Jeanne Faës dite Marcelle Mignon et connue plus tard sous le sobriquet de Demi-Siphon ou Demi-Syphon, née le à Paris et morte le à Paris , est une danseuse de cancan du Moulin-Rouge.

Elle est passée à la postérité pour être morte, selon une légende tenace diffusée dans la presse dès le lendemain de sa disparition, après avoir fait le grand écart sur scène, alors qu'elle est décédée des suites d'une infection gynécologique à l'hôpital Beaujon.

Elle est la sœur de Jehanne d'Alcy, future épouse de Georges Méliès.

Biographie Jeunesse et famille Jeanne Faës naît en 1868 à l'hôpital parisien Lariboisière, de Joseph Marius Faës, comptable, et Suzannie Marie Christine Frizon, son épouse, couturière, domiciliés 43, boulevard de BellevilleActe de naissance , , Paris , Archives de Paris (vue 29/31).

Elle est la sœur cadette de Charlotte Faës, future actrice sous le nom de Jehanne d'Alcy et épouse de Georges Méliès.

Carrière Élève de Nini Patte-en-l'air, Jeanne Faës se produit sous le nom de scène de Marcelle Mignon, un pseudonyme qu'elle garde jusqu'à la fin de sa vie.

Sa sœur Jehanne d'Alcy se produit à la même époque dans des numéros d'escamotage au théâtre Robert-Houdin, que codirige Georges Méliès dont elle deviendra plus tard l'égérie de ses films puis l'épouse.

Le sobriquet « Mademoiselle Demi-Siphon » apparaît dans la presse en où Jeanne Faës est décrite en termes élogieux comme « l'étoile » du Moulin-Rouge, le nouveau cabaret ouvert en par Charles Zidler. L’établissement a tôt fait d'éclipser les autres bals montmartrois car le public ne vient pas au Moulin pour danser, mais pour y voir danser les « gambilleuses » du quadrille dit « naturel », ou chahut, le french cancan. Dès le jour de l'inauguration, Lautrec y a sa table réservée et connaît toutes les danseuses qui sont affublées chacune de surnoms explicites : Nana la Sauterelle, Demi-Siphon, Grille d'Égout, Georgette la Vadrouille, Rayon-d'Or, Nini Patte-en-l'air, la Goulue et son partenaire attitré, Valentin le Désossé. La Goulue est connue pour sa grossièreté et Demi-Siphon, Grille d'Égout et la Mélinite sont souvent les victimes de ses écarts de langage.

Le terme « demi-siphon » est un mot d'argot désignant un avorton, un être chétif. Il est donné à l'époque, par exemple, à de nouvelles apprenties couturières auxquelles ont trouve un sobriquet, le plus vexant possible, pour mettre en lumière leur défaut principal : . Il désigne de manière désobligeante les personnes de petite taille, comme Napoléon dont on dit que Le terme, aussi orthographié « demi-syphon », est utilisé comme insulte envers une femme de petite taille. Jeanne Faës, qui mesure environ , est ainsi affublée de ce sobriquet qui lui aurait été donné par un « rapin » (peintre) de Montmartre.

Un quatrain satirique dans le journal Gil Blas la décrit en ces termes insultants :

Dans Paris dansant, le journaliste Georges Montorgueil en donne en 1898 cette description désobligeante et misogyne : , mais dans L'Amateur de femmes, Léo Larguier la cite sous le sobriquet orthographié « Demi-Syphon » comme faisant partie des modèles de Toulouse-Lautrec :

En 1890, elle passe quelques mois en Amérique avec un négociant argentin millionnaire qui lui procure un train de vie somptueux, mais refuse de porter des pantalons comme il l'exige d'elle et se sépare de lui. À son retour en France, elle est à nouveau engagée au Moulin-Rouge. Elle est saluée dans la presse sous le pseudonyme de « Marcelle Mignon » dite « la môme Demi-Syphon », devant débuter prochainement sur la scène du Moulin-Rouge. Elle y côtoiera, pour danser le chahut, la Môme Fromage, Nini Patte-en-l'air, Rayon d'or, Cha-U-Kao ou La Goulue. Jeanne Faës est embauchée pour un duo de quadrille avec une danseuse surnommée « la Tour Eiffel » pour sa grande taille et effectue ce numéro jusqu'à la mort de cette dernière vers 1892. Jeanne Faës,

Elle se produit dans d'autres lieux de la capitale comme des brasseries sur les boulevards où ses numéros sont appréciés : À cette époque, elle enchaîne également des tournées dans des concerts de province, où elle chante et danse, comme en à Troyes où elle est présentée comme . Elle se produit ensuite au Casino de Paris et sa carrière est raillée par le journaliste Delsol :

Jeanne Faës pratique aussi le cyclisme, activité pour laquelle elle est saluée sous son pseudonyme de « Marcelle Mignon » comme une .

