vignette|redresse|Banderole de soutien de la mairie du arrondissement de Paris à Boualem Sansal en .
L'affaire Boualem Sansal est une affaire judiciaire en Algérie, à la suite de l'incarcération de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le , celui-ci ayant contesté les frontières actuelles de l'Algérie avec le Maroc dans le média français d'extrême droite Frontières. Cette arrestation a pour effet d'intensifier la crise diplomatique entre Alger et Paris. Le , il est condamné à une peine de cinq ans de prison ferme et à une amende de pour « atteinte à l’unité nationale ». Il est gracié par le président Abdelmadjid Tebboune le à la demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier.
Procédure judiciaire et condamnation
Le , Boualem Sansal est arrêté à Alger par la police algérienne et placé sous mandat de dépôt dans une unité pénitentiaire d’un hôpital d’Alger..
Une procédure pénale est ouverte contre lui pour « atteinte à l'unité nationale ». Celle-ci serait liée à de récentes déclarations faites au média d'extrême droite Frontières, dans lesquelles il reprend la position du Maroc selon lequel son territoire aurait été tronqué, durant la colonisation, au profit de l'Algérie :
Il est poursuivi en vertu de l'article 87 bis du Code pénal algérien qui réprime les , visant notamment les manœuvres selon une ordonnance prise lors de la répression du Hirak. thumb|left|François Zimeray, premier avocat français de Sansal, Pierre Cornut-Gentille lui succède. Le , son avocat, le français François Zimeray, annonce que l'écrivain a fait appel de sa mise en détention. Quelques jours plus tard, François Zimeray fait savoir qu'il n’a pas pu obtenir de visa d'entrée en Algérie pour rencontrer son client. Le , la chambre d'accusation rejette la demande d'appel et maintient Boualem Sansal en incarcération.
Selon des médias français, le , des hommes qualifiés d' par le magazine Marianne rendent visite à Boualem Sansal dans sa chambre du pavillon pénitentiaire de l'hôpital Mustapha-Pacha et lui suggèrent de prendre , pour faciliter sa défense, afin que ce dernier ait des chances d’obtenir un visa pour pouvoir visiter son client mais aussi pour sa sécurité face à la haine qui le vise en Algérie. Aussi, selon son avocat, Boualem Sansal décide, dès le , d'entamer une grève de la faim pour dénoncer . François Zimeray indique également que le protocole de soins pour traiter le cancer de Boualem Sansal est interrompu du fait de cette grève de la faim. Le bâtonnier d’Alger, Mohamed Baghdadi, dément les informations données par François Zimeray et affirme que ce dernier n'est plus l'avocat de Boualem Sansal, qui a choisi de se défendre seul. Il conteste aussi les critiques concernant des entorses à la procédure. Dans un entretien accordé à Sud Radio au sujet de l'affaire Boualem Sansal, le recteur de la grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, dément les affirmations de certains médias français selon lesquelles l'avocat François Zimeray se serait vu refuser un visa pour défendre Sansal . Il a également rappelé que c'est l'éditeur Gallimard qui a désigné François Zimeray comme avocat de Sansal, et non l'intéressé lui-même, ce qui est contraire au droit pénal. L’avocat français a sollicité une deuxième demande de visa pour rencontrer l'écrivain ; il « n’a pas reçu de réponse mais n’a pas été refusée ».
Le , Boualem Sansal comparait devant un juge du tribunal de Dar El Beïda, selon des sources médiatiques. Celles-ci rapportent qu'un nouveau chef d'inculpation pèse sur lui, celui d'. D'après le journal Ennahar, il est accusé d'avoir, par le passé, transmis à l'ambassadeur de France en Algérie des informations et renseignements sensibles à caractère sécuritaire et économique.. Le , le parquet du tribunal de Dar El Beida requiert dix ans de prison et une amende d’un million de dinars (environ )..
Lors du procès, qui a duré vingt minutes., Boualem Sansal apparaît en bonne condition et confirme son choix d'assurer lui-même sa défense. Il ne nie pas les faits, mais conteste la qualification retenue par l'accusation, estimant que les propos qui lui sont reprochés relèvent de sa liberté d'expression. Cela inclut également les échanges retrouvés dans sa messagerie avec deux ambassadeurs de France en Algérie.. Le , il est condamné à une peine de cinq ans de prison ferme et à une amende de (environ ).. Le , François Zimeray annonce que Boualem Sansal fait appel de sa condamnation. Il est jugé en appel le , seul après qu'il a refusé les avocats algériens commis d’office, le procureur demande dix ans de prison ferme. Boualem Sansal se défend : . Le , alors qu'il est défendu par le nouvel avocat français Pierre Cornut-Gentille, la cour d'appel d'Alger confirme la peine de cinq ans de prison de Boualem Sansal.
Il est gracié par le président Abdelmadjid Tebboune le .
En , Boualem Sansal indique avoir décidé d'attaquer devant la justice internationale Abdelmadjid Tebboune, considérant qu'il n'a pas eu un .
Réactions Sphère politique thumb|Le président Abdelmadjid Tebboune (2024). L'arrestation de Boualem Sansal a intensifié la crise entre Alger et Paris, déjà exacerbée depuis le par l'annonce du soutien de la France aux positions marocaines sur le Sahara occidental. En France, sa récente acquisition de la nationalité française est mise en avant pour exiger sa libération, une revendication particulièrement exploitée par l'extrême-droite, qui s'empare de cette affaire pour accentuer ses critiques envers l'Algérie.
Le , le président algérien Abdelmadjid Tebboune évoque pour la première fois l'arrestation de Boualem Sansal, qu'il qualifie d'.. Pour sa part, le président Emmanuel Macron affirme, le , que l'Algérie en maintenant en détention l'écrivain âgé et malade.
