La bisexualité dans la musique a une visibilité variable selon les cultures et les époques, dépendant notamment de l'acceptation sociale de cette sexualité. Il peut être distingué 3 cas de figure : les personnes bisexuelles composant de la musique, les thèmes bisexuels abordés dans la musique (quelle que soit la sexualité des musiciens, compositeurs et chanteurs la composant ou l'interprétant), et les personnes bisexuelles abordant la bisexualité dans leur œuvre musicale.
Si des bisexuels composent de la musique depuis des siècles (par exemple Lully), l'affirmation de thèmes bisexuels dans la musique et la chanson est beaucoup plus tardive. Au cours des XX et XXI siècles, des artistes mentionnent ou évoquent des thèmes bisexuels, sans être eux-mêmes concernés, ce qui a parfois été interprété comme du queerbaiting. D'un autre côté, à l'époque contemporaine, nombre d'artistes se reconnaissant bisexuels ou pansexuels évoquent ces thématiques dans leur œuvre musicale. En Occident, les coming outs bisexuels reçoivent des réactions diverses mais progressivement plus positives : Dusty Springfield et Elton John (qui s'assumera par la suite homosexuel) font face à des réactions hostiles, David Bowie regrettera l'accueil qui lui sera réservé notamment aux États-Unis, Lady Gaga aborde le sujet dans l'une de ses chansons les plus célèbres, Poker Face, sans réactions hostiles du public, Frank Ocean reçoit des retours positifs malgré l'homophobie historique présente dans le rap américain.
Historique
Les thématiques LGBT sont en général assez peu représentées dans les différents médias, dont la musique ; la bisexualité souffre en particulier d'un manque de visibilité particulièrement prononcé, bien que les bisexuels comptent pour une majorité de la population LGBT. Selon un article de 2020 de The Advocate, beaucoup d'artistes, musiciens et chanteurs bisexuels (au sens large) ne sont pas ou peu connus et reconnus comme tels, comme par exemple Janis Joplin, Freddie Mercury, et Laura Nyro. Confiant qu'il avait précédemment mal interprété la bisexualité d'artistes comme Billie Joe Armstrong de Green Day, Vanessa Carlton et Joe Jackson, le journaliste de The Advocate en conclut que la compréhension culturelle et l'acceptation des identités bisexuelles au sein des sociétés modernes sont globalement très faibles, au point qu'un grand fan qui travaille sur le thème de la bisexualité dans les médias ne savait pas lui-même que plusieurs de ses artistes préférés partageaient son identité.
Évolutions de la représentation de la bisexualité dans la musique
Avant le
Dans la cour de Louis XIV, Lully, danseur et violoniste d'origine italienne, est co-inventeur avec Molière de la comédie-ballet et créateur de la tragédie lyrique ; il acquiert une influence prépondérante sur le monde de la musique de son temps. Père de pas moins de six enfants, il ne cache pas vraiment sa bisexualité à ses contemporains, ce qui lui vaut de violentes attaques personnelles, par exemple de Jean de la Fontaine dans Le Florentin.
Dans un premier temps, Louis XIV lui est très favorable, le roi Soleil et ferme les yeux sur sa bisexualité.
Une de ses amantes, Mademoiselle Certain, jalouse d'être délaissée par Lully pour un jeune page, va un jour s'en indigner auprès de Louis XIV, qui finit par céder : Lully tombe ainsi en disgrâce en 1686. Il meurt un an plus tard.
vignette|200px|left|Joséphine Baker en 1927. Durant une bonne partie du XX siècle, la bisexualité (comme l'homosexualité) est illégale : des artistes bisexuels n'ont alors pas la liberté d'en parler ouvertement, ce qui ne veut pour autant pas dire qu'ils n'existent pas. Ainsi, si Joséphine Baker ne parle pas de sa bisexualité de son vivant au , et plus encore suite à sa panthéonisation, les médias français la mentionnent sans tabou.
