La chronologie du conflit du M23 détaille le déroulement des événements liés à l'insurrection armée débutée en par le Mouvement du (M23) dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC).
C'est la phase actuelle des conflits qui déstabilisent la région du Kivu depuis 2004. Cette mutinerie fait suite à la première rébellion du M23, défaite en 2013 par les troupes gouvernementales et les soldats de la MONUSCO.
Reprise des armes du M23 ( - ) En , le Mouvement du 23 mars (M23) lance plusieurs offensives mineures contre les positions des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et des membres de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) près de la frontière entre la république démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et l'Ouganda. Ces attaques donnent peu de résultats, le M23 ne bénéficiant plus de soutien international significatif. L'Ouganda et la RDC ont grandement amélioré leurs relations, coopérant contre un ennemi commun, les Forces démocratiques alliées (ADF), lors de l'opération Shujaa. Début 2022, un nombre croissant de combattants du M23 commencent à quitter leurs camps et à retourner en RDC. Le mouvement rebelle lance d'autres attaques entre et , lesquelles sont repoussées.
Un rapport d'experts mandatés par l'ONU indique que le commandement militaire général de ces attaques est assuré par Sultani Makenga, tandis que le colonel Yusuf Mboneza supervise les opérations sur le terrain. Bertrand Bisimwa, contraint par les autorités ougandaises de quitter Kampala le , demeure le dirigeant politique du M23.
Les dirigeants du M23 ont fait valoir que certaines parties de leur mouvement avaient repris l'insurrection car les conditions de l'accord de paix de 2013 n'étaient pas respectées par le gouvernement congolais. Les rebelles ont également fait valoir qu'ils tentaient de défendre la minorité tutsi du Kivu contre les attaques de combattants hutus tels que ceux des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
En 2022, le M23 n'était que l'un des 120 groupes armés qui opèrent dans l'est de la RDC. Avant , le gouvernement congolais a tenté de renforcer sa position face à la résurgence du M23 en envoyant davantage de soldats. Cependant, cela a affaibli sa présence dans d'autres zones, dont celles touchées par l'insurrection des ADF.
Premières attaques significatives des rebelles ( - ) Dans la nuit du , les rebelles du M23 lancent une nouvelle offensive au Nord-Kivu, attaquant d'abord les villages de Tshanzu et Runyoni dans le territoire de Rutshuru depuis leurs fiefs des collines environnantes. Les deux villages avaient été des bastions importants du mouvement M23 pendant la rébellion de 2012-2013. L'attaque rebelle est menée par Sultani Makenga. Le gouvernement de la RDC affirme que le Rwanda soutient l'opération, une affirmation démentie par le gouvernement rwandais et les rebelles. Onesphore Sematumba, chercheur à l'International Crisis Group, soutient que les allégations d'aide rwandaise sont crédibles. Il suggère que la résurgence du M23 est probablement influencée par la volonté du Rwanda d'arrêter un projet d'infrastructure qui relierait la RDC et l'Ouganda.
Le , les FARDC repoussent une attaque rebelle contre la ville frontalière de Bunagana, mais le M23 capture plusieurs villages, dont Mugingo, Gasiza, Chengerero, Rugamba, Kibote, Baseke et Kabindi. De plus, un hélicoptère de l'ONU s'écrase à Tshanzu, tuant huit Casques bleus de la MONUSCO (six Pakistanais, un Russe et un Serbe). Les FARDC accusent les rebelles du M23 de l'avoir abattu. À Bunagana, les FARDC reçoivent le soutien de l'armée ougandaise, dont les forces terrestres traversent la frontière, tandis que des avions ougandais bombardent les rebelles. Au avril, les affrontements dans le Rutshuru ont déplacé selon le HCR. Les combattants du M23 se retirent dans leurs bases en montagne, leurs premières attaques étant considérées comme un échec, et proclament un cessez-le-feu unilatéral.
Échec des pourparlers de paix et reprise des combats ( - ) Le , les FARDC refusent toute négociation avec les forces du M23 basées en RDC et lancent une contre-attaque. Quatre jours plus tard, le M23 annonce qu'il va retirer ses troupes de tous les villages qu'il a capturés. Cependant, les FARDC perdent de plus en plus de terrain au profit des insurgés. Fin avril, le gouvernement de la RDC et certains groupes rebelles tiennent des pourparlers de paix à Nairobi, mais la faction Bisimwa du M23 quitte les négociations ou en est expulsée en raison des affrontements en cours au Nord-Kivu.
Les forces du M23, dirigées par Makenga avec la faction Bisimwa, reprennent leur offensive en mai. Cette opération serait appuyée par au moins rwandais. Selon une source locale, le M23 envahit Kibumba le . Le 19 mai, des rebelles du M23 attaquent des Casques bleus de la MONUSCO à Shangi, dans le territoire de Rutshuru, alors que ces derniers rejoignent des opérations de contre-insurrection des FARDC. Les dirigeants rebelles déclarent que l'attaque est une réponse à une précédente opération conjointe FARDC-FDLR. À partir du , les rebelles tentent de marcher sur la capitale provinciale du Nord-Kivu, Goma, déplaçant . Du 22 au , une bataille fait rage à Kibumba, tandis que les insurgés s'emparent temporairement de Rumangabo avant qu'elle ne soit reprise par les FARDC. Selon des chercheurs indépendants, les insurgés ont été soutenus par des militaires rwandais lors de la bataille de Rumangabo.
