Sir John Falstaff est un personnage comique de fiction, créé par William Shakespeare et apparaissant dans les deux pièces Henry IV (Henry IV (première partie) et Henry IV (deuxième partie)), ainsi que dans Les Joyeuses Commères de Windsor. Annoncé à tort dans l'épilogue de comme revenant dans la pièce suivante, Henry V, il ne fait pas partie de la liste des personnages de cette pièce, et on apprend au deuxième acte qu'il vient de mourir, Shakespeare ayant renoncé à le faire apparaître une quatrième fois.
Shakespeare fait de lui le type du gentilhomme bouffon, doté d'un insatiable appétit pour la nourriture, la boisson et les femmes. Menteur et vantard, il ne manque pourtant pas d'esprit, ce qui lui permet de se tirer des situations dangereuses, délicates ou grotesques où il se retrouve régulièrement. C'est un des personnages les plus comiques de Shakespeare, bien qu'il apparaisse la première fois non dans une comédie, mais dans une pièce historique. Selon Leslie Dunton, Falstaff est ; d'après H. J. Oliver, c'est , et enfin pour Richard Dutton, il est l'un des plus fascinants personnages des pièces historiques de Shakespeare.
Certes, on ne connaît pas l'intention première de Shakespeare quand il a créé Falstaff. Mais on peut supposer qu'il voulait un classique bouffon, ne participant en rien au mécanisme de l'action, et dont la fonction aurait été simplement d'apporter un peu de gaieté et de détente à L'Histoire d'Henry IV, pièce historique décrivant une époque violente, c'est-à-dire un rôle guère plus important que celui dont a hérité Pistol dans Henry V. On peut imaginer la surprise de Shakespeare quand son truculent chevalier s'est débarrassé de ce rôle originel trop étroit, dépassant les attentes de son créateur : le succès de la pièce, dû en majeure partie à ce personnage carnavalesque, est en effet immense et immédiat, sans précédent tant au théâtre qu'en librairie (six éditions in-quarto avant le premier Folio de 1623, résultats que n'atteindront ni Hamlet, ni Richard III, malgré leur renommée.). Aussi la pièce originelle intitulée L'Histoire d'Henry IV devient-elle Henry IV (première partie) pour permettre une suite, Henry IV (deuxième partie)., avec toujours Falstaff en précepteur de rencontre du prince de Galles. Il se trouvera ensuite mêlé à une farce, Les Joyeuses Commères de Windsor. Sa mort est annoncée dans Henry V, pièce où il n'apparaît pas. Rares sont les personnages importants de Shakespeare à avoir connu une telle longévité scénique.
Biographie vignette|alt=Gravure. Chevalier vu de dos sur cheval caparaçonné, lance en main, face à deux chevaliers lui coupant le passage|Duel judiciaire entre Bolingbroke, futur Henri IV, et Mowbray devant le roi Richard II, dessin tiré de A Chronicle of England de James Doyle, page 335 (1864). Quand Shakespeare écrit les deux pièces , un de ses buts est de montrer l'éducation d'un prince, et son passage d'une jeunesse turbulente à la maîtrise de soi et à la dignité d'un grand roi. Pour symboliser la société indisciplinée et égoïste dans laquelle grandit Henri, prince de Galles, surnommé Hal, Shakespeare le fait fréquenter une taverne et une bande de vauriens, ivrognes et voleurs, menée par un chevalier énorme et amoral, sir John Falstaff..
Selon celui-ci, il est né vers les trois heures de l'après-midi en ayant déjà la tête blanche et le ventre un peu rond, acte I, scène 2, lignes 175-177., voulant signifier par là au Grand Juge qui l'interroge qu'il est resté physiquement le même malgré son âge, et que, par conséquent, il peut continuer à dire ., alors qu'il a une bonne soixantaine d'années.
Dans , on apprendHenry IV (deuxième partie) acte III, scène 2, lignes 23 à 25. que Falstaff, dans sa jeunesse, a été page de Thomas Mowbray, duc de Norfolk., qui a été l'adversaire acharné du futur Henri IV, puisqu'ils s'étaient alignés l'un contre l'autre dans un duel judiciaire interrompu en dernière extrémité par le roi Richard IIRichard II, acte I, scène 3.. Aussi, dès l'origine, et Falstaff appartiennent à des clans définitivement ennemis.