Des figures majeures du blues afro-américaines sont bisexuelles, telles Ma Rainey et Bessie Smith. Ma Rainey fait des allusions plus ou moins discrètes à sa bisexualité dans son œuvre musicale, par exemple dans Prove it on me (1928).
Durant les années soixante, durant la révolution sexuelle, peu de célébrités de la chanson s'affirment bisexuels, un contre-exemple resté célèbre étant l'Américaine à la forte personnalité Janis Joplin. Little Richard est un cas spécifique : se revendiquant tour à tour hétérosexuel, bisexuel et homosexuel, il adopte une posture plus homophobe en vieillissant. vignette|200px|David Bowie jeune. Dans les années 1970, certaines personnalités de la musique réalisent des coming outs, aux conséquences et issues variables : alors que les coming outs de chanteuses sont très rares à cette époque, Dusty Springfield révèle sa bisexualité dans les années 1970 (au , cela a été considéré comme courageux, au vu de l'homophobie de cette période) ; sa musique et sa popularité déclinent en conséquence..... David Bowie, quant à lui, brise également un tabou en en annonçant sa bisexualité dans une interview accordée au Melody Maker, à l'époque où il se réinvente en glam-rocker et lance le personnage de Ziggy Stardust. Interviewé par le magazine Playboy en , il déclare : Cameron Crowe, Playboy Interview: David Bowie, 1976, Playboy, 11 janvier 2016.. Il déclare par la suite que si cette annonce a été plutôt bien accueillie en Europe, la réaction est moins positive aux États-Unis, puritains à cette époque..
Des figures de proue des différentes versions du rock sont bisexuelles de manière plus ou moins visible, ouverte, ou ambiguë : ainsi, la bisexualité de Lou Reed est confirmée par plusieurs biographes, Lou Reed abordant la question des thérapies de conversions dans sa chanson Kill your sons. Ayant grandi dans les années 1940 et 1950, il a cherché à cacher sa sexualité à plusieurs moments de son existence et a toujours été lui-même assez évasif sur le sujet. Si en 1972 une de ses chansons contient les paroles (), l'année d'après, il dément cette bisexualité, qu'elle ait été perçue comme ouverte ou implicite. Un critique musical avance en 1973 que Reed est . Pour beaucoup de ses fans, la bisexualité de Lou Reed est tenue comme acquise. Lou Reed a également été étiqueté comme .
vignette|alt=Couple hétérosexueln près d'embarquer dans un avion saluent les photographes par un geste de la main et avec le sourire.|Leonard Bernstein, l'un des plus grands compositeurs de musique classique moderne, et son épouse.
Freddy Mercury (Queen) révèle sa bisexualité à sa compagne Mary Austin en 1976. Cette dernière rétorque à Mercury qu'il serait gay et non bisexuel ; cette discussion met officiellement fin à leur relation intime. Au delà de la seule réaction de Marie Austin, Freddie Mercury est, même après sa mort, un exemple emblématique d'occultation de la bisexualité, Mercury étant en effet très fréquemment présenté comme étant (et par le passé, , notamment par des responsables de l'industrie de la musique).
Quant à Kurt Cobain, il déclare dans une interview en 1993 qu'il pensait être homosexuel dans sa jeunesse - jugeant alors que les filles de son lycée n'étaient pas à son goût - tout en reconnaissant l'importance dans sa vie future de sa future épouse Courtney Love, il a également déclaré que
En 1997, Brian Molko, lui-même bisexuel, aborde dans Nancy boy plusieurs thèmes, dont celui de la bisexualité, se réappropriant un expression initialement homophobe.
thumb|left|200px|I Kissed a Girl de Katy Perry (2008) est un exemple particulièrement marquant de la bisexualité dans la chanson contemporaine Mickael Schulman, « Bisexual: A Label With Layers », The New York Times, 3 janvier 2014 (lire en ligne). Succès commercial et critique, ce single contribue à lancer la carrière de la chanteuse. Au XXI siècle, le thème de la bisexualité dans la musique a eu tendance à être présenté soit comme une sorte d', soit comme un érotisme subversif s'adressant à un regard hétéronormatif, par exemple avec Te Amo de Rihanna, Not Myself Tonight de Christina Aguilera. ou de I Kissed a Girl de Katy Perry. Au début du , des chanteuses annoncent publiquement leur bisexualité, pour annoncer plus tard (Jessie J) ou reconnaissant dans un second temps avoir menti pour attirer l'attention (Nicki Minaj). Liam Page est critiqué pour sa chanson Both Ways, accusée de véhiculer stéréotypes et fétichisation de la bisexualité féminine.
