vignette|235x235px|Chasse au sanglier dans le Queensland (Australie, 1908).

La chasse au sanglier est pratiquée dans toute l'Eurasie depuis plusieurs millénaires que ce soit comme moyen de subsistance, comme entraînement martial par les seigneurs médiévaux qui mettaient à l’épreuve leur courage face à la bête noire, ou comme chasse sportive et de loisir pour l'époque moderne.

Mais depuis la fin du , l'image de l'animal a changé. Avec l'évolution des sociétés humaines et des écosystèmes, un grand nombre de pays ont vu les populations de sanglier explosées sur leurs territoires. L'animal est devenu une « nuisance », provoquant de nombreux dégâts sur les cultures, la biodiversité, l'élevage... Lâché, volontairement ou par accident, sur des continents où l'espèce était absente, il est devenu une espèce exotique envahissante sans aucun prédateur naturel. Bien que sa chasse reste un loisir, elle est aussi devenue une des méthodes de gestion employées pour maîtriser et limiter les dégâts. L'animal représente aussi un risque pour les populations humaines. Il est ainsi responsable de la mort de plusieurs personnes tous les ans.

Espèce et sous-espèces

gauche|vignette|Sanglier.|238x238px Le sanglier d'Eurasie (Sus scrofa) est présent en Europe, en Asie, ainsi qu'en Afrique du Nord. L'espèce a de nombreuses sous-espèces. Il a aussi été introduit sur d'autres continents (Amérique, Océanie).

En Europe de l'Ouest, les plus gros Sus scrofa scrofa atteignent 100 à . Exceptionnellement, des animaux plus lourds, pouvant atteindre et dépasser les , sont parfois tirés. En Europe de l'Est, mais aussi en Turquie, Syrie et Irak, le Sus scrofa attila peut atteindre 300 à .

Le sanglier est chassé à la fois pour sa viande et pour limiter les dégâts causés aux cultures et aux forêts.vignette|Laie et ses marcassins : Les animaux présents sur une route représentent un danger pour les véhicules.Au , l'animal est devenu une « nuisance ». Les friches dues à la déprise agricole et les zones péri-urbaines offrent de plus en plus de zones refuges pour l'espèce. Celle-ci est prolifique, la laie pouvant avoir trois portées en deux ans ; ainsi les populations de l’espèce continuent d'augmenter malgré les prélèvements réalisés d'année en année. En outre, le nombre de chasseurs à tendance à diminuer dans plusieurs pays, diminuant ainsi la pression de la chasse. L'animal n'hésite plus à entrer dans les villes, à retourner les jardins, à fouiller les poubelles, représentant un risque pour les citadins. Les animaux qui se sentent menacés, n'hésitent pas à attaquer habitants et chiens domestiques. Ce risque augmente quand certains des habitants nourrissent eux-mêmes les animaux, attirant encore plus les animaux en zone urbaine. Il arrive que ces attaques sur les humains finissent par la mort de la personne. Ainsi, une étude sur la période 2010 à 2019 a comptabilisé 172 morts dues aux sangliers, réparties dans 29 pays.

Sus scrofa est classée parmi les « 100 espèces exotiques envahissantes les plus invasives au monde » par l'IUCN.

Historique

Antiquité vignette|Sanglier de Calydon, céramique grecque, vers - 600 et -570 av.J.C.|205x205px Dans l'Antiquité, le sanglier est aussi bien chassé par l'aristocratie pour le loisir mais aussi par les simples citoyens comme moyen de subsistance.

Xénophon, historien et chef militaire, décrit une chasse au sanglier dans son livre De la Chasse (390 av. J.-C.). L'animal est chassé avec des chiens, des filets et les chasseurs sont armés de javelots et d'épieux. Un chien est lâché pour remonter la piste. Une fois l'animal localisé, les filets sont installés et tendus pour encercler l'animal. Une fois les filets prêts, les chasseurs lâchent les chiens à l'intérieur et s'approchent avec les épieux. Le but est de pousser le sanglier à fuir pour qu'il se prenne dans un des filets. S'il refuse et charge le chasseur, il est alors tué à l'épieu. Cette chasse est dangereuse. Ainsi Xénophon précise : « Il périt beaucoup de chiens dans cette sorte de chasse, et les chasseurs eux-mêmes courent des dangers. »

Bien que le sanglier était craint, c'était aussi un symbole de virilité et un trophée de chasse recherché. Plusieurs chasses au sanglier sont ainsi présente dans la mythologie gréco-romaine.

