Les dérives sectaires dans l’Église catholique en France sont des phénomènes sectaires et d'emprise décrits principalement, à divers degrés, dans les communautés nouvelles post-conciliaires, pour plusieurs issues du renouveau charismatique.
Après une phase de déni dans l’Église catholique en France, ces dérives et ces abus ont fait l'objet d'une lente prise de conscience de la part de l'institution ecclésiale qui, aux yeux de plusieurs lanceurs d'alerte les ayant de longue date dénoncés, n'est pas encore achevée.
Du déni à la reconnaissance des phénomènes sectaires
Le Renouveau charismatique interpellé (1976) La première critique des tendances sectaires, dans certains mouvements de l’Église catholique en France, vient en 1976 d'Henri Caffarel, prêtre fondateur des Équipes Notre-Dame, dans son livre Le renouveau charismatique interpellé., coécrit avec le dominicain Jean-René Bouchet (1936-1987). Le premier auteur est un sympathisant du renouveau charismatique à ses débuts, qu'il a lui-même contribué à diffuser, avant de s'en détacher. En , il reçoit d'un groupe d'évêques la mission de rendre un avis sur la communauté charismatique de l'Emmanuel, la première du genre en France, fondée trois ans auparavant. Son évaluation est très défavorable Henri Caffarel, document de visite, 2 décembre 1975, . Cité par .. Il développe les éléments de son rapport un an plus tard dans ce livre.
Dans les deux premières parties de l'ouvrage, les auteurs se livrent à une critique doctrinale et pastorale. Ils jugent négativement la conformité à la foi catholique des pratiques du renouveau charismatique - « baptême dans l'Esprit »Samuel Dolbeau le définit ainsi : . et expression des « charismes »Définis ainsi par Samuel Dolbeau : . - empruntés au pentecôtisme. Dans une troisième partie, ils visent les abus d'autorité, à travers une interview de William Storey (1923-2014), qui les avait observés dans le renouveau charismatique américain, dont il a été l'un des initiateurs en 1967, avant de s'en détourner rapidement. Storey exprime ainsi son constat et ses inquiétudes dans une interview traduite dans le livre : , cité partiellement par ..
Le dossier qu'a constitué Storey en 1975, à l'intention des évêques américains, rencontre l'opposition du cardinal Léon-Joseph Suenens, archevêque de Malines-Bruxelles, accompagnateur et soutien du renouveau charismatique en France, qui s'exprime ainsi : Cité par ..
Les Naufragés de l'Esprit (1996) La dénonciation des dérives sectaires dans le renouveau charismatique, délaissée depuis la sortie du livre d'Henri Caffarel, ressurgit en 1990. Les éditions Golias publient en novembre un article très critique intitulé « Charismatiques : l'arnaque aux miracles ». Ce même éditeur fait paraître en 1994 Renouveau charismatique : les catholiques du New Age ?. écrit par Jean-Paul Sauzet, philosophe et psychanalyste, ancien membre de la communauté de la Théophanie, finalement dissoute en 1996.
Son nouvel ouvrage, Les Naufragés de l'Esprit., est publié en 1996 aux éditions du Seuil. Le livre revendique sa filiation avec le livre d'Henri Caffarel. Il est coécrit avec Thierry Baffoy, sociologue et anthropologue, ancien sympathisant de la communauté du Chemin Neuf, et Antoine Delestre, ancien membre de la Famille de Nazareth, groupe religieux sectaire charismatique fondé en 1962 par un prêtre belge, Marcel Cornelis, par la suite réduit à l'état laïc.. Tiré à , le livre fait grand bruit dans les milieux catholiques en raison de son sous-titre polémique, Des sectes dans l’Église catholique, et de sa mise en cause de communautés largement implantées dans les diocèses, comme la communauté des Béatitudes et le Chemin Neuf, qui introduit un référé auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris, demandant le placement d'un encart sur chaque livre, afin qu'apparaissent sa reconnaissance associative et canonique et une mention où elle affirme . Le tribunal se déclare incompétent, cependant les responsables du Chemin Neuf poursuivent leur action contre le livre en dénonçant par voie de communiqué des calomnies, avec le soutien de Jean Balland, archevêque de Lyon.
Les auteurs du livre sont les premiers à pointer l'existence de « sectes » dans l’Église catholique. Une stratégie de défense se met alors en place au niveau de l'institution. Dans un communiqué paru le jour même de la sortie du livre, la Conférence des évêques de France, tout en estimant que la , qualifie le livre de et conteste vivement son point de vue : . En complément de la recension dans Le Monde du vaticaniste Henri Tincq., qui parle de et de contre les communautés charismatiques, Jean Vernette, prêtre délégué de l’épiscopat pour les nouveaux mouvements religieux, déplore que le livre .
Dans un long article paru le dans L'Osservatore Romano, traduit en français dans La Documentation catholique, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, qui avait suivi de près l'émergence et le développement des communautés nouvelles, conteste que puissent exister des sectes dans l’Église catholique : .
Création de l'AVREF (1998) Mobilisation de l'opinion sur les dérives sectaires En 1998 se constitue l'Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles (AVREF) fondée par des parents de membres de la communauté Saint-Jean et des sœurs mariales d'Israël. L'association . La même année paraît le Dico des sectes, édité par le Centre contre les manipulations mentales, qui cite plusieurs groupes français et étrangers, officiellement reconnus par l'autorité ecclésiale, dont les plus connus sont les Béatitudes, le Chemin Neuf, les Focolari, l'Opus Dei et les Légionnaires du Christ..
