Le sacre de Charles X a lieu le à Reims, au cours d'une cérémonie où le roi est sacré puis couronné roi de France et de Navarre. Elle a lieu à la cathédrale Notre-Dame de Reims, lieu traditionnel des couronnements des rois de France. Il s'agit du premier sacre depuis celui de Louis XVI en 1775, et c'est aussi le dernier couronnement d'un monarque français, Louis-Philippe et Napoléon III n'ayant été que proclamés monarques.
Dans la tradition de la monarchie française, le nouveau monarque est sacré, ce qui lui confère le statut d'Oint du Seigneur. C'est pourquoi on parle plutôt de sacre que de couronnement pour désigner la cérémonie, le couronnement à proprement parler passant plus au second plan.
Contexte de la Restauration Après la prise de la Bastille, Charles, comte d'Artois, quitte la France avec sa famille et vit de nombreuses années en exil. Il tente plusieurs actions contre la France révolutionnaire, notamment lors du débarquement à Quiberon de 1795, qui échoue. Durant les dernières années des guerres napoléoniennes, il s'installe en Grande-Bretagne, avant de revenir en France lors de la restauration des Bourbons en 1814. Son frère aîné devient Louis XVIII et, le roi étant sans enfant, Charles est désigné comme son héritier présomptif. De 1814 à 1824, il s'impose comme le chef des ultra-royalistes, un groupe politique conservateur rejetant les réformes de la Révolution française. Louis XVIII n'est jamais couronné ; les projets de sacre sont sans cesse repoussés pour diverses raisons, d'abord le retour de Napoléon en , puis l'occupation du pays par les forces alliées, qui dure jusqu'à la conclusion d'un accord au congrès d'Aix-la-Chapelle et les lourdes indemnités de guerres qui en découlent.
Le sacre abandonné de Louis XVIII gauche|vignette|Portrait de Louis XVIII, roi de France, en costume de sacre, par Robert Lefèvre. Bien qu'il n'ait jamais été sacré, le roi est à plusieurs reprises représenté en costume de sacre. vignette|Projet de décoration de la cathédrale de Reims en vue du sacre de Louis XVIII, par Percier et Fontaine. Détail du trône sur le jubé. Lors de son discours du Trône en , Louis XVIII annonce que son sacre aura lieu au cours de l'année à venir. Sous l'égide du ministre de la Maison du roi, le duc de Blacas, une commission se réunit à cet effet à partir du mois de ; il est entre autres décidé que le sacre n'aura pas lieu à la cathédrale de Reims, mais plutôt à la basilique Saint-Denis, afin de limiter les déplacements du roi à la santé chancelante. Mais à partir du mois d'avril, la santé du roi se dégrade à nouveau, les projets de sacre sont finalement reportés sine die, et la commission cesse ces travaux. Louis XVIII règne donc dix ans sans cérémonie religieuse officielle.
Tandis que la santé du roi décline, il devient clair que Charles sera le premier à lui succéder. Si son fils aîné, Louis Antoine, duc d'Angoulême, n'a pas d'enfants, son fils cadet, Charles Ferdinand, duc de Berry, assassiné en , laisse derrière lui une épouse enceinte qui donne naissance à un fils, Henri, en . Henri est donc l'héritier du trône après le duc d'Angoulême, sans descendance, assurant ainsi la succession pour au moins deux générations. Le baptême de ce dernier, le à la cathédrale de Paris, est une grande cérémonie exacerbant le triomphe de la monarchie restaurée, réaffermie par la naissance de « l'Enfant du Miracle »Expression de Lamartine, cité dans ., et se présente comme une répétition du sacre de Charles X.
Louis XVIII meurt en au palais des Tuileries et le comte d'Artois lui succède sous le nom de Charles X..
