Sa Figu, ou selon son nom complet le complexe archéologique de Sa Figu, est un site archéologique du Néolithique situé dans la commune d'Ittiri, dans la province de Sassari, en Sardaigne. Le site comporte une nécropole et un cercle mégalithique. Les tombes du groupe principal sont d'anciennes domus de janas construites au Néolithique récent (culture d’Ozieri), certaines ont été ultérieurement réutilisées à l’âge du cuivre (culture de Monte Claro), puis à nouveau transformées en tombes de géants au Bronze ancien (culture de Bonnanaro).

Localisation

La zone archéologique de Sa Figu est située à l'extrémité sud du plateau de Coros, au nord-est du village d'Ittiri, à plus de 400 mètres d'altitude. De cette position particulièrement élevée, elle domine une partie du cours de la vallée du Rio Mannu et la nécropole à domus de janas d'Ochila. Le site comprend une nécropole, un nuraghe du type protonuraghe et, à proximité de celui-ci, une structure mégalithique en forme de cercle.

Nécropole

Généralités La nécropole a été signalée pour la première fois en 1961 par l'archéologue Ercole Contu, qui identifia quatre tombes (les actuelles tombes I à IV), déjà violées dans l’Antiquité, mais n'en fouilla que deux (tombes I et III) dont la publication des résultats n’a jamais été achevée. Entre 2001 et 2003, Paolo Melis a dirigé trois campagnes de fouilles archéologiques qui ont concerné les tombes II, IV, V, VIII, X et partiellement (dromos uniquement) la tombe IX. La poursuite des fouilles a ainsi permis d'identifier onze tombes encore visibles auxquelles s’ajoutent des indices de tombes détruites ou encore enfouies. Sur une surface d’environ 3 hectares, la nécropole s'étend sur environ 500 mètres de longueur. Elle comporte deux ensembles distincts, un groupe principal (tombes I à IV, VI, IX, X et XI) et un groupe périphérique (tombes V et VIII) situé à quelques centaines de mètres plus à l'ouest, et une tombe isolée (tombe VII) au sud-est du groupe principal. Le groupe principal est constitué d’anciennes domus de janas. Certaines ont été réaménagées et transformées en « tombes de géants hypogées » (appelées aussi « domus à architecture apparente ») durant la phase des tombes à façade architectonique et d'autres (tombes I, IX, X et XI) n’ont apparemment pas été réutilisées, bien qu’un doute subsiste pour la tombe I.

Les fouilles archéologiques ont permis d'identifier trois grandes phases d’utilisation du site :

au Néolithique récent (culture d’Ozieri), des domus de janas sont creusées toutes orientées vers le nord ; durant l'âge du cuivre (culture de Monte Claro), les domus de janas sont réutilisées ; durant l'âge du Bronze moyen (au début de la période nuragique) : certaines domus de janas sont transformées en tombes de géants (tombes à façade architectonique) et de nouvelles tombes monumentales sont construites dans un groupe périphérique.

Il est probable que la préférence marquée pour le site de Sa Figu, au détriment de la nécropole voisine d’Ochila, s’explique en raison de sa topographie très symbolique, Sa Figu étant situé sur une hauteur dominant une vallée, ou soit liée à la proximité d’un village nuragique (probablement un protonuraghe).

Tombe II

Architecture La tombe II est une ancienne domus de janas réaménagée en tombe de géants du type « tombe à façade architectonique ». La tombe II est contiguë à la tombe III, au point que les extrémités de leurs esplanades semblent presque se rejoindre. Elle a fait l’objet de deux campagnes de fouilles en 2001 et 2002. L’hypogée d'origine s’ouvrait, sur une paroi calcaire basse. Il était composé d’un petit vestibule et d’une cellule principale, probablement accompagnée de deux autres espaces secondaires à gauche et au fond. Le vestibule était peut-être précédé d’un court dromos qui aurait disparu lors de la restructuration de la tombe au Bronze moyen. L’entrée est de forme rectangulaire (60 × 45 cm). Le vestibule, de forme elliptique (100 × 75 cm, hauteur 80 cm) est resté relativement intact, contrairement aux trois autres espaces qui ont été fusionnés en une seule pièce. À l'origine, le vestibule devait mesurer 2,20 × 2,30 m, la cellule gauche 1,80 × 0,90 m et la cellule du fond 1,55 × 1,25 m.

