Pour les Québécoises : égalité et indépendance est un rapport produit par le Conseil du statut de la femme et publié en . Ce document, élaboré à la suite de larges consultations de différents organismes et associations féministes, s’apparente à un pendant québécois du rapport de la Commission Bird paru huit ans plus tôt. Avec ses plus de 300 recommandations, le rapport avait pour but d’établir une nouvelle politique générale en matière de condition féminine pour le gouvernement du Québec.
Contexte de publication La publication du rapport s’inscrit dans un climat d’agitation sociale et politique en matière de droits des femmes. Les années 1960 et 1970 marquent l’avènement de la deuxième vague féministe. Cette période voit une multiplication des revendications et l’émergence de préoccupations auparavant reléguées au domaine privé. Le slogan « le privé est politique » illustre bien cette nouvelle ère féministe, dans laquelle divers sujets (tels que la libération sexuelle et les droits reproductifs, les violences faites aux femmes et l’accès au marché du travail) sont désormais abordés dans la sphère publique.
La période vit aussi une diversification des formes de mobilisations, notamment par une institutionnalisation du féminisme. De nouvelles organisations émergèrent, comme la Fédération des femmes du Québec (FFQ), ou encore le Front de libération des femmes du Québec (FLF), fondé en 1969 et ancré dans l’idéologie nationaliste du FLQ. La décennie 1970 voit aussi la multiplication des organisations gouvernementales chargées de promouvoir le droit des femmes. En , le Rapport de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada (communément appelé Commission Bird) fut déposé, comprenant 167 recommandations pour améliorer les conditions des femmes dans les sphères familiale et publique. Sous l'influence des conclusions de ce rapport, le gouvernement du Québec mit sur pied le Conseil du statut de la Femme (CSF) en 1973. De plus, les élections générales de 1976 virent l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, qui fit élire quatre femmes à l’Assemblée nationale.
En 1977, sous l'initiative de la ministre Lise Payette, le Conseil des ministres demanda formellement au CSF de constituer une nouvelle politique générale en matière de condition féminine. Son processus d'élaboration prit la forme de larges consultations des diverses organisations féministes québécoises pour considérer leurs différentes revendications. L'annonce de la préparation de ce rapport entraina même la création de nouvelles associations féministes, motivées par cette oreille attentive de la part du CSF. Le rapport qui en résulta, considéré comme l'équivalent québécois des travaux de la Commission Bird, parut finalement en sous le nom Pour les Québécoises : égalité et indépendance.
Objectifs et contenu du rapport Le mandat officiel du rapport, décidé par le Conseil des ministres, était « d’effectuer une étude en profondeur sur une politique d’ensemble de la condition féminine soit, à court et à long terme, planifier et coordonner l’action des ministères impliqués dans les changements à effectuer, en identifiant les changements et en analysant les instruments dont les ministères disposent ou devraient disposer ». Plus précisément, les recommandations contenues dans le rapport ont pour principal but d’assurer l’autonomie économique des femmes. Ainsi s’y trouvent des mesures favorisant l’accès à l’emploi, l’établissement d’une équité salariale, ou l’instauration de la pension alimentaire après divorce. Aux enjeux économiques s’ajoutent aussi ceux sociaux, tels que l’accès au divorce, la division des rôles et l’accès à des postes de pouvoir.
Le document est divisé en cinq chapitres
La socialisation Les différences biologiques La famille Le marché du travail Le loisir, la création artistique, le pouvoir
Chaque chapitre est divisé en sous-catégories, formant dans leur ensemble une politique de plus de 300 recommandations qui visent à améliorer les conditions économiques et sociales des femmes.
Réceptions et impacts
Réactions des sphères féministes À sa parution, le rapport reçut des avis partagés de la part des différentes actrices des milieux féministes. Les démarches de consultations permirent de sonder la grande majorité des organisations de femmes de la province, mais elles furent aussi marquées par l’absence de plusieurs groupes militants. La rédaction de ce rapport était vue par certaines comme une tentative de ralentir l’adoption de nouvelles législations, alors que la Commission Bird avait déjà émis plusieurs recommandations similaires.
Le contenu du rapport fut aussi sujet à débats. Pour certaines, la synthèse que le CSF avait fait des enjeux et revendications des féministes québécoises était généralement réussi. D’autres, au contraire, critiquaient le manque d’écoute du gouvernement, et l’omission de plusieurs dossiers chauds qui étaient prônés luttes féministes depuis plusieurs années. Parmi ces réfractaires, le Réseau d’action et d’information pour les femmes (RAIF) fit paraître en 1979 Le livre rouge de la condition féminine, critique complète et détaillée de tout le contenu de Pour les Québécoises : égalité et indépendance.
Impacts sur les politiques publiques Le rapport se devait de fournir une politique générale en matière de condition féminine au gouvernement du Québec. Dans les années qui suivirent sa publication, plusieurs de ses recommandations ont été adoptées. Ainsi, après seulement cinq ans, le droit familial fut revu pour offrir l’égalité entre conjoints et l’octroi d’allocations familiales, des mesures furent adoptées pour sensibiliser les jeunes aux stéréotypes de genre à l’école, et des cliniques de planification des naissances furent implantées, notamment.
Cependant, une part importante des recommandations furent laissées sans suite, ou eurent des succès mitigés. Dès le début des années 1980, les enjeux féministes perdent du terrain dans les politiques publiques. Le manque de volonté du PQ d’appliquer les mesures qu’il endossait déçoit, et entraine une certaine prise de conscience : tant que les femmes n’auront pas investi l’Assemblée nationale, la défense de leurs droits n’y sera pas la priorité. En 2023, pour ses 50 ans, le CSF a produit un nouveau bilan sur la condition féminine, et celui-ci présente un regard critique sur les réalisations des objectifs contenus dans Pour les Québécoises : égalité et indépendance.
Conséquences sur les mouvements antiféministes Pour les Québécoises : égalité et indépendance a été publié à la fin d’une période particulièrement florissante pour les courants féministes québécois, comme en témoigne leur essor important, et la prise en main de certains dossiers par l’État. Les critiques antiféminismes, elles, se sont relativement peu fait entendre durant les années 1970. Ainsi, le rapport ne semble pas avoir suscité de grogne dans ces mouvements lors de sa publication. Cependant, la fin de la décennie se trouve aussi être le début d’une période de « germination » de mouvements antiféministes appelés masculinismes. Ceux-ci revendiquent une crise de la masculinité issue des nombreuses législations acquises grâce aux luttes de la deuxième vague féministe, en particulier quant au droit de la famille . Ainsi, bien qu’il n’ait pas suscité de conséquences directes, le rapport s’ancre dans un contexte de croissance de ces antiféminismes.
Références
Voir aussi
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