Béatrice Marie Victoria Théodora du Royaume-Uni (en anglais : Beatrice Mary Victoria Feodore of the United Kingdom et en allemand : Beatrice Mary Victoria Feodore von Großbritannien und Irland), princesse du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande puis, par son mariage, princesse de Battenberg, est née le à Londres et est décédée le à Brantridge Park, à Balcombe. Membre de la famille royale britannique, elle est gouverneur de l'île de Wight de 1896 à sa mort.

L'enfance de la princesse Béatrice est marquée par la mort de son père, le prince consort Albert, le , et par la dépression consécutive de sa mère, la reine Victoria. À mesure que les sœurs aînées de Béatrice se marient et quittent la Cour, Victoria s'appuie davantage sur la compagnie de sa benjamine, qu'elle appelle « Baby » durant la plus grande partie de son enfance.

Pendant longtemps, Victoria s'oppose à toute idée de mariage de sa benjamine et refuse même la possibilité d'en discuter. Néanmoins, de nombreux prétendants sont envisagés pour la princesse, parmi lesquels le prince impérial français Louis-Napoléon (fils de Napoléon III), le grand-duc Louis IV de Hesse (veuf d'une sœur aînée de Béatrice) et Louis de Battenberg. De son côté, Béatrice semble avoir été attirée par le prince impérial et la rumeur publique évoque un éventuel mariage quand il est tué dans la guerre anglo-zouloue, en 1879.

Par la suite, Béatrice tombe amoureuse du prince Henri de Battenberg, frère cadet de Louis. Après un an de lente persuasion, Victoria accepte le mariage qui est finalement célébré à Whippingham, sur l'île de Wight, le . Cependant, la reine n'y consent qu'à la condition que Béatrice et Henri résident en permanence avec elle et que Béatrice poursuive ses fonctions de secrétaire non officielle.

Dix ans après leur mariage, le , le prince Henri meurt du paludisme, qu'il a contracté en combattant pour le Royaume-Uni dans l'actuel Ghana. Devenue veuve, Béatrice reste au côté de sa mère jusqu'au décès de celle-ci, le . En tant qu'exécuteur testamentaire désigné, la princesse consacre les trente années qui suivent à l'édition du journal intime de sa mère. Survivant à tous ses frères et sœurs et à plusieurs de ses enfants, nièces et neveux, elle continue longtemps à faire des apparitions publiques et décède à l'âge de 87 ans, le . Son arrière-petite-nièce, la future Élisabeth II est alors une jeune fille de 18 ans.

Famille

Béatrice est la benjamine de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901) et de son époux le prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861). Par sa mère, la princesse est donc la petite-fille du prince Édouard-Auguste de Kent (1767-1820), duc de Kent et de Strathearn, et de son épouse la princesse Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1786-1861) tandis que, par son père, elle descend du duc Ernest de Saxe-Cobourg-Gotha (1784-1844) et de sa femme la princesse Louise de Saxe-Gotha-Altenbourg (1800-1831).

Béatrice est par ailleurs la sœur de plusieurs monarques et consorts européens : l'impératrice-reine Victoria de Prusse et d'Allemagne (1840-1901), le roi Édouard VII du Royaume-Uni (1841-1910), la grande-duchesse Alice de Hesse-Darmstadt (1843-1878) et le duc Alfred de Saxe-Cobourg-Gotha (1844-1900).

Le , la jeune femme épouse, à Whippingham, sur l'île de Wight, le prince Henri de Battenberg (1858-1896), lui-même fils du prince Alexandre de Hesse-Darmstadt (1823-1898) et de son épouse morganatique Julia von Hauke (1825-1895). Du mariage de Béatrice et d'Henri naissent quatre enfants :

Alexandre Mountbatten (1886-1960), prince de Battenberg puis de Carisbrooke, qui épouse Lady Irene Denison (1890-1956) ; Victoire-Eugénie de Battenberg (1887-1969), princesse de Battenberg, qui épouse le roi Alphonse XIII d'Espagne (1886-1941) ; Léopold Mountbatten (1889-1922), prince de Battenberg puis Lord Mountbatten ; Maurice de Battenberg (1891-1914), prince de Battenberg.

