L’antiféminisme à l’époque édouardienne désigne l’ensemble des discours, pratiques et mobilisations qui, en Grande-Bretagne entre 1901 et 1910, se sont opposés aux revendications de la première vague féministe, notamment le suffrage féminin, l’élargissement du rôle social des femmes et leur accès à l’éducation et au travail.

Contexte historique La période édouardienne correspond à une phase d’intense mobilisation pour les droits des femmes en Grande-Bretagne, marquant l’apogée de la première vague du féminisme. On remet en question l’organisation sociale fondée sur la séparation stricte des rôles féminins et masculins. Alors que le discours dominant définit la femme comme naturellement destinée au foyer, les féministes revendiquent la possibilité de redéfinir la féminité et d’accéder à la sphère publique. Elles réclament notamment le suffrage, symbole de la citoyenneté, ainsi que l’accès à l’éducation supérieure et à de nouvelles opportunités professionnelles, essentielles à l’autonomie économique. Ces avancées suscitent toutefois des réactions antiféministes qui défendent un ordre social hiérarchisé et mettent en garde contre les effets de l’égalité des sexes sur la stabilité du pays.

Discours et idéologies de l'antiféminisme

Perception du genre

La division des sphères La plupart des antiféministes de l’époque édouardienne appuyaient leurs convictions sur une distinction et une hiérarchie entre les sexes qu’ils considéraient comme fondées sur des lois naturelles ou biologiques. Cette conception binaire du genre attribuait des qualités d’origine naturelle aux femmes comme aux hommes, ce qui les confinaient dans un rôle social bien précis. Les antiféministes croyaient que la stabilité du corps sociale et de la nation dépendait du respect d’une séparation stricte entre la sphère publique et la sphère privée. Le domaine public, notamment la politique, était réservée aux hommes puisqu’ils étaient considérés comme naturellement rationnels. Les femmes, considérées plus émotionnelles et responsable de la reproduction et du foyer. Des auteures comme Mary Ward ou Eliza Lynn Linton promouvaient l’idéal de la femme « ladylike », gardienne du foyer et de la moralité.

Ce discours était étroitement lié aux préoccupations eugénistes de la période. La femme était avant tout envisagée comme mère potentielle et gardienne de la pureté raciale de l’Empire britannique. Les femmes de la haute société avaient donc un devoir moral de se reproduire pour que la responsabilité de la reproduction ne repose pas uniquement sur des femmes considérées comme inférieures par leur appartenance à la classe ouvrière.  

Le double standard sexuel En s’appuyant sur des arguments biologiques, juridiques et moraux, certains affirmaient que l’instinct sexuel masculin, supposé irrépressible, justifiait une indulgence sociale et légale à l’égard de l’infidélité ou de la débauche masculine, alors que la femme, par nature vertueuse et pudique, devait incarner la chasteté et la pureté. Cette conception était renforcée par des lois qui lui donnait une légitimation juridique, la Royal Commission on the Contagious Diseases Act de 1871. Les sexologues comme Havelock Ellis ont ensuite donné un fondement scientifique à cette hiérarchie morale en présentant la soumission féminine et la domination masculine comme biologiquement déterminées.

Le mouvement anti-suffrage L'un des piliers les plus marquants du mouvement antiféministe en Grande-Bretagne durant l'époque édouardienne est la lutte contre le droit de vote des femmes. Au cours de cette période, les partisans de l'antiféminisme faisaient valoir le suffrage féminin comme une mission dérisoire qui mènerait à une mécompréhension de la véritable vocation de la Femme. En effet, c'est en affirmant que le rôle civique de la Femme était d'enfanter et d'éduquer sa progéniture que l'on détournait ces dernières de participer au suffrage. En appuyant l'importance du devoir biologique et morale de la Femme envers les enfants, le suffrage féminin fut illustré comme une menace pour l'avenir de la nation britannique.

De plus, la militance anti-suffragiste fut largement issue d'une crainte de désorganisation sociétal. Les acteurs de ce mouvement étaient convaincus que, si le droit de vote était octroyé au femmes, l'unité familiale serait perturbé et que cela défavoriserait la puissance impériale britannique. Ces derniers craignaient même que la participation des femmes dans la sphère publique pourrait mener à de la négligence maternelle, ce qui pourrait compromettre la santé publique nationale.

Le mouvement anti-suffragiste édouardien visait ainsi à préserver l'image idéalisée de la femme au foyer qui s'écarte de la sphère publique. L'ascension de cette opinion auprès du peuple britannique a mené à la création d'un mouvement d'envergure en 1908, soit la Ligue Anti-suffrage.

La question du travail et de l'éducation Les antiféministes édouardiens avaient des positions plurielles et nuancées sur l’accès des femmes à l’éducation et leur droit de travailler. Bien souvent, il ne s’agissait pas nécessairement d’un rejet total de l'avancement des femmes, pourvu que cet avancement serve l'ordre social établi.

L'accès à une éducation supérieure L'éducation supérieure était soutenue non pas en vue de l'égalité des genres, mais comme un moyen d’aider les femmes dans leurs devoirs féminins. Mary Ward, figure éminente de l'anti-suffragisme, a affirmé qu'une éducation appropriée permettrait aux femmes de s'investir dans la vie de famille et l'action sociale au niveau local. Cependant, on redoutait que l’éducation à un niveau supérieur ne détourne les femmes de la maternité. Arabella Kenealy, par exemple, mettait en garde contre les dangers d'une surexploitation intellectuelle ou sportive des femmes, qui épuiserait leurs énergies vitales et nuirait à leur fonction de reproduction.

Le droit au travail On s’opposait principalement à l’engagement des femmes dans des carrières considérées « masculines » par peur de porter atteinte au rôle de la féminité. La femme transgressive, ou « Nouvelle Femme », qui s'engageait dans des carrières était dépeinte comme égoïste et matérialiste. Toutefois, ce discours comportait certaines contradictions, car plusieurs femmes antiféministes menaient elles-mêmes une vie intellectuelle et professionnelle active, tout en prônant le retrait des femmes de la sphère publique.  

Néanmoins, Les antiféministes acceptaient, voire encourageaient, certaines formes d’activité publique jugées compatibles avec la féminité. Les femmes pouvaient exercer une influence morale et sociale depuis la sphère domestique ou dans des activités restreintes comme la charité, les conseils scolaires, les gouvernements locaux, etc.

Méthodes et actions Pendant l’époque édouardienne, les anti-féministes de Grande-Bretagne ont développé une série de stratégies pour s’opposer au droit de vote féminin. Deux ans avant l’entrée au pouvoir du roi Édouard VII, ces derniers ont publié des appels et des pétitions, comme l’Appeal Against Female Suffrage diffusé en 1889, afin d’exprimer clairement leur opposition. Bien que l’appel publié en 1889 n’ai pas été créé durant l’ère édouardienne, ce document fut un moteur de justification important pour la lutte antiféministe. Le mouvement devint plus organisé par la fondation de structures comme la Women’s National Anti-Suffrage League en 1908, qui comportait des antennes locales permettant de mobiliser des femmes issues de divers milieux. Pour influencer l’opinion publique, le mouvement antiféministe a utilisé la presse et les publications spécialisées, prononcé des discours et organisé des campagnes de propagande.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Première vague féministe

Antiféminisme Suffragette Époque édouardienne

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