L’opération Confinement () est une opération policière de grande ampleur lancée le par le gouvernement de l'État de Rio de Janeiro, visant à freiner l'expansion de l'organisation criminelle Comando Vermelho. Environ des forces de sécurité y participent et exécutent des centaines de mandats destinés à l'arrestation de dirigeants criminels dans 26 communautés de la zone nord de Rio de Janeiro, principalement dans les complexes de Penha et d'Alemão.
De violents affrontements se déroulent tout au long de la journée. Les groupes criminels incendient des barricades et utilisent des explosifs largués par drones contre les unités des forces spéciales. L'opération permet la saisie de 93 fusils et entraîne la mort de 132 personnes. Le gouverneur de l’État, Cláudio Castro, affirme que les victimes appartiennent à des organisations criminelles et qualifie l'intervention de « réussite ».
Il s’agit de l'opération policière la plus meurtrière de l'histoire de l’État, dépassant la fusillade de Jacarezinho ainsi que les 111 morts survenues lors du massacre de Carandiru, pendant une rébellion dans la prison de São Paulo en 1992.
Contexte La police de l'État de Rio de Janeiro mène fréquemment des opérations de grande envergure contre les organisations criminelles, principalement dans les favelas, terme utilisé au Brésil pour désigner les bidonvilles. De telles interventions ont déjà eu lieu avant des événements majeurs accueillis par la ville, comme les Jeux olympiques d'été de 2016, le sommet du G20 en 2024 ou encore le sommet des BRICS en 2025. L'opération en question se déroule une semaine avant la tenue à Rio du sommet du C40 Cities Climate Leadership Group et de la remise du prix Earthshot.
Selon le centre de recherche InSight Crime, le Comando Vermelho constitue la plus ancienne organisation criminelle encore active dans le pays. Son nom signifie « Commandement rouge » en portugais et fait référence à une organisation de détenus d'orientation gauchiste formée durant la dictature militaire brésilienne de 1964 à 1985.
Opération L’opération, planifiée deux mois à l'avance, est lancée tôt le matin afin d'exécuter environ cent mandats d'arrêt, auxquels s'ajoutent près de 250 mandats supplémentaires émis au cours de l'intervention. Les équipes déployées sur place dès les premières heures font face à une forte riposte de la part des trafiquants de drogue, qui érigent rapidement des obstacles et des barricades, parfois enflammées, dans plusieurs zones des deux complexes. En réponse, les groupes criminels ont également recours à des drones et à des explosifs contre les forces de police.
Deux hélicoptères, douze engins de démolition appartenant à l'unité de soutien aux opérations spéciales de la police militaire de l'État de Rio de Janeiro, ainsi que trente-deux véhicules blindés de la force nationale de sécurité publique et plusieurs ambulances sont mobilisés. Par ailleurs, la police civile de l'État de Rio de Janeiro déploie l'ensemble de ses unités spécialisées.
Les autorités placent 113 personnes en détention"Mortos em megaoperação no RJ: veja a lista atualizada". G1 (in Brazilian Portuguese). 29 October 2025. Retrieved 29 October 2025. Des stupéfiants sont saisis ainsi que 93 fusils. Un nombre non précisé de personnes sont blessées. Le lendemain matin, les habitants découvrent au moins 63 corps — peut-être plus de 70 — dans une zone de broussailles près de la favela de Penha. La police ouvre une enquête sur ces décès, affirmant qu'ils ne sont pas liés directement à l'opération et qu'il s'agit probablement également de trafiquants de drogue. Le gouvernement de l'État annonce un bilan de 119 morts, tandis que la défense publique en recense 132. Ce total inclut quatre policiers, dont deux agents du BOPE et deux membres de la police civile.
Edgard Alves de Andrade, surnommé « Doca » et présenté comme le principal chef du Comando Vermelho dans la région, parvient à s'échapper au cours de l'opération. Selon Victor Santos, secrétaire à la Sécurité publique de l'État de Rio de Janeiro, le chef du groupe aurait utilisé des « soldats » du trafic pour créer une barrière de protection et faciliter sa fuite. Parmi les 123 personnes arrêtées figurent Thiago do Nascimento Mendes, l'un des dirigeants du Comando Vermelho dans la zone, et Nicolas Fernandes Soares, identifié comme l'opérateur financier de Doca.
Conséquences vignette|Policiers civils durant l'opération. En représailles, les groupes criminels bloquent plusieurs axes routiers, dont l’avenida Brasil ainsi que les lignes Jaune et Rouge, en utilisant 71 bus volés, ce qui contraint de nombreux habitants à rentrer à pied. Les services de santé, d'éducation et de transport sont perturbés. Les municipalités voisines de São Gonçalo et de Niterói sont également touchées par ces blocages. Les trains, le métro, le tramway et les traversées maritimes continuent de fonctionner, mais des files d’attente se forment aux points d'accès en raison du nombre élevé d'usagers cherchant à rentrer plus tôt.
La Police militaire signale également des tirs provenant de criminels retranchés à Morro do Dezoito, dans le quartier d'Água Santa, visant la ligne Amarela.