Le , le Parlement européen adopte par une écrasante majorité une résolution pour condamner son arrestation et réclamer sa libération immédiate et inconditionnelle. L'abstention ou le vote contre cette résolution de certains députés de La France insoumise, dénonçant une instrumentalisation de l'affaire par la droite et l'extrême droite dans les relations entre la France et l'Algérie, provoquent une polémique en France, où leurs votes sont qualifiés de « honte » par des personnalités, de gauche et de droite.
Dans une interview accordée à L'Opinion, le président algérien estime qu’il ne s’agit pas mais d’une question relevant de . Selon lui, et cette affaire viserait à . Concernant l’absence de visite consulaire pour l’écrivain, le président algérien souligne qu’il était . Il ajoute que Boualem Sansal était pris en charge médicalement et serait jugé dans les délais impartis. Il précise également que l’écrivain pouvait communiquer régulièrement avec sa femme et sa fille. vignette|left|Banderole de soutien dans le quartier des Batignolles à Paris en . Le , François Bayrou, Premier ministre français, mentionne concernant la santé de Boualem Sansal et relève les pressions qui . La condamnation de l'écrivain est critiquée par tous les partis politiques français « de LFI au RN ».
Début , Jean-Luc Mélenchon, figure tutélaire de La France insoumise, demande au président Abdelmadjid Tebboune « d’user de ses pouvoirs constitutionnels » en libérant l'écrivain Boualem Sansal et le journaliste Christophe Gleizes. Pour sa part, le député européen François-Xavier Bellamy estime le , jour de Fête de l'Indépendance en Algérie, que «Le régime algérien ne fait rien d’autre que d’insulter la France» : François-Xavier Bellamy prône la fin de la complaisance, titre résumant la transcription sur le site du JDD à 11H52 «Quand l’Algérie célèbre son indépendance, elle ne fait rien d’autre que d’insulter la France», dénonce François-Xavier, titre résumant la transcription sur le site d'Europe1, mis à jour le 5 juillet 2025 à 12 heures 42 .
En Belgique, en , les députés de la Chambre des représentants votent à l'unanimité une résolution demandant la libération immédiate et inconditionnelle de Boualem Sansal.
En , Emmanuel Macron, mettant notamment en avant l'incarcération pérenne de Boualem Sansal et de Christophe Gleizes, demande au gouvernement français des mesures de rétorsions plus fortes .
En , Boualem Sansal refuse sa nomination pour le prix Sakharov 2025 par le groupe d’eurodéputés Patriotes pour l'Europe présidé par Jordan Bardella, membre de l'extrême droite en France. Par l’intermédiaire de sa femme , il s'est exprimé contre cette proposition de nomination en déclarant que c'est une .. thumb|Le président Frank-Walter Steinmeier (2025). En , le président allemand Frank-Walter Steinmeier sollicite le président Abdelmadjid Tebboune pour obtenir la libération de l'écrivain : . Le président allemand propose le transfert de Boualem Sansal en Allemagne pour .
Société civile En Algérie, la nouvelle de son arrestation est accueillie avec une certaine indifférence. Le quotidien algérien en ligne TSA estime que les Algériens reprochent à Sansal d'adhérer aux thèses de l'extrême droite française et dénonce également son positionnement perçu comme favorable au Maroc, dans un contexte marqué par la montée de discours expansionnistes au sein du royaumehttps://www.courrierinternational.com/article/arrestation-l-ecrivain-boualem-sansal-plume-de-trop-pour-le-regime-algerien_224883. Pour El Watan, Boualem Sansal aurait symboliquement concédé une partie du territoire algérien au voisin occidental dans ses propos. Le journal l'accuse d'avoir été envoyé en éclaireur pour sonder la détermination de l'État algérien à défendre ses frontières, ce qui aurait suscité une réaction unanime du peuple en faveur de la souveraineté nationale.
En France, des meetings de soutien sont organisés pour demander la libération de l'écrivain.
Trois comités de soutien sont constitués pour le défendre : le Comité de soutien international à Boualem Sansal, qui comprend plus de d’une vingtaine de nationalités, le Comité belge de soutien à Boualem Sansal, et les Amis de la liberté avec Boualem Sansal, qui regroupe près de .
En Allemagne, des intellectuels allemands et internationaux signent une tribune, en , pour demander la libération de l'écrivain : . L'hebdomadaire Le Point cite quelques personnalités signataires, à savoir : Margaret Atwood, Elfriede Jelinek, David Grossman, Orhan Pamuk, Anne Applebaum et Martin Schulz.
L'écrivain algérien Yasmina Khadra demande sa libération lors d'un entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune en . De son côté, Rachid Boudjedra, autre écrivain algérien, le décrit début juin comme un , affirmant qu'il a bénéficié d'avantages substantiels pour construire une villa dans un site protégé à Zemmouri (Boumerdès) près d'Alger.
ONG Amnesty International, le Pen Club et Reporters sans frontières ont condamné son arrestation et requis sa liberté.. Pour Bassam Khawaja de l'ONG Human Rights Watch, l'affaire Boualem Sansal ..
Libération
Le , le président algérien Abdelmadjid Tebboune décide de gracier Boualem Sansal à la suite d'une demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier. Selon le communiqué de la présidence algérienne : Le jour-même, il rejoint Berlin à bord d'un avion gouvernemental allemand..
Il est de retour en France le où il est reçu de suite avec son épouse par le président de la République Emmanuel Macron..
Réactions
Algérie En Algérie, des critiques du régime mettent en avant les incohérences des autorités alors que les proches soulignent un acte de souveraineté.