Les Calico Acts (en français : lois sur le calicot) sont deux lois protectionnistes adoptées par le Parlement d’Angleterre (1700) puis par le Parlement de Grande-Bretagne (1721). Elles interdisent dans un premier temps le port d'étoffes de soie et de calicot importées des Indes - tissu léger en coton - avant d'étendre l'interdiction à ces mêmes étoffes lorsqu'elles sont fabriquées sur le sol britannique.

Destinées à protéger l'industrie de la laine et de la soie, elles favorisent indirectement le développement de la filière du coton puisqu'elles exemptent de leurs restrictions la - tissu à base de coton et de lin.

Contexte vignette|George Walker, 1814 Commerce extérieur Au lendemain de la Glorieuse Révolution, l'Angleterre se dirige progressivement vers la fin des monopoles, concessions accordées de manière arbitraire et qui font partie des prérogatives royales. Ces privilèges ne subsistent plus que dans certains domaines, notamment le commerce extérieur, qui est concédé sous forme de monopole, à la Compagnie britannique des Indes orientales.

Marché du textile À l'aube du , l'industrie textile constitue le deuxième secteur économique le plus important en Grande-Bretagne, après celui des céréales. Dans cette industrie du textile, la laine représente à elle seule 95% des exportations textiles. L'industrie de la laine assure donc une hégémonie à la Grande-Bretagne et représente par ailleurs des millions d'emplois. Ce qui en fait un secteur national éminemment stratégique.

D'un autre côté, le pays fait face à la concurrence grandissante du textile importé, majoritairement du calicot en provenance des Indes, et de la soie en provenance de la Chine et de la Perse. En effet, le calicot - tissu de coton léger, souvent orné de motifs colorés - présente des propriétés fonctionnelles supérieures à la laine. Il retient moins l'humidité et résiste aux mites et à la moisissure, ce qui en fait un textile idéal pour les importations de longue distance.

L'économie britannique traverse ainsi une profonde mutation. Elle est marquée par la confrontation entre l'industrie de la laine qui est stratégique et bien établie, et l'industrie des nouvelles fibres émergentes telles que le coton et le lin.

Environnement législatif alt=Peinture montrant des navires en construction dans un chantier naval.|vignette|418x418px|Les navires de la Compagnie des Indes orientales au chantier naval de Deptford. À la fin du , l'Angleterre promulgue un ensemble de lois somptuaires, qui se présentent comme des lois de régulation des signes de richesse. Elles imposent des restrictions sur les matières de luxe importées telles que la soie et le calicot. L'objectif implicite étant de protéger le secteur textile national de la concurrence étrangère.

Parmi ces lois, on compte les de 1666 et 1678, qui imposent que les corps des défunts soient recouverts d'un linceul de laine - une obligation qui n'est abrogée qu'en 1814. Les Calico Acts sont également un bon exemple de ces lois somptuaires.

L'ensemble de cette production législative abondante témoigne de la position dominante de l'industrie lainière de l'époque.

Protectionnisme de l'industrie lainière L'afflux de soie et de calicot importé - jugé de meilleure qualité et proposés à des prix plus compétitifs que les étoffes de soie et de laine anglaises - représente une menace grandissante pour le secteur lainier. Afin d'y répondre, le Parlement décide de promulguer les Calico Acts.

Calico Act 1700 vignette|Calicot anglais (coton pur), . Le Parlement anglais adopte en 1700 le premier volet des Calico Acts, qui interdit le port de tout textile de soie ou à base de calicot coloré importé d’Asie :« Sont interdits toutes les soies, indiennes et autres étoffes ouvragées ou mêlées de soie des manufactures de Perse, de Chine ou d'Inde orientale, et tous les calicots peints, teints, imprimés ou colorés dans ces manufactures, ayant été ou devant être importés dans ce royaume. »Cette loi interdit l'importation de soie ou de calicots colorés en Angleterre, toutefois, elle n'interdit pas son exportation d'Asie vers les autres colonies atlantiques de l'Empire britannique. Ce compromis permet au Parlement de protéger le marché intérieur, sans compromettre les intérêts de la Compagnie britannique des Indes orientales, dans le commerce extérieur.

