Adolphe Kamebo Digoué est un homme politique français et militant indépendantiste kanak en Nouvelle-Calédonie, né le à Yaté. Il est membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie pour le Parti de libération kanak (Palika) et l'Union nationale pour l'indépendance (UNI) depuis 2021.
Biographie Adolphe Digoué est né et a grandi à la tribu d'Unia dans la commune de Yaté, où il continue de résider.
Carrière politique
Militant indépendantiste et élu du Congrès
Militant d'abord de l'Union calédonienne (UC), il contribue à fonder le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) et aide à organiser à Unia le par les indépendantistes des élections territoriales du qui marque le début de la période dite des Louis Kotra Uregei, « Réponse à la lettre ouverte de Florenda NIRIKANI », site du Parti travailliste, 11 janvier 2019, consulté le 31 octobre 2025..
Passé au Parti de libération kanak (Palika), il est élu pour la première fois au Congrès lors des élections régionales du en troisième position sur la liste du FLNKS de Léopold Jorédié qui l'emporte de peu face aux non-indépendantistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Dick Ukeiwé dans la Région Centre Résultats des élections des membres des Conseils de Région de la Nouvelle-Calédonie et Dépendances, scrutin du 29 septembre 1985, JONC, 01/10/1985, .. Il est porté le suivant à la du conseil de cette région.
Les indépendantistes boycottant les régionales suivantes du , en pleine crise de la prise d'otages d'Ouvéa, Adolphe Digoué n'est donc pas réélu. Il retrouve toutefois son siège au Congrès lors des premières élections provinciales faisant suite aux accords de Matignon, le , en étant élu dans la nouvelle Province Sud en troisième position sur la liste du FLNKS menée par François Burck Résultats des élections aux assemblées de province et au Congrès du 11 juin 1989, JONC n°6638, 27/06/1989, p. 1425-1426..
Aux élections provinciales du , il n'est plus qu'en sur la liste Union nationale pour l'indépendance (UNI) formée par le Palika avec la fédération locale du Parti socialiste (PS), en dissidence du FLNKS, sous la conduite de l'ancien maire de Yaté Raphaël Mapou dans le Sud. Mais ils n'arrivent qu'en septième position parmi 10 listes présentées, avec voix () et aucun des 32 sièges à pourvoir. Il arrive loin derrière le RPCR (47,12 %, 18 élus) ou le FLNKS officiel de Rock Wamytan (, 3 élus) Élections aux assemblées de province du 9 juillet 1995, JONC n°7080, 12/07/1995, p. 2028-2029.
Après la signature de l'accord de Nouméa en 1998, Adolphe Digoué est présenté pour les élections provinciales du en sur la liste unitaire du FLNKS, toujours emmenée par le président du Front et figure de l'UC Rock Wamytan, en Province SudListes des élections provinciales de 1999, sur le site officiel du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Mais comme cette liste ne reçoit que 6 sièges à l'Assemblée provinciale dont 5 également au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Digoué ne retrouve donc aucun de ces deux sièges Résultats des élections provinciales du 9 mai 1999 sur le site du Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, 11/05/1999. Il est également le sur la liste du groupe FLNKS pour la formation du premier gouvernement de Nouvelle-Calédonie le , mais là encore il ne fait pas partie des élus.
