L’ effet kappa, ou dilatation perceptive du temps est une illusion de perception temporelle qui peut survenir lorsqu'un observateur évalue le temps écoulé entre des stimuli sensoriels présentés successivement à différents endroits. Lors de la perception d’une séquence de stimuli consécutifs, l'observateur a tendance à surestimer le temps écoulé entre deux stimuli successifs lorsque la distance entre eux est suffisamment grande, et à le sous-estimer lorsque cette distance est suffisamment petite.
Dans différentes modalités sensorielles L'effet kappa peut se manifester avec des stimuli visuels, par exemple, des éclairs lumineux, auditifs, par exemple, des sons ou tactiles par exemple, des tapotements sur la peau. De nombreuses études sur l'effet kappa ont été menées avec des stimuli visuels. Par exemple, si trois sources lumineuses, X, Y et Z, clignotent successivement dans l'obscurité à intervalles réguliers, si les sources lumineuses sont placées à des positions différentes, X et Y étant plus proches que Y et Z, l'intervalle temporel entre les éclairs de X et Y est perçu comme plus court que celui entre les éclairs de Y et Z. L'effet kappa a également été démontré avec des stimuli auditifs dont la fréquence varie. Cependant, dans certains paradigmes expérimentaux, l'effet kappa auditif n'a pas été observé. Par exemple, Roy et al. (2011) ont constaté que, contrairement aux prédictions de l'effet kappa, « l'augmentation de la distance entre les sources sonores marquant les intervalles de temps entraîne une diminution de la durée perçue ». En matière de contact, l'effet kappa a été décrit pour la première fois comme « l'effet S » par Suto (1952). Goldreich (2007) fait référence à l'effet kappa comme une « dilatation temporelle perceptive » par analogie avec la dilatation temporelle physique de la théorie de la relativité.
Théories fondées sur l'espérance de vitesse L'espace parcouru et le temps écoulé sont liés physiquement par la vitesse. De ce fait, plusieurs théories concernant les attentes du cerveau quant à la vitesse du stimulus ont été proposées pour expliquer l'effet kappa.
espérance de vitesse constante Selon l'hypothèse de la vitesse constante proposée par Jones et Huang (1982), le cerveau intègre une attente préalable de vitesse lorsqu'il évalue les intervalles spatio-temporels. Plus précisément, il anticipe des intervalles temporels qui produiraient un mouvement à vitesse constante (c'est-à-dire un mouvement uniforme ). L’effet kappa se manifeste lorsque l’observateur applique ses connaissances ou attentes relatives au mouvement à une séquence de stimuli, ce qui peut entraîner une perception erronée du déplacement ou du temps.. Une étude a apporté des preuves du rôle de l'attente d'un mouvement uniforme dans la perception temporelle. Dans cette étude, les participants observaient huit points blancs apparaissant successivement dans une direction, alignés horizontalement sur une ligne droite. Lorsque l'intervalle temporel était constant et que l'intervalle spatial entre les points variait, ils observaient l'effet kappa, conformément à l'hypothèse de la vitesse constante. En revanche, lorsque les intervalles temporel et spatial variaient, ils n'observaient pas le schéma de réponse prédit par cette hypothèse. Une explication possible est qu'il est difficile de percevoir un mouvement uniforme à partir de motifs aussi variés et complexes ; le contexte des événements observés peut donc influencer notre perception temporelle.
Anticipation d’une vitesse réduite Un modèle perceptif bayésien reproduit l'effet kappa tactile et d'autres illusions spatio-temporelles tactiles, notamment l'effet tau et l'illusion du lapin cutané. Selon ce modèle, les circuits cérébraux encodent l'nticipation que les stimuli tactiles tendent à se déplacer lentement. Le modèle bayésien atteint une inférence probabiliste optimale en combinant des informations sensorielles spatiales et temporelles incertaines avec une anticipation a priori de mouvement lent. Cette anticipation entraîne une surestimation perceptive du temps écoulé entre des tapotements successifs rapides appliqués à des points cutanés distincts. Simultanément, le modèle sous-estime perceptivement la séparation spatiale entre les stimuli, reproduisant ainsi l'illusion du lapin cutané et l'effet tau. Goldreich (2007) a émis l'hypothèse qu'une anticipation a priori bayésienne de faible vitesse pourrait expliquer l'effet kappa visuel, tout comme l'effet tactile. Des études empiriques récentes appuient cette hypothèse.
Le mouvement dans différents contextes L'effet kappa semble dépendre davantage de l'échelle phénoménale que de l'échelle physique. Cet effet s'accentue avec la vitesse du mouvement des stimuli. Les observateurs ont l’habitude d'appliquer leurs connaissances antérieures du mouvement à une séquence de stimuli. Lors de l'observation de stimuli disposés verticalement, l'effet kappa était plus marqué pour les séquences descendantes. e phénomène trouve son explication dans l'anticipation d'une accélération vers le bas et d'une décélération vers le haut : la perception d’une accélération orientée vers le bas conduit généralement à une sous-estimation de la durée du mouvement.
Illusions apparentées Si les observateurs interprètent des séquences de stimuli rapides en fonction d'une attente concernant la vitesse, on peut s'attendre à des illusions non seulement temporelles, mais aussi spatiales. C'est précisément ce qui se produit dans l' effet tau, lorsque la séparation spatiale entre les stimuli est constante et que la séparation temporelle varie. Dans ce cas, l'observateur diminue la perception de la séparation spatiale à mesure que la séparation temporelle diminue, et inversement. Par exemple, lorsque trois sources lumineuses X, Y et Z, équidistantes, clignotent successivement dans l'obscurité, l'intervalle entre X et Y étant plus court qu'entre Y et Z, X et Y sont perçues comme étant plus proches spatialement que Y et Z. Goldreich (2007) a établi un lien entre les effets tau et kappa et la même attente sous-jacente concernant la vitesse de déplacement. Il a constaté que, lorsque des stimuli se déplacent rapidement dans l'espace, «la perception réduit considérablement la distance et augmente le temps écoulé entre les événements consécutifs». Goldreich (2007) a nommé ces deux distorsions perceptives fondamentales «contraction perceptive de la longueur » (effet tau) et «dilatation perceptive du temps» (effet kappa), par analogie avec la contraction des longueurs et la dilatation du temps physiques de la théorie de la relativité. La contraction perceptive de la longueur et la dilatation perceptive du temps résultent du même modèle bayésien de l'observateur, qui s'attend à ce que les stimuli se déplacent lentement. De même, dans la théorie de la relativité, la contraction des longueurs et la dilatation du temps se produisent toutes deux lorsqu'une vitesse physique (la vitesse de la lumière) ne peut être dépassée.
Références
Catégorie:Perception Catégorie:Neurosciences Catégorie:Illusion d'optique Catégorie:Illusion auditive