La laie de Crommyon, décrite comme une « tueuse d'hommes », est tuée par le héros Thésée en Corinthie. Artémis, déesse de la chasse, envoie le sanglier de Calydon pour punir Œnée, roi de Calydon. Le roi demande a un groupe de héros de chasser l'animal. Après avoir tué hommes et bêtes sur son passage, le sanglier est achevé par Méléagre. L'un des douze travaux d'Hercule est d'affronter le sanglier d'Érymanthe.

Dans le chant XIX de l'Odyssée d'Homère, la vieille nourrice d'Ulysse le reconnaît grâce à une cicatrice qu'il a obtenu lors d'une chasse au sanglier. Cette chasse est alors racontée.

Moyen Âge et Renaissance Au Moyen Âge, la chasse est réservée à l'aristocratie. Le grand gibier, comme le sanglier, est principalement chassé lors de chasse à courre.

Dans l'Europe médiévale, la chasse au sanglier est principalement pratiquée par les nobles pour perfectionner leurs compétences martiales. La tradition voulait que le noble mette pied à terre une fois le sanglier acculé et le tue à l'épieu. Ce type de chasse est décrite par Gaston Phœbus, seigneur de Béarn et Comte de Foix, dans son livre La Chasse. Les chasseurs portaient aussi des épées de chasse, des épées à lame courte qui permettaient de donner le coup de grâce. Cette chasse était populaire à la fin du Moyen-Âge car « on attribuait une valeur d'épreuve suprême d'adresse et de courage à l'entreprise de tuer un sanglier à pied ». La Renaissance voit une réduction drastique des forêts au profit de l'agriculture, diminuant ainsi certaines populations de sangliers. Les sangliers étaient de plus en plus chassés pour leurs dégâts aux cultures par les seigneurs, qui, au lieu d'utiliser armes blanches et armes de jet, disposent désormais d'armes à feu leur permettant de les tuer beaucoup plus rapidement et efficacement. La diminution du nombre de sangliers a entraîné la création de réserves de chasse.

Les troubles civils qui suivent la fin de la Révolution française mettent fin aux privilèges féodaux et la chasse est libéralisée, entraînant une diminution des populations de sangliers.

En Asie vignette|193x193px|Chasse au sanglier en Inde, vers 1675. En Inde, le sanglier était chassé par les raja et maharaja accompagné d'une meute de chiens et sa chasse est une thématique reprise dans l'art comme les peintures. La viande du sanglier était ainsi présente sur les tables royales contrairement à celle du porc domestique, animal considéré comme impur et dont la viande était réservée aux plus basses castes. Celle du sanglier pouvait aussi servir de sacrifice lors de rites religieux contrairement à celle du porc qui est interdite. gauche|vignette|213x213px|L'Empereur Yūryaku tuant un sanglier, 1896, Japon. Au Japon, le sanglier est un gibier très apprécié et sa viande est considérée comme très goûteuse. Son importance dans l'alimentation était telle qu'il fut exempté de l'interdiction de consommation de viande décrétée par l'empereur Tenmu en 675. Le Nihon shoki décrit la chasse d'un sanglier par l'empereur Yūryaku au . Selon la version, l'empereur se faisant chargé par l'animal, le tua d'un seul coup. Selon une autre, il ne fit que le blesser d'une flèche et dû se réfugier dans un arbre.

Techniques de chasse À l'époque contemporaine, avec l'évolution de la société humaine (rejet de la chasse), l'évolution de l'agriculture (déprise agricole), la réhabilitation des écosystèmes et le réchauffement climatique, le sanglier voit ses populations explosées dans de nombreux pays où il est chassé selon diverses techniques, traditionnelle ou non.

Battue

En Europe, le sanglier est chassé avant tout en battue avec des chiens courants et abattus au fusil ou à la carabine de chasse. Mais, le mode de traque-affût qui assure une meilleure sécurité, se développe depuis quelques années.

