Bayt Dajan (), ou Dajūn, est un village arabe palestinien situé à au sud-est de Jaffa. On l’identifie au site de la ville biblique de Beth Dagon, mentionné dans le Livre de Josué mais aussi dans des textes assyriens et égyptiens. Au , il était principalement habité par des Samaritains.

Au milieu du , Bayt Dajan fait partie d’un waqf établi par Roxelane, l’épouse de Soliman le Magnifique. Au , les femmes du village étaient renommées pour leurs broderies.

Sous le mandat britannique (1918-1948), le village avait deux écoles, une bibliothèque et une école d’agriculture. Comme des centaines d’autres villages palestiniens, le village subit un nettoyage ethnique par les Israéliens en 1948, le 25 avril, au cours de la première guerre israélo-arabeIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , 184.. La ville israélienne de Beit Dagan est créée sur le même site en octobre 1948Gelber, 2006, 394..

Un autre Beit Dajan existe en Cisjordanie, près de Naplouse, qui n’a pas été détruit par Israël.

Étymologie

Beit Dagon signifie la maison de DagonPalmer, 1881, 213.. Le nom arabe du village est transcrit de différentes manières : Beit Dajan, Bayt Dajan, Bait Dajan, Dajūn, Beit Dejan, Bēt Dajan. Le nom est d’origine cananéenne ; il apparaît en babylonien, dans une inscription de l’Empire néo-assyrien de 701 av. J.-C. sous une forme Bīt(É)-da-gan-na et sous la forme [Bητ]οδεγανα sur la carte de Madaba ().

Géographie vignette|Carte de Beit Dajan au1 (1929).

Beit Dajan était situé dans la plaine côtière, à d’altitude et à à l’est de Jaffa, chef-lieu du sous-district de Jaffa dont Beit Dajan relevait« Bayt Dajan — بيت دَجَن », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 4 novembre 2025.. Construit sur une colline sablonneuse, il se trouvait à l’intersection de la route côtière (Jaffa-Gaza) et de la route vers Ramla et Jérusalem, qui passait au sud du village, la ligne Jaffa-Jérusalem des chemins de fer de Palestine passant au nord.

La superficie totale du village était de (soit carrésGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 52.), dont dounams () appartenaient à des Arabes, 1975 dounams () étaient propriété juive et 3091 dounams () étaient des terres publiques. En-dehors des 3547 dounams de terres incultes (), 7990 dounams () étaient consacrées aux plantations d’agrumes et de bananiers, 676 dounams aux céréales () et 3195 dounams () étaient classés comme terres irrigables ou vergersGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 95.. Des puits artésiens sont forés pour irriguer les plantations de fruits d’exportation.

Histoire

Âge du Fer

Le village est mentionné dans des textes assyrien (sous Sennachérib) et égyptien comme "Bīt Dagana" et bet dgn, respectivement. Le nom arabe du village préserve donc cet ancien nom.

Empire byzantin Saint Jérôme de Stridon décrit le village au comme très grand, l’appelant "Kafar Dagon" ou "Caphardagon", le situant entre Diospolis (l’actuelle Lod) et Yamnia (Yibna)Smith, 1854, 396.. Bayt Dajan est aussi représenté sur la carte de Madaba, au , sous le nom de [Bet]o DaganaSharon, 1999, 89-90..

Débuts de la période arabo-musulmane

vignette|Puits de Beit Dajan. Le site proche de Khirbet Dajūn, un tell situé au sud-ouest de Bayt Dajan préserve le mot Dagon plus que Dagan. Dans la littérature arabe, il y a de nombreuses références à Dajūn, que ce soit pour désigner le site du tell ou Beit DajanWheatley, 2000, 486..

Le calife omeyyade Hicham construit un palais à Bayt Dajan, orné de colonnes de marbre blancKhalidi, 1992, 236–237..

La Continuation de la chronique samaritaine par mentionne Yosef ben Adhasi, Samaritain connu de Dajūn. Quand le gouverneur ordonna à tous les dhimmis d’afficher une figure de bois sur la porte de leurs foyers, il persuada les autorités d’autoriser les Samaritains à utiliser une menorah. Dans les années 880, un Samaritain nommé Ibn Adhasi, de la même famille de Dajūn, est soumis à un chantage par le gouverneur local, Abdullah Ibn al-Fatah, qui cherche à le punir. Ibn Adhasi fuit dans les montagnes, trouvant refuge dans les grottes..

Le géographe al-Muqaddasi mentionne au une route de la région de Ramla appelée darb dajūn, reliant cette ville à Dajūn, qui possède une mosquée du vendredi. Il précise que la plupart des habitants de la ville sont Samaritains. Une des huit portes de la ville de Ramla est aussi nommée DajūnLevy, 1995, 492.Al-Muqaddasi, édition de 1886, 33Conder, 1876, 196..

Au , Bayt Dajan sert de quartier-général à l’armée fatimide en PalestineGil, Broido, 1997, 727..

Période des Croisades et Ayyoubides

Pendant les croisades, un petit château fort est construit à Beit Dajan : appelé Casal Maen (ou Casal Moein), il marque le point extrême des terres croisées. Détruit par Saladin, Richard Cœur-de-Lion le fait reconstruire à Beit Dajan, en 1191. Il est à nouveau détruit par les armées de Saladin après la signature du traité de Jaffa le 2 septembre 1192Stubbs, Hassall, 1902, 364.Ambroise , 2003, 125..

En 1226, sous le règne des Ayyoubides, Yaqout al-Rumi signale Beit Dajan et le savant renommé qui en est originaire, Ahmad al-Dajani, aussi appelé Abou Bakr Muhammad.