Au Bronze moyen, la tombe a subi des réaménagements internes (suppression des cloisons entre les pièces principales) et surtout des transformations extérieures, avec l’ajout d’une esplanade semi-circulaire devant l’entrée (plus de 6 m de large, environ 2 m de profondeur). Cette esplanade de forme semi-circulaire a été creusée dans la roche et agencée avec des orthostates. Un banc rudimentaire en pierre, dont il ne reste que trois pierres sur le côté est, a été installé à la base de l’esplanade et une stèle cintrée a été érigée au centre de l’exèdre, devant la porte de l'hypogée, alignée sur l’entrée de l’hypogée. À l'origine, la stèle était peut-être composée de deux parties superposées, il n'en demeure que deux fragments rectangulaire (l'un de 1,00 × 0,40 m avec un cadre en relief de 30 cm, l'autre de 0,65 × 0,40 m et d'épaisseur) encadrant la porte d'entrée ( de largeur). Le « tumulus » a été construit avec des dalles et du remplissage de pierres, exactement comme dans les tombes de géants aériennes contemporaines. Il n'en demeure que l'extrémité arrière, mais il devait atteindre une longueur totale, de l’abside à la stèle, d’environ 10,40 m, avec une largeur allant de 2,80 m à plus de 4 m.

Au Bronze moyen ou au Bronze récent-final voire au début de l’âge du fer, un ossuaire a été creusé sous l’hypogée, pour y déposer les restes des sépultures précédentes, sans le mobilier funéraire d'accompagnement, déplacés lors du réaménagement. On y accède par un puits artificiel étroit ouvert dans le sol de la pièce du fond. Cette cavité irrégulière (2,70 × 2,10 m, hauteur 1,30 m) se divise en deux branches étroites devenant impraticables après 80 cm de longueur.

Matériel archéologique En raison des remaniements de l’âge du Bronze, le mobilier retrouvé attribuable à la phase néolithique initiale se limite à deux fragments céramiques. Bien que les réutilisations ultérieures, du Bronze moyen 2 à l'âge du fer, aient effacé le contexte funéraire originel, la transformation de la domus de janas en tombe à façade architectonique a pu être datée de la phase dite de Sa Turricula (Bronze moyen 1) car les fragments de vases des sépultures précédentes avaient été transférés dans deux zones précises, derrière les orthostates du côté est de l’esplanade et près du tumulus sur le côté est. Parmi les objets les plus significatifs retrouvés, on peut distinguer une coupe carénée presque complète (surface noire interne, surface rougeâtre externe) comportant une petite languette sur le bord, à la fonction incertaine mais probablement symbolique.

340 fragments osseux humains ont été trouvés dans l'hypogée, ils correspondent à un minimum de 15 individus. L’analyse dentaire a révélé la présence d’au moins 5 jeunes individus (1 adolescent de 12 à 16 ans, 1 enfant de 6 ans et 3 enfants de moins de 5 ans). En ce qui concerne les restes trouvés dans l'ossuaire, 731 fragments osseux ont été analysés et classifiés. Ils correspondent à un nombre minimum de 36 personnes, dont 31 adultes et 5 enfants (1 d’environ 1 an et 4 âgés de 3 à 6 ans). Des traces de combustion ont été observées sur certains ossements mais les analyses ont établi que ces os avaient été exposés à une chaleur relativement faible (inférieure à 250 °C), insuffisante pour correspondre à une crémation complète.

Une réutilisation sporadique de la tombe à l’âge du fer a aussi été mise en évidence.