Vénerie

vignette|Honneurs rendus au gibier en fin de chasse.La chasse à courre du sanglier se pratique à cheval et sans fusil. Ce sont les chiens qui poursuivent l'animal jusqu'à l’« hallali » et le piqueur le tue avec une arme blanche. Ce type de chasse demande beaucoup d'endurance et le sanglier réussit à s'échapper trois fois sur quatre. En vénerie, les trompes de chasse sont utilisées non seulement pour signaler les différentes circonstances de la chasse en cours mais aussi pour annoncer le type d'animal levé ou rendre les honneurs à la fin de celle-ci. Les sonneries sont appelées « fanfares ». Le sanglier a sa propre fanfare. Piégeage Plusieurs techniques de piégeage existent.

Au Japon, la capture par collet est une technique traditionnelle qui permet de capturer un seul animal. Une cage piège est facile à déplacer et permet de capturer un animal vivant ou plusieurs petits, mais sa capacité reste limitée.

Pour neutraliser des groupes d'animaux plus importants, plusieurs autres pièges ont été développés :

l'enclos traditionnel : une fois les animaux entrés, il suffit de fermer la porte ; le piège à chute () : circulaire, le piège grillagé est suspendu au-dessus de la zone appâtée avant de tomber pour piéger les animaux ; le piège filet () : moins volumineux que les précédents, il fonctionne sur le même système que le piège à chute, mais le grillage est remplacé par un filet.

Chiens de chasse

Les races Diverses races de chiens ont été sélectionnées pour la chasse au grand gibier. La plupart sont des races de chiens courants classées dans le groupe 6 de la Fédération cynologique internationale (FCI). Le grand gibier peut parcourir de grande distance, à grande vitesse, des chiens endurants seront alors recherchés. Pour le sanglier, son choix dépendra de plusieurs facteurs : selon le milieu (ouvert ou fermé), zone de plaine ou de montagne, chasse en petite ou grande meute, mais aussi des préférences du chasseur lui-même. Ainsi chaque pays ou région auront « leur race spécialisée ».

En Europe de l'Ouest, parmi les chiens de grande ou moyenne taille se trouvent le Bruno du Jura, le Griffon Nivernais, le Billy, le Bleu de Gascogne, le Foxhound anglais, le Griffon Fauve de Bretagne, le Grand griffon Vendéen, le Poitevin ou le Porcelaine. Des chiens plus petits, comme les terriers, n'hésitent pas à s'attaquer à du gros gibier et arrivent parfaitement à suivre, ainsi le Basset Artésien-Normand, malgré sa taille, est un chien agile qui excelle aussi bien sur le petit gibier que sur chevreuil et sanglier. Parmi les autres races se trouvent le Beagle, le Fox-Terrier, le Jagdterrier ou le Teckel à poil dur. Certaines races plus petites sont également plus hargneuses et n'hésitent pas à s'attaquer de très près au sanglier, comme le Fox-Terrier qui peut alors être victime de blessures assez graves. centré|vignette|438x438px|Chien face à un sanglier. Le Chien d’ours de Carélie, spécialisé dans la chasse à l'ours et l'élan, est parfaitement apte à chasser le sanglier. Il est utilisé pour ce type de chasse dans certains pays d'Europe de l'Est comme la Pologne. Chien persévérant, il tient l'animal au ferme en sachant garder ses distances et sera moins prompt aux blessures que d'autres races plus hargneuses.

Aux États-Unis, le , un chien de travail originaire du Texas, est spécialisé dans la chasse aux cochons sauvages. Le chien léopard catahoula est un chien de chasse polyvalent originaire de Louisiane. Il est endurant et était spécialisé pour retrouver et rabattre le bétail échappé et les cochons sauvages. Parmi les terriers, le Jagdterrier et le sont utilisés en meute. Des chiens forts pour capturer et immobiliser les cochons sont aussi employés comme le Pit Bull, le Bouledogue américain et le Dogue argentin.

Le Japon possède six races autochtones de chiens et quatre d'entre-elles sont utilisées pour la chasse au gros gibier : Hokkaïdo, Kai, Kishu et Shikoku.