En , La Croix fait paraître un article intitulé « Des risques de dérive sectaire existent aussi dans l’Église ». dans lequel Jean Vernette reconnaît qu'il reçoit un assez grand nombre de plaintes venant de proches du renouveau charismatique et de communautés traditionalistes. Un groupe de réflexion sur cette question, « Gamaliel », se constitue de manière informelle la même année et remet un rapport au conseil permanent de la conférence épiscopale dont la crainte principale est que .
Le cependant, La Documentation catholique provoque l'émoi dans les milieux anti-sectes en publiant un long article du sociologue Massimo Introvigne qui affirme notamment qu'. L’Église catholique se voit accusée d'ambiguïté sur le sujet sensible de la lutte anti-sectes. Ainsi, Jacques Trouslard, prêtre du diocèse de Soissons, estime que . De son côté, Jean-Marie Abgrall, membre de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Miviludes), se fait plus accusateur en déclarant : ..
Un début de réponse institutionnelle En , l'AVREF envoie une lettre à l'ensemble des évêques de France sur les abus de pouvoir de certains fondateurs de communautés, qui ne reçoit pas à ce stade de réponse probante. Cependant la parution la même année d'un rapport de la Miviludes inquiète à nouveau la hiérarchie catholique, qui craint que l’État puisse juger sectaires les pratiques ayant cours dans des communautés nouvelles, mais aussi dans les ordres religieux traditionnels.
Dans un document intitulé « L’Église catholique et les sectes », publié le sur le site de la Conférence des évêques de France, Jean Vernette met en balance le fait que d'un côté , et que de l'autre Il concède que . Il prend la défense cependant , alors que ces groupes . Il propose quelques pour repérer des dérives possibles... Comme le commente l'historien Tangi Cavalin, le document exprime le souci en recommandant .
Un article de Xavier Ternisien paru dans Le Monde le , intitulé « Enquête sur les dérives sectaires au sein de l’Église catholique »., qui comprend un encadré sur les débats autour de la proposition de loi tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires votée le suivant, achève de relancer la question de l'attitude de l’Église face aux abus sectaires intra-ecclésiaux. Ainsi le début de l'année 2001 voit l'amorce d'une prise de conscience dans la hiérarchie catholique sous la pression politique et médiatique.
« Des gourous dans les couvents » (2001) Le , sous la plume de Laurent Grzybowski, assisté de Jean Mercier et de Bernadette Sauvaget, le magazine La Vie publie une enquête intitulée . qui révèle des dans cinq communautés religieuses françaises, dont les plus connues sont la Famille monastique de Bethléem, les sœurs mariales d'Israël et les sœurs de Saint-Jean, en reprenant notamment les dossiers constitués par l'AVREF.
L'article qui suscite l'envoi au magazine de centaines de lettres hostiles à la vision présentée, qui met en cause une figure estimée comme Marie-Dominique Philippe, fondateur et prieur de la communauté Saint-Jean, et une congrégation renommée comme la Famille monastique de Bethléem, dont prend énergiquement la défense Gabriel Matagrin, évêque émérite de Grenoble, qui l'avait canoniquement reconnue en 1977. À l'inverse, Armand-François Le Bourgeois, évêque émérite du diocèse d'Autun, dont dépend la communauté Saint-Jean, félicite le magazine pour son enquête. Cependant .
Toutefois, sous l'impulsion de Jean Vernette, le mois de voit la création du Service Accueil Médiation (SAM) pour la vie religieuse et communautaire., dont l'objectif est la conciliation entre les anciennes sœurs qui se considèrent comme victimes de dérives sectaires et les communautés concernées. Il émet un an plus tard un rapport dans lequel sont cités la Famille monastique de Bethléem, les branches de la Congrégation Saint-Jean, l'abbaye d'Ourscamp avec Points-Cœurs, et le carmel de Montgardin, dont Marie-Dominique Philippe apparaît comme le commun dénominateur. Le rapport est envoyé à la Congrégation pour les instituts de vie consacrée qui demande une visite apostolique de la communauté Saint-Jean.
Dans les années qui suivent, la revue Golias, hostile dès les années 1980 à la Nouvelle évangélisation promue par Jean-Paul II, relaie volontiers les informations collectées par l'AVREF sur les dérives sectaires des communautés nouvelles, qui ne trouvent pas de canaux de diffusion dans d'autres médias catholiques ou généralistes.
Les affaires d'abus dans la communauté des Béatitudes (2008) Des plaintes de jeunes se disant victimes d'abus sexuels dans la maison de formation d'Autrey, gérée par la communauté des Béatitudes, et en son sein une affaire de pédophilie qui éclate dans les médias en 2008, braquent aussi à nouveau le projecteur sur la question des abus sectaires dans l’Église catholique à travers le cas de cette communauté. Plusieurs articles de presse s'en font l'échoOn peut notamment citer cette enquête fouillée : . auxquels les Béatitudes répondent par des plaintes en diffamation.
Deux documentaires sont diffusés en 2011, l'un portant sur l'affaire Pierre-Étienne Albert, jugé pour des abus sexuels sur des enfants, Pédophilie : les silences de l’Église., l'autre intitulé de manière explicite : Les Béatitudes : une secte aux portes du Vatican... L'année suivante paraît Le Livre noir de l'emprise psycho-spirituelle. publié par le Centre contre les manipulations mentales (CCMM) qui comprend 17 récits de victimes ou de témoins des dérives sectaires de la communauté. Ensemble, ils concourent à mettre en évidence des phénomènes d'abus d'autorité et de manipulation mentale. La présidente du CCMM, Annie Guibert, demande aux évêques de France de condamner . Le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, répond que et que les faits rapportés par le livre appartiennent au passé avec la nomination du dominicain Henry Donneaud comme commissaire pontifical plaçant la communauté sous la tutelle du Saint-Siège.. Pour le sociologue Samuel Dolbeau, .
L'appel de Lourdes (2013)