Avènement de Charles X gauche|vignette|Charles X, roi de France et de Navarre (1757-1836). Retiré au château de Saint-Cloud après la mort de son frère, Charles X reconduit le cabinet de Joseph de Villèle, un ultraroyaliste président du Conseil des ministres depuis 1822. Il rend à son cousin Louis-Philippe, duc d'Orléans, ancien libéral et surtout fils du régicide Philippe Égalité, son rang dans la hiérarchie de la famille royale, alors qu'il était tenu à l'écart par Louis XVIII qui s'en méfiait. Le , il reçoit les grands corps de l'État, auxquels il déclare vouloir « continuer l’œuvre de son prédécesseur » et, ainsi, continuer à « renouer la chaîne des temps »Expression que l'on trouve dans la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814, maintes fois réutilisés par les dignitaires de la Restauration. puis il fait sa Joyeuse Entrée dans la capitale le . Le , à l'instigation du nouveau roi, la censure est abrogée, ce qui contente grandement les libéraux.
Dans son discours du Trône le , Charles exprime clairement son intention d'être sacré, conformément à ce qu'implique l'article 74 de la Charte constitutionnelle de 1814. Également dans ce discours du trône, le roi évoque la nécessité d'une œuvre de « réparation » à l'égard de la religion que d'un « grand acte de justice et de politique [permis par] l'état des finances »Le Moniteur Universel, 23 décembre 1824, des déclarations annonciatrices de la loi sur le sacrilège et de la loi du milliard des émigrés, qui, elles, contentent les ultras.
Alors que le couronnement de Napoléon en 1804 avait eu lieu à Notre-Dame de Paris, et que plusieurs projets de sacre de Louis XVIII avaient envisagé la basilique Saint-Denis ou également Notre-Dame de Paris, le nouveau roi choisit, dans la tradition de l'Ancien Régime, le site historique de la cathédrale de Reims, lieu du sacre de l'essentiel des rois de France, associé à l'événement dans l'essentiel des mentalités de l'opinion public, comme lorsque Chateaubriand incite le nouveau monarque à se faire couronner comme ses pères dans la brochure Le roi est mort ! Vive le roi !
Le sacre des rois de France La tradition du sacre des rois de France à Reims remonte au , de l'époque où Clovis , premier monarque français converti au christianisme (en grande partie grâce à son épouse, sainte Clotilde), y est baptisé.
Il ne s'agissait cependant pas d'un sacre, même si les deux événements sont assimilables : le sacre du roi s'apparente à un sacrementDe même que le sacre d'un roi était similaire à celui d'un évêque, la tradition faisant du monarque français un « évêque du Dehors »., de même que le baptême. En effet, particularité française, reprise ensuite dans d'autres monarchies comme celle de l'Angleterre : le roi est oint d'une huile sacrée, que la tradition fait remonterDepuis le règne de Louis VII, une époque où se fixa une grande partie de la symbolique royale, avec l'apparition notamment de la fleur de lys. au baptême de Clovis, lors duquel elle aurait été apportée par une colombe. Elle est contenue dans une fiole qui donne à l'ensemble le nom de Sainte Ampoule. Cette onction est l'élément central de la cérémonie, plus que le couronnement en tant que tel, ce qui fait que l'on parle usuellement de sacre et non pas de couronnement pour les rois de France.
Le premier roi à être réellement sacré au début de son règne est le premier carolingien, Pépin le Bref, à Soissons en 751, puis à Saint-Denis avec ses fils Carloman et Charlemagne en 754. Le rituel évolue ensuite à l'époque des dynasties carolingienne et capétienne, jusqu'au . Les princes héritiers ou les reines sont parfois sacrés avec les rois, voire plusieurs fois ou séparément, le saint chrême fait son apparition lors du sacre de Charles le Chauve à Orléans en 848, mais la cérémonie n'avait pas de lieu défini. Les sacres avaient lieu à Compiègne, Laon, Soissons ou encore Orléans, mais aussi à Reims.gauche|vignette|La basilique Saint-Remi à l'époque du sacre. Les travaux n'étant pas terminés au moment du sacre, l'échafaudage permettant la restauration de la façade est toujours en place.Après Louis VII, sixième roi Capétien et troisième de la dynastie à être sacré à ReimsCinq autres rois ayant été sacrés à Reims : Louis le Pieux, Charles III le Simple et Lothaire, des carolingiens, et les deux rois Robertiens (ancêtres des capétiens) Eudes et Robert ., les sacres ont toujours eu lieu à Reims. Les sacres de Louis VIII et de Louis IX, futur Saint Louis, sont les premiers à avoir lieu dans la cathédrale actuelle (en 1223 et en 1226, et elle est alors encore en construction). Trois autres sacres ont lieu ailleurs : celui d'Henri VI, roi d'Angleterre régnant alors sur une partie de la France, à Notre-Dame de Paris en 1431, celui d'Henri IV, en pleine occupation de Reims par la Ligue catholique, à Notre-Dame de Chartres en 1594, et enfin le sacre impérial de Napoléon , également à Notre-Dame de Paris, en 1804, qui ne s'inscrit cependant pas dans la lignée des sacres capétiens.
