La prohibition en Norvège désigne la période de 1916 à 1927 où la vente et la consommation d'alcools ont été limitées. Elle débute par l'interdiction de la vente de liqueur pendant la période de Noël 1916 et se termine par le référendum contre la prohibition de 1926.

Même si elle est couramment désignée par l'expression prohibition, la prohibition norvégienne fut une prohibition partielle. Au plus fort de la prohibition, seules les boissons alcoolisées d'une teneur supérieure à 12 % furent interdites.

Contexte

La limitation de la production d'alcool en Norvège est une histoire ancienne. La production de liqueur était interdite du siècle à 1817 avec la libéralisation de la production de liqueur. Cette libéralisation ouvre un flot de production inégalée dans l'histoire de la Norvège, qui sera un facteur déclencheur dans les années 1840 de la création du mouvement de la tempérance norvégien.

Le tournant du siècle amène la conscience que l'industrialisation et l'exode rural ont amené une augmentation de l'abus d'alcool. Cette lutte devient l'un des éléments clés de la politique sociale ; au point qu'en 1910, le parlement met en place une commission pour combattre l'ivrognerie.

À la fin de la Première Guerre mondiale, le mouvement de la tempérance est le plus grand mouvement populaire, avec un Norvégien sur dix membre d'une organisation en faveur de l'abstinence totale. Dans le monde politique, c'est une cause qui unira de nombreuses organisation, du parti libéral Venstre au parti travailliste en passant par des syndicats et une partie du mouvement chrétien. Cela amènera les partisans de la prohibition à devenir majoritaires en 1915 au parlement norvégien, appelé Storting.

La Grande Guerre est cause de tension sur les denrées alimentaires. Cette tension force le parlement à réguler les prix des denrées alimentaires, dans un contexte de difficulté d'importations de nourriture. Cette préoccupation est le facteur déclencheur des prohibitions dans le pays. L'importation de liqueur est ainsi limitée par décret le .

Prohibition La prohibition commence avec les mesures temporaires de 1916 mises en place lors de Noël. Elle sera pérennisée par le référendum de 1919, puis terminée en 1926 par référendum. Sa mise en place fut contrainte par la pression sur l'exportation de poissons norvégiens par les pays exportateurs de vins tels que la France, le Portugal et l'Espagne.

Premières mesures temporaires (1916-1918) Pour éviter les excès des fêtes, la vente de liqueur est interdite par un vote unanime du Storting pendant la période de Noël. Puis début 1917, le parlement introduit une interdiction temporaire de l'importation, du transport et de la vente des liqueurs et des vins mutés d'une teneur supérieure à 12% d'alcool. De plus, le parlement introduira des interdictions temporaires pour la bière de catégorie 3 entre 1917 à 1920 et de catégorie 2 entre 1917 à 1919.

La diminution relative des délits face à l'alcool pendant les années 1917 et 1918 amène les partisans de la prohibition à considérer que cette première interdiction est un succès et à chercher à pérenniser la prohibition.

Référendum des 5 et 6 octobre 1919

Le référendum sur l'introduction sur l'introduction de la prohibition en Norvège a eu une participation de 66,5%. 61,6 % des votes exprimés sont en faveur de la prohibition.

Ce référendum conduira à la pérennisation de la prohibition existante par le Storting en 1921.

Pressions des pays importateurs de vins La prohibition mettant en péril les intérêts commerciaux des pays exportateurs de vins en Norvège - nommément la France, l'Espagne et le Portugal -, ils imposent des droits de douane exorbitants sur l'importation de poisson norvégien. La Norvège étant alors dépendante de son exportation de poissons, elle se voit obligée de négocier individuellement avec chaque pays.

La Norvège et la France arrivent à un accord le , où la Norvège concède une augmentation de la limite légale de teneur en alcool à 14% et l'importation de 400 000 litres de cognac annuellement. De même, elle arrive à un accord avec l'Espagne en , où elle concède un quota d'importation de 450 000 litres d'alcool, qui sera augmenté à 550 000 en . Elle ne parviendra pas à un accord avec le Portugal qui demandait une importation de 800 000 litres de vin en échange d'exportation de stockfish.

À la fin de la prohibition, l'État norvégien avait plus de 1,5 million de litres de cognac dans ses réserves.

Fin de la prohibition

vignette|Affiche de campagne en faveur du maintien de la prohibition, 1926. Le texte indique : « Quel bulletin utiliserez-vous le 18 octobre ? Contre la prohibition de l'alcool : signifie la ruine de la maison. Pour la prohibition : signifie le bonheur domestique. Nous choisissons le bulletin de vote : pour l'interdiction de l'alcool. » Lors de son discours d'ouverture du Storting en , le roi Haakon propose un référendum sur le maintien de la prohibition. Ce référendum organisé le conduira à la fin de la prohibition le .

Conséquences de la prohibition Même si la prohibition a pu avoir un impact sur les délits liés à l'alcool et les décès liés à la consommation d'alcool, son impact est mitigé et elle est même souvent qualifiée d'échec. Sa mise en place a été un vecteur du développement de réseaux de contrebande, de la corruption, de production illégale, d'utilisation de prescriptions d'alcool...

Prescription d'alcool sous la prohibition Le décret royal de 1904 de réglementation des pharmacies permit au médecin de prescrire les spiritueux comme un médicament. Ce qui amena à ce qu'avec la prohibition, les pharmacies commencent à se plaindre dès l'hiver 1917 que des personnes n'étant pas malades, se présentent avec des prescriptions pour de l'alcool. Malgré une circulaire du du ministère des Affaires Sociales limitant les quantités prescriptibles, les quantités d'alcool distribuées en raisons de prescriptions de médecins ou contrefaites ne firent qu'augmenter jusqu'à 1923. Pour répondre à cette prolifération, une commission d'experts proposa un modèle de rationnement, qui fut adopté sous la forme de la loi sur la prescription mise en application à partir du .

Développement de réseaux de contrebande et de production illégale La prohibition a créé un cadre favorisant un développement de réseaux de contrebande et de production illégale. De plus lors de la prohibition, l’État met en place un monopole national sur la vent d'alcool en 1922, comprenant alors 13 établissements dans tous le pays. La difficulté d'accès à l'alcool permit même après la fin de la prohibition à ces réseaux de prospérer.

Articles connexes Législation sur l'alcool Prohibition Référendum sur le maintien de la prohibition en Norvège Référendum sur l'introduction de la prohibition en Norvège

Références

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