Soulèvements sociaux Suite à cette première interdiction de 1700, les commerçants anglais décident d'importer du calicot naturel. Ils le font ensuite imprimer ou teindre localement, ce qui leur permet d'échapper aux restrictions. Cette lacune réglementaire, qui n'a fait que reporter le problème sur le sol anglais, continue de menacer l'industrie lainière.

Les producteurs de laine dénoncent l'impact économique du coton. Ce dernier représente une menace pour l’emploi lainier dans les régions du South West, de l'East Anglia, et du West Riding of Yorkshire. Les protestations se radicalisent : les pétitions se multiplient, et les revendications des tisserands deviennent violentes, allant jusqu'à des agressions physiques contre les personnes portant du calicot.

Calico Act 1721 Cette incohérence législative du premier Calico Act (1700) génère une production domestique croissante des calicots, qui engendre une instabilité sociale grandissante. Afin d'y faire face, le Parlement britannique décide de promulguer le Calico Act 1721 qui interdit plus strictement tout port de tissus en calicot, y compris ceux fabriqués localement :« À partir du 25 décembre 1722, la loi interdit à toute personne ou groupe, quels qu'ils soient, d'utiliser ou de porter en Angleterre, dans quelque tenue ou vêtement que ce soit, du calicot imprimé, peint, coloré ou teint. » En guise de sanctions, l'État menace de saisir les importations des tissus illicites et d'appliquer des amendes aux vendeurs ainsi qu'aux clients qui les porteraient.

Conséquences des Calico Acts

Répercussions économiques Ces différentes mesures permettent aux industriels lainiers de réduire fortement la concurrence asiatique. Néanmoins, elles causent un impact économique important aux régions du Lancashire, du Cheshire et du Derbyshire, fief de l'industrie cotonnière et qui reproduisaient les calicots indiens pour les vendre sur le sol national.

Les importations de coton en provenance des colonies américaines sont également impactées, portant préjudice aux négociants des villes portuaires de Bristol, Liverpool, Lancaster et Londres .

Les industriels lainiers ne réussissent pas à interdire la futaine, néanmoins ils réussissent à instaurer le doute sur la pleine légalité de ce secteur, ce qui n'encourage pas les investissements.

Stimulation de la production du coton Les Calico acts portent l'interdiction sur le coton pur imprimé ou coloré. Or, la futaine est d'une nature composite, puisqu'elle est tissée à base de coton et de lin, ce qui lui confère par ailleurs une résistance appréciable. En tirant parti de l'ambiguité juridique entourant la composition mixte de la futaine, les producteurs nationaux prospèrent. Ce textile devient ainsi un vecteur important du développement de la production de coton dans le Lancashire, et Manchester s'impose comme la capitale de cette industrie.

Essor de l'innovation droite|vignette|300x300px|Navette Volante, Flying Shuttle Les producteurs britanniques, contraints d'utiliser un mélange de lin et de coton pour rester dans la légalité, tissent et filent ce dernier pour l'utiliser dans la trame de la futaine. La demande croissante en coton révèle les limites du processus manuel, et stimule l'innovation. Vers 1733, John Kay invente la navette volante, qui accélère considérablement le tissage.

Ce n'est qu'avec le Manchester Act de 1736 - confirmant l'exemption de la futaine - que le secteur du coton se libère de cette ambiguïté législative, attirant un investissement massif. En 1774, advient l'abrogation total des Calico Acts, marquant le rôle prééminent désormais du coton dans l'industrie britannique.

Cette suite d'événement favorable au secteur du coton conduit à de nouvelles innovations, déclenchant ainsi la révolution industrielle.

Notes et références

Catégorie:Loi britannique du XVIIIe siècle