Le département de l'Éducation de la ville annonce la fermeture de 46 établissements scolaires dans les quartiers de Penha et d'Alemão, tandis que l'Université fédérale de Rio de Janeiro, annule ses cours du soir et recommande aux personnes présentes sur le campus de se mettre à l’abri.
Le lendemain de l'opération, des informations transmises à la ligne d'appel anonyme permettent l'arrestation de trois suspects, Luiz Carlos Mourão de Matos, Celso Luiz Gitahy Ferreira et Rodrigo dos Santos Lourenço, cachés dans le quartier de Campinho. Des armes, des munitions et des stupéfiants sont saisis dans la résidence où ils sont appréhendés.
Réactions Au Brésil Le gouverneur de l'État de Rio de Janeiro, Cláudio Castro, s'exprimant au sujet de l'opération Confinement lors d'une conférence de presse en présence du ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Ricardo Lewandowski, le 30 octobre 2025.|vignette|250px Cláudio Castro, gouverneur de l'État de Rio de Janeiro, déclare que la ville est « en guerre » et qualifie l'opération de plus vaste jamais menée contre le groupe Comando Vermelho. Il ajoute que le Brésil « reste ferme face au narcoterrorisme ».
Selon Eduardo Paes, maire de Rio de Janeiro, la ville « ne peut pas être prise en otage par des groupes criminels ».
La police civile de l'État déclare que les « attaques lâches » menées par les criminels contre ses agents ne resteront pas impunies.
Ricardo Lewandowski, ministre de la Justice et de la Sécurité publique, indique que le gouvernement fédéral n'a reçu aucune demande d'appui de la part des autorités de l'État avant le déroulement de l'opération. Après celle-ci, afin de contribuer au démantèlement de la structure de commandement du groupe, le gouvernement fédéral autorise le transfert d'au moins dix dirigeants du Comando Vermelho vers des prisons fédérales situées dans d'autres États.
Gleisi Hoffmann, secrétaire aux Affaires institutionnelles et membre de la Chambre des députés, se montre favorable à la nécessité d'actions coordonnées, tout en rappelant qu'une récente opération fédérale contre le blanchiment d'argent illustre l'engagement du gouvernement national dans la lutte contre le crime organisé.
Le rapporteur de la proposition d'amendement à la Constitution connue sous le nom de « PEC de la sécurité publique », le député Mendonça Filho (Démocrates, PE), annonce qu'il avancera la présentation de son rapport au mois de novembre de la même année.
Le , à l'issue d’une réunion avec des membres de son gouvernement, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva condamne le crime organisé. Il souligne la nécessité d'une action coordonnée visant le cœur des réseaux de trafic, sans exposer inutilement les policiers, les enfants et les familles. Il défend également la proposition d'amendement, présentée comme un moyen d'améliorer la sécurité publique.
Le président du Sénat fédéral, (Union Brésil, AP), publie une déclaration dans laquelle il annonce avoir ordonné l'installation d’une commission parlementaire d'enquête sur le crime organisé. Celle-ci doit commencer ses travaux le de la même année.
Le , des manifestations ont lieu devant le palais de Guanabara, siège du gouvernement de l'État. Deux jours après l'opération, des proches des victimes se rassemblent sur l’avenida Francisco Bicalho, devant l'Institut médico-légal où les corps sont déposés, dénonçant l'absence d'informations sur leurs familles. Le député Reimont (PT-RJ) tente d'engager une médiation afin de libérer la voie pacifiquement, mais avant qu'un accord ne soit conclu, la police militaire disperse la manifestation à l'aide de gaz poivre, afin de débloquer cette artère qui constitue l'un des principaux accès au centre-ville.
Le , une autre manifestation a lieu : des habitants, habillés de blanc, parcourent à moto les rues du quartier de Penha. Des militants et plusieurs figures politiques y prennent part, notamment la conseillère municipale Monica Benício, veuve de Marielle Franco, ainsi que les députés Glauber Braga et Tarcísio Motta, tous du PSOL. Ce même jour, dix-neuf autres mobilisations sont prévues dans différentes villes du pays.
Internationales Argentine : Le gouvernement classe le Comando Vermelho et le PCC (Primeiro Comando da Capital, « Premier commandement de la capitale ») parmi les « groupes terroristes » et déclenche un « état d'alerte maximal » à la frontière entre l'Argentine et le Brésil. Patricia Bullrich, ministre de la Sécurité nationale, déclare que tous les ressortissants brésiliens entrant dans le pays feront l'objet d’un contrôle approfondi. Colombie : Le président Gustavo Petro qualifie l'opération de « barbare » et l'associe à l'opération Orion de 2002, menée dans la à Medellín . Paraguay : Le gouvernement paraguayen renforce la surveillance policière le long de sa frontière avec le Brésil après avoir été informé d'un risque de fuite de trafiquants de drogue liés au Comando Vermelho. Nations unies : Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme se dit « horrifié » par le caractère meurtrier de l'opération policière et appelle à une réforme des forces de police au Brésil. États-Unis : Le Département d'État des États-Unis publie une alerte de sécurité à l'intention des voyageurs à la suite de l'importante opération policière menée contre le Comando Vermelho à Rio de Janeiro. 20px César Muñoz, directeur de Human Rights Watch au Brésil, qualifie l'événement d'« immense tragédie » et de « désastre ».
Notes et références
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