Tombe III La tombe III est située immédiatement à gauche de la tombe II. Elle a été creusée dans le même affleurement calcaire bas et comporte des caractéristiques architecturales similaires à celle de la tombe II. Il s’agit également d’une domus de janas creusée au Néolithique récent, qui a été agrandie et réutilisée à l’âge du Bronze comme tombe à façade architectonique, avec l’ajout d’une stèle cintrée et d’une esplanade en dalles orthostatiques, placées contre une paroi rocheuse préalablement creusée en forme semi-circulaire. La tombe devait aussi comprendre un « tumulus » supérieur constitué de pierres et de dalles, comme pour la tombe II, mais il n’en reste aucune trace visible.

L’entrée originelle de la domus de janas était probablement précédée d’un petit vestibule rectangulaire (80 cm de large, 15 cm de profondeur, 60 cm de hauteur) qui fut ensuite réaménagé pour permettre la construction de l’esplanade, mais seule sa partie terminale a été conservée. Le vestibule, bien que très endommagé, conserve sa forme originelle, vaguement pentagonale (1,10 × 1,10 m, hauteur 1 m). Il est suivi d’un portique rectangulaire (50 × 60 cm, épaisseur d’environ 30 cm), dont la partie supérieure est manquante. La dalle de fermeture en calcaire (66 × 30 cm, épaisseur maximale de 17 cm) est encore visible mais elle est endommagée. La cellule principale, accessible depuis le vestibule, résulte probablement de la fusion de plusieurs cellules originelles. Elle est flanquée de deux niches semi-elliptiques sur la paroi gauche, mesurant respectivement 82 × 24 cm et 70 × 30 cm. Ces niches, typiques des réaménagements de l’âge du Bronze, servaient probablement à des dépôts secondaires ou à des usages rituels. Une seconde cellule de forme sub-elliptique (140 × 80 cm, hauteur 96 cm) est accessible par une ouverture élargie (90 × 90 cm) dans la paroi du fonds. À droite, une troisième et dernière cellule elliptique (170 × 100 cm, hauteur 80 cm) complète l’ensemble.

Cette tombe, comme toutes celles réaménagées à l’âge du Bronze, illustre bien la transition entre les pratiques funéraires néolithiques et celles de la culture nuragique, avec l’ajout de symboles monumentaux comme la stèle cintrée et l’esplanade en façade. Les fouilles d'E. Contu en 1961 ont permis d'y recueillir un matériel archéologique significatif, dont un célèbre vase à bord plat orné d'un décor de métopes, qui après restauration a été représenté dans de nombreuses publications ultérieures.

Tombe IV La tombe IV constitue la tombe la plus importante et la plus monumentale de la nécropole. Elle a été installée dans la zone centrale du groupe principal, et ce choix d'implantation n'est pas anodin, car avec sa façade tournée vers le nord-est, elle semble dominer les autres tombes du groupe qui sont orientées au nord/nord-ouest selon le profil de la falaise. La tombe IV était probablement destinée à la sépulture des membres d’une famille de haut rang au sein de la communauté. À l'extérieur, la réalisation des éléments reproduisant l'aspect des tombes des géants (exèdre semi-circulaire avec au centre une stèle bipartite constituée d'un cadre inférieur surmonté d'une lunette semi-circulaire) a toutefois du présenter de nombreuses difficultés à ses constructeurs en raison de l'absence d'une paroi rocheuse élevée. La partie supérieure de la façade cintrée comporte trois trous en forme de cône tronqué. L'une des caractéristiques les plus originales de ce monument est la présence de l'imposant « tumulus » qui avait déjà attiré l'attention d'E. Contu dès 1961. Ce « tumulus » reproduit fidèlement celui d'une tombe de géants mégalithique, constitué de terre et de pierres, mais ici il est directement taillé dans la roche et prend la forme d'un bloc trapézoïdal (8,80 m de longueur, 2,80 m de largeur côté façade et 2,00 m de largeur à l’extrémité postérieure, pour une hauteur conservée comprise entre ).