En 1825, de par le non-sacre de Louis XVIII, le dernier sacre royal en date remonte à 1775 : il s'agit de celui de Louis XVI, auquel le futur Charles X, alors comte d'Artois, a assisté et où il s'est fait remarquer par sa conduite dissipée..
Préparatifs L'organisation de l'événement incombe au ministère de la Maison du Roi, dont le ministre est depuis Ambroise-Polycarpe de la Rochefoucauld, duc de Doudeauville, successeur de Blacas. Plusieurs services se chargent du déplacement des services royaux des Tuileries à Reims, comme le grand Aumônier de France, le cardinal de Cröy. Dans les faits, c'est le grand-maître des cérémonies, Henri-Évrard de Dreux-Brézé, ancien émigré célèbre pour son échange avec Mirabeau lors des Etats généraux de 1789, qui se charge de l'organisation de la plupart des cérémonies. Il joue le rôle d'un véritable chef d'orchestre entre les différents services, comme il l'avait déjà fait quelques mois plus tôt lors des funérailles de Louis XVIII. Son travail est cependant considéré comme très réussi par les mémorialistes de l'époque.. vignette|Ambroise-Polycarpe de la Rochefoucauld, duc de Doudeauville. Le ministère de la maison du Roi souhaite surpasser en éclat et en somptuosité le sacre de George IV du Royaume-Uni, qui a eu lieu en 1821.. Mais les sacres anglais se déroulent dans la capitale, alors qu'en France, ils ont lieu à Reims, qui n'en a pas connu depuis cinquante ans. L'ancienne ville des sacres est resté une ville de taille moyenne, ce qui pose en outre des problèmes de logistiques pour loger tous les invitésArchives Nationales, AN-P, CC//857, Pierrefitte-sur-Seine.
Un travail important doit donc être accompli dans le cadre de la restauration de la ville, et notamment les principaux lieux du sacre. Sosthènes de la Rochefoucauld, fils du ministre et directeur des Beaux-Arts, fait allouer une somme importante à la restauration de la basilique Saint-Remi, très éprouvée par la période révolutionnaire et dont la façade menace de s'écrouler. Il se charge également de restaurer et de faire décorer la cathédrale de Reims, en faisant construire un grand décor de style troubadour autour de la cathédrale afin de la relier au palais épiscopal (aussi appelé palais du Tau) voisin et à l'intérieur de la cathédrale afin de servir de décor et de permettre aux invités d'y assister, un décor dessiné par les architectes Jean-François Lecointe et Jacques Hittorf. La cathédrale se retrouve habillée d'un décor néo-gothique exaltant la monarchie française et ses rois depuis Clovis : des loges sont créées dans les collatéraux de l'église, des tentures et des trophées d'armes sont accrochés aux murs, de statues sont placées dans le triforium tandis que la voûte de Notre-Dame est peinte en bleu avec des étoiles d'or. Au niveau de la neuvième travée depuis la croisée du transept et de la nef, on élève un jubé provisoire, sur lequel est dressée une estrade depuis laquelle sera installé le roi pendant la grand Messe, laquelle délimite, avec les tribunes établies dans le chœur et les bras du transept, une sorte de sanctuaireLe mot est utilisé dans les ouvrages de Miel et de Darmaing rapportant les événements du sacre. dans lequel se déroulera l'ensemble de la cérémonie.