Le , le M23 atteint la périphérie de Goma, mais est repoussé par la MONUSCO, les FARDC et les FDLR à l'issue de violents combats. Les insurgés se retirent et les combats s'interrompent le reste du mois. Les FARDC accusent les Forces rwandaises de défense de combattre directement aux côtés des rebelles, affirmant que des miliciens locaux ont capturé deux soldats rwandais. De l'autre côté, le Rwanda affirme que la RDC a tiré des roquettes sur son territoire, a été aidée par les FDLR et a enlevé les deux soldats. Les combats attisent également les tensions ethniques locales : le commissaire divisionnaire adjoint de la police nationale du Nord-Kivu, François-Xavier Aba van Ang, diffuse une vidéo exhortant les civils à s'organiser en milice pour mener une au M23. Bien que cet appel soit désavoué par les autorités, les FARDC arment également les milices locales existantes afin qu'elles puissent participer à la campagne contre le M23.
Prise de Bunagana, nouvelles avancées rebelles et contre-attaques loyalistes ( au )
Début juin, des affrontements ont de nouveau lieu à Bunagana. Le , le M23 attaque la MONUSCO à Muhati, dans le territoire de Rutshuru. Le , les FARDC repoussent une autre attaque du M23 sur Bunagana. Contrairement à la précédente attaque contre Bunagana, les forces de sécurité ougandaises de l'autre côté de la frontière n'interviennent pas et se retirent des collines surplombant la ville. Le M23 capture Bunagana le lendemain, après l'avoir encerclée, et force ainsi la garnison locale de 137 soldats et 37 policiers à battre en retraite à en Ouganda, où elle se rend aux forces de sécurité ougandaises. De nombreux civils fuient également de l'autre côté de la frontière. Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Constant Ndima Kongba, nie d'abord la chute de la ville, mais le porte-parole des FARDC Sylvain Ekenge déclare plus tard qu'elle ne constitue par le Rwanda. La RDC suspend avec le Rwanda. À ce stade, deux sources de sécurité congolaises et des députés congolais accusent aussi l'Ouganda de soutenir l'offensive rebelle. Les parlementaires affirment que la retraite ougandaise avait facilité la prise de la ville, accusant Muhoozi Kainerugaba, le chef des troupes ougandaises impliquées dans l'opération Shujaa, de soutenir le M23. La RDC met fin à la coopération militaire avec l'Ouganda. Le gouvernement ougandais interrompt l'opération Shujaa, et l'armée ougandaise affirme que les dernières attaques du M23 ne constituaient pas une menace pour les citoyens et l'équipement ougandais, rendant inutile son intervention. La MONUSCO réfute les affirmations d'un soutien ougandais au M23 et appelle au calme et à la coopération.
Le président kényan Uhuru Kenyatta réagit à la chute de Bunagana et aux tensions régionales croissantes en appelant la Communauté d'Afrique de l'Est à organiser une nouvelle mission de maintien de la paix appelée Force régionale de l'Afrique de l'Est pour rétablir la sécurité dans l'Est de la RDC. Pendant ce temps, la MONUSCO commence à se préparer à aider les forces de sécurité congolaises à reprendre la ville. Les troupes des FARDC du secteur d'opérations Sokola 2 attaquent depuis Kabindi le et affirment plus tard avoir repris Bunagana. Cependant, la ville est toujours aux mains des rebelles le lendemain et de violents combats se déroulent à l'ouest de celle-ci. Le M23 contre-attaque, capturant la ville de Tshengerero et les villages de Bugusa, Kabindi et Rangira. Les insurgés avancent sur Rutshuru et abattent un hélicoptère des FARDC. Les combats s'étendent au parc national des Virunga et des écologistes signalent que cela y menace la survie des gorilles des montagnes.
Les avancées renouvelées du M23 auraient fait partie d'un plan de Sultani Makenga visant à isoler et finalement capturer Goma, dans l'espoir d'arracher ainsi des concessions politiques au gouvernement congolais. Du 18 au , la ligne de front se stabilise le long de l'axe Rutshuru-Bunagana. Les forces combinées des FARDC et de la MONUSCO tiennent toujours des hameaux du voisinage immédiat de Tshengerero, tels que Ntamugenga et Rwanguba où se situe un important pont. Les combats se déplacent vers l'axe Runyoni-Rumangabo, où des affrontements sont signalés dans les villages de Kavumu et de Bikenge. Parallèlement, une réunion de la Communauté d'Afrique de l'Est est organisée à Nairobi pour discuter des tensions diplomatiques entre la RDC, le Rwanda et l'Ouganda ainsi que du déploiement d'une nouvelle force de maintien de la paix en réaction aux attaques du M23. Le gouvernement de la RDC déclare qu'il accueillerait favorablement une mission de maintien de la paix sous l'égide de la Communauté, mais uniquement à condition que le Rwanda n'y participe pas. L'organisation appelle ensuite le M23 à se retirer de Bunagana comme condition préalable à un cessez-le-feu, mais les insurgés en font fi. Au contraire, le M23 rouvre le poste-frontière de Bunagana sous sa propre administration, après quoi le gouvernement du Nord-Kivu interdit l'importation et l'exportation de marchandises à travers le territoire tenu par les rebelles.
Reprise de territoire par les forces progouvernementales et impasse ( - ) vignette|Casques bleus marocains de la MONUSCO en patrouille à long rayon d'action pour protéger les civils des rebelles du M23 dans le territoire de Rutshuru.