Henry IV (première partie) vignette|alt=Peinture. Dans une auberge, un gros homme, épée en main, debout devant deux personnes, trois autres pouffant à gauche.|À l'auberge, Falstaff fait le récit de leur attaque par des voleurs devant le prince Hal assis et Poins goguenards. Falstaff apparaît la première fois dans la première partie dHenry IV (). Il appartient à une bande de voleurs, à laquelle s'est joint le jeune prince de Galles, héritier de la Couronne d'Angleterre, que Falstaff appelle familièrement , , , , tantôt le tutoyant, tantôt le vouvoyant. La bande se propose de dépouiller pendant la nuit à un groupe de riches pèlerinsHenry IV (première partie), acte I, scène 2.. Pour faire une farce à leurs complices, Hal et Poins ne se joignent pas au groupe, mais quand le butin est réuni prêt à être partagé, ils surgissent déguisés et les font tous fuir. Peu après, Falstaff raconte à Hal le combat inégal qu'il a dû mener contre plusieurs dizaines d'assaillants, et qu'il a finalement été obligé de fuir en abandonnant leur prise. Hal lui révèle alors la supercherie et se moque de sa couardise et de sa vantardise. Falstaff explique qu'il a fui car il les avait reconnus tous les deux et qu'il voulait épargner l'héritier du trône, acte II scènes 2 et 4..
Hal est convoqué à la Cour par son père. Prévoyant une entrevue houleuse, Falstaff lui propose de jouer la scène, lui tenant le rôle du roi. Ils inversent ensuite les rôles. Le shérif et ses hommes se présentent à l'auberge à la recherche des voleurs. Falstaff et ses compagnons se cachent pendant que Hal se fait connaître, disant que ce qui a été dérobé sera rendu. Ils partent tous pour la guerre, Hal ayant donné à Falstaff un commandement dans l'infanterie, ce qui ne l'enchante guère. Peu enthousiaste pour la marche, Falstaff dit qu'il aurait préféré la cavalerie, acte II scène 4 et acte III scène 3.. vignette|left|alt=Dessin. Des hommes en armure se penchent sur un blessé et d'autres, lui tournant le dos, le protègent.|Mort d'Hotspur à la bataille de Shrewsbury, dessin tiré de A Chronicle of England de James Doyle, page 349 (1864). Falstaff est en marche avec la troupe qu'il a recrutée. Il n'a préalablement sélectionné que des gens pouvant payer pour se faire remplacer. L'argent empoché et les plus vigoureux conscrits libérés, Falstaff a enrôlé de pauvres hères tout dépenaillés. Le prince Hal qui le rencontre constate la faiblesse de ses soldats. Apprenant que le roi est déjà à Shrewsbury, Falstaff se dit qu'il ne serait pas mécontent d'arriver après la bataille, acte IV scène 2..
Lorsque Falstaff parvient sur les lieux, la bataille est déjà bien engagée. Douglas, le chef des Écossais, débouche, frappe Falstaff qui s'écroule, et repart. Le prince Hal tue Hotspur, le chef des rebelles, puis voit Falstaff allongé. Le croyant mort, il s'éloigne. Resté seul, Falstaff se redresse, ayant fait le mort pour que Douglas ne l'achève pas. Il frappe le corps de Hotspur pour faire croire que c'est lui qui l'a tué. Les princes Hal et Jean arrivent et Falstaff revendique la victoire sur Hotspur, acte V scène 3..
Henry IV (deuxième partie) vignette|alt=Peinture. Gros homme (pourpoint jaune, culotte verte, bottes évasées) devant un page en rouge, traînant sa lourde épée.|Falstaff et son page au début de Henry IV 2, peinture d'Adolph Schroedter (huile sur bois 1867).
Lorsque Falstaff apparaît la première fois dans la deuxième partie d'''Henry IV (), il est accompagné d'un page. Il est peu après interrogé par le Grand Juge, qui enquête toujours sur le vol de réalisé en première partie. Falstaff tente en vain d'échapper à ses questions. Finalement, considérant sa bonne conduite à la bataille de Shrewsbury, le Grand Juge l'exempte d'une enquête plus approfondie. On en déduit que la mystification de Falstaff à la bataille de Shrewsbury, où il a prétendu avoir tué Hotspur, le chef des rebelles, a été crue, et que Hal, qui est le véritable vainqueur de Hotspur, ne l'a pas démentie. Le Grand Juge lui apprend qu'il a été désigné pour faire partie de l'expédition commandée par le prince Jean, partant combattre le comte de Northumberland et l'archevêque d'York, acte I scène 2..