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

En 1553, la sultane Hasseki Hurrem (Roxelane) établit un waqf (fondation pieuse) qui perçoit 18 carats 1/3 des revenus du village de Bayt Dajan (soit environ 76 %), waqf établi à JérusalemSinger, 2002, 50.. Ce waqf est connu sous le nom d’imaret de la sultane Haseki (Roxelane) et consistait en un lieu d’hébergement et une soupe populaire. Administrativement, le village relevait de la nahié (sous-district) de Ramla et du sandjak de Gaza..

Dans le defter (registre fiscal) de 1596, Bayt Dajan relève toujours des mêmes circonscriptions administratives. Le defter''' recense 115 foyers, tous musulmans, soit environ . Les villageois payaient un impôt sur leurs productions agricoles, dont le blé, l’orge, les fruits, le sésame, les chèvres, les ruches et les vignes, pour un total de . À cette époque, tous les revenus de cet impôt allaient au waqfHütteroth, Abdulfattah, 1977, 155. Cité par ..

En 1051 de l’Hégire/1641-2 Ère occidentale, la tribu bédouine des établie dans les environs de Jaffa attaque les villages de Subṭāra, Bayt Dajan, al-Sāfiriya, Jindās, Lydda et Yazour qui tous finançaient l’Imaret de la Sultane Haseki (ou Roxelane) Waqf Haseki Sultan.

Une inscription arabe sur marbre de 1762 a été trouvée à Beit Dajan. Conservée dans la collection privée de Moshe Dayan, elle a été comprise par Moshe Sharon comme une dédicace d’un maqam (sanctuaire) soufi à Ibrahim al-Matbuli, un saint égyptien enseveli à Isdud.

Le village apparaît sur la carte de Pierre Jacotin dessinée en 1799 pendant l’expédition d'Égypte, bien qu’il le nomme Al-QubabKarmon, 1960, p. 171

En 1838, Edward Robinson signale qu’il peut voir de nombreux villages du sommet de la , dont Beit DejanRobinson and Smith, 1841, vol. 3, 30 It was described as a Muslim village in the Lydda DistrictRobinson and Smith, 1841, vol. 3, 2 appendix, 121.. Une pierre tombale taillée dans du calcaire et ornée d’une inscription poétique en arabe, datant de 1842, a été retrouvée à Beit Dajan. Elle se trouve aussi dans la collection de Dayan.

Albert Socin cite une liste de villages ottomane d’environ 1870 qui recense une population masculine de à Beit Dajan, dans , les femmes n’étant pas recensées dans ce documentSocin, 1879, 145.. Selon Hartmann, c’est seulement que l’on trouve à Bet DedschanHartmann, 1883, 138..

À la fin du , Beit Dajan est décrit comme un village de taille moyenne, entouré d’oliveraiesConder, Kitchener, 1882, SWP II, 251. Cité par Khalidi, 1992, 237.. Philip Baldensperger note en 1895 que .

En 1903, un trésor monétaire a été découvert à Khirbet Dajun par des villageois dans un site qu’ils utilisaient comme carrière. D’après ses observations, R. A. Macalister conclut que le site a été occupé de manière continue depuis l’époque des Amorrites, au milieu du Macalister, 1903, 357.

Période du mandat britannique vignette|Carte de la région de Beit Dajan au 1 (1945). vignette|Le fort Tegart aujourd’hui.

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'Hiribya est conquise en octobre 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Bait-Dajan a une population de , tous musulmansBarron, 1923, Table VII, Sub-district of Jaffa, 20.. Au recensement de 1931, le village a , dont 2626 musulmans, 27 chrétiens et 11 juifs, dans Mills, 1932, 13..

Le colonisateur britannique construit un fort Tegart à Beit Dajan, au carrefour de la route Jaffa-Jérusalem. Il est toujours utilisé comme poste de police par les Israéliens.

Au , le village a deux écoles primaires, une pour les garçons, créée en 1920 et dotée d’une bibliothèque de 600 volumes ainsi que de 15 dounams pour l’enseignement de l’agricultureKhalidi, 1992, 237.. En 1940, l’école de garçons avait et l’école de filles, 102 filles.

Une fabrique de cigarettes était implantée à Beit Dajan, construite en bordure de la route Jaffa-Jérusalem. En 1934, quand crée la société des travailleurs arabes à Jérusalem (concurrente de la Société des travailleurs arabes de Palestine), elle est également présente à Beit DajanMatthews, 2006, 228..

Le 27 septembre 1944, lors de la révolte juive en Palestine mandataire, le groupe d'extrême-droite juif Irgoun attaque le fort de police de type Tegart, sans réussir à y pénétrer malgré une fusillade nourrieBell, Bowyer J. : Terror out of Zion (1976), .

Dans les statistiques de Village de 1945, la population de Beit Dajan est estimée à , dont 3710 musulmans et 130 chrétiensGovernment of Palestine, Department of Statistics, 1945, 27..

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

vignette|Quartier-général du Palmach à Beit Dajan (1947), après une attaque. Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Beit Dajan est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Les bureaux du fonds national juif situés au sud de la route Jaffa-Jérusalem accueillent une unité du Palmach, qui attaque le village régulièrement à partir de janvier 1948, détruisant une maison à une occasion. Le 19 février, un convoi britannique fait halte au village pour arrêter un homme portant une arme, vu par hasard en passant. Les habitants ouvrent le feu sur les Britanniques, qui répliquent et font deux morts et trois blessés, contre un mort chez les Britanniques. À l’aube du 26 février, une attaque sioniste massive a lieu, accompagnés de tirs de mortier, de mitrailleuses et de grenades. Trois habitants sont tués et quatre blessés.