Premier mandat de maire de Yaté (2001-2008)
Adolphe Digoué remporte les élections municipales de à Yaté, avec 9 élus sur 19 pour sa liste Palika, sa majorité étant complétée par l'unique conseiller de l'UC Marc Homou, face à Raphaël Mapou qui a quitté en 1998 le Palika pour créer la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI, 6 élus), alliée du RPCR (3 élus). Néanmoins, le score cumulé de la FCCI et du RPCR (493 voix) dépasse celui des deux listes issues du FLNKS (489). Cette élection est toutefois annulée par le tribunal administratif de Nouméa, du fait de la distribution par une association d'« enveloppes » de alimentées par des subventions municipales à un certain nombre d’habitants, officiellement pour les aider à payer leur facture d’électricité mais considérées par l'instance judiciaire comme étant de nature à vicier les résultats du vote. Un nouveau scrutin est ainsi organisé le , avec les mêmes principaux acteurs en présence« Municipales de Yaté : Quatre listes en présence le 21 avril », Les Nouvelles Calédoniennes, 13/04/2002. Le résultat aboutit à la même répartition des sièges qu'en 2001 : 9 pour le Palika d'Adolphe Digoué, 6 pour la FCCI de Raphaël Mapou, 3 pour le RPCR de Robert Attiti et 1 pour l'UC de Marc Homou. Or, ce dernier, en désaccord avec Digoué, apporte cette fois son soutien à Attiti et donne la possibilité de voir se former une majorité RPCR-FCCI. Mais les querelles de personnes et familiales empêchent Attiti de se mettre d'accord avec Raphaël Mapou, qui maintient sa candidature aux trois tours de scrutin, permettant finalement à Adolphe Digoué de rester premier magistrat à la majorité relative (9 voix pour lui, 6 pour Mapou et 4 pour Attiti)« Yaté : la mairie reste au FLNKS », Les Nouvelles Calédoniennes, 27/04/2002.
Pendant ce mandat, il est président de l'Association des maires de Nouvelle-Calédonie (AMNC), qui regroupe essentiellement les premiers magistrats indépendantistes. Par ailleurs, membre du bureau politique du Palika, il fait partie des délégations du FLNKS pour les , et de l'accord de Nouméa tenus respectivement à Koné le puis à l'Hôtel de Matignon les et .
Pour les élections provinciales du , Adolphe Digoué est choisi pour mener la liste UNI-FLNKS, une des trois listes issues du front indépendantiste lors de ce scrutin en Province Sud. Elle regroupe trois des quatre composantes du front ainsi que la fédération locale du PS. Dans cette liste, les membres de la communauté wallisienne ou futunienne (très présente en Province Sud où elle constitue le troisième groupe ethnique, notamment dans le Grand Nouméa), sont alors très représentés avec 11 personnes sur les 31 premiers nom de la liste. Ils sont tous issus du Rassemblement démocratique océanien (RDO) et le président de celui-ci, Aloïsio Sako, se retrouve à la de la liste. Il s'agit également d'une formation relativement nouvelle, puisque sur les 3 élus sortants de l'UNI à l'Assemblée de Province, seul Aloïsio Sako est repris. De plus, il n'y a que 5 personnes qui sont reprises de la liste unique du FLNKS présentée en 1999 : Adolphe Digoué (qui était alors à la position, désormais le ), Aloïsio Sako (qui était à la position, en 2004), Madeleine Ounou ( en 1999, en 2004), Patrick Nicar ( en 1999, en 2004) et Jean-Michel Hoveureux ( en 1999, en 2004). Cette liste défend alors un programme en 14 points, dont notamment la création d'un dans le gouvernement local mais en s'axant surtout sur le gel du corps électoral et la défense de l'emploi local, avec pour slogan et se veut « Province sud : l’Uni avec le FLNKS au chevet des "petits" », Les Nouvelles Calédoniennes, 20/04/2004. Cette division importante du camp indépendantiste fait qu'il perd toute représentation à l'assemblée provinciale du Sud. La liste d'Adolphe Digoué est celle qui obtient le meilleur score, avec et des suffrages exprimés « Publication des résultats de l'élection des membres du Congrès et des Assemblées de Province du 9 mai 2004 », Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie, 12/05/2004. Après le scrutin, Adolphe Digoué est candidat en sur les listes présentées par groupe UNI-FLNKS pour l'élection des et les et et qui n'obtiennent à chaque fois que deux élus. Puis il est et avant-dernier (donc non-éligible) sur les listes d'union du FLNKS pour constituer les et les 6 et .
