Pierre Adrien Chabal-Dussurgey, de son vrai nom Pierre Chabal, né à Charlieu (Loire) le Archives départementales de la Loire, Charlieu, Naissances, 1819, n° 103, vue 55/120. et mort à Nice le Archives départementales des Alpes maritimes, Nice, Décès, 1902, n° 1296, vue 327/831. à l'âge de 82 ans, est un peintre, dessinateur et lithographe français, principalement connu pour ses compositions florales et pour sa contribution au renouveau des arts décoratifs et de la tapisserie française au XIXe siècle.

Formé à l'École des beaux-arts de Lyon., où il reçoit notamment un enseignement spécialisé dans le dessin de fleurs et la mise en carte pour l'industrie textile, il mène une carrière à la croisée de la peinture et des arts appliqués. À partir de la fin des années 1840, il collabore avec les Manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais, pour lesquelles il réalise de nombreux modèles de tapisseries et de garnitures de sièges. Son travail contribue notamment au renouvellement du répertoire floral de la Manufacture de Beauvais sous le Second Empire. Il exerce également une activité d'enseignement et devient en 1881 directeur de l'École nationale d'art décoratif de Nice.

Biographie

Formation à Lyon Pierre Adrien Chabal est le fils de Balthazard Chabal (1789-1876), marchand tanneur à Charlieu, et de Victorine Villeret (1794-1882) son épouse. En 1833, avec le cautionnement du Dr Dussurgey médecin lyonnais, il est admis, à l'âge de 14 ans, à l'École des beaux-arts de LyonDumas Dominique, Index nominatif des registres d'inscription à l'École des beaux-arts de Lyon (1825-1971), Lyon, AM de Lyon, 2022. Il suit d'abord la classe de principes durant deux années, jusqu'en 1835, avant de s'orienter vers la classe de fleurs. Il reçoit notamment l'enseignement d'Augustin-Alexandre Thierriat, peintre, graveur, archéologue et conservateur du musée de Lyon et de Claude Bonnefond. Chabal-Dussurgey complète sa formation par la classe de mise en carte., qu'il suit de 1837 à 1838 sous la direction de Jules Meunier. Cette formation, directement liée à l'industrie textile lyonnaise, lui apprend les principes de transposition d'un dessin en modèle destiné au tissage. En 1838, à dix-neuf ans, il remporte le prix du grand concours de l'école et expose la même année au Salon des beaux-arts de Lyon un Concours de fleurs, aujourd'hui disparu.

Premiers travaux À partir de 1840, Chabal-Dussurgey expose au Salon des beaux-arts de Lyon sous le nom de Dussurgey. Il travaille d'abord comme dessinateur chez le fabricant lyonnais Claude Cinier, puis auprès de François Tuffet, dessinateur et professeur à l'École des beaux-arts de Lyon. Cette activité l'inscrit dès ses débuts dans le monde des arts appliqués à l'industrie textileLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 101-103.

Il commence également à présenter ses œuvres aux Salons des beaux-arts de Paris à partir de 1842. Installé à Paris en 1843, il adopte progressivement le nom de Chabal-Dussurgey, en référence à son beau-père et bienfaiteur Antoine Dussurgey.

Le chantier de Dampierre Vers 1844, l'architecte Félix Duban présente le jeune peintre au duc de Luynes, à l'occasion des travaux de rénovation du château de Dampierre. Chabal-Dussurgey obtient des travaux de peinture dans la pièce consacrée à Louis XIII. Il est notamment chargé de décorer trois portes et participe ainsi aux travaux décoratifs entrepris dans le châteauLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 119-120..

Cette rencontre avec le duc de Luynes joue un rôle important dans la suite de sa carrière. Luynes devient en effet l'un de ses protecteurs et intervient en sa faveur auprès de l'administration des Beaux-Arts.

Les débuts aux Manufactures nationales Il commence à travailler pour les Manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais à la fin des années 1840. Le duc de Luynes le recommande notamment comme un « peintre de fleurs très habile ». Une source postérieure rapporte également qu’Ingres et Luynes auraient encouragé Pierre-Adolphe Badin, l'administrateur des manufactures, à faire travailler Chabal-Dussurgey à BeauvaisLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 136-137.. vignette|Dossier de canapé à fond lie-de-vin d'après Pierre-Adrien Chabal-Dussurgey, présentée par la manufacture de Beauvais à l'exposition universelle de Londres en 1851 et à Paris en 1855. Sa première réalisation pour Beauvais est un ensemble de garnitures de sièges à fond lie-de-vin. Les compositions comprennent de grands bouquets de fleurs associés à des bordures de lierre ou de volubilis. L’ensemble est exposé à Londres lors de l'Expositions universelle de 1851 puis à l’Exposition universelle de Paris de 1855Le Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 137-140..

Le peintre des Manufactures sous le Second Empire Chabal-Dussurgey devient l'un des principaux artistes travaillant pour la Manufacture de Beauvais. Aux côtés de Pierre-Adolphe Badin et de Jules Diéterle, il participe au renouvellement des modèles de la Manufacture après 1848. Ses compositions sont également exécutées par les Manufactures des Gobelins et de Beauvais pour les résidences impériales.

La peinture florale constitue le domaine privilégié de sa production. Ses modèles présentent des bouquets de fleurs, des fleurs isolées et des compositions végétales conçues pour être transposées dans la tapisserie. Certaines de ses compositions sont également utilisées pour des garnitures de sièges et pour différents éléments du décor intérieurLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 135-140.

