Le Manchester Act (en français: loi de Manchester) est une loi adoptée par le Parlement de Grande-Bretagne en 1736. Elle confirme l'exemption de la - tissu à base de coton et de lin - des restrictions qui étaient imposées au secteur du coton au début du .

Ce texte favorise l’essor de l’industrie cotonnière dans le nord de l’Angleterre et marque une étape importante vers la Révolution industrielle.

Contexte Configuration politique À la sortie de la Glorieuse Révolution (1688), l'Angleterre engage une profonde restructuration politique. Elle amorce un processus de pluralisation, avec l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Le Parlement joue dès lors un rôle plus important de contre-pouvoir face à la reine Marie II et à son époux Guillaume III.

Le Parlement évolue également en une coalition de groupes d'intérêts divers, à laquelle les industriels ou les citoyens expriment leurs doléances par le biais de pétitions.

Protectionnisme économique Au début du , l'économie anglaise repose sur le secteur agricole, suivi par le secteur textile qui est représenté en grande majorité par l'industrie de la laine. Cette dernière se positionne comme la plus grande industrie manufacturière nationale, et emploie autour d'un sixième de la population anglaise.

Toutefois, ce secteur se retrouve bousculé par la concurrence des nouveaux textiles venus d'Asie, tels que le calicot, qui affiche une meilleure qualité et est moins cher que la production domestique. En réaction, l'industrie lainière présente au Parlement des pétitions en faveur d'une intervention du gouvernement pour protéger le marché domestique.

Le Parlement adopte dès lors une série de lois protectionnistes (lois somptuaires), tels que les Calico Acts. Ces dernières interdisent entre autres l'importation et le port de calicot - coton pur, imprimé et coloré - en Grande-Bretagne. Bien qu'elles permettent de protéger le secteur lainier en interdisant la commercialisation du coton pur, ces lois n'interdisent toutefois pas explicitement la futaine. Mais cette production législative abondante en faveur de la laine finit par instaurer un climat d'incertitude sur la futaine.

Réhabilitation de l'industrie cotonnière Manchester Act (1736) alt=Robe de chambre et jupon en coton du .|vignette|Robe de chambre en futaine L'industrie du coton réagit en adressant à son tour des pétitions au Parlement britannique. En effet, ce dernier constitue une institution représentative et pluraliste. Il ne doit dans ce cas pas favoriser une industrie au détriment d'une autre, ni empêcher l'émergence de nouveaux entrants sur le marché. C'est dans ce contexte qu'est promulgué le Manchester Act de 1736, afin de dissiper le flou juridique qui entrave encore le secteur du coton. Le texte du Manchester Act (1736) (9 Geo. II c. 4) rappelle :« De grandes quantités d'étoffes en fibres de lin ou de coton ont été, pendant de nombreuses années, tissées, imprimées et colorées dans le royaume de Grande-Bretagne. »

Il précise ensuite que :« Aucune disposition de ladite loi [de 1721] ne fera l'objet d'une interprétation revenant à interdire en Grande-Bretagne le port ou l'usage vestimentaire, domestique, d'ameublement ou autre, de toute étoffe de lin ou de coton, manufacturée, imprimée ou teinte en quelque couleur que ce soit. »

Appellation de la loi vignette|Vue de Manchester (Cottonopolis), à la fin du , centre du commerce du coton britannique.|gaucheÀ l'époque de son adoption, cet acte n'a probablement pas la même importance qu'on lui accorde aujourd'hui. Son titre original était An Act for the better regulating the Manufacture of Fustians in Great Britain (Loi pour mieux réglementer la manufacture de futaines en Grande-Bretagne). Au vu de sa portée et des évènements qui ont suivi, ce titre est supplanté par la dénomination géographique The Manchester Act, Manchester étant considérée comme la capitale de cette industrie.

Implications et conséquences économiques Interprétation institutionnelle Pluralisme politique Le Manchester Act représente le résultat de la mobilisation d'une coalition d'intérêts industriels du coton. Grâce aux pétitions qu'ils adressent au Parlement britannique, ils amènent ce dernier à revoir sa politique protectionniste favorable initialement au secteur lainier. En 1736, le Parlement reconnait le caractère inéquitable et impraticable de sa législation protectionniste, qui favorisait certains intérêts au détriment d'autres.

Cette loi confirme l'exemption de la futaine des interdictions précédemment prononcées dans les Calico Acts. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un acte de libéralisation totale - le coton pur imprimé restera interdit jusqu'en 1774 - le Manchester Act permet au Parlement d'établir un compromis entre les forces industrielles établies (laine, soie), et les forces industrielles émergentes des régions du Nord (futaine).

Cette décision illustre le virage pluraliste qu'a emprunté la vie politique britannique, ainsi que les différents mécanismes de contrôle qui se mettent en place.

Sécurisation du marché Cette législation sert également à réduire le risque pour les investisseurs. Avant son adoption, investir dans la futaine était considéré comme risqué, la production pouvant être déclarée illégale du jour au lendemain, avec l'apparition de nouvelles lois faisant suite aux Calico Acts . En reconnaissant l’importance du coton pour le commerce national, le Parlement sécurise ce marché et redonne confiance aux investisseurs, favorisant les emprunts, les investissements et l'innovation. Cette sécurité, combinée à l'accumulation massive de capitaux grâce au profit engrangé sur la futaine, contribue à la transition de la production à domicile vers le système d'usines.

Institutions inclusives Selon Acemoglu et Robinson, ces avancées reflètent l'inclusivité relative à l'époque des institutions économiques et politiques en Grande-Bretagne au . En effet, du point de vue politique, l'État est centralisé, pluraliste et possède des dispositifs de contrôles du pouvoir. Quant aux institutions économiques, elles favorisent un marché libre, la protection de la propriété privée et l'investissement dans l'innovation, qui promeuvent la destruction créatrice.

Bouleversement technologique vignette|droite|La machine à filer (Spinning Jenny) inventée par James Hargreaves en 1764. Cette nouvelle législation résout la crise réglementaire pour l'industrie du coton et favorise le développement de la futaine dans le Lancashire . Ceci entraîne une demande croissante du coton, révélant les limites du processus manuel de filage et de tissage de ce dernier, et met en évidence le besoin de nouvelles innovations.

Vers 1733, John Kay invente la navette volante, qui accélère considérablement le processus de tissage du coton. Cette accélération révèle un goulot d'étranglement : le filage ne peut plus suivre le même rythme du tissage. L'innovation en filage devient impérative et économiquement viable, menant à l'émergence de nouvelles inventions, telles que la machine à filer (Spinning Jenny) de James Hargreaves, au milieu des années 1760.

En 1769, Richard Arkwright invente la water frame qui permet de rendre le fil de coton structurellement plus qualitatif que le lin initialement utilisé comme chaine dans la futaine. Il devient assez résistant pour pouvoir servir à la fois de trame et de chaîne dans le même tissu. On arrive ainsi à produire du calico anglais de qualité supérieure et à moindre coût, et qui est désormais en mesure de rivaliser avec les calicots indiens. La protection du marché domestique à travers les Calico Acts n'a dès lors plus lieu d'être, ce qui pousse le Parlement à lever les restrictions sur les tissus en coton pur en 1774.

Le Manchester Act ouvre la voie au développement de l'industrie cotonnière, qui bénéficie rapidement d'innovations technologiques majeures. Ces dernières dépassent ensuite le cadre de l'industrie du coton, laquelle s'impose comme moteur d'une Révolution industrielle globale.

Notes et références

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