L'Étude pour « Le Blé noir » est une huile sur toile de 1888, réalisée par le peintre Émile Bernard. Cette étude préparatoire pour l’œuvre Le Blé noir, exécutée par le peintre la même année, a intégré les collections du musée de Pont-Aven (Bretagne, France) grâce au don des Amis du musée de Pont-Aven en 1999.
Description de l’œuvre Ce tableau, de format réduit et vertical, représente un champ de sarrasin. Au premier plan, deux femmes portent des costumes bretons et récoltent des gerbes de sarrasin, une plante très répandue en Bretagne. Les figures sont traitées de façon simplifiée grâce à l’utilisation d’aplats de couleurs. La profondeur est peu marquée et la prédominance de l'orange ainsi que du rouge vif efface toute perspective. Les paysannes se détachent de l’arrière-plan grâce à un épais contour noir, qui souligne leurs silhouettes, ainsi que par le blanc de leurs chemises et de leurs coiffes. L’une est de face, le corps penché vers l’avant, tandis que la deuxième est de dos et se tient droite. L’arrière-plan n’est pas régi par un horizon distinct. Néanmoins, deux arbres de couleurs sombres sont plongés dans le rouge du champ de sarrasin et ferment le paysage. L’ensemble du tableau est traité par une touche brute, le tracé du pinceau accentuant les contrastes et la délimitation des formes..
Histoire de l’œuvre
Genèse de l’œuvre Émile Bernard peint cette étude durant l’été de l’année 1888, au cours de l’un de ses voyages en Bretagne. Durant ses séjours, il réside dans la ville de Pont-Aven. La saison estivale est propice pour réaliser des croquis en extérieur et s’inspirer des couleurs de la nature évoluant au fil des mois.. Pour les peintres, la Bretagne représente une région pittoresque, empreinte de traditions, où la nature reste sauvage et intouchée.
Le format de l’œuvre Lors de ses séjours à Pont-Aven, il peint des études préparatoires, et les envoie par train à ses parents vivant à Paris, comme le confirme l’une de leurs correspondances. La réalisation de petits formats facilite alors le transport. De retour à Paris, à l’automne, il retrouve ses études et s'attèle ainsi à ses œuvres définitives.
Pour le format vertical de cette œuvre, il s’inspire des vitraux et de l’art japonais. En effet, Émile Bernard, Paul Gauguin ou encore Vincent Van Gogh collectionnaient les estampes japonaises. Par conséquent, les artistes recherchaient des formats et des approches qui s'écartent de la peinture de chevalet traditionnelle..
Analyse
La rupture avec les impressionnistes Dans les années 1886-1887, Émile Bernard abandonne le courant artistique du pointillisme. Ce changement résulte de l'arrivée des premières estampes japonaises en France. L’artiste les découvre lors de l’exposition présentée par Vincent Van Gogh à Paris en 1886, une découverte qui nourrit directement son évolution stylistique. Dès 1887, il adopte ainsi la technique du cloisonnisme, délaissant la profondeur ainsi que la perspective. Ce mouvement découle d’une réflexion commune avec Louis Anquetin, s’inspirant des émaux.. gauche|vignette|Paul Gauguin, Vision après le sermon ou Lutte de Jacob avec l'ange, 1888, huile sur toile, , Galerie nationale d'Écosse, Édimbourg.|326x326px À l’été 1888, Émile Bernard retourne à Pont-Aven après un séjour à Saint-Briac. Y retrouvant Paul Gauguin, il lui présente son travail et les principes cloisonnistes. Ce dernier est séduit par ces « teintes plates et ces couleurs vives cernées d’un trait sombre ». Confrontant leurs idées, les deux peintres se tournent vers une volonté de simplification : Paul Gauguin la conceptualise à travers Vision après le Sermon, ou La lutte de Jacob avec l’ange. De son côté, Émile Bernard peint une huile sur toile s’intitulant Bretonnes dans la prairie, ou Le Pardon, conservée au musée d’Orsay. Illustrant une scène religieuse, l'œuvre témoigne de l’ambition synthétiste de l’artiste et de son intérêt pour la vie rurale bretonne. Il utilise des aplats de couleurs vives, dominés par le vert cette fois-ci. Une simplification volontaire des formes est visible, ainsi que des contours épais. L’œuvre est parfois considérée comme un pendant du Blé noir même si leurs thèmes diffèrent.vignette|Émile Bernard, Bretonnes dans la prairie ou Le pardon, 1888, huile sur toile, , musée d'Orsay, Paris.|369x369px Ainsi cette Étude pour « Le Blé noir » répond au principe du synthétisme, pensé par les deux artistes réunis à Pont-Aven. À travers leurs tableaux, Émile Bernard et Paul Gauguin cherchent à rejeter les détails. Chaque forme est scindée d'un contour noir plus ou moins épais. Par la suite, ils utilisent de plus en plus l'aplat de couleurs, avec des couleurs brutes.