En tant que maire de Yaté, il soutient l'installation dans le sud de sa commune, à Goro, d'une usine de traitement de nickel dite ou « Yaté : questions à monsieur le maire Adolphe Digoué », Les Nouvelles calédoniennes, 22 octobre 2003, consulté le 2 novembre 2025.« Goro Nickel : le maire de Yaté attentif aux questions d'emploi », Les Nouvelles calédoniennes, 23 octobre 2004, consulté le 2 novembre 2025.. Prévue à l'origine en 2004, l'ouverture a été repoussée en raison de nombreux problèmes et conflits politiques, environnementaux et économiques. En effet, plusieurs associations environnementales et coutumières, à commencer par le Comité Rhéébù Nùù de Raphaël Mapou, s'inquiètent des rejets dans le lagon des effluents de l'usine, dont Inco garantit l'innocuité. Cette question est au cœur des élections municipales du à Yaté, sa liste n'arrivant qu'en deuxième position et retombant à 258 voix () pour 4 sièges, largement devancée par celle du Comité Rhéébù Nùù tirée par Étienne Ouetcho (519 suffrages soit et 9 élus)« Yaté : résultats municipales tour », Le Post, 14/03/2008. Digoué perd donc la mairie au profit de Ouetcho avec 6 votes (les 4 élus de sa liste Palika et les 2 de l'UC) contre 9 et 4 votes blancs des non-indépendantistes« Étienne Ouetcho a gardé l'avantage du scrutin », Les Nouvelles Calédoniennes, 15/03/2008.
Candidatures aux provinciales de 2009 et sénatoriales de 2011
Comme beaucoup de cadres du Palika dans le Sud, à commencer par Louis Mapou, Adolphe Digoué s'oppose à l'idée d'une candidature unique indépendantiste et refuse de rallier la liste FLNKS tirée par Roch Wamytan dans cette province aux élections du « Pas de liste unitaire indépendantiste dans le Sud », Les Nouvelles calédoniennes, 8 avril 2009.. Ils forment une liste d'ouverture intégrant des personnalités de la société civile pourtant proches ou militantes de l'UC, telles Marie-Claude Tjibaou (veuve du chef de file historique du mouvement indépendantiste Jean-Marie Tjibaou), Octave Togna ou Jean-Pierre Deteix, la section locale du PS ainsi que des non-indépendantistes comme Laurent Chatenay. Adolphe Digoué est candidat en de cette , qui fait campagne avec un positionnement neutre sur la question de l'indépendance, progressiste sur le plan social et surtout axé sur la réussite de la construction d'une citoyenneté néo-calédonienne pluri-ethnique« Louis Mapou à la tête d'une liste pays », Les Nouvelles calédoniennes, 20 avril 2009.. Elle a obtenu des suffrages exprimés et le sixième meilleur résultat sur onze, mais aucun élu, ce qui fait que Digoué ne retrouve pas de mandat ni provincial ni au Congrès Résultats des élections provinciales du 10 mai 2009 sur le site du Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, 11/05/2009. Comme dans la mandature précédente, Adolphe Digoué est avancé en position non-éligible ( et antépénultième) de la liste UNI pour la constitution du le . Cependant, dans la valse des exécutifs locaux qui se succèdent rapidement entre mars et en raison des démissions successives des membres de Calédonie ensemble, il est désormais en , juste derrière Déwé Gorodey qui est la seule à y obtenir un siège.
Le , veille de la tenue du bureau élargi du FLNKS pour désigner des candidatures communes aux élections sénatoriales du , le Palika fait savoir qu'il ne compte pas y participer et ainsi faire cavalier seul, critiquant le rapprochement dans les institutions de l'UC avec le Rassemblement-UMP (nouveau nom du RPCR) de Pierre Frogier. Cette situation est officiellement confirmée le , après l'échec d'ultimes négociations en vue d'une union. Le parti ne présente toutefois qu'un seul candidat alors que deux sièges sont à pourvoir, en la personne d'Adolphe Digoué« Adolphe Digoué, unique candidat du Palika », Les Nouvelles calédoniennes, 16 septembre 2011.. Il arrive cinquième aux deux tours de scrutin, avec successivement 77 puis 80 voix de grands électeurs, étant devancé par les deux candidats du Rassemblement-UMP Pierre Frogier et Hilarion Vendégou (élus) ainsi que par ceux du FLNKS, le chef de l'UC Charles Pidjot et celui de l'UPM Victor TutugoroListe des candidats et résultats sur le site du Ministère de l'Intérieur..
Deuxième mandat de maire de Yaté (2014-2020)