Mort et postérité Le , alors domiciliée près du Moulin-Rouge au 4, rue Puget, Jeanne Faës est admise pour fièvre à l'hôpital Beaujon. À son arrivée, elle déclare être artiste lyrique et non danseuse, une profession jugée honteuse. Après sept jours d'hospitalisation, elle meurt à l'hôpitalActe de décès , , Paris , Archives de Paris des suites d'une salpingite, affection alors souvent d'origine vénérienne. Elle est inhumée quatre jours plus tard au cimetière parisien de Saint-OuenRegistre journalier d'inhumation, , cimetière parisien de Saint-Ouen, Archives de Paris. Elle n'avait que 25 ans.

Dès le lendemain de sa mort, le quotidien Le Matin relaye la nouvelle suivante : alors en tournée à Reims, Jeanne Faës se serait mal réceptionnée en faisant le grand écart, figure classique du cancan. Elle aurait été ramenée blessée chez elle, puis transportée à l'hôpital Beaujon où elle aurait succombé de ses blessures. Cette version est reprise par d'autres journaux. Les journalistes insistent sur le danger du cancan et certains, comme Le Figaro, se penchent sur les conditions de travail des danseuses.

Le , Caribert, pour le journal Paris, interroge des collègues artistes de Jeanne Faës, comme Nini Patte-en-l'air, son ancienne professeure de danse. Celle-ci, attristée par la mort de son ancienne élève, doute qu'on puisse mourir du grand écart et explique en détail au journaliste la technique de ce mouvement exigeant surtout de la souplesse. Mais Caribert, dans son article, passe outre ces explications, traite la figure de grand écart de qui ne mérite pas des applaudissements mais plutôt des sifflets et accrédite l'hypothèse d’un et d'un malgré l'absence de preuves et les indications factuelles de la danseuse montrant qu'il est impossible de se tuer en faisant le grand écart. Il condamne l'exercice, qu'il réprouve aussi moralement, et met en garde les danseuses contre un accident fatal :

Dans son article, il décrit également Jeanne Faës dans des termes très dépréciatifs (pas jolie, l'air avec son lorgnon chaussant son nez pointu d'une pédante de pensionnat pauvre, médiocrement mise, sans goût, aussi peu parisienne que possible, lamentable petit bout de femme, disgraciée de la nature, dépourvue des nécessaires grâces de la femme...) et indique qu'on la et qu'elle

Comme l'avait déclaré Nini Patte-en-l'air au journal Paris, la danseuse Rayon d'or confirme également au Journal, à propos du grand écart, qu' et qu'on peut tout au plus se déboîter le genou.

L'idée de la mort accidentelle de Demi-Siphon lors d'un grand écart forgée par la presse française est une nouvelle si spectaculaire, et porteuse d'une morale si édifiante, qu'elle est reprise par la presse étrangère, à Hong Kong mais aussi à New York, où le journal mentionne tout de même l'avis de Nini Patte-en-l'air sur l'aspect invraisemblable d'un tel accident.

Malgré les démentis de ses consœurs, Jeanne Faës passe à la postérité sous son sobriquet de Demi-Siphon pour être morte des suites d'un grand écart mal exécuté. Cette légende est toujours largement reprise, sans recul, par différents médias au Benoît Duteurtre, Dictionnaire amoureux de la Belle Époque et des Années folles, Plon, 2022. Françoise Dorin, dans son roman de 1990 Nini Patte-en l'air l'accrédite également. Mais le est situé en 1886, alors que Jeanne Faës n'est morte qu'en 1893.

Hommages Dans Gal's Gossip publié en 1899, Arthur M. Binstead consacre un passage à « Mademoiselle Demi-Syphon » dont il décrit la danse et les acrobaties au Moulin-Rouge.

En 1903, l'opérette Les Saltimbanques reprend sur scène des numéros de danse de Demi-Siphon et de la môme Fromage.

Son nom est évoqué par Octave Uzanne en 1910 dans Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions et par Léon-Paul Fargue en 1932 dans Le Piéton de Paris.

Notes et références

Notes

Références

Sources .

, « Découverte des archives (1889-1915) de l'Olympia et du Moulin-Rouge », Travaux et Recherches, ,

Liens externes

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