Les mouvements du cloisonnisme et du synthétisme jouent un rôle central dans la recherche de nouvelles manières de peindre. Les artistes de Pont-Aven cherchent à se distinguer du style des impressionnistes, qui peignent ce qu’ils ressentent en contemplant un paysage, dans une recherche de l’instant présent. Au contraire, le synthétisme se caractérise par la réalisation de croquis sur le vif puis par le travail de l'œuvre finale en atelier, en se basant sur des souvenirs visuels.. Par ailleurs, les peintres de l’école de Pont-Aven cherchent à aller au-delà de l’apparence du réel. Ils utilisent des fonds de couleur unie et simplifient les formes en effaçant les détails. Cette méthode leur permet de s’éloigner de la peinture de paysage traditionnelle..
Un thème récurrent : la moisson gauche|vignette|Émile Bernard, La Moisson ou Paysage Breton, 1888, huile sur panneau, , musée d'Orsay, Paris. Les artistes de l’École de Pont-Aven puisent leurs inspirations en Bretagne, notamment dans ses paysages ruraux. En effet, le thème de la moisson est fréquent chez les peintres synthétistes.
Émile Bernard réalise La Moisson, aussi appelée Paysage breton, une huile sur toile peinte en 1888. L'œuvre était destinée à être accrochée dans la salle à manger de la pension Gloanec, comme l’indique l’inscription au dos de celle-ci. L’artiste reprend le même format et le même thème que dans lÉtude pour « Le Blé noir ». On y retrouve la présence d’un champ, cette fois constitué de blé. Sur ce fond lisse et monochrome jaune se dessinent les figures dont les contours sont appuyés. Au premier plan, deux femmes vues de face récoltent les gerbes, elles sont vêtues de longues robes sombres ainsi que de tabliers clairs et d’une coiffe blanche. Comme pour l’étude, la paysanne se situant à gauche a le dos incliné, tandis que la deuxième se tient droite. Au second plan, deux hommes ramassent le blé, leurs dos sont courbés et ils sont vêtus de bleu foncé et de blanc. L'arrière-plan est occupé par une rangée d’arbres verts qui ferme l’horizon. vignette|321x321px|Paul Sérusier, La moisson du blé noir, 1899, huile sur toile, , Art Institute of Chicago, États-Unis. La composition de cette œuvre rappelle lÉtude pour « Le Blé noir », notamment par l’absence de profondeur, malgré la présence de quelques ombres, ainsi que la touche ferme, uniforme et verticale des coups de pinceau. La simplification des formes ainsi que la disposition excentrée des figures témoignent de l’utilisation du synthétisme, qui est ici poussée très loin dans la mesure où Emile Bernard commence à affirmer son style.
Paul Sérusier s’intéresse également à ce thème en 1899 à travers son œuvre La Moisson du blé noir, conservée à l'Art Institute of Chicago, aux États-Unis. Cette scène de genre représente, tout comme l’Étude pour le Blé noir, la récolte du sarrasin à la fin de l’été, comme le suggère la teinte rouge du champs. Certains points communs avec l’étude d’Émile Bernard se manifestent. Au deuxième plan, une femme est également de dos, penchée pour récolter le blé noir. De plus, les deux peintres utilisent le mouvement du synthétisme pour simplifier les formes et atténuent l’effet de perspective dans leurs œuvres. Néanmoins, Paul Sérusier détaille davantage les différents éléments du paysage..
Expositions L’œuvre a notamment été présentée à deux reprises lors d’expositions temporaires :
Les 25 ans du musée, un quart de siècle d’acquisitions, au musée de Pont-Aven – 9 octobre 2010 au 3 janvier 2011. Ceux de la terre. La figure du paysan dans l’art, de Courbet à Van Gogh, au musée Courbet (Ornans) – 27 Juin au 16 octobre 2022.
L’œuvre finale : Le Blé noir vignette|411x411px|Émile Bernard, Le Blé Noir, 1888, collection privée. L’étude préparatoire sert à Émile Bernard pour réaliser le tableau Le Blé noir en 1888. Il appartient à une collection privée. Ce tableau partage des traits communs avec l'Étude de Pont-Aven, mais comporte quelques modifications et davantage d’éléments. Les formes sont toujours réduites à l’essentiel, ne laissant apparaître que la thématique de la récolte, ainsi que certains visages, peu détaillés. Le changement majeur se situe dans le nombre de personnages. En effet, ils sont maintenant dix à prendre part à l’activité de la moisson, cinq femmes et cinq hommes. Le travail chromatique est adouci mais le rouge, l’orange et l’ocre restent les couleurs prédominantes.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Ouvrages Généraux
Sources Institutionnelles
Dossier d'œuvre de l'Étude pour «Le Blé noir» du musée de Pont-Aven.
Catalogues d'expositions . .
Guide de collections . . .
Articles connexes Émile Bernard Les Nabis Pont-Aven École de Pont-Aven
Liens externes
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