La diffusion de ses modèles dépasse le cadre des Manufactures nationales. Des compositions de Chabal-Dussurgey sont reprises par des fabricants privés, notamment dans l'industrie textile lyonnaise. Cette circulation témoigne du succès de ses modèles et de la capacité des Manufactures nationales à participer à leur diffusionLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 150-159..

Son activité au sein de Beauvais se poursuit pendant plusieurs décennies. La Manufacture lui offre ainsi un cadre de travail durable, tout en contribuant à sa réputation auprès d'une clientèle privée et institutionnelleLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 174-177..

Activité de dessinateur et de décorateur Chabal-Dussurgey ne limite pas son activité à la création de modèles pour les Manufactures. Il mène parallèlement une carrière de décorateur auprès de particuliers et d'institutions publiques.

En 1861, le ministère d'État lui commande notamment des études de décorations en tapisserie destinées à des portières, tentures et lambrequins dans le cadre de l'achèvement de l'aile du Louvre. Ces projets sont liés à l'aménagement des appartements de parade inaugurés le 11 février 1861Le Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 167-182..

Certaines études conservées dans le fonds de l'agence d'architecture du Louvre pourraient lui être attribuées. La comparaison avec un modèle donné par Chabal-Dussurgey aux fabricants lyonnais Lamy et Giraud a notamment permis de proposer cette attribution. Les projets destinés au ministère d'État ne semblent toutefois pas avoir été exécutésLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 174-175..

Cette activité de décorateur s'inscrit dans un mouvement plus large : les artistes employés par les Manufactures nationales interviennent également dans les grands décors intérieurs du Second Empire, contribuant à la circulation des modèles entre les institutions publiques, les manufactures et les fabricants privés.

Enseignement et lithographie Chabal-Dussurgey conserve tout au long de sa carrière un intérêt pour l'enseignement du dessin floral. En 1867, il publie notamment des Études et compositions de fleurs et de fruits formant un cours gradué pour l'enseignement. Il reçoit également des élèves dans son atelier des Gobelins, parmi lesquels figure le critique d'art Philippe BurtyLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 167-168..

Son enseignement repose sur l'étude de la nature et sur la maîtrise du dessin appliqué aux arts décoratifs. Cette conception prolonge sa propre formation lyonnaise, qui associait l'apprentissage artistique aux besoins de l'industrie textile.

Départ pour Nice Après la guerre franco-allemande de 1870 et la chute du Second Empire, la diminution du budget de la Manufacture de Beauvais et des commandes de l'État entraîne une baisse importante de l'activité de Chabal-Dussurgey. Il perd alors son statut de peintre principal de la ManufactureLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 89-92 et 135-141..

Il continue néanmoins à exposer à Paris. La diminution de son activité à Beauvais lui permet de consacrer davantage de temps à la peinture, mais l'oblige également à rechercher de nouveaux débouchés. Ses compositions florales, largement appréciées sous le Second Empire et notamment par l'impératrice Eugénie, rencontrent alors un succès moindreLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 192-194..

Au début de la Troisième République, des problèmes de santé l'amènent a quitter Paris pour le Sud de la France. Il s'installe à Nice, où il poursuit son activité artistique.

La vie artistique niçoise Chabal-Dussurgey participe à la création de la Société des beaux-arts de Nice, fondée en 1875. Il prend part à la vie artistique locale et entretient notamment des relations avec Alexis Mossa, conservateur du musée des Beaux-Arts de Nice.

Il continue à exposer dans différents Salons, notamment à Lyon et à Nice. Son activité évolue progressivement vers des sujets plus variés, notamment le paysage, même si la peinture florale reste présente dans sa productionLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 194-195..

Directeur de l'École nationale d'art décoratif de Nice En 1881, Chabal-Dussurgey devient directeur de l'École nationale d'art décoratif de Nice. Son expérience de peintre, de dessinateur pour les Manufactures et d'enseignant le conduit à défendre une conception de l'éducation artistique étroitement liée aux arts appliqués et à l'industrie.

Il participe à la rédaction du règlement de l'école et défend un enseignement fondé sur la maîtrise du dessin, l'observation de la nature et l'application des principes artistiques à l'industrie. Il souhaite notamment que la formation permette aux artisans français de rivaliser avec les productions étrangèresLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 229-232..

Sous sa direction, l'école connaît plusieurs transformations. En 1885, elle est regroupée dans les locaux de l'ancien théâtre de l'Opéra-Comique, rue Saint-Michel. Chabal-Dussurgey participe à l'organisation et à l'aménagement du nouvel établissement. La même année, il reçoit les palmes d'officier de l'Instruction publiqueLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 232-237..

Il s'intéresse également à la formation artistique des jeunes filles. Dès 1881, il participe à la création d'une école de dessin destinée aux jeunes filles de Nice, dont les cours commencent en janvier 1882Le Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 233-235..

Dans ses discours et écrits, il défend une conception utilitaire et appliquée de l'art. Il critique la conception de « l'art pour l'art » et considère les écoles d'art décoratif comme un moyen de rapprocher la création artistique, l'artisanat et l'industrie.

Dernières années Durant ses dernières années, Chabal-Dussurgey continue à participer à la vie artistique niçoise et à exposer ses œuvres. Il reste notamment présent dans les Salons lyonnais et poursuit son activité de peintreLe Drogoff-Okęcki, op. cit., p. 232-236..

Pierre-Adrien Chabal-Dussurgey meurt à Nice en 1902. Œuvre Pierre Adrien Chabal-Dussurgey est connu pour ses natures mortes et compositions florales qu'il a peint majoritairement à la gouache.. Pendant sa période d'activité aux Gobelins, il dessine des motifs pour des sièges des salons des palais des Tuileries et de l'Élysée.., et en 1864 peint la décoration murale du foyer public du théatre français..

Lithographie