adoptée qui charge la Commission de sûreté d'empêcher la fuite des capitaux et de poster des sentinelles aux portes de la ville, en prévision de l'attaque des troupes du prince Frédéric qui campent à Vilvorde depuis fin aout. : assemblée fondatrice et désignation d'Édouard Ducpétiaux en tant que président, de Charles Rogier et Constantin Rodenbach en tant que vice-présidents. : Deux patrouilles sont formées, essentiellement par des volontaires liégeois et partent en reconnaissance à Tervuren et à Vilvorde. Ils accrochent les troupes orangistes et volent des chevaux à la Maréchaussée royale. : la Commission de sûreté publique condamne fermement les actions de militaires de la veille dans une proclamation publique. Le peuple accueille celle-ci comme une trahison et, constatant l'inaction de la garde bourgeoise de Bruxelles, il la désarme. Ferdinand Duchène se rend à La Haye avec pour mission de faire revenir les députés belges des États généraux. Le premier corps franc de la Réunion centrale est créé. : la Commission de sûreté publique de Bruxelles est dissoute sous la pression populaire. Les membres de la Réunion centrale prennent possession de l'hôtel de ville de Bruxelles et invitent les communes avoisinantes à venir défendre la capitale en vue de l'attaque de l'armée. Elle tente également d'instaurer le premier gouvernement provisoire de Belgique. : un corps franc sous les ordres de Pierre Rodenbach se rend à Louvain, d'où il revient avec des renforts menés par Adolphe Roussel. : Attaque de l'armée et début des Journées de Septembre. Des corps francs sont organisés par la Réunion centrale dans Bruxelles et participent à la défense de la ville. Édouard Ducpétiaux va négocier avec le prince Frédéric à Vilvorde mais est arrêté. : La Réunion centrale installe le Gouvernement provisoire de Belgique et nomme Juan van Halen à la tête des volontaires belges. : fin des Quatre Jours de Bruxelles, lorsque l'armée évacue le parc de Bruxelles où les volontaires belges l'avait forcée à se retrancher. : déclaration d'indépendance de la Belgique : Édouard Ducpétiaux est libéré de prison à Anvers et démissionne de la Réunion centrale en raison de divergences d'opinion. : choix définitif d'une monarchie constitutionnelle pour la Belgique, ce qui fait perdre à la Réunion centrale sa raison d'être. Décembre : dernières réunions.

Membres vignette|Édouard Ducpétiaux, le président de la Réunion centrale. Comité central La Réunion centrale était composée d'un comité central de direction, présidé initialement par Édouard Ducpétiaux et dont les deux vice-présidents étaient le liégeois Charles Rogier et le brugeois Constantin Rodenbach. Lors de sa mise en place le , le trésorier était Louis Ranwet, juge d’instruction à Bruxelles et le secrétaire était Gustave Leclerc.

Récipiendaires de la Croix de fer

De nombreux membres de la Réunion centrale furent décorés de la Croix de fer, en hommage à leur participation à la révolution belge mais aussi pour leurs actions militaires menées dans les corps francs formés par le club. En voici la liste :

Autres membres

Philippe-Jacques Charlier Édouard Ducpétiaux Ernest Grégoire Constantin Rodenbach Charles Rogier Joseph-Ferdinand Toussaint

Lieux de réunion Le club tient ses premières réunions dans la salle des Beaux-arts de l'Hôtel de la Paix, situé rue de Bavière (aujourd'hui rue de Dinant) et tenu par Charles Pletinckx. Très vite, l'endroit devint trop petit et les réunions se tiennent alors dans la salle Saint-Georges, rue des Alexiens, puis finalement au théâtre royal du Parc.

Bibliographie

Voir aussi Commission de sûreté publique Société des douze Révolution belge Volontaires de la révolution belge de 1830

Notes et références

Catégorie:Révolution belge Catégorie:Nationalisme belge Catégorie:Républicanisme en Belgique Catégorie:Organisme fondé en 1830