En 2002, la chanson à thème lesbien All the Things She Said du duo russe T.A.T.u. connait un certain succès ; la bisexualité d'une des chanteuses, Lena Katina, sera confirmée par la suite.
En 2013, la chanson Girls/Girls/Boys de Panic! At The Disco est vue comme un soutien à la communauté LGBT, avant que son chanteur Brendon Urie ne fasse lui-même son en tant que pansexuel..
Dans l'univers du rap, Frank Ocean annonce publiquement sa bisexualité en 2016Frank Ocean : pourquoi son deuxième album est-il si attendu ?, RTL, 19 août 2016Jean-Philippe Louis, Frank Ocean submerge la rentrée musicale, Les Échos, 24 août 2016, écrivant sur son blog Tumblr quelques jours avant la sortie de l'album Channel Orange, comment il est tombé amoureux d'un garçon pour la première fois quand il avait 19 ans, et l'importance que cette personne a eu sur le reste de sa vieL'été tumultueux de Frank Ocean, Le Monde, 27 juillet 2012. Cette annonce fut largement remarquée pour la visibilité que cela donna à la bisexualité dans l'industrie de la musique. (quelques critiques comparèrent son impact culturel à une annonce similaire de David Bowie en 1972.). Sa révélation pourrait faire évoluer la mentalité du milieu - pas particulièrement reconnu pour son soutien aux personnes LGBT - vers davantage de tolérance « Frank Ocean’s Coming Out as Bisexual Changes Homophobic Hip-Hop Genre », The Daily Beast, 6 juillet 2012..
Au , certains artistes LGBT célèbrent ouvertement leur identité sexuelle dans leur musique, ce qui change des décennies précédentes où des artistes étaient souvent dans le placard, ou utilisaient des paroles cryptiques pour aborder le sujet. Ces artistes font de la bisexualité le thème central explicite de leurs chansons, tels The bisexual anthem () de Domo Wilson, Bobby Sox - dans lequel le morceau chanté par Billie Joe Armstrong oscille entre « veux-tu être ma petite amie ? » et « veux-tu être mon petit copain ? » - ou encore Marguerite, qui proclame sa bisexualité dans Les filles, les meufs.
Dans les années 2020, le jeune public bisexuel bénéficie d'une meilleure représentation de la bisexualité dans la musique : Halsey chante ouvertement ses relations avec des hommes et des femmes dans sa chanson Bad At Love ; via la chanson Gettin' Bi de la série Crazy Ex-Girlfriend, ou encore Ezra Furman et Christine and the Queens, qui parlent à la fois de leur bisexualité et de leur identité de genre dans I Wanna Be Your Girlfriend et Girlfriend.
Par ailleurs, selon Halsey, l’idée selon laquelle la bisexualité serait un tabou est dépassée et néfaste. Elle a critiqué l'idée d'expérimentation véhiculée dans I Kissed A Girl, et le fait qu'elle est parfois elle-même accusée de se dire bisexuelle seulement pour vendre ses albums. Dans les années 2020, d'autres artistes féminines sont accusés de queerbaiting (par exemple Ariana Grande) après leur apparents coming-outs bisexuels, car leurs relations amoureuses (publiques) sont toutes avec des hommes.
Célébrations thématiques ponctuelles
Spotify a créé une liste de chansons thématiques d'artistes bisexuels pour la semaine de la visibilité bisexuelle en 2020.
Chansons aux thèmes bisexuels
Chanson française
vignette|Les paroles de la chanson Les filles, les meufs de Marguerite sur un collage féministe à Paris en 2025.