Par sa fille Victoire-Eugénie, Béatrice est notamment l'aïeule du roi Juan Carlos d'Espagne (1938) et du prétendant légitimiste français Louis-Alphonse de Bourbon (1974).

Biographie Une enfance et une adolescence marquées par le deuil Une enfant choyée left|thumb|La princesse Béatrice en 1859.|253x253px Béatrice naît le , au palais de Buckingham. Elle est la cinquième fille et la benjamine des neuf enfants de la reine Victoria et de son mari, le prince consort Albert. Sa naissance suscite une controverse quand il est annoncé que Victoria désire échapper aux douleurs de l'accouchement grâce à l'utilisation de chloroforme, administré par le docteur John Snow. À l'époque, le chloroforme est considéré comme un produit dangereux pour la mère et l'enfant. Il est par ailleurs désapprouvé par l'Église d'Angleterre et les autorités médicales. Cependant, Victoria fait fi des critiques et utilise pour la naissance de Béatrice. Quinze jours plus tard, la reine écrit dans son journal : .

Albert et Victoria choisissent pour leur benjamine les prénoms de « Beatrice Mary Victoria Feodore » : Mary en l'honneur de la duchesse de Gloucester, doyenne de la famille royale et dernier enfant survivant du roi George III du Royaume-Uni (née en 1776, elle mourut peu après la naissance de la princesse) ; Victoria, en référence à la reine, sa mère ; et Feodore, prénom de sa tante maternelle, la princesse de Leiningen, demi-sœur de la reine. L'enfant est baptisée dans la chapelle privée du palais de Buckingham, le . Ses marraines et parrains sont sa grand-mère maternelle, la duchesse de Kent, sa sœur aînée la princesse royale et le fiancé de celle-ci, le Kronprinz Frédéric de Prusse. thumb|Les filles de la reine Victoria portant le deuil de leur père (1862). Béatrice, âgée de cinq ans, est la seule à ne pas baisser les yeux.|200x200px

Dès sa naissance, Béatrice est une enfant choyée. Quand elle voit le jour, la Princesse royale, fille préférée du prince Albert, est sur le point de s'installer en Allemagne avec son mari. Le prince consort reporte donc l'affection qu'il vouait à son aînée sur sa benjamine. Or, la petite princesse sait s'attirer les bonnes grâces de ses parents. Albert écrit ainsi à la reine Augusta de Prusse, la mère du Kronprinz, que . Malgré l'aversion qu'elle voue à la plupart de ses enfants, Victoria aime, elle aussi, Béatrice, qu'elle considère comme une enfant intéressante. Victoria dit un jour que Béatrice est . Ses longs cheveux dorés sont au centre des toiles commandées par Victoria, qui prend même plaisir à lui donner son bain, ce qui n'est pas le cas pour ses autres enfants. gauche|vignette|246x246px|La reine Victoria et la princesse Béatrice en 1862. En grandissant, Béatrice se révèle très vive d'esprit, ce qui la fait aimer encore plus par le prince consort, qui s'amuse de sa précocité. Ce dernier écrit ainsi au baron Stockmar que Béatrice est . Bien qu'elle suive le même programme d'éducation rigoureux conçu par Albert et le baron Stockmar, Béatrice connaît une enfance plus détendue que ses frères et sœurs grâce à sa relation privilégiée avec ses parents. Contrairement à tous ses frères et sœurs qui ont dû se plier au rude protocole de la Cour dès l'âge de quatre ans, Béatrice reçoit ainsi l'autorisation de ne pas se comporter avec ses parents comme un sujet envers ses souverains. Les manières amusantes de la princesse apportent même du réconfort à son père dont la santé se dégrade.