Falstaff manque d'être arrêté pour dettes, à la suite de la plainte de la patronne de l'auberge « La Hure de sanglier ». Un messager vient lui apprendre à temps qu'il doit recruter des hommes pour l'armée du roi, ce qui lui permet de s'en aller. Le soir même, Falstaff dîne avec cette même patronne et une prostituée, Doll Tearsheet. Égayé par le vin, Falstaff dénigre le prince Hal. Ce dernier, qui vient juste d'entrer, surprend toute la conversation, et menace Falstaff, qui présente platement ses excuses. Cela ne va pas plus loin, car Hal apprend que la rébellion prend de l'ampleur, et il part précipitamment prêter main-forte à son père, acte II scènes 1, 2 et 4..
Les juges de paix, Silence et Falot, se remémorent leur jeunesse tapageuse, pendant laquelle ils ont connu Falstaff dans les écoles de droit de Londres.. Si l'on en croit les dires de Falot, Falstaff serait septuagénaire, alors qu'il n'avoue qu'une petite soixantaine. Cela veut dire que lorsque Falstaff était un jeune homme, ses modèles dans la vie réelle, Oldcastle et Fastolf, n'étaient pas encore nés.. Falstaff arrive justement avec Bardolph pour recruter quelques soldats. Les juges en ont préalablement sélectionnés quelques-uns, et ils les appellent l'un après l'autre. Falstaff retient les plus solides, mais aucun d'eux n'est désireux de partir à la guerre. Deux d'entre eux paient Falstaff pour ne pas être retenus, procédé déjà employé par celui-ci dans la première partie pour gagner indûment de l'argent, acte III scène 2.. thumb|left|alt=Miniature. Personnage de profil, avec riche collier de pierreries|Le prince Hal est devenu le roi Henri V. La bataille de la forêt de Gaultres est déjà terminée lorsque Falstaff arrive avec ses maigres troupes. Pourtant, un gentilhomme rebelle, nommé Colevile, se rend à lui volontairement. Le prince Jean arrive à son tour et reproche à Falstaff de n'apparaître que lorsqu'il n'y a plus de péril. Falstaff lui fait remarquer qu'il a capturé un rebelle, mais le prince n'est pas dupe de ce fait d'armes sans danger, et fait mettre Colevile avec les rebelles devant être exécutés. Resté seul, Falstaff déplore que ce prince ne lui soit pas aussi favorable que le prince Hal, acte IV scène 2..
Falstaff dîne chez le juge Falot avec le juge Silence, Bardolph et son page, quand il apprend qu'Henri IV est mort et que le prince Hal, leur ancien compagnon, lui succède sous le nom d'Henri V. Persuadé de pouvoir dorénavant tout obtenir du nouveau roi, Falstaff part pour Londres avec ses amis. Il assure qu'il va faire libérer Doll Tearsheet qui vient d'être emprisonnée, acte IV scène 3 et 4..
Falstaff et ses compagnons se sont placés sur le trajet du roi après son couronnement. À son passage, Falstaff l'interpelle familièrement, mais le roi le renie : . Néanmoins, le roi demande au Grand Juge qu'on subvienne à leurs besoins, de crainte que leur manque de ressources ne les fasse retomber dans le mal. Le Grand Juge comprend la requête et fait enfermer Falstaff et ses compagnons à la prison de Fleet, décision que le prince Jean juge équitable, acte IV scène 5..
Henry V Alors que Shakespeare avait annoncé dans l'épilogue de que son personnage reviendrait dans la pièce suivante., Henry V, Mrs Quickly, la patronne de l'auberge, vient annoncer avec beaucoup d'émotion et d'affection la mort de Falstaff dans son lit, sans que celui-ci soit apparu sur scène.. Pistol ajoute qu'après son abandon par le roi, Falstaff avait le cœur fracturé et Henry V, acte II, fin de la scène 1.. Le reste de la pièce se déroule sans qu'il soit fait mention de nouveau à Falstaff.