Compagne dévouée de sa mère thumb|La princesse Béatrice en 1868. En grandissant, elle a peu de compagnie puisque le prince Léopold, son frère le plus proche en âge, ne peut pas jouer avec elle en raison de son hémophilie.|364x364px En , la duchesse de Kent, mère de Victoria, décède à Frogmore House. La reine, rongée par un sentiment de culpabilité lié à ses relations difficiles avec sa mère, sombre alors dans la tristesse. Âgée d'à peine quatre ans, Béatrice essaie de consoler sa mère en lui rappelant que la duchesse de Kent désormais. Ce réconfort est significatif car Victoria s'est d'elle-même isolée de ses enfants, sauf de l'aînée de ses filles encore célibataires, la princesse Alice, et de Béatrice. Victoria s'appuie de nouveau sur Béatrice et Alice après la mort du prince Albert, emporté par la fièvre typhoïde, le suivant.

L'abattement de la reine après la mort de son mari surprend sa famille, la Cour, les hommes politiques et la population britannique en général. Comme lors du décès de la duchesse de Kent, la reine prend ses distances avec le reste de sa famille et surtout le prince de Galles, qu'elle accuse de la mort d'Albert. Seules Alice et Béatrice échappent à ce rejet. La nuit, Victoria enlève souvent Béatrice de son lit, la porte dans le sien et . Après 1871, année où la dernière des sœurs aînées de Béatrice se marieVicky s'est mariée en 1858 ; Alice en 1862 ; Helena en 1866 ; Louise en 1871., Victoria en vient à s'appuyer encore plus sur sa plus jeune fille qui a déclaré dès son plus jeune âge : .

Devenue secrétaire de sa mère, elle écrit en son nom et aide la souveraine dans sa correspondance politique. Ces tâches banales sont analogues à celles que réalisaient ses sœurs Alice, Helena et Louise. Cependant, la reine y ajoute bientôt des tâches plus personnelles. Au cours d'une grave maladie en 1871, la reine dicte ainsi son journal intime à sa benjamine. Puis, en 1876, elle lui permet de trier les partitions de musique qu'elle et Albert jouaient pendant leur mariage et qui n'ont plus été utilisées depuis la mort du prince consort, quinze ans plus tôt.

Dans ses lettres et ses journaux, Victoria montre de la reconnaissance pour la dévotion de Béatrice. Cependant, la dépendance de la souveraine vis-à-vis de sa benjamine se renforce avec le tempsAprès une tentative d'assassinat de la reine en 1882, Victoria écrit, à propos de sa benjamine : .. La reine subit un autre deuil important en 1883, quand son serviteur écossais, John Brown, meurt à Balmoral. Une fois encore, la reine sombre dans la dépression et cherche le réconfort de Béatrice. Contrairement à ses frères et sœurs, la jeune fille ne démontrait en effet aucune aversion pour Brown et on pouvait même souvent les voir ensemble. La princesse et le domestique travaillaient en effet de concert pour exécuter les volontés de la reine.

Portrait psychologique et regard des contemporains vignette|gauche|La princesse Béatrice en 1869 par James Sant (Royal Collection).|237x237px Béatrice est la plus timide de tous les enfants de la reine Victoria mais, comme elle accompagne la souveraine presque partout où elle se rend, elle devient aussi l'un des membres les plus connus de la famille royale. Malgré sa timidité, elle est considérée comme une bonne comédienne et une bonne danseuse. Passionnée par la photographie, elle excelle aussi en musique, une passion qu'elle partage avec sa mère et le prince consort. Elle est ainsi particulièrement douée pour le piano. Comme sa mère, c'est une fervente chrétienne et elle se passionne pour la théologie. Béatrice s'intéresse aussi aux questions sociales, telles que les conditions de vie dans les mines de charbon. Cependant, elle ne s'investit jamais vraiment dans la lutte contre la pauvreté, contrairement à son frère, le prince de Galles. Grâce à son tempérament calme et à sa chaleur personnelle, la princesse est un membre apprécié de la famille royale. Décrite par ses biographes comme loyale en amitié, elle a également le sens de l'humour et un sens aigu du devoir.

Les obligations que lui impose la reine Victoria sont pourtant difficiles. Bien qu'elle souffre de rhumatismes, une maladie qui l'oblige progressivement à arrêter le piano, Béatrice est, par exemple, obligée de supporter l'attrait de la reine pour les climats froids.